C’est inédit, mais sans doute pas exceptionnel à l'avenir. Des députés UMP viennent de déposer un projet de loi (cliquer ici pour le lire) avec le FN demandant la reconnaissance d'un "génocide vendéen" datant d'il y a deux siècles. Ce concept fumeux est l'invention d'un historien marginal M. Reynald  Secher, lié à la droite extrême et catholique. Elève de Pierre Chaunu, ce professeur de la Sorbonne qui détestait la Révolution, invité d'initiatives de l'Action Française ou de Chrétien Solidarité de l'ex FN Bernard Antony, M. Secher a inventé ce terme en 1985 par pure provocation malsaine. Déjà en 1987, Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnish avaient sauté sur l'occasion et présenté un projet de loi quasi indentique à l'Assemblée nationale. Nouvelle preuve, s'il le fallait, que le FN ne change pas. 

 

En réaction à cette tentative de forfaiture historique et idéologique, j’ai envoyé le communiqué de presse ci-après.

 

Dans la seconde partie de ce billet, je publie un extrait d’un chapitre du livre que nous avons co-écrit  Laurent Maffeis et moi même, au titre de « Robespierre, reviens ! » (Editions Bruno Leprince) qui me semble donner quelques éléments de réponse aux calomnies que contient le PPL. Je trouve ces lignes d'autant plus pertinentes qu'elles ont été écrites par mon ami Laurent.

 

Communiqué de presse

 

425px-Mort_de_Bara_-_Jean-Joseph_Weerts.jpgPour la première fois des députés UMP et FN font un projet de loi commun. Il a bien évidement pour ciment la haine de la Révolution.

 

Cette proposition de loi (PPL) déposée par sept députés UMP, dont un ancien ministre, et Mme Marion Maréchal-Le Pen (FN), demande que soit reconnu un « génocide vendéen en 1793-1794 ». C’est un acte grossier de manipulation historique, indigne de parlementaires français.

 

Indigne, car il est frauduleux d’utiliser le terme de « génocide » pour qualifier les conséquences de guerres civiles qui dureront jusqu’en 1796, incompréhensibles si l’on oublie le contexte et les graves difficultés que rencontrait la République naissante. Ce vocabulaire inadapté est une vieille ruse idéologique de l’extrême droite pour calomnier la Révolution française et banaliser les génocides bien réels du 20ème siècle. Il ne devrait pas avoir sa place dans la bouche de parlementaires républicains.

 

Indigne, car les mêmes qui proposent ce PPL, et qui veulent « tripatouiller » l’histoire de la Révolution française, refusent que notre pays soit lucide sur notre histoire coloniale récente, inventant le mot de « repentance » quand des historiens et des élus réclament seulement la vérité historique.

 

Indigne enfin car Mme Marion Maréchal Le Pen a défilé dimanche dans les rues de Paris aux cotés d’un antisémite et négationniste, M. Nick Griffin, sans que cela ne pose manifestement de problèmes à ses co-signataires UMP.

 

Ce PPL absurde a tout de même un mérite : mettre à jour la jonction idéologique qui s’opère entre UMP et FN.

 

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Chapitre 2 de « Robespierre, reviens ! » (extrait - page 27)

 

Violence de l’État dans le contexte de la guerre

 

couv_Robespierre.jpgLa violence venue d’en haut, et en particulier celle qui peut être imputée à Robespierre, fut la violence exercée par l’État dans un pays en guerre. En 1793-1794, période où se concentre le « procès » fait à Robespierre, la guerre n’est pas une menace lointaine comme elle l’est aujourd’hui quand la France livre par exemple bataille en Afghanistan.

 

En 1793, la guerre est une menace très directe. Des villes entières sont occupées par les armées prussiennes, autrichiennes et britanniques : Valenciennes au Nord, Longwy et Verdun à l’Est, Toulon au sud etc. D’autres villes ou régions sont insurgées militairement comme Lyon ou la Vendée. Sans mesures d’exception, le pays aurait été occupé et dépecé par les coalisés. Et il n’est même pas certain que la République et la France existeraient encore. Or à chaque fois que la France, ou d’ailleurs n’importe quel pays, est envahi, il ne peut se défendre sans appliquer des mesures d’exception. Cela n’a rien d’exceptionnel ou de nouveau dans l’histoire. C’est d’ailleurs prévu dans les constitutions démocratiques elles-mêmes, sous la forme de l’état de siège ou de l’état d’urgence. D’un strict point de vue juridique et comp­table, le régime d’exception qu’a connu la France en guerre sous la Révolution de 1789 à 1794 fut beaucoup moins liberticide et meurtrier que lors d’autres guerres.

 

Sous la Révolution, le Parlement ne cessa jamais de fonctionner. Il n’y eut jamais de censure préventive et systématique. Les tribunaux militaires ne remplacèrent pas tout le système judiciaire civil. C’est pourtant tout ce qui se produisit par exemple sous la Première guerre mondiale. Mais, personne ne propose de jeter aux poubelles de l’histoire les responsables politiques de l’époque, comme George Clemenceau.

 

C’est pour­tant ce procès que l’on fait à Robespierre en l’accusant d’avoir théorisé « la Terreur ».