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mercredi, 6 septembre 2017

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Interview pour Libération

Le quotidien Libération m'a posé quelques questions fin août, auxquelles j'ai répondu. Voici ces réponses publiées sur mon blog.

La rentrée de la France insoumise se déroule à Marseille, dans la circonscription de Jean-Luc Mélenchon, c’est votre nouveau camp de base ?

Notre camp de base réel est l’Hexagone. La France insoumise est partout chez elle. Marseille est une ville magnifique, envoûtante sur le plan politique, où les quartiers populaires sont encore au centre. Le peuple est au cœur de la cité, où il se fait entendre par ses éclats de voix et sa passion de justice et d’égalité. Ici, tout est politique et source de débats. Cela peut être le laboratoire de notre projet. On a parfois l’impression qu’un Marseillais est toujours un insoumis, quel que soit son vote. Les idées que nous défendons y sont comme un poisson dans l’eau…

Quel est votre regard sur les premiers mois de Macron ? Est-ce qu’il y a des choses qui vous ont surpris ?

Cet homme, malgré ses sourires permanents, est un «social killer» à la communication très verrouillée. Son fanatisme économique me surprend parfois tellement il est la reproduction fainéante de solutions qui ont échoué partout. Il semble entouré de suprémacistes libéraux revanchards, biberonnés à la fraction la plus dure du Medef, qui veulent punir les milieux populaires. La mesquine suppression de 5 euros des APL pour 6,8 millions de Français les plus modestes, parallèlement à la volonté de réduire l’ISF pour les ultrariches en leur rendant 2,5 milliards d’euros, en est un exemple désolant. Je n’oublie pas aussi l’augmentation de la CSG qui va pénaliser 60 % des retraités. Mais surtout, il veut casser le code du travail, patiemment construit par des décennies de luttes sociales et des victoires électorales, et qui protège 18 millions de salariés et d’employeurs. Le dessein macronien c’est La République en marche… arrière ! Il veut ubériser la société française, faciliter les licenciements même abusifs, précariser les salariés, affaiblir les instances de représentation des personnels, inverser la hiérarchie des normes sociales, etc. Alors que la précarité se répand dans le pays, il veut la généraliser davantage. Nous verrons les contours précis de ses méfaits le 31 août [date de la présentation de la réforme du code du travail, ndlr]. Mais il faut craindre le pire. C’est pourquoi nous donnons rendez-vous le 23 septembre et que nous manifesterons le 12 à l’appel des organisations syndicales. Le pouvoir macroniste, malgré son arrogance de façade, est en réalité très faible. Ses idées sont minoritaires dans la société. Il n’a pas de base sociale réellement solide pour mener sa politique. Son aplomb repose sur un pouvoir présidentiel d’ordre monarchique et des institutions godillotes. Mais il n’est pas sûr que les 310 députés En marche soient prêts à affronter une contestation populaire.

Beaucoup prédisent une rentrée optimiste de l’économie française : merci François Hollande ou bien c’est déjà l’effet Macron ?

Arrêtez vos plaisanteries de mauvais goût. Le chômage a touché un million de personnes supplémentaires sous le quinquennat de François Hollande, le nombre de pauvres aussi a augmenté. Dire merci à cette politique et ceux qui l’ont impulsé serait indécent. Monsieur Macron était alors secrétaire général adjoint de l’Elysée puis ministre de l’Economie. Il en est aussi responsable. Aucune des décisions prises par les gouvernements précédent et actuel n’a le moindre effet positif pour l’emploi. Ils n’ont aucun grand projet économique pour notre pays et tournent le dos à toute bifurcation écologique. En Europe, toutes les études attestent que la prétendue reprise économique que vous évoquez profite essentiellement aux actionnaires. Et la France reste le plus gros pourvoyeur de dividendes. Il n’y a vraiment pas de quoi être optimiste sans intervention populaire pour changer tout cela.

Comment imaginez-vous le mois de septembre avec les manifestations au programme pour s’opposer à la loi travail ?

Nous jouerons notre rôle de force utile au peuple, en faisant connaître les dangers contenus dans la réforme du code du travail. Nous mènerons un travail d’éducation populaire dans le pays pour informer les nôtres, dans les quartiers et les lieux de travail. Nous utiliserons également l’hémicycle de l’Assemblée nationale pour nous faire entendre. Le mois de septembre doit être celui du grand refus populaire de la régression macroniste.

En mai, votre mouvement a réussi à se faire remarquer à l’Assemblée nationale avec des nouvelles têtes et vous avez clamé à plusieurs reprises que la France insoumise était la première force d’opposition. C’est un enjeu ?

La question ne se pose pas ainsi. Comme Jean-Luc Mélenchon l’a dit à la tribune de l’Assemblée, nous ne sommes pas seulement une force d’opposition à la politique du gouvernement. C’est un projet trop mince pour nous. Notre ambition dépasse cela. Nous sommes une force d’alternative au pouvoir en place, pour mener demain ce pays vers les choix écologiques indispensables et le partage des richesses nécessaire. Il faut nous préparer à diriger ce pays.


Est-ce qu’on peut imaginer des rapprochements entre votre mouvement, le PCF, les écologistes et le PS ?


La France insoumise se veut un mouvement ouvert et accueillant. Toutes celles et ceux qui veulent participer à sa construction sont les bienvenus. Mais il ne peut être question de revenir à une forme de cartel : la campagne de La France insoumise a montré l’aspiration à une forme nouvelle et souple et son refus du vieux monde politique en crise. Ensuite, nous pouvons mener des actions communes avec tous ceux qui veulent défendre le peuple face à l’oligarchie. Des additions ponctuelles peuvent avoir lieu comme notre saisine commune du Conseil constitutionnel sur les ordonnances. Mais la base de toute clarté est le refus de la politique de Macron. Or, le groupe des députés PS s’est très largement abstenu ou même a voté pour la confiance au gouvernement.

Certains souhaitent organiser des états généraux de la gauche d’ici à la fin de l’année, ça vous tente ?

Je respecte cette démarche mais je ne la partage pas. La France insoumise ne s’inscrit pas dans une perspective de reconstruction de «la gauche» ni de recomposition avec des forces qui se décomposent. Elle souhaite être l’outil du peuple français dans sa mobilisation pour apporter des solutions concrètes aux urgences sociales et écologiques auxquelles il est confronté. La question n’est donc pas pour moi de mettre son énergie dans un nouveau round de discussions à l’intérieur d’un espace qui ne veut plus dire grand-chose, avec des formules épuisées, mais de la projeter dans la société pour aider à la mise en mouvement populaire. Notre perspective reste de gagner les élections, pas de constituer une minorité un peu plus garnie.

Cet été, votre mouvement a été la cible de plusieurs critiques au sujet des événements au Venezuela. Certains vous ont accusés de garder le silence, d’autres de soutenir le président Maduro…

Ce harcèlement pour nourrir un minable «Mélenchon bashing» est ridicule. Avec d’autres membres de La France insoumise, nous passons notre temps depuis le début du mois d’août à parler du Venezuela mais on nous répète de façon mécanique, sans nous écouter, que nous gardons le silence. Absurde. La situation difficile du pays vient essentiellement de la lourde chute du baril du pétrole qui a entrainé des difficultés sociales réelles, malgré l’œuvre sociale considérable (lutte pour l’éducation, pour la santé, le logement, etc.) accomplie depuis 1999 sous l’impulsion de Hugo Chávez. Or une partie de l’opposition de droite, voire d’extrême droite, n’a jamais accepté que les plus modestes soient enfin considérés. Elle avait déjà initié un coup d’Etat contre Chávez en 2002. Elle a choisi depuis l’élection de Maduro une stratégie de la tension en utilisant les difficultés sociales, en multipliant les manifestations violentes et les actes d’intimidation pour renverser le gouvernement. Ces tentatives de déstabilisation sont bien sûr soutenues de l’extérieur. Les folles déclarations de Donald Trump, président des Etats-Unis, qui va jusqu’à évoquer une possible option militaire contre Caracas, sont la preuve de l’implication des officines de la Maison Blanche. Et c’est ce même Trump, celui qui banalise les manifestations néonazies, que le président Macron a invité le 14 Juillet. Sidérant.

Lors de la signature du Brésilien Neymar au PSG, vous êtes monté au créneau pour dénoncer les chiffres de son transfert. Depuis, vous avez vu ses premiers dribbles et buts ?

Que Monsieur Neymar soit un joueur de ballon de grand talent ne fait pas de doute. Mais faut-il applaudir les sommes délirantes qui circulent dans le football, notamment quand elles proviennent d’un pays où les droits de l’homme ne sont pas respectés comme au Qatar ? Là-bas, les femmes sont méprisées, les travailleurs maltraités et l’esclavage est encore une réalité, malgré les déclarations des rois du pétrole. Aucun des dribbles de Neymar ou de qui que ce soit ne me fera perdre ma conscience humaniste. Enfin, je continue de penser qu’une société où les sportifs (même talentueux) sont 10 000 fois mieux payés que ses savants, ses ouvriers, ses agriculteurs, ses enseignants, ses infirmières, ses poètes… est une société malade.

mercredi, 30 août 2017

août 17
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Europe 1 : Réussir le 23 septembre

mercredi, 16 août 2017

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Solidarité avec Radhia Nasraoui et Hamma Hammami

20170815_125928.jpgJ’ai eu l’honneur de rencontrer ce mardi 15 août à Tunis l’avocate Radhia Nasraoui actuellement en grève de la faim. Je suis allé lui apporter symboliquement le soutien fraternel et amical du groupe parlementaire de la France Insoumise et particulièrement de son Président Jean-Luc Mélenchon. Je lui ai remis notre programme L’avenir en commun dédicacé de mots de soutiens personnels par l’ensemble des parlementaires du groupe France Insoumise à l'Assemblée nationale. Après cette rencontre, j’ai répondu à des interviews pour des chaînes d’informations tunisiennes, même si le reste des médias locaux sont hélas assez silencieux sur cette affaire. Je crois pouvoir dire que j’apportais avec moi également le soutien de tous ceux qui en France se considèrent comme Insoumis. Lors de cette visite, j’ai pu aussi rencontrer d’autres dirigeants du Front Populaire comme Ahmed Essadik Président du groupe Front Populaire à l’assemblée nationale tunisienne (qui compte 15 députés) ou mon amie Mouna Mathari.

Il est important qu’en France tous les démocrates soient informés de la situation qui entraine cette action extrême et dangereuse pour la santé de cette militante exceptionnelle, inlassable défenseuse des Droits de l’Homme, connue dans son pays, mais aussi au delà, pour son engagement contre la dictature de Ben Ali et les violences policières passées et présentes. 


Radhia Nasraoui a débuté sa grève de la faim le 11 juillet 2017, c’est à dire 36 jours. Par cet acte grave, elle entend dénoncer la levée partielle de la protection policière de son mari Hamma Hammami, porte parole du Front Populaire et ex candidat à l’élection présidentielle en Tunisie en 2014 où il avait rassemblé 7,8% des suffrages (c’est à dire la troisième position derrière le candidat du parti Nidaa Tounes, devenu Président M. Béji Caïd Essebsi, et celui du CPR du président sortant M. Moncef Marzouki).


20170815_122327.jpgCette protection avait été mise en place par les autorités tunisiennes au lendemain des assassinats de deux autres leaders du Front Populaire, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi en février et juillet 2013. Quatre ans plus tard, les menaces terroristes à l’encontre de personnalités comme Hamma Hammami n’ont pas disparues, même si de nouveaux crimes politiques n’ont heureusement pas eu lieu. De l’aveu même du cabinet présidentiel, on sait que des groupes armés comme Oqba Ibn Ennafa ou Ansar El Charia (liés à Daesh et protégés dans le passé par Ennahda lorsqu’il était au pouvoir) le placent encore en haut des listes de leurs cibles potentielles. Pourtant, le président Béji Caïd Essebsi a décidé fin mai de restreindre sa protection, jusqu’alors assurée par la garde présidentielle, aux seuls événements publics ou quelques réunions. Il a décidé d’en confier la responsabilité au ministère de l’intérieur. Aucune raison n’a été avancée pour justifier cette modification. Le problème majeur est que la qualité de la protection n’est plus du tout la même. Elle n’est pas permanente et se limite à un accompagnement de Hamma lors de ses actions publiques planifiées à l'avance. Le reste du temps il lui est conseillé de rester chez lui. Ce n’est pas tolérable de préconiser cela à la troisième force politique du pays. J’ai pu constater par moi même, en me rendant à son domicile, cet état de fait inquiétant. Je ne veux pas livrer ici plus de détails qui mettraient en danger Hamma Hammami, mais je m’élève au passage contre les rumeurs, que je lis ici ou là ou qui se racontent dans certains milieux, qui sous-entendent qu’il dispose encore d’une protection policière 24/24h et que cette grève de la faim n’est qu’une action de communication du Front Populaire, dans un but de basse propagande, ou pire un caprice. Tout cela est faux, je l'ai constaté. Faux et indigne. 


Radhia et Hamma sont des militants courageux qui ont connu tous deux la répression sous la dictature. Ce dernier fut emprisonné de nombreuses années, souvent frappé par la police à diverses occasions et torturé gravement lors de sa détention. Ces militants extraordinaires de courage, qui ont risqué leurs vies pour leurs idées, ne mènent pas des actions à la légère pour attirer l’attention des médias vers eux. Toute leur vie témoigne de leur intégrité. Les courriers adressés par Radhia Nasraoui à deux reprises à la présidence de la république et au chef du gouvernement pour demander des explications suite à cette décision sont restées lettre morte. Pourquoi ? "C'est mon droit de savoir" clame-t-elle. Et elle a raison.


Il est clair que les motivations de la levée partielle de la protection de Hamma Hammami ressemblent à une punition d’ordre politique. Sa voix dérange vraisemblablement le paysage officiel qui semble ne vouloir que Ennadha comme opposition afin de figer une vie politique bipartiste :  le pouvoir en place ou les religieux. Mais les aspirations du peuple tunisien sont plus complexes. Les positions du Front Populaire dénonçant la politique de la coalition gouvernementale, ainsi que l’appel à des élections législatives et présidentielles anticipées suscitent de plus en plus la colère du régime. On peut donc imaginer qu’il s’agit de représailles pour faire peur et faire taire le Front Populaire. La rancoeur du gouvernement semble tenace depuis notamment que le groupe Front Populaire, appuyé sur une forte mobilisation de la société civile et aussi il est vrai de députés d’autres formations, ont rejeté en juillet 2015 le projet de loi, voulue par le Président, « relative à la réconciliation économique et financière », en clair une loi d’amnistie des corrompus et complices de l’ancien pouvoir qui s’étaient enrichis avec l’ombre de la dictature.


20170815_125937.jpgBien sûr la Tunisie se retrouve aujourd’hui face à de nombreuses difficultés qui ne se limitent pas à la sécurité de dirigeants politiques. Mais la démocratie et la libre expression de tous est la condition sine qua non pour que le pays avance. Nul ne doit avoir peur d’exprimer ses idées, en public ou dans les médias. On doit pouvoir dénoncer la corruption ou l'obscurantisme des religieux qui font de la politique. Les groupes religieux armés (et la porosité avec la frontière lybienne entraîne l'entrée d'armes illicites) sont toujours là comme une menace, la corruption progresse (elle se "démocratise" pourrait-on dire avec ironie) et cela préoccupe beaucoup la population. Les organisations qui ont exercé le pouvoir depuis la révolution sont secouées par de graves crises internes qui les ont affaiblissent. Et, dans ce contexte, bien des tunisiens pensent que le Front Populaire peut devenir à l’occasion des prochaines élections municipales la force en progression électorale. Est-ce aussi cela qui inquiète le pouvoir ? C’est une hypothèse crédible.


Je demande donc, comme tous mes amis, que le gouvernement tunisien entende la requête de Radhia Nasraoui. Jean-Luc Mélenchon et d’autres formations politiques françaises se sont déjà adressés au Président de la République tunisien. Nous attendons des réponses claires. Je demande également à la presse française de faire connaitre le plus largement possible cette situation. Logiquement, beaucoup de journalistes français avaient bénéficié de protection policière lorsque leurs noms avaient été retrouvés sur des listes de criminels djihadistes. Je forme le voeu que ces journalistes soient sensibles à l’inquiétude de Radhia et nous aident. Il ne s’agit pas ici de partager toutes les propositions du Front Populaire de Tunisie. On peut même être en radical désaccord mais seulement partager la volonté que cette voix originale, sociale, laïque et éprise de justice puisse se faire entendre sans risquer sa vie. 


Nous sommes nombreux à aimer la Tunisie et son peuple généreux. Nous ne voulons pas pleurer demain la mort d’un autre de nos frères. J’espère que nous serons entendus. La santé de Radhia se dégrade. Il faut agir vite.


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