Il y a quelques jours, ne
supportant pas que le Front de Gauche élève la voix pour exiger des sénateurs
PS l’adoption d’une loi d’amnistie, sans trop l’édulcorer, pour les syndicalistes et militants condamnés
ces dernières années, un dénommé Luc
Carvounas, secrétaire national du PS en charge des relations extérieures, a
dit de Jean-Luc Mélenchon qu’il
était « un petit Robespierre de
mauvaise facture ». Bigre. Pour
ma part, ma première réaction fut de me dire, mais pourquoi dit-il « petit » et « de mauvaise facture » ?
Car, pour le reste, se faire comparer à « l’incorruptible », à celui
qui sauva la République, et qui fut tout sauf un dictateur solitaire, n’est pas
une insulte à mes yeux. Je ne plaisante pas. A ce sujet, je vous renvoie au
livre « Robespierre, reviens »
(Edition Bruno Leprince) que nous avons écrit Laurent Maffeis et moi et publié en septembre dernier.
Évidemment, dans la bouche de Carnouvas, on devine qu’il pense que c’est une énorme injure, presque un gros mot, qui essaye de faire mouche et franchement c’est affligeant. Dans son brouillard intellectuel, Robespierre, c’est sans doute quelque chose entre Benito Mussolini et Hannibal Lecter, c'est-à-dire le mélange entre un fasciste et un tueur psychopathe. Je caricature à peine.
Le style c’est l’homme, dit-on.
Et, celui de Carvounas est pitoyable. Le choix de cet angle d’attaque est
révélateur de la dégénérescence idéologique de nombreux responsables du PS et
aussi de l’inculture de ce monsieur. Ou plutôt non, cet homme n’est pas
inculte, dire cela n’est pas convenable, mais il a la même culture et les mêmes
références que la droite. A ce rythme, la prochaine fois, il va nous traiter de
« rouge » ou de « partageux », ou peut être de
« salopard à casquette »
comme disait la bourgeoisie dans les années 30 contre les ouvriers.
J’ai découvert que ce Carvounas était un proche de Manuel Valls et fut même son Directeur de campagne durant la primaire socialiste où l’on se souvient que l’actuel Ministre de l’intérieur a recueilli 5 % des suffrages socialistes. Beau succès. En récompense, ce petit apparatchik droitier est devenu sénateur et même depuis peu Maire d’Alfortville (que le PS dirige depuis 1947). Et c’est à ce bonhomme que le PS a confié ses « relations extérieures ». Au secours !
Le plus grave à mes yeux, c’est bien le manque d’originalité ! En 2013, quand le responsable des relations extérieures du PS veut polémiquer avec le PG, il utilise immédiatement et spontanément les arguments classique de la droite… et même de l’extrême droite, hostile depuis des siècles à la gauche et à la Révolution française. C’est à pleurer, mais il n’est pas capable de dire autre chose.
M. Carvounas sait-il qu’au mois de juin dernier, quand Jean-François Copé a voulu flétrir et calomnier Jean-Luc Mélenchon, il l’a déjà comparé à Robespierre quasiment dans les mêmes termes que lui ? Ce fut également le cas de Laurence Parisot et Marine Le Pen qui ont aussi comparé Jean-Luc à Robespierre. Logique, car utiliser le nom de Robespierre comme une insulte est une idée qui ne peut germer que dans un esprit de droite.
Et sur le fond, que veut dire Luc Carvounas ? Que
sous-entend-il ? Que Robespierre était un dictateur sanguinaire ? C’est à
cette « légende noire » forgée par la droite depuis deux siècles
qu’il juge pertinent de comparer Jean-Luc
Mélenchon. Mais, ce responsable PS de seconde zone sait-il que Jean Jaurès, régulièrement cité dans
les congrès PS, et qui par exemple donne le nom à la Fondation liée au PS, se
réclamait avec chaleur de Maximilien
Robespierre ? Sait-il que Jaurès a écrit une volumineuse « Histoire socialiste de la Révolution
française » où il prend la défense de Robespierre ? Sait-il qu’il
insulte aussi tous les communistes qui font de Robespierre une figure majeure de
leur panthéon révolutionnaire ? Mais, notre individu se moque de cette histoire de la gauche et du mouvement ouvrier révolutionnaire. Pire, il la piétine et a dû lire en son temps le livre de son mentor Manuel Valls, où ce dernier disait qu'il préfère Georges Clémenceau faisant tirer sur les ouvriers en grève que Jean Jaurès qui prenait leur défense. Allez essayer de comprendre l'action de Robespierre et des Jacobins avec de telles références. Bref, ce que dit Carvounas n’est pas
sérieux pour une conscience de gauche.
Alors, on s’interrogera. Pourquoi fait-il cela ? Dans quel but ? La réponse est double : pour se faire remarquer et diviser le Front de Gauche. L’un et l’autre. C’est évident qu’il veut combler son absence de notoriété par une agressivité constante et maladroite contre Mélenchon et le Front de Gauche. Mais, il poursuit aussi l’objectif de faire entendre, à un an des municipales, une petite musique affirmant qu’il y aurait d’un coté un raisonnable PCF dont il se sentirait très proche, puisqu’il affirme qu’on ne peut glisser « une feuille de papier à cigarette » entre lui et son homologue communiste, et le vilain et sectaire PG conduit par un tyran. M. Carvounas répète à l’envie en parlant de l’action de Ayrault et Hollande : « Il n'y aura pas d'autre gauche, en revanche, il peut y avoir l'autre droite ». Donc, pour lui, toute critique du gouvernement actuel fait le jeu de la droite. Admettons que c’est assez rustique, mais à Solférino, petit univers de daltoniens politiques binaires, on ne perçoit que ce qui est blanc ou noir. Qu’importe.
C’est là que nous entrons dans un débat de grande
importance qui fut abordé lors du Conseil national du Front de Gauche ce samedi
et auquel j’ai eu le plaisir de participer. Il était notamment présidé par Martine Billard et s’est déroulé en
présence de Pierre Laurent et de tous
les principaux animateurs nationaux des composantes du Front de Gauche. Bousculant
un peu l’ordre du jour initial, une discussion fut engagée par mon camarade Eric Coquerelqui posa un débat
stratégique majeur pour l’année qui vient. La façon dont nous nous positionnons
vis-à-vis du PS, qui met en œuvre la politique d’austérité, était, vous l’aurez
compris, la toile du fond de son propos. Dans ces conditions, être solidaire les
uns des autres au sein du Front de Gauche et refuser toute attaque de la part
du PS contre l’un d’entre nous est un enjeu collectif. Notre force, c’est notre
unité. Nous ne sommes pas les vassaux dociles du PS. Celui qui vise l’un des
chefs du Front de Gauche doit recevoir une volée de bois vert de notre
collectif. Notre parole est libre et elle doit être compréhensible. Nous
faisons entendre haut et fort que nous refusons les capitulations et
renoncement de ce gouvernement. Nous ne caressons pas, nous ne minaudons pas,
nous incarnons la colère qui monte. Si ce n’est pas nous, d’autres s’en
chargeront ou bien les nôtres s’abstiendront. Dans ce contexte, nous n’avons
pas compris pourquoi le porte-parole du PCF a cru pertinent de prendre ses
distances, dans Libération, avec Jean-Luc
Mélenchon pour des propos qui mettaient la pression sur les sénateurs PS à
la veille du vote sur la loi d’amnistie. Cette maladresse, quelle que soit
l’intention première de l’auteur, a pris immédiatement un contenu politique. Le
message que reçoit l’Etat major PS est qu’il est peut-être possible d’insulter
le candidat à l’élection présidentielle du Front de Gauche sans que le PCF ne prenne
sa défense. A qui cela profite-t-il ? Là dessus, je vous invite à lire un billet de mon camarade François Delapierre. Que veulent ceux qui laissent
Jean-Luc Mélenchon se faire insulter ? Si ce porte parole, que tout le
monde s’accorde à juger le meilleur d’entre nous à ce poste difficile, se voit
affaibli, à qui cela profitera-t-il ? Alors, disons les choses
franchement. Quand Luc Carnouvas se
moque fondamentalement des communistes en répétant qu’ils sont, eux et lui, sur
la même longueur d’onde, ce qui est faux et archi-faux, ne serait-il pas plus
utile pour le porte-parole du PCF de remettre un peu de clarté en tirant
les oreilles de ce monsieur plutôt que de prendre ses distances avec Jean-Luc
? Que les naïfs ouvrent les yeux. Derrière
tout cela, il y a une question stratégique importante dont tout le monde aura
compris l’enjeu à un an des municipales. Je l’ai dit clairement samedi, à Paris
par exemple, lors des municipales de 2014, il faut des listes autonomes du Front de Gauche au premier tour. Mon
opinion est donc que tous les chiens de garde qui veulent diviser le Front de
gauche doivent immédiatement prendre un petit coup sur la truffe pour calmer leurs ardeurs et rejoindre leurs
niches. Sinon, ils vont aboyer de plus en plus fort et montrer les crocs.
Pour conclure, je reviens à Luc Carvounas. Pour se faire remarquer par l’ensemble de la direction PS et par le locataire actuel de l’Elysée comme quelqu’un qui tient tête à Jean-Luc Mélenchon , il en rajoute tant et plus. La bêtise de cet homme est aussi indiscutablement poussée par une chose : le zèle débordant envers ceux qui l’ont mis à ce poste et la volonté de se faire remarquer pour, qui sait, un jour, progresser dans l’univers PS. Belle ambition.
Le zèle pour plaire aux puissants et à ses maîtres est pourtant contraire à toute démarche d’émancipation. Le 21 janvier 1793, Jean-Baptiste Cléry, le valet de Louis XVI qui l’accompagna en prison pour le servir, dit au roi quelques heures avant son exécution : « Ah ! Mon maître, si mon zèle a pu vous être agréable, donnez-moi votre bénédiction ».
On imagine aisément, qu’après sa petite attaque, Luc Carvounas a reçu avec satisfaction la bénédiction de Manuel Valls ou, qui sait, de plus haut encore ! Son zèle leur est tellement agréable, qu'il mérite récompense, non ?
Valet du roi ou Incorruptible, à chacun de choisir son modèle. Faisons passer le message.

Post-scriptum :
Demain, mardi 5 mars, avec la majorité des organisations syndicales il faut manifester contre le scandaleux accord "Made in Medef" officiellement nommé Accord National Interprofessionnel (ANI) qui risque de dynamiter le code du travail. Faisons de cette journée une énorme succès. Cette manifestation est une preuve supplémentaire que le sujet abordé plus haut n'est pas une controverse étroite entre partis politiques, mais concerne des millions de salariés qui n'acceptent pas l'action du gouvernement.














Commentaires
Merci à Alexis Corbière pour cette mise au point.
Ce Carnouvas est un cumulard extrêmement médiocre qui grenouille avec Robert Hue dans un mépris total du PCF. Nos amis communistes devraient effectivement mettre les choses au point.
http://danielfleury.overblog.com/fr...
http://www.letang-moderne.com/artic...
En plus, il est vrai que Carnouvas a un petit air de Docteur Lecter...
Le PS, une nouvelle fois lâche ses épagneuls à la con et pour une fois Alexis aborde le sujet avec plus de relâchement . c'est très cool et frais.
Le PS passe encore pour une guignolerie, çà devient récurrent. Pas de pitié avec des lâches et traites à la cause de gauche!
ENFIN !
Alexis aborde avec beaucoup de clairevoyance le petit problème de communication du PCF et notamment son manque de clarté lorsque le PS attaque le FdG ou JLM du PG. La notion de jeu en équipe transpire bien dans ce dernier paragraphe et le PCF doit très vite faire un choix digne. Si il y a une liste 100% autonome, je voterai pour le FdG, si il y a seulement 1% de ses traites du PS , je voterai NPA. J'ai plaisir à voir qu'on tient un peu compte de notre travail de commentaire et visiblement JLM et Alexis sont bien en phase avec la base. ça change de certains qui portent les valoches de Lecter et consoeur.
Alexis Corbière , prince de la litote.
« … ce que dit Carnouvas n’est pas sérieux.»
Non, Alexis, ce n’est pas sérieux !
En vérité, ce qu’il dégoise, cela s’appelle des sottises.
Rappelons d’abord que Carvounas est : « secrétaire aux relations unitaires » !
Pas moins.
C’est aussi un gros malin, Carvounas, qui use d’un style grandiloquent de cour d’assises, ; exemple, sur France-Inter le 27 février 2012 :
« Nous ne pouvons pas accepter d’amnistier que ce soit hier, aujourd’hui ou demain, des dégradations de service-public, de sous-préfectures. Cela, un parlementaire, nous sommes dans un état de droit, ne peut pas le cautionner. Nous ne le cautionnerons pas ».
Cette phrase est pour plaire à la crème (mal fouettée) du Medef.
Oui, Carvounas est un gros malin,
1. parce qu’il flatte les Grands de l’industrie et du patronat ;
2. parce qu’il est « un anticommuniste primaire »( Eric Coquerel) ;
3. parce qu’il « dialogue avec un fusil » (Francis Parny) ;
4. parce que, surnommé « le bazooka du Parti socialiste »,
il joue les dézingueurs pour se faire un nom.
Côté mégalomanie, il y a des propos croustillants dans ses discours .
A propos d’une déclaration d’Obama souhaitant faire des Etats-Unis la première destination touristique mondiale,il riposte : « Notre ambition doit être de prouver à Monsieur Obama que, même s’il est un grand Président et que les Etats-Unis sont un grand pays, la France reste toujours le leader mondial de l’industrie touristique. J’entends les critiques d’une France qui deviendrait alors un gigantesque parc à touristes pour le monde. Et alors ? Tant mieux ! ».
Et alors ? Tant mieux !!
Vous vous voyez, les amis, les uns tauliers, les autres tenanciers de guinguettes au bord de l’eau ? D’autres encore porteurs de casquettes dorées, ou bien en uniformes de portier de boîte de nuit ou chauffeurs de taxi ?
En province, la tenue obligatoire : coiffés du légendaire béret, chaussés de belles charentaises, les Français erreraient nonchalamment dans les rues, une énorme baguette sous le bras.
Le travail intellectuel serait réservé au peuple de madame Merkel.
Carvounas est un de ces encéphales hypoxiques qui voit le FdG comme un mouvement populiste : « Le Président du Parti de Gauche poursuit son échappée vers les sommets de la démagogie et du populisme, au service de sa seule ambition personnelle. »
Froid dans le dos de voir de telles manoeuvres se produire et en appeler à des comportements, passablement confus chez des maillons faibles du PCF. Heureusement, beaucoup de communistes ne sont pas d'accord pour voir le Front de Gauche atteint dans sa crédibilité pour des histoires de chaises musicales. J'espère que l'éthique de nos positions fera tenir les digues de la résistance aux opérations d'intimidation ou de séduction du PS. Nous n'avons jamais été aussi prêts de trouver un écho dans l'opinion, et cela de manière transversale. Le Front de Gauche est la tête de prou des avancées en Europe, au Maghreb, dans tout le bassin méditerranéen. Nous sommes la solution, ne tombons pas dans les facilités d'enjeux à court terme. Nous sommes l'avenir, nous sommes l'esquisse d'un nouveau monde d'équité solidaire et d'éthique dans la restauration républicaine et progressiste des valeurs de notre civilisation. Soyons fermes pour ceux ou celles qui dérogeraient à cette unité... de front, pour des intérêts particuliers toxiques pour l'ampleur de notre mouvement.
A Bouthillon
Un mouvement semblable au PG, qui pourrait devenir un parti, se développe en Wallonie.
Bon espoir.
Peu à peu je perçois la violence symbolique des silences de la presse, du choix des mots utilisés,des entre-lignes.Tout cela imprègne peu à peu les esprits endoctrinés sans le savoir:partout,en zappant d'une info à l'autre, nous sommes entendus,certes,mais jamais écoutés,jamais respectés. Il ne faut pas grand-chose,outre les betises racontées contre Mélenchon,les sourires moqueurs,la réduction des propos tenus,le consensus affiché des interlocuteurs,dans un jeu verbal à prétention recul critique mais profondément méprisant,tout cela permet d'occulter l'originalité de nos idées et surtout de les taire,de les effacer.Je lis "Marianne",cet hebdo reprend souvent nos idées,sans jamais faire référence à notre programme politique.Par exemple,cette semaine 1 article de Quenniou et 1 de J.P.Fitoussi dénoncent clairement la "politique de l'offre", l'hypnose du PIB au détriment de la majorité des gens,aucune référence au seul politique engagé qui en parle:Mélenchon! 1 autre article parle du désastre écologique, et la nécessité de vivre autrement, et personne n'évoque la porte de sortie proposée:l'écosocialisme. MLP devenue "plus rouge" que Mélenchon dans 1 article de presse alors qu'elle est absente de toute manifestation, et se contente e temps à autre , de nous piquer nos propres idées pour masquer l'identité des fascistes qui marchent derrière elle.Aucun média n'est honnete à notre égard et je ressens,pire encore, une profonde tristesse en constatant que nos pires ennemis sont à gauche!parce que Mélenchon et nous tous, représentons finalement leur mauvaise conscience, non pas leur aiguillon,la mauvaise conscience des renégats si violents quand ils sont démasqués.
@ Jorie
J'aime ce que tu écrit et tes analyses en règle générale que je lit sur le blog de JLM, je te trouve très sensible et toujours curieux des débats, mais fait attention à toi n'investis pas trop ton cœur dans la saloperie qu'est la politique, c'est un vieux briscard aux ailes rognées de tous les cotés qui te le dis, c'est un monde de charognards sans foi ni loi, et si tu veux vraiment y consacrer un morceau de ta vie gardes toi surtout des gens qui se disent tes amis, gardes toujours suffisamment de recul pour pouvoir t'épargner trop de désillusions, cela faisait un moment que je voulais te tenir ce discours, ici c'est possible, surtout sur un vieux billet, j'espère que tu auras la curiosité de venir voir si ton texte a suscité des remarques, voilà tout ; sur le blog de Jean-Luc Mélenchon c'est plus délicat, si tu n'as pas encore cerné qui est Denis F ou Cronos je t'invite à aller te promener sur mon blog et dans les webjournaux "le nouveau COMBAT".
Les seuls médias qui nous regardent avec sympathie sont rares, en vrac je dirais "le monde diplomatique", Fakir, Le Soir, de temps à autre Médiapart et quelques autres dont l'Huma qui s'occupe plus de ses oignons que de la promotion du Front de Gauche et du Parti de Gauche, mais qui pourrait le lui reprocher quand on sait ses difficultés financières dans cette jungle que sont les quotidiens nationaux et les journaux de manière générale, tous subventionnés par les fabricants d'armes français et les nabab du luxe et du pétrole.