Bon, je reviens sur le débat qui a opposé hier soir sur France 2, Jérôme Cahuzac, Ministre délégué en charge du budget, à Jean-Luc Mélenchon. Même si j’ai déjà publié un billet ce jour sur les plans de l’Eglise catholique concernant les écoles privées, j’en publie un nouveau sur cette actualité brûlante. C’est la lecture d’une certaine presse qui m’y oblige car les petits communicants de Euro RSCG payé par le Ministre ont manifestement quelques beaux relais dans la presse. Normal après tout.



[Intégrale] Mots croisés du 07-01 à 22h55 par francetvinfo

nous_on_peut072.jpgLe débat d’hier animé par Yves Calvi à Mots croisés soir fut exemplaire. Il marque selon moi une étape importante dans l’histoire de la gauche. Je fais le choix de le prendre au sérieux et avec gravité. Il n’a rien de marginal. A présent, chaque socialiste et électeur de gauche doivent le méditer. Dans le glorieux passé de l’histoire du socialisme au sens large, de grandes controverses ont déjà traversé la gauche. Jean Jaurès et Jules Guesde se sont opposés en leur temps. Il y en eu d’autres, bien d’autres encore, comme François Mitterrand et Michel Rocard à leur manière dans la deuxième partie des années 70. La différence est qu’il semble que chaque fois l’écart idéologique et politique sembla s’élargir entre les deux acteurs à travers le temps et l'évolution du capitalisme. Le balancier semblait aller de plus en plus vers la droite d’un coté. Et, ce mouvement de creusement entre les deux s’est approfondi encore et toujours et ceci était vrai également sur le plan international et notamment européen. La soirée d’hier en fut une nouvelle démonstration. Qui peut le nier ? C’est une des difficultés de notre siècle. C’est au peuple de la régler, par ses votes et ses mobilisations. Aucun petit jeu truqué au sein d’un appareil vermoulu ne le règlera. Le désaccord est si profond qu’il est absurde de le nier et qu’il est désormais impossible d’obtenir des synthèses bricolées qui ne seraient que capitulation et compromis pourri. Il faut connaître les rapports de force au sein de la gauche et surtout du peuple qui parfois doute et s’abstient, abasourdi. Qui est majoritaire parmi nos concitoyens ? Quelle gauche veut le peuple de gauche ? Celle de Mélenchon et du Front de gauche, ou celle de Cahuzac et les sociaux-libéraux qui partout dans le monde où elle s'applique échoue dramatiquement. Tout le reste n’est que broutille, inexistante sur la plan idéologoque, sans influence réelle ou satellites inutiles.

 

Je considère qu’hier soir, la teneur des débats entre Cahuzac et Mélenchon fut de cette dimension. Ne sombrons donc pas dans la facilité en disant que Jérôme Cahuzac est un homme de droite. Certes, il en a furieusement l’air et fait tout pour leur ressembler, y compris dans ces attitudes et ses sourires satisfaits. Si le style, c’est l’homme. Le sien est limpide. Mais, j’abandonne les polémiques sur les insultes de M. Cahuzac. Elles n’amusent que les crétins. La seule réalité qui nous intéresse est de constater qu’il existe encore des femmes et des hommes de gauche qui votent pour lui et ses amis. Généralement, j’affirme qu’ils le font sans enthousiasme, uniquement pour battre la droite. Sans « vote utile » que pèse électoralement un Cahuzac. Bien peu. De ce point de vue, le débat d’hier soir fut utile et éclairant. Ces votes pour le PS sont-ils réellement pour la ligne économique développée hier soir par le Ministre délégué au budget ? Je suis sûr que non.

 

Jerome-Cahuzac-et-Jean-Luc-Melenchon_pics_390.jpgJe suis convaincu pour avoir encore rencontré ce matin encore de  nombreux socialistes, que la « ligne Cahuzac », qui est celle du gouvernement Ayrault/Hollande, place la grande majorité du peuple de gauche dans un grand malaise. J’affirme ici que si aucun sympathisant du Front de Gauche ne fut troublé par les arguments de Jérôme Cahuzac, des centaines de milliers de sympathisants socialistes sont en revanche abasourdis par ses propos, si loin de leur opinion profonde. En revanche, en écoutant Jean-Luc Mélenchon, ils ont à nouveau entendu avec précision et talent la voix de la gauche consciente des enjeux du 21e siècle, écologiste, sociale et républicaine, et surtout capable d’affronter la finance, vraiment. C’est pourquoi Jean-Luc Mélenchon l’a emporté haut la main hier soir.

 

Le plus étonnant pour moi et que Cahuzac ne cherche même plus à faire semblant. Dans un tweet moqueur, hier, je l’avais comparé à un chirurgien esthétique qui voulait transformer le visage de la politique du gouvernement pour en faire un visage de gauche. Mais, non. J’avais tort. Il ne cherche même plus à le faire. Il ne maquille plus rien. Pour lui, les objectifs traditionnels de la gauche : le partage des richesses, la défense des salariés, le dégoût des profits financiers, etc… C’est terminé. Pour lui, le capitalisme ne produit aucun conflit d’intérêt et de contradictions que l’on nomme depuis longtemps « la lutte des classes ». Lui, il n’y croit pas, n’y a jamais cru et il l’assume goguenard. Dont acte. Mais cela a des conséquences politiques. Il est absurde de vouloir « pousser plus à gauche » une telle orientation. Il est inutile d’être l’aiguillon pour les faire aller plus vite. Ils ne vont pas dans la bonne direction.

 

603016_4796526483946_82330132_n.jpgPour rétorquer à la cohérence de Jean-Luc Mélenchon, M. Cahuzac (d’une arrogance confondante, mais c’est un autre sujet. Quoique) n’avait finalement qu’un seul argument : « Vous êtes un homme seul ». C’est petit et absurde et à plus d’un titre. Si Mélenchon était un « homme seul » pourquoi alors le si important Cahuzac accepte-t-il de débattre avec lui ? Pourquoi dire d’un homme qui représente des groupes parlementaires, des milliers d’élus, 4 millions de voix, un énorme courant de sympathie dans le pays à tel point qu’il est selon les enquêtes en 20e position des hommes et femmes préférés des français, qu’il est un « homme seul » ? Pourquoi dire au candidat qui a obtenu 11,1 % des suffrages qui ont été déterminante pour battre la droite au second tour, qu’il est seul ? Comment ne pas voir que Mélenchon fut celui qui a rassemblé les plus grands meetings durant la présidentielle et notamment 120 000 personnes le 18 mars 2012 à la Bastille ? Qui lui a conseillé un tel argument ? Quel communicant absurde a cru cela malin ? M. Cahuzac est-il à ce point enfermé dans son arrogance de puissant qu’il ignore cette simple réalité ? Bien sur que non. La vérité est que pour empêcher que des millions de femmes et d’hommes aient la possibilité de faire de la politique, de choisir, en toute conscience, quel type de gauche ils veulent, la sienne ou celle de Mélenchon, il n’a plus qu’un seul argument terrible : vous n’existez pas, aucun choix n’est possible à gauche, il n’y a que moi. Fin de la politique. Circulez. Et puis enfin, chers socialistes, mettez-vous d'accord. Il y a quelques jours, le député PS Jean-Christophe Cambadélis a pronostiqué "En 2013, les socialistes seront seuls". Alors ? Qui croire ?

 

L’heure des clarifications est donc arrivée. Il en va de l’avenir de notre pays, la France. C'était cela la toile de fond du débat de Mots croisés. A tous mes amis, encore militants socialistes ou non, qui enragent de la direction prise par ce gouvernement, qui se désespèrent d’entendre M. Jérôme Cahuzac pétarader sur les plateaux TV pour vanter la politique budgétaire actuellement menée, qui s'indignent de l'entendre dire que "je n'ai jamais cru à la lutte des classes",  que la grande réforme fiscale est terminée, etc... je leur dit que le choix est désormais clair : si tu es de gauche, en 2013, t’es Cahuzac ou t’es Mélenchon ?

 

Post-scriptum : Je viens d'apprende qu'une enquête préléminaire vient de s'ouvrir à propos de "l'affaire Cahuzac" suite aux articles de Médiapart. La justice va travailler désormais. J'ignore le résultat. Mon opinion personnelle est que l'on ne peut être Ministre du budget en exercice et se défendre en même temps dans une affaire qui concerne précisément le secteur dont vous êtes le ministre. Il y a là un conflit d'intérêt manifeste... Ce n'est pas tolérable pour une conscience républicaine.