Une-nouvel-obs.jpgJe me consacrerai particulièrement à la fin de ce billet au cas du philosophe Michel Onfray. Ce monsieur s’est comporté ces dernières semaines comme un gredin et a commis hier dans le Nouvel Observateur une double page contre Jean-Luc Mélenchon, au coeur d'un numéro "Collector" de dix pages, absolument indigne, en utilisant des méthodes de fripon. Il était en bonne compagnie.

Oui, il n’est hélas pas le seul. Cette charge s’inscrivait dans un ensemble plus général contre le Front de Gauche. C’est pourquoi hier, notre Directeur de campagne François Delapierre a fait une mise au point devant la presse. Certes, le constat fut sévère, mais pourquoi nous en faire reproche ? Nous avançons nos arguments et nos critiques à visage découvert. En avons-nous le droit ? En démocratie, cela me semble même indispensable. Les citoyens jugeront. La liberté de la presse est une chose précieuse. Elle doit être totale. Le droit de la critiquer également. Cette affaire n’est pas qu’une question théorique. Elle est aussi pleine d'émotion pour une conscience de gauche. Nous sommes tous des femmes et des hommes blessés de lire à notre encontre des choses qui nous semblent être des insultes humiliantes tellement elles sont caricaturales. Nous luttons pour la liberté et l’égalité entre les êtres humains, contre la peine de mort, contre le racisme, pour la paix, contre l’obscurantisme… et nous voilà moqués et injuriés de vile façon. Est-il possible de s’indigner ou sommes nous forcés de nous taire par crainte d’être à nouveau insultés comme censeurs ?

Mais, d’abord, pourquoi ces attaques ?

Il est connu que la bête blessée est toujours dangereuse. Nous en avons une nouvelle illustration ces derniers jours. Le système politique en place depuis près d’une trentaine d’années, avec sa sage répartition des rôles des uns et des autres, soutenu par l’existence d’un FN qui bloque tout changement, est vigoureusement ébranlé par la progression du Front de Gauche. Il se défend. Gare ! Il en devient méchant.

Aussi, depuis deux semaines, la tonalité de plusieurs journaux et éditos est : Haro sur le Mélenchon ! Feu à volonté ! De tous bords désormais les attaques pleuvent. Assez joué, semblent-ils se dire. Il est temps de rétablir l’ordre ancien. Ce dénommé Mélenchon, si prétentieux, qui veut tenir tête aux puissants, avec ses meetings de masse et son appel à une Révolution citoyenne, avec son autre partage des richesses, sa 6e République et son Assemblée constituante,  doit être remis à sa place. L’insolent fait trop de bruit. Même dans les quartiers bourgeois, le grondement qu’il produit, et l’espoir qu’il suscite, commencent à se faire entendre.

bastille.jpgJe crois que la haine de tous ces adversaires du Front de gauche vient d’abord de leur stupeur nous concernant. Longtemps, ils nous ont regardé de façon amusée. Ils pouffaient en nous écoutant. Ils voyaient en nous des femmes et des hommes pittoresques, un brin folklorique. La condescendance à notre égard leur servait de lunettes. Certains ont même cru nous instrumentaliser pour leurs misérables manœuvres. Leur esprit tordu les empêchait de nous entendre au premier degré. Intellectuellement, ils étaient incapables de comprendre notre véritable identité politique. Dans leur imaginaire, nous n’existions que pour « faire le jeu » de tel ou tel. Désormais que la chose devient sérieuse, nous les épouvantons. Ils ont compris. Nous sommes devenu une force majeure, en capacité de renverser ce régime pourri. Dès lors, cela ne peut plus durer. Des révolutionnaires sous cloches, que l’on peut visiter comme au musée, oui. Par contre, une grande force sociale pleine de vie, non. Pour décrire leur état d’esprit, il me revient en mémoire la phrase du si corrompu Mirabeau écoutant pour la première fois le jeune Maximilien Robespierre encore inconnu : « Il ira loin, il croit tout ce qu’il dit ». C’est cela, que les tenants du système semblent être en train de découvrir, contrairement à d’autres, nous croyons tout ce que nous disons.

AoRVpdBCIAEljvr.jpgCe faisant, je viens dès à présent d’utiliser une référence puisée dans la Révolution française ! Ah ! Nous y voilà. Je suis loin d’être le premier à le faire depuis le début de cette campagne électorale. Au contraire, il me semble parfois que la Révolution française y est omniprésente. Deux siècles plus tard, elle effraie encore ceux qui ont beaucoup à perdre. Ils ont raison. La braise n’est pas encore éteinte. Je dois être honnête, c’est nous, au Front de Gauche, qui avons réactivé sa mémoire, avec nos mots s'inspirant des Lumières, notre prise de la Bastille du 18 mars, nos symboles tricolores, nos références à Santerre le courageux chef de la Garde républicaine, nos bonnets phrygiens…C’est nous qui avons tout fait pour la réveiller. Ce ne fut pas si difficile, elle ne faisait que somnoler, consciente que bientôt elle aurait, une nouvelle fois, à jouer les premiers rôles. Oui, la Révolution française, la revoilà. Elle nous manquait tant. Certes, elle n’a pas encore retrouvé tout son éclat, toute sa splendeur, toute sa force, mais c’est bien elle qui revient.  Les partageux sont de retour. Bonne nouvelle !

Pas pour tout le monde manifestement. Pour beaucoup de défenseurs des injustices du monde, c’est intolérable. Et quelle déception. Depuis 30 ans, ils avaient cherché à enterrer toute référence positive à elle. Pour cela, particulièrement lors du bicentenaire en 1989, l’historien François Furet avait survolé tous les débats historiques concernant cet évènement majeur qui avait fondé notre nation. C’est Furet qui avait proclamé dans un de ses ouvrages « la Révolution française est terminée », sous entendu elle a accompli son œuvre et il est inutile d’espérer mieux. Il rajoutait à la conclusion d’un autre : « A travers la volonté générale, le peuple-roi coïncide désormais mythiquement avec le pouvoir ; cette croyance est la matrice du totalitarisme ». Tout était dit. C’est donc, selon François Furet, dans la Révolution française que sont nés fascisme, stalinisme et toute les horreurs de notre temps. Le message est clair : brave gens, à l’avenir, refusez toute Révolution ou vous fabriquerez aussitôt de la barbarie. Croyez les « historiens » : la Révolution française, cette boucherie sanglante et brutale, est la mère du communisme, qui est lui-même la mère du stalinisme qui a tué des millions de gens, etc, etc… CQFD. Hormis un gigantesque fleuve de sang, il n’y a rien de bon (et d’actuel) à retenir de tous ces épisodes. Voilà donc ce que fut, depuis plus de 20 ans, la doctrine de Furet et ses sbires. Je précise au passage que c’est dans les colonnes du Nouvel Observateur qu’à l’époque, elle a pu briller de ses mille feux !

Depuis, c’est dans cette école de pensée que puise l’essentiel de toutes les attaques qui nous visent. Ironie, la méchanceté, l’ignorance et la facilité font se retrouver, de manière peut être non volontaire, des forces politiques placées sur différents points de l’échiquier politique.

556806_marine-le-pen-et-bruno-gollnisch.jpgD’abord, il y a bien sûr le Front national de Marine Le Pen qui hurle aujourd’hui du retour du PCF et « son cortège de folie » qui serait selon elle, « ressuscité » par la seule UMP. Retenez l’argument, vous l’entendrez à  nouveau.  Le 10 avril, Louis Aliot déclarait sur BFM-TV : « l’idéologie de M. Mélenchon a fait 100 millions de morts et elle continue aujourd’hui en Corée du Nord, à Cuba et ailleurs ». Quelques jours auparavant, le 28 mars 2012, Bruno Gollnish avait écrit sur son blog : « Le public de Mélenchon est assez « traditionnel » de cette frange de l’électorat : fétichistes attachés aux gri-gri -drapeaux rouges,  poings levés, internationale, violence haineuse vis-à-vis des patriotes Français…- nostalgiques de la Terreur ou de la planification soviétique, extrémistes célébrant les 100 millions de morts du communisme, masochistes partisans de la disparition de la France et de l’Europe sous les vagues migratoires, syndicalistes et fonctionnaires bas de plafond, bobos ahuris… »

Le même Bruno Gollnish écrivait aussi le 8 mars : « Un Mélenchon décidemment sans-culotte qui, avec ou sans tablier, l’équerre, le compas ou la faucille et le marteau, préfère une nouvelle fois insulter les patriotes français de loin comme ce fut encore le cas lors de son dernier meeting à Rouen. Une manœuvre grossière pour faire oublier qu’il est bien une roue de secours du système, le candidat du parti de l’étranger, de la trahison des travailleurs français, le représentant de l’idéologie la plus sanglante du XXè siècle. » Aujourd’hui encore, il m’insulte, avec Mélenchon, sur son blog en véhiculant contre moi et d'autres camarades des calomnies absurdes. Mais, qui écoute cette baderne de Gollnish ? Depuis le 16 janvier 2011, il n'est plus qu'un has been qui doit regretter d'avoir été battu à le tête du FN, d'autant qu'il sait qu'il aurait fait mieux que la fille Le Pen.

Jusque là, rien que du classique me direz vous. Insulter la Révolution française, l’assimiler au stalinisme, aux meurtres, moquer la Franc-maçonnerie, etc. de la part de l’extrême droite, contre la gauche, c’est assez banal. Oui, mais le 2 avril, Gérard Collomb, le Maire PS de Lyon, déclarait  à son tour à propos de Jean-Luc Mélenchon : « le modèle qu’il défend, on l’a essayé en URSS et au Cambodge, ça ne marche pas. » Cela ne vous rappelle pas quelque chose ?

laurence-parisot-presidente-du-medef-avec-nicolas-sarkozy.jpgPuis, plus clairement, c’est le tour de Laurence Parisot la Présidente du MEDEF de déclarer : « Il y aussi des phases dans les révolutions qui sont terribles. Je trouve que Mélenchon est beaucoup plus l’héritier d’une forme de Terreur ».  Puis, lui emboîtant le pas, ce sont aussi les responsables d’Europe Ecologie Les Verts qui ont « cognés » contre le Front de Gauche en se moquant de ses références à la Révolution française. J’ai même lu dans l’hebdomadaire du NPA, un article qui comparait le style oratoire de Jean-Luc Mélenchon à celui de Robespierre  avec des mots qui n’avaient rien de sympathiques.

Maximilien Robespierre, la Terreur, etc… les gros mots qui donnent des sueurs froides aux bourgeois sont lâchés. Utilisés de la sorte, ils ne sont là que pour faire peur. Quelle honte. Il est donc nécessaire de faire une mise au point.

Liberté Egalité FraternitéQu’est ce donc que « la Terreur » au juste, dans la bouche de Mme Laurence Parisot ?  Vaste débat. On a bien compris que d’abord, pour elle, c’était la terreur pour son porte-monnaie et celui de ses amis. Mais, d’un point de vue historique, de quoi parle-t-elle ? Je suis sûr qu’elle aurait du mal à préciser son propos. Comme souvent avec d’autres mots utilisés par la droite et le patronnat, « Terreur » est un mot fourre-tout, vague, qui vise à faire comprendre que la Révolution fut une mauvaise chose. En revanche, pour les historiens sérieux, il est difficile de définir les contours historiques de ce terme. Aucun accord n’existe entre eux ni sur la durée, ni sur son ampleur, ni sur ses auteurs. D’abord, il est utile de rappeler que c’est la Révolution française qui a mis un terme à des siècles de violences et de terreur, ou les massacres et les exécutions et les tortures étaient monnaie courante de la part des Rois de France. Faut-il rappeler la répression des grandes Jacqueries, les guerres de religion, les ravages du Palatinat menés par les armées de Louis XIV en 1689 qui causèrent la mort d’au moins plusieurs dizaines de milliers de personnes et la destruction de nombreuses villes qui effrayèrent toute l’Europe ? Je souligne également qu’en 1789, sur 25 millions d’habitants on comptait au moins 3 millions de mendiants et qu’à Paris, plus de 10 % de la population était indigente. Oui, pendant des siècles la violence, qu’elle soit physique ou sociale, fut l’arme des tyrans et c’est pour sortir de cette violence que se produisit la Révolution française. Ce ne fut pas chose facile. On ne comprend rien à la Révolution française si l’on oublie que jusqu’au début de l’année 1794, la République est littéralement assiégée de toute part. Il faut même attendre le 26 juin 1794 pour que les armées révolutionnaires soient victorieuses lors de la bataille de Fleurus sur le front du nord. C’est, de  manière générale, dans ce contexte de guerre civile si particulier qu’est établi ce qu’il est convenu de nommer « la Terreur ». Solution extrême, il s’agit de lutter contre les « terroristes » qui oeuvrent contre la révolution. C’est regrettable, mais comment vouloir qu’un pays en guerre, n’ayant jamais connu la démocratie, affaibli, secoué de milles attaques, soit gouverné avec les méthodes d’un pays en paix. Cela n’a jamais constitué un modèle politique stable pour aucun jacobin. Robespierre, menacé de plusieurs tentatives d’assassinats, est alors assez réticent, et le lie systématiquement à la Vertu pour en limiter les errements. Il cherche a défendre la révolution qui peut vaciller et être anéantie, il agit à la fois contre les exagérés et les filous qui s’enrichissent à l’image notamment de Georges Danton.

Robi.jpgLes temps sont alors terriblement complexes. Les erreurs sont nombreuses, pour autant, Maximilien Robespierre fait partie de ces hommes intègres qui cherchent à défendre les acquis de la Révolution. Par exemple, il fut totalement étranger aux terribles massacres de septembre 1792. J’insiste, il est intellectuellement scandaleux d’affirmer que Robespierre fut l’inventeur de la Terreur. La vérité historique oblige de reconnaître qu’il sera même de ceux qui cherchèrent à en limiter la portée. Il fera tout pour que l’on frappe seulement les chefs des comploteurs et des contre-révolutionnaires. C’est pourquoi, pour marquer son désaccord, il ne participe plus au gouvernement avant le 9 thermidor au moment des grandes fournées de la guillotine. Sitôt après la mort de Robespierre, organisée d’ailleurs par ceux qui étaient beaucoup plus ultras dans la Terreur que lui, la répression continuera et certains historiens considèrent que la « terreur blanche » menée par les contre-révolutionnaires fit plus de morts encore. Alors oui, la période était violente. Oui, la Révolution française ne fut pas un colloque intellectuel durant lequel quelques sages personnes sont venues débattre du bien fondé de changer de régime. L’Ancien régime s’est rudement battu pour défendre ses intérêts. Mais, faut-il donc tout assimiler et tout salir ? Faut-il refuser de comprendre la complexité de ce temps et son œuvre ? Comment ne pas voir la portée universelle de cette grande Révolution qui fut entendu dans le monde entier ?

robespierre01.jpgEt surtout, pourquoi insulter nominativement Maximilien Robespierre ? Personne au Front de Gauche n’en fait un modèle indépassable, une icône intouchable, un exemple à reproduire. Bien sûr, beaucoup des actes de Robespierre, avec le recul de l’histoire, sont hautement critiquables et furent de funestes erreurs. Bien sûr la Révolution s’est emballée sous la pression d’évènements tragiques. Mais il est absurde de considérer que Robespierre en fut l’unique responsable. Faire de la sorte relève du révisionnisme historique. Beaucoup de ceux qui accablent Robespierre sont des ignorants. C'est lui, Maximilien Robespierre qui, pour la première fois à la mi-décembre 1790, employa la devise « Liberté, égalité, fraternité », devenue depuis celle de notre Nation toute entière. C’est lui qui fut le premier défenseur du suffrage universel et de la souveraineté populaire. C'est lui qui intervint avec force pour l’abolition de l’esclavage et la fin des colonies. C’est lui qui défendit aussi la liberté de la presse et demanda même dès 1791, en vain, l’abolition de la peine de mort. A ce sujet, savez vous que c’est grâce à ses interventions personnelles et répétées, que 73 députés girondins, mis en accusation, eurent la vie sauve en 1793 ?C'est lui encore qui, le premier, exigea que l'on accorde la pleine citoyenneté pour les juifs et les comédiens. Sensible à la question sociale, il souhaitait des lois qui « garantissent à tous les membres de la société les moyens d’exister ». Sa conception de la République était exigeante, il défendait l’espace politique de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Homme politique entier, législateur philosophe, « l’incorruptible » dut faire face à des temps difficiles où notre pays était déchiré par des invasions d’armées étrangères, de nombreuses trahisons et secoué par une terrible guerre civile. Maximilien Robespierre fut effectivement un des acteurs de ce qui est nommé « la Grande Terreur ». Mais de quoi parlons-nous exactement ? D’une période de deux mois du 10 juin au 27 juillet 1794 causant la mort de 1366 personnes. Je n’éprouve aucun plaisir à l’existence de cette sombre page historique, je suis  farouchement opposé à la peine de mort. Mais, la période était d'une rare brutalité et cela ne s’est d’ailleurs pas arrêté à la mort de Robespierre. A ce titre, Thermidor n’est pas une sortie de la Terreur, mais sa continuation avec d’autres protagonistes, d’autres vainqueurs et d’autres vaincus, un changement de projet politique et non un changement de moyen politique. Il en fut ainsi pendant des décennies qui suivirent. Adolphe Thiers, quand il réprime la Commune de Paris en 1871 fait exécuter 23 000 personnes pour la seule semaine sanglante. La haine contre Robespierre est essentiellement née d’une réécriture de l’histoire de la Révolution française de la part de contre-révolutionnaires. Phénomène nouveau en 2012, elle semble être véhiculée par des gens se réclamant de la gauche. Cette réécriture sert aussi à calomnier l’idéal communiste.

180587_le-directeur-du-nouvel-observateur-laurent-joffrin-le-15-avril-2011-a-rennes.jpgSi j’ai pris le temps de ce long détour historique, c’est que le Nouvel Observateur de cette semaine réactive tous les clichés les plus hostiles contre le Front de Gauche. Sur dix pages, l’insulte sur papier glacé est mise en valeur. Les arguments, guères originaux, sont directement puisés dans la musette conjointe du MEDEF et du FN, et autres adversaires politiques de tout poil. La ligne est la suivante : les idéaux du Front de Gauche ont fait couler du sang. On a bien compris que l'opération vient directement de la rue de Solférino dans le but de redonner un peu d'air à François Hollande. Mais la méthode est détestable. Dès l’éditorial de Laurent Joffrin rédacteur en chef du Nouvel Obs, le ton est donné. Après un hommage à la social-démocratie, il écrit « Le communisme, lui, a surtout légué au mouvement ouvrier des millions de morts. Quant aux trotskysme, d’où vient Mélenchon, il n’a jamais rien produit de tangible ».

Cette phrase est honteuse car M. Laurent Joffrin, homme cultivé et d’ordinaire précis, connaît ses classiques. Ici, il n’écrit pas « stalinisme » mais bien « communisme ». Pour lui, c’est le communisme qui a produit des millions de morts. Rien de moins. Avec de telles simplifications, M. Joffrin devrait écrire la même chose pour toutes les religions à commencer par le catholicisme qui initia les croisades, et surtout à propos du capitalisme qui provoqua tant de conflits mondiaux. Evidemment, il ne le fera pas. Je m’arrête sur un détail. Concernant le trotskysme M. Joffrin n’y voit aucun intérêt. C’est son choix. Mais, c’est pourtant grâce à une poignée d’hommes comme Léon Trotsky qu’une possible critique de gauche, fidèle au combat révolutionnaire pour l’émancipation, du stalinisme fut pensée, forgée et maintenue à travers l’Histoire. Ceux qui, comme Joffrin ont tressé des couronnes au monarchiste antisémite Soljenitsyne dans les années 70 pour son « Archipel du goulag », auraient mieux fait de lire par exemple « La Révolution trahie » de Trotsky qui, dès les années 30, dénonçait avec lucidité, mais de façon si isolée, l’enfer stalinien. Mais, il était minuit dans le siècle.

cohn-bendit-et-sarkozy_394.jpgLe reste du «dossier » est construit ainsi d’une façon tout à fait objective. Dans un article de trois pages, jamais, aucun responsable du Front de Gauche n’est interrogé. Par contre, on donne la parole à tous ceux qui ont une vacherie contre Mélenchon. Contre lui : Open bar ! Une page explique même que nous serions liés à Nicolas Sarkozy via Patrick Buisson car, tenez vous bien, ce dernier connaît Jean-Luc Mélenchon depuis l’époque où Buisson animait une émission sur LCI et où Jean-Luc était parfois invité. Eclairant, non ?  Mélenchon, agent actif du sarkozysme, il fallait y penser. Au fait, tiens, Marine Le Pen a dit la même chose aujourd’hui à l’AFP. Je n’exagère pas. Cet article affirme à partir d’indices bien minces,  que nous épargnerions Sarkozy dans nos attaques. Je suis assez sidéré de cette affirmation. De honte, la plume de l’auteur glisse un peu par la suite. Certes, reconnaît l’article, Mélenchon tape régulièrement sur le bilan politique de Sarkozy « mais rien sur l’homme » nous dit-on. Oui, et alors ? Cela fournirait la preuve d’une connivence évidente avec l’UMP et le Front de Gauche. Absurde. D’autant plus absurde que la page suivante, on retrouve l’incontournable Daniel Cohn-Bendit (qui a son rond de serviette au Nouvel Obs) pour traiter Mélenchon de « grand timonier » (faut-il rappeler que c’est ainsi que l’on nommait Mao Tsé Toung ?) ayant de façon inquiétante une « obsession du tout Etat ». Sous entendu, c’est un totalitaire. Je passe sur ces injures systématiques. Je m’amuse juste de préciser que le même Cohn-Bendit déclarait en 2009 à l’émission A vous de juger face à Arlette Chabot : «Je l’avoue, j’ai conscience de pouvoir choquer quelques âmes sensibles en ayant la faiblesse penser que l’antisarkozysme monomaniaque auquel s’adonnent certains n’est que le reflet du sarkozysme qu’ils entendent dénoncer (..) Je crois qu’il y a chez lui une conscience ». La page précédente, on nous expliquait que ne pas attaquer « l’homme sarkozy » est la preuve d’une compromission entre le Front de gauche et l’UMP. On s’y perd.Cohn-Bendit reste un ami de Bernard Kouchner qui fut Ministre de Sarkozy et la presse a plusieurs fois raconté qu’il a, durant le quinquennat, dîné avec Nicolas Sarkozy. Qu’aurait-on dit si Mélenchon avait fait de même ? J’entends d’ici les cris. Bref, quand Buisson respecte intellectuellement Mélenchon, c’est la preuve d’une connivence avec la droite. Par contre, que Cohn-Bendit ait eu, après 2007, des relations soutenues avec le Président Sarkozy, n’empêche pas la rédaction du Nouvel Obs de lui offrir une tribune régulière pour faire la leçon à toute la gauche. Pouah !

 

Voilà enfin la double page de M. Onfray. Pour beaucoup qui l’appréciaient, elles marqueront sans doute le crépuscule d’une idole. Pas pour moi néanmoins. D’abord, je voudrais dire que ce Monsieur m’était apparu assez suspect, lorsqu’il y a quelques mois, alors que nous étions engagés dans un rude affrontement avec Marine Le Pen, il avait jugé bon de dire d'elle qu’elle « subvertissait » le discours de son père et qu’elle avait même « un discours que la gauche aurait dû défendre ». Michel Onfray affirmait aussi qu’elle défendait la laïcité. Rien que ça. Avec un tel bonhomme à nos cotés, jamais nous n’aurions fait reculer le Front national et ses idées. Pour faire reculer les idées du FN, ses manoeuvres sournoises, M. Onfray et non seulement inutile, mais il est même dangeureux. Alors qu'il devrait être précis dans ses mots, ceux qu'il emploie contre le FN sont à double tranchant. Il est d'ailleurs logique que cet extrait trouva une place de choix sur des sites d'extrême droite. Onfray plonge dans tous les pièges qui lui sont tendus. Logique, en réalité cet homme n'est pas un politique mais un intellectuel mondain, fasciné par sa propre notoriété médiatique.

 Ecoutons le à propos du FN.


Michel Onfray : Marine Le Pen a raison par Bara-k


 

L’article qu’il commet donc dans le Nouvel Obs est abject de la part d’un homme cultivé. Normal, c'était le but. Faire mal. Tout y passe. Nous serions complaisant envers le régime iranien, et donc suspect d’antisémitisme, alors que nous l’avons toujours condamné et critiqué les gouvernements latino-américains qui l’ont reçu. Nous serions fascinés par Cuba, alors que Jean-Luc Mélenchon a répété que le modèle Cubain n’était pas un exemple pour la France et que nous défendions partout la liberté de la presse et le droit de vote. Je n’avais pas souvenir que M. Onfray fut si sensible à la question cubaine quand il soutenait en 2007 Olivier Besancenot qui lui, faisait de Che Guevara, un modèle encore d’actualité. Ici, la tête me tourne. Et puis vient le Tibet, où le refus de voir édifier le modèle obscurantiste des Lamas comme système politique devient inadmissible au chantre de l'athéisme. Au passage, comme il l’avait déjà fait à la Télé, M. Onfray se moque de la Franc-maçonnerie. Hé, hé, pourquoi se priver d'une petite saleté.. Jusque là, je n’avais entendu que Bruno Gollnish faire de la sorte contre Jean-Luc. A vraii dire, ce n'est pas nouveau, le 17 mars, il avait déjà dit lors de l’émission de Laurent Ruquier : « On sait qu'il est franc-maçon. Je pense qu'avec son tablier, il a l'air aussi ridicule qu'un Tibétain ! » Je ne doute pas qu’au FN, on rit aux éclats de ce genre de plaisanteries. Et puis, dans cet article du Nouvel Obs vient ensuite  la nécessaire insulte à nos références à la Révolution française. M. Onfray s’indigne que nous osions citer « Robespierre et Saint-Just, plus célèbre dans l’exercice de la Terreur et de la guillotine que dans celui de l’extension des libertés ». Il dit même de Robespierre « qu’il envoyait à tour de bras les humains à l’échafaud, dont les athées ». Ici, Onfray délire complètement. C’est la lecture la plus réactionnaire de la Révolution française qu’il nous propose dans ces lignes. A-t-il seulement étudié la Révolution française ? J’en doute. Une telle ignorance est préoccupante.

288-1-170.jpgTout le reste de l’article n’est qu’injures et provocations du même tonneau. Point d’orgue, il se conclue par le fait que M. Onfray, après avoir donné sa longue leçon de pureté révolutionnaire, votera blanc face à Sarkozy. Incroyable ! Ses mains pures d’intellectuels n’iront pas à se tâcher à voter pour des gens qui n’ont pas sa hauteur de vue. On se dit qu’à part lui, il n’imagine personne digne de recueillir son bulletin. C’est irresponsable. Evidemment, une telle opinion ne choque personne à la rédaction du Nouvel Obs. Un homme qui invite les gens de gauche à ne pas voter contre la droite, ne fait pas du tout le jeu de Nicolas Sarkozy. Bien sûr.

Mais, le pire à mes yeux avait eu lieu la veille sur France 2, quand insultant une nouvelle fois Mélenchon à l’occasion de l’émission « Ce soir ou jamais », Michel Onfray s’indignait que l’on ait reproché à Jean-Marie Le Pen de citer Robert Brasillach, mais que l’on ait rien dit quand Jean-Luc Mélenchon citait Robespierre dans ses discours. Je suis estomaqué. Cet argument a été utilisé à l’identique par Louis Aliot il y a quelques semaines. Le savait-il ? De plus, comment comparer un collaborateur antisémite qui appela à arrêter les juifs et leurs enfants pour les déporter, avec Maximilien Robespierre qui, je l’ai dit précédemment, fut le premier à réclamer la pleine citoyenneté pour les juifs ? Cette comparaison m’indigne. Si les grandes figures de la Révolution française ne valent pas mieux qu’une ordure antisémite, alors pourquoi défendre l’héritage révolutionnaire ? Si l’homme qui forgea la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » est le jumeau du rédacteur en chef de « Je suis partout » alors l’Histoire de France plonge dans les ténèbres.

 

imagesCAZU7CJR.jpgJe termine. On a le droit de critiquer le Front de Gauche et Jean-Luc Mélenchon. On a le droit de changer d’opinion. Mais le faire comme le fait M. Onfray est indigne. En refusant de comprendre le moment historique dans lequel nous sommes, en préférant s’émerveiller de « l’évolution » du Fn et en organisant une tournée médiatique pour flétrir Mélenchon, Michel Onfray sait ce qu’il fait et à qui il est utile. Je le laisse avec sa conscience. Sans lui, les femmes et les hommes qui soutiennent le Front de Gauche chasseront Sarkozy et participeront lucidement à la construction d'un monde meilleur.

 

Malgré toutes ces attaques, il reste une semaine pour écrire une des plus belles pages de l'histoire de la gauche. Ripostons et restons concentrés.