966853589_qui-etait-robespierre-une-conference-a-69655.jpgIl y a quelques jours, ne supportant pas que le Front de Gauche élève la voix pour exiger des sénateurs PS l’adoption d’une loi d’amnistie, sans trop l’édulcorer,  pour les syndicalistes et militants condamnés ces dernières années, un dénommé Luc Carvounas, secrétaire national du PS en charge des relations extérieures, a dit de Jean-Luc Mélenchon qu’il était « un petit Robespierre de mauvaise facture ».  Bigre. Pour ma part, ma première réaction fut de me dire, mais pourquoi dit-il « petit » et « de mauvaise facture » ? Car, pour le reste, se faire comparer à « l’incorruptible », à celui qui sauva la République, et qui fut tout sauf un dictateur solitaire, n’est pas une insulte à mes yeux. Je ne plaisante pas. A ce sujet, je vous renvoie au livre « Robespierre, reviens » (Edition Bruno Leprince) que nous avons écrit Laurent Maffeis et moi et publié en septembre dernier.

Évidemment, dans la bouche de Carnouvas, on devine qu’il pense que c’est une énorme injure, presque un gros mot, qui essaye de faire mouche et franchement c’est affligeant. Dans son brouillard intellectuel, Robespierre, c’est sans doute quelque chose entre Benito Mussolini et Hannibal Lecter, c'est-à-dire le mélange entre un fasciste et un tueur psychopathe. Je caricature à peine.

luc.jpgLe style c’est l’homme, dit-on. Et, celui de Carvounas est pitoyable. Le choix de cet angle d’attaque est révélateur de la dégénérescence idéologique de nombreux responsables du PS et aussi de l’inculture de ce monsieur. Ou plutôt non, cet homme n’est pas inculte, dire cela n’est pas convenable, mais il a la même culture et les mêmes références que la droite. A ce rythme, la prochaine fois, il va nous traiter de « rouge » ou de « partageux », ou peut être de « salopard à casquette » comme disait la bourgeoisie dans les années 30 contre les ouvriers.

 J’ai découvert que ce Carvounas était un proche de Manuel Valls et fut même son Directeur de campagne durant la primaire socialiste où l’on se souvient que l’actuel Ministre de l’intérieur a recueilli 5 % des suffrages socialistes. Beau succès. En récompense, ce petit apparatchik droitier est devenu sénateur et même depuis peu Maire d’Alfortville (que le PS dirige depuis 1947). Et c’est à ce bonhomme que le PS a confié ses « relations extérieures ». Au secours !

Le plus grave à mes yeux, c’est bien le manque d’originalité ! En 2013, quand le responsable des relations extérieures du PS veut polémiquer avec le PG, il utilise immédiatement et spontanément les arguments classique de la droite… et même de l’extrême droite, hostile depuis des siècles à la gauche et à la Révolution française. C’est à pleurer, mais il n’est pas capable de dire autre chose.

M. Carvounas sait-il qu’au mois de juin dernier, quand Jean-François Copé a voulu flétrir et calomnier Jean-Luc Mélenchon, il l’a déjà comparé à Robespierre quasiment dans les mêmes termes que lui ? Ce fut également le cas de Laurence Parisot et Marine Le Pen qui ont aussi comparé Jean-Luc à Robespierre. Logique, car utiliser le nom de Robespierre comme une insulte est une idée qui ne peut germer que dans un esprit de droite.

article_valls-galaxie.jpgEt sur le fond, que veut dire Luc Carvounas ? Que sous-entend-il ? Que Robespierre était un dictateur sanguinaire ? C’est à cette « légende noire » forgée par la droite depuis deux siècles qu’il juge pertinent de comparer Jean-Luc Mélenchon. Mais, ce responsable PS de seconde zone sait-il que Jean Jaurès, régulièrement cité dans les congrès PS, et qui par exemple donne le nom à la Fondation liée au PS, se réclamait avec chaleur de Maximilien Robespierre ? Sait-il que Jaurès a écrit une volumineuse « Histoire socialiste de la Révolution française » où il prend la défense de Robespierre ? Sait-il qu’il insulte aussi tous les communistes qui font de Robespierre une figure majeure de leur panthéon révolutionnaire ? Mais, notre individu se moque de cette histoire de la gauche et du mouvement ouvrier révolutionnaire. Pire, il la piétine et a dû lire en son temps le livre de son mentor Manuel Valls, où ce dernier disait qu'il préfère Georges Clémenceau faisant tirer sur les ouvriers en grève que Jean Jaurès qui prenait leur défense. Allez essayer de comprendre l'action de Robespierre et des Jacobins avec de telles références. Bref, ce que dit Carvounas n’est pas sérieux pour une conscience de gauche.

Alors, on s’interrogera. Pourquoi fait-il cela ? Dans quel but ?  La réponse est double : pour se faire remarquer et diviser le Front de Gauche. L’un et l’autre. C’est évident qu’il veut combler son absence de notoriété par une agressivité constante et maladroite contre Mélenchon et le Front de Gauche. Mais, il poursuit aussi l’objectif de faire entendre, à un an des municipales, une petite musique affirmant qu’il y aurait d’un coté un raisonnable PCF dont il se sentirait  très proche, puisqu’il affirme qu’on ne peut glisser « une feuille de papier à cigarette » entre lui et son homologue communiste, et le vilain et sectaire PG conduit par un tyran. M. Carvounas répète à l’envie en parlant de l’action de Ayrault et Hollande : « Il n'y aura pas d'autre gauche, en revanche, il peut y avoir l'autre droite ». Donc, pour lui, toute critique du gouvernement actuel fait le jeu de la droite. Admettons que c’est assez rustique, mais à Solférino, petit univers de daltoniens politiques binaires, on ne perçoit que ce qui est blanc ou noir. Qu’importe.

pierre-laurent-_pc_-et-melenchon-_front-de-gauche_-afp.jpgC’est là que nous entrons dans un débat de grande importance qui fut abordé lors du Conseil national du Front de Gauche ce samedi et auquel j’ai eu le plaisir de participer. Il était notamment présidé par Martine Billard et s’est déroulé en présence de Pierre Laurent  et de tous les principaux animateurs nationaux des composantes du Front de Gauche. Bousculant un peu l’ordre du jour initial, une discussion fut engagée par mon camarade Eric Coquerelqui posa un débat stratégique majeur pour l’année qui vient. La façon dont nous nous positionnons vis-à-vis du PS, qui met en œuvre la politique d’austérité, était, vous l’aurez compris, la toile du fond de son propos. Dans ces conditions, être solidaire les uns des autres au sein du Front de Gauche et refuser toute attaque de la part du PS contre l’un d’entre nous est un enjeu collectif. Notre force, c’est notre unité. Nous ne sommes pas les vassaux dociles du PS. Celui qui vise l’un des chefs du Front de Gauche doit recevoir une volée de bois vert de notre collectif. Notre parole est libre et elle doit être compréhensible. Nous faisons entendre haut et fort que nous refusons les capitulations et renoncement de ce gouvernement. Nous ne caressons pas, nous ne minaudons pas, nous incarnons la colère qui monte. Si ce n’est pas nous, d’autres s’en chargeront ou bien les nôtres s’abstiendront. Dans ce contexte, nous n’avons pas compris pourquoi le porte-parole du PCF a cru pertinent de prendre ses distances, dans Libération, avec Jean-Luc Mélenchon pour des propos qui mettaient la pression sur les sénateurs PS à la veille du vote sur la loi d’amnistie. Cette maladresse, quelle que soit l’intention première de l’auteur, a pris immédiatement un contenu politique. Le message que reçoit l’Etat major PS est qu’il est peut-être possible d’insulter le candidat à l’élection présidentielle du Front de Gauche sans que le PCF ne prenne sa défense. A qui cela profite-t-il ? Là dessus, je vous invite à lire un billet de mon camarade François Delapierre. Que veulent ceux qui laissent Jean-Luc Mélenchon se faire insulter ? Si ce porte parole, que tout le monde s’accorde à juger le meilleur d’entre nous à ce poste difficile, se voit affaibli, à qui cela profitera-t-il ? Alors, disons les choses franchement. Quand Luc Carnouvas se moque fondamentalement des communistes en répétant qu’ils sont, eux et lui, sur la même longueur d’onde, ce qui est faux et archi-faux, ne serait-il pas plus utile pour le porte-parole du PCF de remettre un peu de clarté en tirant les oreilles de ce monsieur plutôt que de prendre ses distances avec Jean-Luc ?  Que les naïfs ouvrent les yeux. Derrière tout cela, il y a une question stratégique importante dont tout le monde aura compris l’enjeu à un an des municipales. Je l’ai dit clairement samedi, à Paris par exemple, lors des municipales de 2014, il faut des listes autonomes du Front de Gauche au premier tour. Mon opinion est donc que tous les chiens de garde qui veulent diviser le Front de gauche doivent immédiatement prendre un petit coup sur la truffe pour calmer leurs ardeurs et rejoindre leurs niches. Sinon, ils vont aboyer de plus en plus fort et montrer les crocs.

Pour conclure, je reviens à Luc Carvounas. Pour se faire remarquer par l’ensemble de la direction PS et par le locataire actuel de l’Elysée comme quelqu’un qui tient tête à Jean-Luc Mélenchon , il en rajoute tant et plus. La bêtise de cet homme est aussi indiscutablement poussée par une chose : le zèle débordant envers ceux qui l’ont mis à ce poste et la volonté de se faire remarquer pour, qui sait, un jour, progresser dans l’univers PS. Belle ambition.

Le zèle pour plaire aux puissants et à ses maîtres est pourtant contraire à toute démarche d’émancipation. Le 21 janvier 1793, Jean-Baptiste Cléry, le valet de Louis XVI qui l’accompagna en prison pour le servir, dit au roi quelques heures avant son exécution : « Ah ! Mon maître, si mon zèle a pu vous être agréable, donnez-moi votre bénédiction ».

On imagine aisément, qu’après sa petite attaque, Luc Carvounas a reçu avec satisfaction la bénédiction de Manuel Valls ou, qui sait, de plus haut encore ! Son zèle leur est tellement agréable, qu'il mérite récompense, non ? 

Valet du roi ou Incorruptible, à chacun de choisir son modèle. Faisons passer le message.


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Post-scriptum :

NonAccordMadeInMedef.pngDemain, mardi 5 mars, avec la majorité des organisations syndicales il faut manifester contre le scandaleux accord "Made in Medef" officiellement nommé Accord National Interprofessionnel (ANI) qui risque de dynamiter le code du travail. Faisons de cette journée une énorme succès. Cette manifestation est une preuve supplémentaire que le sujet abordé plus haut n'est pas une controverse étroite entre partis politiques, mais concerne des millions de salariés qui n'acceptent pas l'action du gouvernement.