lorant-deutsch1.jpgLe débat à propos de mon vœu sur le livre de Lorant Deutsch a eu lieu cet après-midi au Conseil de Paris. Que les Fédérations FN, le Bloc Identitaire, les sites catholiques intégristes qui avaient pris publiquement la défense de M. Deutsch (certains même en proposant une pétition à signer !) et les quelques dingues qui m’envoient des messages menaçants via mon blog, se rassurent, mon vœu a été rejeté à la fois par les élus UMP, Nouveau Centre et Modem, mais aussi par les élus socialistes et Europe Ecologie – Les Verts. Tous unis contre les élus Front de Gauche en défense de M. Deutsch ! Bravo.

 

Je dois l’avouer, ce débat d’une quinzaine de minutes n’a pas été un moment de grande dignité intellectuelle et politique. Je regrette par exemple qu’en guise de réponse argumentée à mes remarques, l’adjointe au Maire de Paris, Mme Danielle Pourtaud, ait fait une intervention pour l’essentiel hors sujet. Je regrette aussi que la droite m’ait insulté, ridiculisé, comparé à un censeur et un adorateur de régime totalitaire. Cette façon grotesque de caricaturer mes propos n’honore pas ses différents auteurs.

 

Une heure avant, sur l’antenne de RMC, dans l’émission d’Eric Brunet, M. Deutsch a eu aussi des propos moqueurs et mêmes blessants à mon attention ainsi que celle des historiens qui, comme moi, critiquent son ouvrage. Je vois bien la stratégie qu’utilise M. Deutsch. Il veut mettre en place le paysage médiatique suivant. Je suis un sectaire stalinien, une brute épaisse qui veut interdire, sans doute par folie ou jalousie, lui est un sympathique personnage passionné d’histoire, qui veut seulement faire partager sa passion à ses concitoyens. Et pour preuve ultime, les historiens qui partagent mes critiques ne sont que des simples « étudiants » en mal de reconnaissance.

 

Jusque là, malgré les désaccords avec son ouvrage, je dois avouer que je trouvais M. Deutsch plutôt sympathique. Je dois dire à présent  que dans sa façon de me répondre, je découvre un personnage curieusement méprisant, jouant au faux naïf, et qui a bien du mal à supporter la critique le concernant. Réagirait-il de la même façon si un critique de cinéma ou de théâtre venait à écrire un article négatif sur ses prestations professionnelles ? Le traiterait-il de « stalinien du cinéma » ou « d’étudiant en critique de théâtre » en mal de reconnaissance qui veut se faire de la publicité sur son succès ? Tout cela n’est donc pas très sérieux. D’autant que M. Deutsch a finalement le droit de considérer ma critique comme n’étant pas à sa hauteur, mais que pense-t-il de celle écrite il y a plus d’un mois par M. Pierre Assouline, (à lire ici) journaliste reconnu et membre du comité de rédaction de la revue Histoire, n’ayant rien à voir avec le Front de Gauche ? J’ai bien compris qu’il veut utiliser mon engagement politique assumé et public comme épouvantail, afin de dire en quelque sorte à ceux qui écoutent : « tout cela n’est qu’un règlement politique de gens intolérants. Concernant l'Histoire, vous avez le choix entre un héritier de Joseph Staline d'un coté et un trucculent acteur bondissant de l'autre.. ». Pas mal, bien joué Lorant. Mais, manque de bol pour lui, il existe des historiens qui sont choqués par sa méthode de travail, par ses sources approximatives et discutables, par ses postulats idéologiques et religieux omniprésents. Il en est aussi qui vont le défendre sans doute. J'entends parler de Stéphane Courtois qui semble prêt à monter au créneau, mais cet historien est connu pour son anticommunisme virulent. Avoir pour soutien Courtois, c'est une signature politique.

 

Malgré ces différentes railleries qui me ciblent, je continue de penser que « Le Métronome » ne doit pas être considéré, notamment dans les écoles publiques, comme un ouvrage de référence sur l’histoire de Paris. N’en déplaise à M. Deutsch, je le dis sans détours et presque avec tristesse : il ne le mérite pas. Il peut même être dangereux pour certains enfants si ils le lisent sans recul. Car c’est surtout une histoire « deutschisée », pétrie d’erreurs et de légendes puisées dans les convictions religieuses de son auteur, et il n’a pas à être promue par la Ville et le service public.

 

Bien entendu, M. Lorant Deutsch doit pouvoir écrire et s’exprimer comme il l’entend. Il n’a jamais été question de le censurer ou de l’interdire. Pourquoi d'ailleurs me faire ce faux procès ?  Par contre, lui et ses soutiens doivent aussi accepter que l’on fasse entendre une voix critique dissonante. Il a tellement été louangé pendant des mois et des mois que cela le surprend, mais ainsi est la vie. Je suis sidéré de constater que dans cette affaire c’est moi que l’on veut faire passer pour un censeur autocrate, alors que ceux qui me font ce reproche ont des moyens financiers de promotion sans commune mesure avec les miens. Triste époque.

 

Je diffuserai très vite sur ce blog la vidéo de ce débat. Chacun pourra apprécier la « qualité » des arguments qui m’ont été avancé. Je ne veux pour l’heure surtout pas les déformer. Ils parleront d’eux-mêmes. La droite a réclamé franchement cet après-midi en séance à que la Ville continue la promotion du « Métronome ». Les bras m’en tombent.

 

Pour l’heure, je retranscris en intégralité le texte de mon intervention, en rappelant que j’avais droit à une simple minute pour m’exprimer !

 

431018_10150523653941759_643666758_9139093_1480207705_n.jpg« Mes chers collègues,

 

Je ne ferai pas la liste de toutes les erreurs et affabulations que contient l’ouvrage, de M. Lorant Deutsch, « Le Métronome ».

 

Inventions pures et simples, mauvaises interprétations très discutables, légendes et mythes racontés sans aucune mise à distance… je pourrai y passer l’après midi.

 

Je veux parler par contre de la façon dont se transmet l’Histoire et de la liberté d’expression.

 

Le succès du livre de M. Deutsch est le symptôme de deux choses contradictoires. D’abord, il traduit une soif de connaissance de l’Histoire de la Ville. C’est évidemment une bonne chose.

 

Mais, il est regrettable qu’ici, cela aille de pair avec une vision de l’Histoire approximative, fumeuse, ayant pour « parti pris » une nostalgie assumée de l’Ancien régime, totalement déformée par les convictions spirituelles de l’auteur qui rapporte, parfois durant des pages entières, sans aucune mise en garde ni recul, des légendes pures et simples, inventées et colportées depuis des siècles.

 

Nous voulons mettre en garde contre cette histoire écrite par les nouveaux camelots du Roi qui squattent les plateaux TV, qui n’est en réalité que « camelote des Rois ». Oui à l’Histoire, non au catéchisme d’Ancien régime.

 

Nous serions des censeurs ? Mais, il va de soi que M. Deutsch a le droit d’écrire ce qu’il veut et nos concitoyens ont le droit d’acheter les ouvrages de leur choix.

 

Nous refusons que soit valorisé, salué par la Ville, décoré par son Maire, invité dans les écoles publiques en présence d’élus et de représentants du Rectorat, financé par le service public de télévision, les tenants de cette histoire « peopolisée» « bling-bling » , tant à la mode désormais, qui méprisent la République et la Révolution française…

 

C’est là que réside la nouvelle censure : l’ultra médiatisation des uns, le silence pour les autres.

 

Souffrez donc d’entendre notre voix critique, elle est bien peu de chose par rapport à la puissance médiatique de M. Deutsch depuis deux ans.  C’est la voix qui vous dit : valorisons la culture, la recherche et la connaissance et refusons l’obscurantisme. »