La bataille idéologique et politique contre le Front national continue. Elle ne cessera pas et prendra différentes formes. Pour le Front de gauche, c’est une tâche qui doit être portée par toute la gauche, mais force est de constater que nous sommes quasiment les seuls à la mener. J’exagère ? A peine en réalité. Je sais bien que ce combat est aussi mené courageusement par des associations et différents réseaux militants qu’il faut saluer. Mais je maintiens que dans le champ politique bien peu d’organisations et de responsables nationaux tiennent tête idéologiquement au discours du parti d’extrême droite. Aujourd’hui, cet affrontement s’est déplacé sur le terrain judiciaire, mais il reste un affrontement politique déguisé.

 

Je vous laisse d’abord regarder et écouter la déclaration de Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui sur les marches du Palais de Justice de Paris alors qu’il sortait du bureau de la juge, accompagné de Me Raquel Garrido son avocate, qui précise après lui le contexte et les enjeux de cette convocation.


Jean-Luc Mélenchon accompagné de son avocat Me... par PlaceauPeuple
Me Raquel Garrido, avocat de Jean-Luc Mélenchon... par PlaceauPeuple

 

Ce qui s’est passé aujourd’hui au Palais de Justice n’est donc pas secondaire dans cet affrontement politique. C’en est une nouvelle étape qui ne doit désorienter personne. Je dois rappeler quelques éléments et le contexte politique de l’époque des faits pour une bonne compréhension de tous les enjeux de la contreverse. En mars 2011, Marine Le Pen a attaqué en justice Jean-Luc Mélenchon lui reprochant, dit-elle, d’avoir utilisé lors d’une interview réalisée le 5 mars par I-Télé, le terme de « fasciste » pour la caractériser. Ce jour là, Jean-Luc Mélenchon qui participait à une manifestation pour le droit des femmes, organisée trois jours avant le 8 mars, avait été convié à réagir à chaud à un sondage réalisé par l’Institut Harris Interactive pour « Le Parisien » qui plaçait Marine Le Pen en tête de tous les candidats au premier tour de l’élection présidentielle avec 23 % des intentions de vote ! Un autre sondage réalisé le lendemain lui accordera même 24 %. Les mêmes attribuaient 21 % à François Hollande et Nicolas Sarkozy et 5 % à Jean-Luc Mélenchon. Une fois la stupeur passé, il était immédiatement accompagné d’un autre sondage qui assurait Dominique Strauss-Kahn, encore Directeur du FMI, était le seul candidat qui permettrait que le PS soit au second tour.

 

Photo_002.jpgChacun connaît la réalité du résultat le 22 avril dernier, et qui fut réellement candidat, et pourra ainsi juger du sérieux et la rigueur de ces estimations. Elles n’étaient pas seulement farfelues, elles avaient surtout une claire fonction politique. Laquelle ? Provoquer la stupeur et l’étonnement et donc modifier la réalité. C’était signé Furax. Certains se chargèrent aussitôt de donner à ses estimations hasardeuses une lourde fonction selon leurs intérêts personnels. Les amis de DSK augmentèrent derechef la petite musique assurant que seul leur champion pouvait sauver la gauche et faire reculer le FN. Il fallait donc « faire appel à Dominique pour qu’il fasse son devoir ». Des associations bidons directement pilotées par les réseaux jeunes strauss-kahniens essayaient péniblement de monter des initiatives « contre un nouveau 21 avril » pour convaincre que seul DSK était l’homme de la situation. La suite, on la connaît. Mais, il est utile de se rappeler combien Marine Le Pen sitôt élue Présidente du FN a été l’instrument de manœuvres honteuses pour faire venir dans la campagne électorale le Directeur du FMI. J’ai dans l’idée que Nicolas Sarkozy voyait cela d’un très bon œil puisque j’ai lu, ici ou là, qu’il considérait M. Strauss-Kahn comme son candidat préféré au PS, sachant qu’il pourrait le détruire par la suite par différentes affaires peu dignes, vrais ou fausses, qu’il gardait sous le coude. D’autant que le FN aussi haut servait aussi d’argument pour éviter toutes candidatures dissidentes à droite et cela était aussi fortement utile à Sarkozy.

 

Photo_005.jpgParallèlement, François Hollande (mais avec lui également Martine Aubry, Benoît Hamon, etc…) profitait à son tour de la situation pour dire qu’il ne fallait surtout pas une multiplication de candidature à gauche et que tout le monde devait se rassembler derrière « le candidat de gauche le mieux placé » (c'est-à-dire lui, bien entendu) au risque de « faire le jeu » du FN. Nouvelle instrumentalisation que l’on nomme généralement sous l’expression « l’appel au vote utile ». Enfin, je tiens à préciser que les socialistes ne furent pas les seuls à entretenir ce climat. Chez EE-LV enfin, ceux qui doutaient de l’utilité d’une candidature indépendante à l’élection présidentielle (vous voulez des noms ?) croyaient voir là argument en leur faveur et assurer en coulisses qu’il valait mieux mijoter un accord avec le PS pour avoir des députés, plutôt que de s’engager vigoureusement derrière une ou un candidat écologiste. Etc…

 

Il est donc saisissant de constater avec le recul, combien différentes forces, à priori opposées, avaient alors intérêts en ce mois de mars 2011 que la candidate FN fut très haute dans les sondages. Evidemment, tout ceci eu pour conséquence immédiate que Mme Le Pen bénéficia d’une campagne de presse sans précédent. Elle devenait au centre de toutes les attentions. Je rappelle enfin que nous étions en pleines élections cantonales dans la moitié du pays. Le scrutin précédent, les régionales du 14 mars 2010, avaient attribué 11,4 % au FN (certes avec une abstention de 53%). La seule élection de Marine Le Pen à la présidence du FN en janvier 2011 lui aurait donc permis, selon Harris interactives, de plus que doubler ses voix à l’élection présidentielle ? Qui pouvait croire à un tel scénario ?

 

Au passage, il est piquant de constater que le Fn qui a parfois osé se plaindre du fait que le Front de Gauche était valorisé dans les sondages au détriment du FN, a été au contraire régulièrement sur évalué dans quasiment tous les sondages et le Front de Gauche au contraire, nettement sous évalué. Refermons cette parenthèse.

 

Photo_004.jpgPersonne, ou presque, n’éleva la voix contre le caractère fumeux de ces sondages et leurs conséquences profondément antidémocratique puisque manipulant l’opinion. Personne n’osa démonter la manœuvre grossière qui se mettait en œuvre et dont les implications furent lourdes durant la campagne. Personne, sauf bien sûr Jean-Luc Mélenchon. Voici donc intégralement ce qu’il a réellement répondu le 5 mars alors devant la caméra d’I-Télé qui lui demanda de réagir à ce sondage publié à la une du Parisien et si il y croyait : « Non, tout ça est une guignolisation de la politique qui est absolument invraisemblable. Pourquoi voudriez-vous que le peuple français soit le seul peuple qui ait envie d’avoir un fasciste à sa tête ? Pourquoi seraient-ils comme cela les français ? Donc, tout cela est une espèce de fabrication par les instituts de sondage qui mettent des coefficients multiplicateurs  et qui espèrent de cette manière avoir quelque chose à vendre et créer de l’actualité. Voyez, vous qui faites un métier et moi qui fait le mien, nous sommes en train d’en parler alors que c’est aussi stupide que si on annonçait que le père noël est en tête ».

 

Petit détail. J’attire déjà l’attention sur le fait que Jean-Luc ne mentionne jamais le nom de Marine Le Pen dans sa réponse. Ce n’est pas totalement secondaire. Il évoque même « un » fasciste au masculin. Il parle donc en termes généraux des menaces qui pèsent sur notre pays si on utilise et instrumentalise l’extrême droite pour en réalité, valoriser tel ou tel candidat appelé comme un « sauveur » par son camp. Ce qu’il décrit essentiellement, c’est un processus politique à terme, une dangereuse manipulation, une dégradation de la vie politique qui peut faire courir par la suite tous les dangers.

 

Avec-67-65-des-voix-Marine-Le-Pen-succede-officiellement-a-son-pere-a-la-tete-du-parti_scalewidth_630.jpgPour le Front de Gauche, on ne joue pas avec l’extrême droite. A fortiori en période de crise. On ne doit pas jouer à valoriser, essentiellement pour vendre du papier et de l’info, un parti comme le FN. Sinon, à terme, l’addition sera très douloureuse. Ceci étant dit. Je ne tournerai pas autour du pot. N’en déplaise à Marine Le Pen, le terme de « fasciste » est une caractérisation politique que l’on doit pouvoir utiliser dans le débat. Les oreilles de Mme Le Pen doivent souffrir d’entendre quelques vérités. Premièrement, son élection comme présidente du FN n’est pas une rupture idéologique avec le passé  de ce parti fondé par de nombreux collaborateurs. C’est avec le soutien plein et entier de Jean-Marie Le Pen, qui cite encore Robert Brasillach en exemple (cet écrivain collaborateur antisémite qui se réclamait du fascisme) qu’elle a été désignée et jamais publiquement elle n’a pris la moindre distance avec son père. Ensuite, voici d’autres exemples en vrac. Le FN a eu par le passé des relations soutenues avec le MSI Italien qui se décrivait lui-même comme « néo fasciste ». Le logo du FN, la flamme tricolore, est directement la copie confirme du logo du MSI italien. Lors de la précédente mandature au Parlement européen, Mme Le Pen a siégé pendant près de deux ans, dans un groupe en compagnie de Madame Alessandra Mussolini, petite fille du Duce qui défend publiquement l’œuvre de son grand père.

 

alexandre-gabriac-salut-facho_1301222367.jpgAutre argument, en mars 2011, le FN a encore dans ses rangs des militants comme Alexandre Gabriac, Conseiller régional Rhône Alpes, candidat aux élections cantonales, d’inspiration néo nazis et qui organise des soirées où l’on fait le salut romain devant le drapeau nazi (C'est celui à droite sur la photo. Sympa comme Conseiller régional, non ?). Il faudra que la presse « révèle » cela, pour que le FN fasse le ménage en catastrophe et se sépare de ce furieux. Je précise toutefois que le Conseiller régional Gabriac siège encore dans le groupe FN Rhônes-Alpes. Nos camarades du Front de Gauche élus là-bas avaient signalé depuis longtemps l’existence de ce personnage. Un parti qui le désigne comme candidat n’aurait donc aucun point commun avec le fascisme ? Enfin, plus fondamentalement, le FN partage avec ceux qui ont essayé de fonder un « parti fasciste à la française », je pense au PPF de Jacques Doriot, de nombreux points communs. La haine du mouvement ouvrier organisé, une détestation des syndicats, un anticommunisme primaire, etc… Ils partagent aussi des slogans : « Ni droite, ni gauche, français ! » « Les Français d’abord » etc…

 

Bref, on peut donc considérer au vu de tous ces éléments et encore d’autres, que le Fn est un héritier de cette extrême droite, de cette « droite révolutionnaire », qui participa à la fondation de ces expériences de parti fasciste à la française. Ceux qui me diront que Marine Le Pen n’ayant pas fait de déclarations antisémites, ne peut être vue comme fasciste, se trompent. L’Histoire nous a appris que les premières années, le fascisme italien n’était pas antisémite.

 

On doit donc pouvoir discuter de ce qu’est le FN. C’est aux politiques de le faire, éclairés notamment par les historiens. Ce n’est pas à la justice de trancher de tels débats. Car enfin, c’est un comble, le FN réclame depuis longtemps l’abrogation de la loi Gayssot qui sanctionne le négationnisme du génocide organisé par les nazis particulièrement contre les juifs d’Europe. Il réclame cette abrogation au nom de « la liberté d’expression ». Mme Le Pen a réaffirmé le 23 mai 2012 sur LCP qu’elle était encore favorable à l’abrogation de cette loi (même si elle est plus discrète que son père ou Bruno Gollnish sur le sujet). Donc, si l’on suit le raisonnement de Mme Le Pen et ses amis, les historiens négationnistes doivent bénéficier d’une totale liberté d’expression, même pour défendre les thèses les plus ignobles. Mais, les femmes et les hommes politiques doivent se tenir à carreau. Elle a même soutenu publiquement des journalistes comme Eric Zemmour lorsqu’il était sanctionné par la justice pour avoir tenus des propos considérés comme discriminatoires, toujours au nom de « la liberté d’expression ». Mais, par contre les femmes et les hommes politiques ne peuvent bénéficier de cette totale liberté d’expression pour faire des caractérisations politiques, liées d’ailleurs à l’histoire des partis. On voit bien que l’attitude de Marine Le Pen est absurde et contradictoire.

 

FmDIH.jpgLa réalité est donc que nous sommes dans un combat frontal avec le FN et qu’elle veut nous faire plier en utilisant la justice contre nous. Elle veut nous faire tomber à genoux d’épuisement. Nous sommes son principal, et quasi unique adversaire. J’insiste là dessus. Ce n'est pas une bouffée d'orgueil de ma part. Il faut noter qu’elle nous attaque nous, mais n’engage aucune procédure contre par exemple Bernard-Henri Lévy qui a dit d’elle que « elle est encore plus fasciste que son père » ou encore contre Libération dont la une il y a quelques jours caractérisait aussi les nouveaux cadres du FN comme des « Néo mais fachos ». Elle veut donc « banaliser » le FN pour permettre demain des alliances avec la droite. Pour cela, il faut nous faire taire. En cela, elle est aussi fortement aidée par l’UMP (et le silence du PS). On l’a vu encore dernièrement entre les deux tours des élections présidentielles. L’action en justice de Marine Le Pen contre Jean-Luc Mélenchon a donc une haute signification politique. Si la présidente du Fn venait à gagner, cela signifierait désormais qu’à l'avenir aucun responsable politique, aucun journal, aucun média, ne pourraient faire le lien d’une manière ou d’une autre, entre son parti et le fascisme. Elle aurait gagné. Je prends les paris qu’elle attaquerait ensuite pour interdire de la considérer comme d’extrême droite.

 

Ne la laissons donc pas réaliser son « plan com’ » tranquillement. Pouvoir nommer l’adversaire, c’est déjà le combattre. Perdre la bataille des mots aujourd’hui, c’est peut être perdre ensuite la bataille politique demain.

 

Toute la gauche doit s’en mêler, doit s’exprimer. En attaquant Jean-Luc, Marine Le Pen attaque tous les militants de gauche. Elle veut les faire taire. Là encore, il serait utile que différents responsables politiques de gauche manifestent leurs soutiens. Le sectarisme ne profitera qu’à l’extrême droite. Je suis convaincu que des voix ne vont pas tarder à s’élever. Du moins, je veux y croire.

 

Amis du PS, d'EELV, du NPA, de toute la gauche... tous ! Exprimez vous ! Venez nous soutenir. Solidarité avec Jean-Luc Mélenchon !