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lundi, 15 juillet 2013

juil. 13
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Au seul nom de Robespierre, ils tremblent…

 Cette semaine, mes amis de l'Humanité Dimanche (HD) ont publié un passionnant dossier sur la Révolution Française, dans lequel ils m'ont fait l'honneur de publier le petit texte qui suit, en défense de Maximilien Robespierre si souvent attaqué. Hier soir encore, j'ai eu la chance de voir le magnifique feu d'artifice pour la 14 juillet à Paris, qui était accompagné d'une animation rendant hommage à l'histoire de notre devise "Liberté, égalité, fraternité". C'était amusant à entendre. Mais qui dira que c'est Robespierre qui le premier, lors d'un "Discours sur l'organisation des gardes nationales" rédigé en 1790, formula le premier cette devise ? Peu de gens. Et surtout les mêmes élus parisiens du PS qui me refusent une rue Robespierre devraient s'interroger sur le paradoxe à célébrer une devise mais à couvrir d'injure son auteur. vaste débat qui dure depuis deux siècles. Dans ce bras de fer, j'ai choisi mon camp avec orgueil et m'honore du qualificatif (entre autre) de robespierriste...

Sinon, il vous reste encore deux jours pour acheter ce numéro spécial de HD et plus largement je vous invite une nouvelle fois à vous abonner à l'Humanité, ce journal quotidien papier de gauche (encore le seul ?) fondé par Jean Jaurès, et qui a tant besoin de votre soutien... Pour les vacances, sur la plage ou ailleurs,l'Humanité et l'Humanité Dimanche, y a pas mieux.

Voici donc ma tribune publiée dans HD :

219 ans après sa mort, il suffit de prononcer le nom d’un homme pour effrayer encore la droite. Qui ? Robespierre. Les trois syllabes de ce nom sonnent toujours à l’oreille des thermidoriens du 21e siècle, comme sonneraient trois coups, frappés avant que le rideau se lève au théâtre, glaçant un public mondain attendant un spectacle terrifiant. Ro-bes-pierre ! Quand l’homme de droite en parle, dans sa bouche tordue, ce nom devient un juron.

catalog-cover-icon.pngLa haine de Robespierre est le thermomètre de la sottise de la droite, variant selon les saisons. Quand la température politique monte, elle augmente. Jean-François Copé s’est spécialisé dans cette détestation, ainsi que celle de la Révolution qui, selon lui «  a fait beaucoup de mal et a fracturé la société, elle a désappris aux français le goût de l’effort ». Fin 2012, à des militants UMP, il a présenté ainsi la politique de François Hollande : « Le matraquage fiscal qu'il impose au forceps (...) se double d'un processus de stigmatisation systématique des catégories de Français les unes après les autres. Vieille technique de gauche qui rappelle le Robespierre d'autrefois: on décapite d'abord, on discute après ». Consternant. On retrouve aussi ce « Robespierre bashing » dans des journaux. Quand l’onde de choc de « L'affaire Cahuzac » provoque une volonté de contrôle populaire des élus, le Point dénonce «les grands moralisateurs, les chantres de l’épuration, les nouveaux Robespierre, voire les néo-Khmers rouges». On pourrait ainsi multiplier les exemples, puisés ici ou là, dans des discours et articles.

Mais qu’elle est l’origine de cette haine ? Et quelle en est la fonction ?

L’objet de cet article n’est pas de démonter les nombreux mensonges des assassins de Robespierre, et de leurs héritiers, réussissant à le transformer aux yeux de l’opinion en un tyran sanguinaire, unique responsable de la Terreur. Sous le poids de cette propagande, il s’est sculpté une « légende noire » lui attribuant tous les moments sombres de la Révolution Française.

En réponse, il faut affirmer que jamais il n’y eut de dictature de Robespierre, ni même du Comité de Salut Public, qui était un « gouvernement révolutionnaire » collégial et révocable. Robespierre défendait l’idée d’un régime totalement parlementaire et en 1794, la Convention discutait et validait toutes les décisions importantes. Elle était libre à tout moment de changer la composition des comités. Quant à « la Terreur », terme ambiguë historiquement, elle ne peut être mise que sur son compte. Il s’agit d’un ensemble de mesures d’exceptions, votées à l’unanimité de la Convention, que Robespierre jugeait « inséparables de la vertu », et appliquées dans un moment particulièrement difficile. Sans elle, nul doute que le pays aurait été dépecé par les coalisés et occupé, et la République balayée.

Troyes.jpgCe que reproche en réalité la droite de 2013 à Robespierre est qu’il fut un pionnier du partage des richesses. Dès 1789, il intervint à l’Assemblée en refusant tous les traitements sécuritaires des émeutes de la faim et appelant « à remonter à la source du mal, à découvrir pourquoi le peuple meurt de faim plutôt que l’égorger quand il s’attroupe ». En 1790, il défend « la propriété du peuple ». En 1792, il développe une critique de la liberté du commerce et affirme le droit à l’existence comme le premier des droits de l’homme. Pour lui « toute spéculation mercantile qui se fait au dépend de la vie de son semblable, n’est point un trafic, c’est un brigandage et un fratricide ». En 1793, il proclame : « les dangers intérieurs viennent des bourgeois, pour vaincre les bourgeois, il faut rallier le peuple ». En 1794 il affirme : « Quand l’intérêt des riches sera-t-il confondu avec celui du peuple ? Jamais ! ». C’est ce Robespierre là, « l’incorruptible » sensible à la question sociale, que déteste encore la droite. Pour elle, cette dimension de la Révolution française, si brûlante d’actualité, doit être effacée ou calomniée.

Mais, il est encore un autre enjeu récent pour la droite copéiste de salir Robespierre. Il vise le Front de gauche. Plusieurs fois, le président de l’UMP a placé un signe égal entre les hommages et références de Jean-Luc Mélenchon à Robespierre, et ceux que Jean-Marie Le Pen a rendu à Robert Brasillach, écrivain antisémite et collaborateur. Pour Jean-François Copé, Robespierre et Brasillach sont une seule et même chose, aussi détestable l’un que l’autre. Cette honteuse assimilation, comparant jacobin et nazi, lui permet par la suite de dire que finalement faire alliance avec le FN n’est pas plus condamnable que faire alliance avec le Front de Gauche. Ainsi, il dédiabolise le parti de Marine Le Pen et prépare l’avenir.

Derniers mots, le PS participe lui aussi à cette légende noire antirobespierriste, refusant par exemple qu’une rue porte son nom à Paris, ou utilisant aussi le nom de Robespierre comme une insulte. Peut-on lutter contre la droite en reprenant ses arguments ? Pas possible.

Mais, ceci est une autre histoire…

vendredi, 28 septembre 2012

sept. 12
28

De Caracas… « beaucoup d’internationalisme » nous ramène au nécessaire succès du 30 septembre !

IMG_20120925_112430_1_.JPGJ’écris ce billet de Caracas, capitale du Venezuela, les yeux fixés sur la cadran d’une montre car d’autres rendez vous m’attendent. Je dois écrire vite. D’autres billets suivront. Vous êtes déjà plusieurs, parmi mes camarades du PG, grâces notamment aux billets du blog de Corinne Morel-Darleux, qu’il faut lire (en cliquant ici) à avoir eu vent de ce déplacement militant auquel participe également François Delapierre, et dont le blog est aussi indispensable à connaître (en cliquant là) pour comprendre la signification de ce voyage. J’ai bien parlé de déplacement militant et j’insiste sur cette dernière dimension. Nous sommes là pour, modestement (mais non sans ambition), aider nos camarades pleinement engagés depuis des mois dans l’élection présidentielle du 7 octobre derrière le candidat Hugo Chavez. Venir sur place est utile pour prendre la pleine mesure, ou du moins essayer, du profond processus politique qui se déroule ici depuis plusieurs années et qui franchira encore prochainement un nouveau temps fort, (ou qui sait, un coup d’arrêt ?) dans à peine plus d’une semaine. Comment trois français comme nous peuvent aider nos amis politiques qui agissent ici ? Tout simplement en témoignant le plus clairement possible, de la réalité de la situation en Europe et en France, en décrivant la crise économique et sociale qui frappe ce que l’on nomme au Venezuela le « vieux continent » et en présentant les réponses et analyses qu’apporte le Front de Gauche à cette crise qui fait peser sur l’humanité toute entière une réelle menace. Pour faire cela nous enchaînons réunions et invitations dans différentes émissions de télévision et radio.

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IMG_20120926_180633.jpgA ce programme médiatique s’est ajouté hier notre participation toute l’après-midi à un meeting (ou un séminaire ?) organisé le thème « Néo libéralisme du vieux monde versus socialisme du monde nouveau ». A cette occasion, François et Corinne ont fait honneur au PG par la qualité de leurs interventions successives. Le premier a parlé du coup d’état financier qui frappe l’Europe et la seconde les conséquences écologiques de cette crise. Puis, je suis même moi-même intervenu en dernier pour évoquer le danger de la montée de l’extrême droite en Europe qui se nourrit de la crise provoquée par le néo-libéralisme. La presse locale s’est fait l’écho de tout cela. Depuis, notre programme médiatique et politique reste copieux et il est plaisant de constater que nous ne perdons pas de temps. Sitôt arrivé par exemple, j’ai été invité sur le plateau de Télésur et vous pouvez retrouver cette émission de grande écoute, dans la vidéo qui suit.

vene201.jpgLa curiosité intellectuelle de tous ceux qui nous accueillent, fussent-ils militants, journalistes ou simples citoyens, est pour moi, impressionnante. Je constate qu’en ce pays que le débat politique est permanent. Nul ne peut nier qu’il y a dans cette partie du monde un peuple mobilisé, impliqué, qui prend parti, qui choisit son camp, et cela s’entend, cela se voit. Il règne une passion politique permanente que je considère assez agréable. Sur les murs de leurs quartiers, sur les balcons des maisons, sur les tee-shirts qu’ils portent, les habitants affichent leurs couleurs politiques. Bien sûr, soyons francs, les partisans de Chavez sont majoritaires. C’est visible. Mais je découvre avec une certaine surprise la présence significative de supporters de Henrique Capriles, le candidat de la droite, dans les rues de Caracas. Concrètement, c’est un premier démenti aux bêtises que l’on peut lire en France, vous savez elles proviennent de ces blagueurs qui osent affirmer que les libertés publiques seraient en danger au Venezuela. Quelle triste farce ! Et quelle honte pour ceux qui répètent après sans savoir, ce genre d’âneries. Ne sous-estimez pas le problème. « Répétez mille fois un mensonge, il deviendra une vérité » disait l’infâme Goebbels, ce nazi qui en connaissait un rayon dans l’horreur et la manipulation. Parfois, je me demande si l’on n’en est pas là dans l’hexagone. Je connais des gens de bonne foi, qui ont de réelles convictions de gauche, et que je considère comme des amis, qui m’ont affirmé, sans jamais bien sûr y avoir mis les pieds, que le Venezuela était en situation de semi dictature, ou du moins sous la poigne d’un régime autoritaire ! En venant sur place, on se demande comment de telles absurdités on pu traverser l’océan. La réalité est que les moyens de propagande de l’opposition à Chavez sont considérables et se voient quasiment partout pour peu que l’on mette le nez dehors ou que l’on allume simplement la télévision. Certes, les choses sont très clivées, ce qui constitue une certaine différence avec la France (encore que ?). Selon la chaîne que vous regardez l’information n’est pas la même. Selon le quartier dans lequel vous vous promenez, la proportion d’affiche pour l’un ou pour l’autre n’est effectivement pas comparable. vene198.jpgConcrètement, si vous traversez les quartiers populaires, c’est le visage d’Hugo Chavez que vous allez voir sur les murs. Mais, sitôt que vous irez dans les beaux quartiers vous verrez quasi uniquement celui d’Henrique Capriles. Le découpage géographique est saisissant. En regardant qui décore les murs vous pouvez presque savoir où vous êtes. Mais, il est clair aussi qu’au moindre kiosque à journaux vous pouvez acheter des quotidiens qui parlent quasi exclusivement du candidat de droite en méprisant celle de Chavez. J’observe même dans les quelques kiosques où je m’attarde, que la presse en vente dans la rue est majoritairement défavorable au président sortant. Je découvre même une récente étude qui démontre que la droite bénéficie d’un grand déséquilibre médiatique en sa faveur. La campagne de son candidat dispose du soutien des média commerciaux, d'ailleurs sa famille le groupe Cadena Capriles qui est propriétaire de nombreux journaux dont l'influent Ultimas noticiasSelon ce rapport, 82 % des articles sur Capriles que publie la presse commerciale sont positifs. En revanche, ce chiffre tombe á 26 % lorsque les journalistes parlent d´Hugo Chavez. Qui l’eut cru ? Cela saute aux yeux quand on vient sur place. Si la liberté de la presse est en danger ici en raison d'un candidat, le responsable n'est pas celui que l'on croit.

IMG_20120925_112157.jpgAinsi, quand Chavez dans ses meetings, à l'influence nettement supérieure à ceux de son adversaire, nomme Capriles « le candidat de la bourgeoisie », au-delà de la caractéristique politique tout à fait pertinente, il décrit aussi une réalité crue : Henrique Capriles est d’abord et avant tout le candidat de la bonne bourgeoisie venezuelienne, ultra catholique, propriétaire des principaux journaux et des principales chaînes de TV, cette bourgeoisie qui vit concentrée dans les mêmes quartiers cossues, inquiète pour ses privilèges.

Si le clivage est réel selon les quartiers aux alentours, dans les rue du centre ville, les équipes militantes des deux principaux candidats se disposent néanmoins aux différents carrefours. On peut même voir parfois d’un coté et de l’autre de l’avenue des équipes des candidats opposés qui cohabitent, à quelques mètres de distances, dans un chahut bon enfant, mais finalement respectueux de l’adversaire. Verbalement, les uns « chambrent » parfois les autres et vice versa. A coup de sono qui diffuse des musiques et slogans, chaque camp tente de couvrir la voix des autres, mais aucune violence physique ne s’exerce contre qui que ce soit. Le rire est même sur tous les visages. vene205.jpgA mes yeux, les partisans de Chavez sont bien entendu les plus audacieux et les plus accrocheurs. Souvent, aussitôt que les voitures s’arrêtent, le temps d’un feu rouge, ces jeunes militants déboulent joyeusement comme une vague multicolores, pour composer, avec des panneaux en cartons à la maison, des slogans favorables à la révolution bolivarienne, puis disparaissent quand le feu passe au vert.

Ceci dit, il est clair que les partisans de Henrique Capriles sont moins nombreux, moins militants et beaucoup plus flou sur leurs motivations lorsqu’on va discuter avec eux que ceux d’Hugo Chavez.

 

Si vous connaissez déjà Chavez, il me faut dire un mot sur le candidat de la droite. L'enfumage médiatique que l’on peut constater et lire dans certains journaux français, à son profit est assez confondant.vene163.jpg Agé de seulement 40 ans, cet homme est le fils d’une des familles les plus riches du Venezuela, il fut l’un chefs de file du coup d’Etat contre Chavez le 11 avril 2002, avec un groupe de putschistes, il fut présent lors de l’attaque contre l’ambassade de Cuba à Caracas. Il participa également personnellement par la force à la « neutralisation » de celui qui était alors le Ministre de l’intérieur mais se présente désormais comme un « humaniste » et quasiment un homme de centre gauche. Il a longtemps appartenu à l’organisation internationale ultraconservatrice Tradition, Famille et Propriété, proche de l’Opus Dei, dont il a fondé la branche vénézuélienne. Malgré le verbiage un peu social qui l’accompagne, son programme actuel est très libéral. Il veut par exemple privatiser les secteurs stratégiques de l’économie qui sont passés sous le contrôle de l’Etat, veut établir l’indépendance de la Banque centrale du Venezuela, en finir avec ce qu’il nomme un « capitalisme d’Etat », etc… Malgré ce programme limpide (quand on prend le temps de le lire dans le détail) et ce lourd pedigree politique, il se trouve encore des journaux français pour vous le présenter comme un homme de « centre gauche ». Il est vrai que dans sa coalition, la MUD, il est soutenu par le parti AD (Action Démocratique) qui est lié à l’Internationale socialiste. Mais, il est surtout soutenu par tous les partis de droite et d’extrême droite. Oui, vous avez bien lu. Au Venezuela, les amis de M. François Hollande soutiennent le candidat unique de la droite. Il est honteux que la IIe internationale, qui vient pourtant de tenir un congrès, soutienne ce candidat réactionnaire. Je n’ai entendu aucune voix socialiste française pour dénoncer ce scandale. Et, je précise au passage qu’à l’inverse, Hugo Chavez lui, est soutenu publiquement par l’ancien président du Brésil Lula, pour lequel les socialistes français prétendent avoir des sympathies.

vene167.jpgDans ces meetings, pour masquer son vrai visage, et pour essayer de mordre sur l’électorat de gauche, M. Henrique Capriles se veut un candidat flou et attrape tout, mais gare, il ne fait pas dans la dentelle non plus. Hier encore, il affirmait par exemple lors d’une réunion publique, à propos des années Chavez : « Plus jamais l’obscurité ne doit entrer dans la vie des venezueliens », ce qui en dit long sur son mépris envers l’œuvre sociale du gouvernement actuel qui a pourtant fait reculer l’analphabétisme et augmenter l’accès au soin et très significativement fait augmenter le niveau de vie des ménages les plus pauvres. Ne prenez pas Henrique Capriles pour un homme mesuré. C’est un homme de droite dure, qui masque momentanément son projet, mais qui a démontré par le passé qu’il était capable de participer à un coup de force contre un président légalement élu. Si vous ne me croyez pas sur le vocabulaire fleuri qu’il emploie contre Chavez, et que vous pensez que seul ce dernier a le monopole de la parole drue, vous pouvez toujours lire (ou relire) en français Libération de mardi dernier dans lequel, à l’occasion d’une interview d’une page entière ( !), sans que Chavez ait la parole, Capriles affirme : « Ici, on vit dans un gouvernement de gauche rétrograde qui, par certains actes, s’assimile au fascisme. » Waouh ! Rien que ça. Dans ce pays passionné de Base-Ball, la droite pratique la politique comme si elle avait une batte à la main. « Obscurité », « fascisme », la liste est longue de toutes ces calomnies que la droite fait courir contre Chavez, dans le monde ou dans cette campagne. Mais pour Libération et son correspondant, tout cela constitue « Le visage amène de l’anti-Chavez » qui, selon notre sympathique quotidien de la gauche française « fait trembler Chavez ». Quel pipeau. Ici, aucune des personnes que je rencontre ne tremble devant la campagne de ce candidat de la droite. Tous les sondages, même les plus favorables pour Capriles, donnent au minimum 14 % d’écart, voire même 20 %, entre les deux candidats. Hugo Chavez va gagner, mais il souhaite une victoire la plus large possible d’abord pour éviter que la contestation permanente de la droite, qui n’accepte jamais ses défaites depuis 1998, dispose d’une légitimité. De plus, le camp Chavez ne mène pas seulement campagne pour faire plus de 50 %, il mène campagne pour convaincre le plus largement le peuple afin de disposer d’une large assise populaire qui lui permettra d’avancer encore plus dans ces réformes. Chacun des meetings de Chavez est d’abord un grand moment de pédagogie politique, pour convaincre, convaincre et convaincre encore. Et cela marche, alors que la campagne de Capriles patine, malgré ce que peut en dire la presse française.

vene189.jpgNotre présence ici est donc de participer à cette campagne si importante, qui n’est qu’un épisode d’une lutte qui se déroule sur le plan mondial. Lutter en France contre les calomnies et les mensonges que subit la révolution bolivarienne et le président Chavez, est en cohérence totale avec le fait d’expliquer à Caracas les raisons qui font qu’il y a deux jours des centaines de milliers de personnes ont manifesté à Madrid contre l’austérité, le lendemain, elles furent autant dans les rues d’Athènes, puis Lisbonne, et le 30 septembre dans les rues de Paris. Aussi, si vous voulez aider nos amis du Venezuela, faites de cette manifestation de dimanche prochain un grand succès. En écrivant cela, je repense à cette phrase de Jean Jaurès : « un peu d’internationalisme éloigne de la patrie ; beaucoup d’internationalisme y ramène. » De Caracas, de ce passionnant bain d’internationalisme qui ne durera que quelques jours, tout me ramène à la nécessité de continuer à construire notre Front de Gauche et à faire échec, en France, au politique de rigueur et d’austérité. Malgré toutes les différences entre nos deux pays, fondamentalement, notre combat est le même. Nous ne sommes pas là pour tenter de copier quoi que ce soit, ou pour célébrer un héros, mais pour nous inspirer en retour d’une expérience complexe, mais bien vivante.En politique, comme dans la vie intime, il faut parfois mettre un peu de distance avec son quotidien pour bien en prendre la mesure, et être plus efficace pour essayer de l’embellir et le changer. Beaucoup d’internationalisme nous ramène en France.

dimanche, 30 octobre 2011

oct. 11
30

Ne désespérons pas de la Tunisie

P1290163.JPGNe désespérons pas de la Tunisie. Au contraire. Ayons encore confiance dans son peuple. Les résultats sortis des urnes dimanche 23 octobre ne doivent surtout pas nous amener à hausser les épaules et à penser, déçu et amer : « Bah, finalement, ce n’était que cela… ». Non. Ce qui se déroule là-bas demeure exemplaire et riche d’enseignements pour tous les peuples du monde qui luttent pour leur émancipation.

Souvenons-nous. Les choses ont commencé il y a moins d’un an. C’est bien sous la pression de puissantes mobilisations populaires, si courageuses et si déterminées, que depuis le mois de décembre 2010, ce pays a commencé à changer. Le dictateur Ben Ali, qui régnait par une poigne de fer a dû fuir avec son clan le 14 janvier 2011. Qui l’eut cru ? Puis, la revendication d’une Assemblée constituante pour rédiger une nouvelle constitution a été satisfaite, non sans mal. C’est ainsi que pour la première fois dans l’histoire de la Tunisie, des élections réellement libres et démocratiques ont eu lieu. Elles sont un succès dans leur organisation. Plus de 90 % des inscrits sont venus voter, pour un pays qui n'a jamais connu d'authentique élection, c'est un début prometteur. Cet acquis, sur lequel il sera très difficile de revenir, est bien celui d’une Révolution populaire et démocratique. Réjouissons-nous donc, nous n’avons pas rêvé.

P1290162.JPGIl reste maintenant à comprendre pourquoi le peuple tunisien qui est venu voter a choisi à près de 40 % le parti Ennahda, un mouvement politico religieux conservateur, libéral sur le plan économique en demandant par exemple la baisse des taxes pour les entreprises, et très réactionnaire sur le plan social. Les réponses sont multiples. D’abord, concernant les résultats, il faut être précis, pour comprendre et s'engager vers l'avenir. Si Ennahda obtient 41,55 % des sièges, soit 90 sur 217, il nous semble important de souligner qu'il rassemble 1 501 408 voix sur 3 702 627 exprimés. Il est indiscutablement le premier parti. Mais, ne perdons pas de vue qu'il a 7 millions d'électeurs potentiels en Tunisie et que seulement 55 % se sont inscrits. Donc, par rapport au corps électoral potentiel, il obtient environ 21 % des suffrages. Il ne s'agit pas de relativiser son score, mais d'indiquer qu'il reste une population tunisienne mobilisable pour un autre projet.

Sur le fond politique, Ennahda, fondé en 1989 par des intellectuels influencés par les frères musulmans d’Egypte, est un prolongement du Mouvement de Tendance islamique (MTI) fondé en 1981. Il est donc un des rares partis tunisien à disposer d’une organisation militante ancienne et expérimentée, présente sur le terrain et particulièrement dans les milieux populaires grâce à un maillage de militants d’une dimension à laquelle aucune autre formation ne peut se comparer. Voilà donc près de 30 ans qu’il « laboure » avec patience. De plus, ce parti a bénéficié de moyens financiers considérables, aux origines officiellement inconnues, mais dont les seules cotisations de ses adhérents ne peuvent fournir une explication crédible, et auxquels il est vraisemblable que le Qatar ou l’Arabie saoudite ont participé. Cette puissance financière leur a permis de maintenir une visibilité forte dans le champ politique, de se payer de nombreux clips télé de campagne, du matériel électoral, de nombreux locaux, etc… Cet argent lui a permis aussi de développer des relations clientélistes avec de nombreux électeurs modestes à qui il était promis quelques dinars en échange de leur vote.

P1290164.JPGCes éléments fournissent un premier cadre d’explication. Ils sont toutefois insuffisants. Le score d’Ennahda, moins d’un an après la fuite du tyran, est aussi la photographie crue de la réalité de la Tunisie « post benaliste ». A sa façon, ce parti, même si ces militants furent rudement réprimés, est un des enfants idéologiques de ce régime infect. Il a ainsi profité du maintien de la grande majorité de la population dans un appauvrissement culturel quotidien qui en fait, allait de pair avec un régime policier interdisant toute vie démocratique. Cette population fut ainsi matraquée idéologiquement par une cinquantaine de programmes TV, généralement des chaînes étrangères, mêlant spectacle sportif et obscurantisme religieux déclinés de mille manières. Ceci a fourni le seul horizon culturel pour des millions de tunisiens vivant dans des conditions d’existence très difficiles. Rappelons que sur une population de près de 10 millions d’habitants, le régime Ben Ali laisse 2 millions d’illettrés. Dans ce décor politique et culturel bien pauvre, les religieux ont prospéré avec patience. Le régime de Ben Ali ne bâtissait en rien une société laïque émancipatrice. A l’inverse, il construisait une société injuste et inégalitaire au profit d’une infime couche de pistonnés, réprimait toutes formes de contestation et  laissait se développer la religion comme seul « soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur » pour reprendre les classiques. C’est pour continuer ce travail de sape de la principal dirigeant d’Ennahda, M. Rached Ghannouchi, vient de demander aujourd’hui le ministère de l’Education nationale pour son parti, déclare que la langue tunisienne est "polluée" par le français, puis parrallèlement tient des propos qui se veulent rassurant sur les droits des femmes .

P1290165.JPGLe score d’Ennahda ne marque pas une « progression » récente des religieux dans la Tunisie actuelle après la révolution, mais il est le constat de l’état de la société dans laquelle des années de dictature l’ont plongé.

Sa force vient aussi de la faiblesse des autres.En effet,  les partis et mouvements qui portent un projet social progressistes ont multiplié les erreurs. Elles se sont inutilement et artificiellement divisées, participant à la confusion générale déjà bien avancées. Sur le plan national, comment s’y reconnaître face à plus de 1570 listes électorales dont 701 indépendantes, et 10 937 candidats ? Comment choisir entre 50 et 95 listes dans certaines circonscriptions ? Comment supporter le spectacle ridicule et désorientant de soirées entières sur la télévision publique consacrées à la diffusion de messages de 3 minutes par listes, se succédant les uns après les autres, de façon souvent assez farfelue ? Dans cet océan de confusion où nombre de micro partis utilisaient un jargon militant incompréhensible pour beaucoup de gens, les religieux d’Ennahda surnageaient et apparaissaient comme une force stable.

P1290169.JPGSans trop s’exprimer, ils ont aussi réussi à capter une forme de radicalité qui était à la source de la révolution. Le rejet de la corruption de l’ancien régime ne fut pas assez présent dans le discours des progressistes, à l’exception du CPR de Moncef Marzouki qui n’a pas hésité à ranger les « modernistes » du PDP et du PDM dans le camp des contre-révolutionnaires, et se situant lui-même, avec Ennhada, dans le camp de la Révolution. Pour beaucoup de gens modestes, les religieux combattront la corruption. Ainsi, de manière générale, la question sociale ne fut pas assez présente dans le discours de ceux qui voulaient représenter la gauche. L’exigence de restitution au peuple des biens privatisés par le clan Ben Ali, fut quasi absente. Le grand « coup de balai » dans une justice corrompue ne fut pas demandé avec assez de force. Le refus du paiement de « la dette odieuse » fut oublié par certains. D’autres exemples illustrent ces faiblesses générales.

En même temps, un débat sur l’identité du pays et la question laïque agita les dernières semaines de campagne mais de façon hélas fort maladroite. Les laïques ayant « oublié » la question sociale, ou du moins n’en ayant pas fait la priorité, sont apparus souvent comme des privilégiés, bourgeois aisés liés à l’ancien régime RCD ou à l’ancienne puissance coloniale, bien éloignés du quotidien de ceux qui souffrent. De plus, dans ce débat biaisé, la plupart des forces laïques ne voulaient pas remettre en cause l’article un de la Constitution qui affirme notamment que : « La Tunisie est un Etat libre (…) sa religion est l’Islam ». Dans ces conditions, le débat devenait bien difficile à saisir. Face à la pression religieuse, le camp des modernistes (terme bien vague d’ailleurs) s’est disloqué et s’est essoufflé.

P1290170.JPGToutefois, malgré les résultats de dimanche et les menaces qui planent sur les libertés publiques, un nouveau pays est en train de naître. Aucune nostalgie de l’ancien régime ne doit être acceptée. La Tunisie d'aujourd'hui est meilleure que celle de Ben Ali. Une vie civique vient de voir le jour. Des radios, des émissions TV, parlent librement de politiques. Idem, dans les maisons, les cafés, etc. Cette vie politique naissante a pour elle la force de l’élection de l’Assemblée Constituante. Nous sommes persuadés qu’il sera impossible de revenir en arrière. Il est désormais possible pour une gauche authentique, qui doit refuser toute idée de gouvernement d’«Union nationale », de trouver les conditions et les mots justes pour mener le combat social et culturel, recréant des clivages d’abord sur les questions sociales, et permettant ainsi de reconquérir les cœurs de millions de tunisiens qui restent attachés au premier slogan de la révolution : « De l’eau, du pain, pas Ben Ali ».

Billet écrit avec Raquel Garrido, Secrétaire nationale du Parti de Gauche, actuellement en Tunisie pour assister aux élections, dans le cadre d’une délégation du PG.

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