Aujourd’hui, c’est le second tour de l’élection présidentielle au Chili. Le paysage politique en place y est terrible. D’un coté, un milliardaire représentant l’ultra droite libérale, soutenu par tous les secteurs issus du pinochétisme M. Sebastian Pinera, et de l’autre un Démocrate-Chrétien (qui ne se présente pas comme un homme de gauche), déjà président de 1994 à 2000 (et grand privatisateur de l'économie) M. Eduardo Frei, soutenu activement au premier tour par le PS chilien notamment (qui n'avait donc présenté aucun candidat). 

A mes yeux, ce « choix » est une insulte faite à toutes les consciences de gauche du monde, et particulièrement celles du Chili. Il ne doit rien au hasard ou à la fatalité. Il est la conséquence de la dégénérescence (franchement, je ne trouve pas d'autres termes) du PS chilien et de ses responsables. Ces gens là ont tué le Parti d'Allende pour le transformer en une officine de centre gauche, qui ne fait plus la distinction avec la Démocratie-chrétienne. Encore dernièrement, et plus d'une fois, ils ont affronté le mouvement social et raillé les syndicats. Ils ne sont plus rien d'autres qu'une boutique électorale, qui, avec ses alliés de la Concertacion a pu garder le contrôle du Parlement. Mais pour mener quelle politique ? Le seul ressort reste le barrage à la droite. Mais on risque de le voir demain, ce ressort ne fonctionne quasimment plus. A cause de cette faiblesse,  depuis des années maintenant et dans l'indifférence, plus de la moitié de la population et 85 % des jeunes ne votent pas, considérant qu'il n'y a rien à attendre des élections. Terrible et décourageant. Quel bilan affligeant, et quelle différence avec la Bolivie d'Evo Morales où lors du dernier scrutin, 3 millions de nouveaux électeurs se sont rendus aux urnes. 

Dont acte. Au Chili, la gauche est en miette et à reconstruire. Au boulot ! Mais en attendant (et parrallèlement), une autre chose me semble claire : il faut battre la droite et en premier lieu celui qui la représente le plus bestialement, M. Sebastian Pinera. Les descendants de Pinochet (même si je ne mets pas un signe égal entre la droite ultra libérale et le fascisme) ne peuvent revenir à la Moneda ainsi, en se prévalant d’une victoire électorale. C’est pourquoi je comprends mon ami Jorge Arrate, candidat au premier tour pour l’alliance de gauche Juntos podemos mas, qui appelle à battre la droite et donc à voter Frei. Mais attention, aucunes illusions ne doivent être entretenues. Si Pinera est battu ce soir, la gauche n’aura pas gagné pour autant. La gauche, la vraie, devra être une opposition au gouvernement de M. Frei. Je vous invite à lire toutes les critiques de mes camarades de PAIZ (Partido de Izquierda) sur l'indigence des 12 propositions de Frei pour le second tour. La rigueur de ce groupe qui s'engage avec force dans une bataille pour une Assemblée constitutante est indispensable au Chili de demain.

Ils ne sont pas les seuls. Désormais, le PC Chilien comptera trois députés au parlement. C'est historique. Sur les murs de Santiago et de Valparaiso, de longs bandeaux de papiers collés contre les murs saluent cette "entrée du peuple au parlement". C'est bien sût un point d'appui important. Ils joueront un rôle utile. Chacun des trois élus est un lutteur. Mais, et je ne doute pas que les communistes le savent, il faudra plus que cela pour faire respecter les aspirations profondes du peuple, et influer sur un gouvernement Frei s'il l'emportait. Aussi, j'espère que les communistes n'iront pas jusqu'à participer à un gouvernement de ce type.

Avant, d’aller plus loin dans les analyses, je viens d’apprendre que Marco Enriquez-Ominami, candidat lui aussi au premier tour, vient d’appeler depuis deux jours à voter Frei pour faire barrage à la droite. Jusque là, il n’avait donné aucune position personnelle, ce qui avantageait considérablement la droite, d’autant que certains de ses soutiens (certes une minorité) avaient même pris position pour Pinera !

Alors, qui va gagner ce soir ? Difficile à dire. Les sondages donnent tous Pinera vainqueur, mais l’écart s’est depuis peu beaucoup réduit (51 contre 49 %). Certains analystes considèrent même que la droite n’ayant aucun réservoir de voix après le premier tour (où elle avait obtenue 43 %), elle ne peut dépasser les 50 %. Réponse dans quelques heures.

Pour ma part ce dimanche soir à partir de 21h, avec quelques camarades du PG quiavons le Chili au coeur, je pense à Raquel Garrido (secrétaire nationale du PG chargée de l’internationale), Martine Billard députée de Paris ou d’autres comme mon ami Pierre Augier, animateur du PG Paris, nous serons entre l’ambassade du Chili et les différents lieux où les chiliens de gauche se réuniront dans l’attente des résultats. Pas de grandes joies en perspectives, juste l'espoir d'éviter de trop pleurer de rage. Puis, je profiterai de ce blog, pour donner demain, mon analyse sur le résultat définitif.

L'exemple chilien doit être médité par tous. Et bien sûr comme un contre-exemple. La gauche au pouvoir doit faire de la pédagogie politique. Les victoires culturelles précèdent toujours les victoires politiques et électorales. Par ce second tour qui me met tant en colère, je mesure à nouveau (et encore et toujours) que la force du capitalisme, ce n’est pas seulement un système de domination économique et social, c'est aussi domination idéologique. Au Chili, ce sont les bottes des militaires qui ont (re)imposé cet ordre à partir de 1973. Mais 37 ans plus tard, il n’est toujours pas brisé.

En ces heures si importantes pour l’histoire de ce pays si magnifique, je pense « aux nôtres », à Salvador Allende, à Miguel Enriquez, à Victor Jara, à Pablo Neruda, à tous ces hommes et ces femmes assassinés par les militaires… A eux, « Tous ces vaincus auquel une dette nous lie ».

Compeneros ! Presente, ahora y siempre !