ger_314663.jpgIl faudrait faire étudier l’Express de cette semaine dans toutes les écoles de journalisme, le mettre sous cloche. C’est un numéro historique, un objet de collection. Pour 3,80 euros, en 146 pages, dont près de 30 % de pages de publicités, le lecteur ne trouvera cette semaine, pas une brève, pas un article consacré à la mort de Clément Méric. Rien. Cet évènement a pourtant fait la une de tous les médias pendant 48 heures, il a été la principale information de la semaine, mais l’hebdomadaire de Christophe Barbier n’en dira rien. Silence total.

« Dire la vérité telle que nous la voyons », la sentence de Jean-Jacques Servan-Schreiber est la devise de l’hebdomadaire. Sous la houlette de l’homme à l’éternelle écharpe rouge (D’ailleurs, je m’interroge, en porte-t-il même une sur son pyjama avant de se coucher ou lorsqu'en maillot de bain il se promène sur les plages ? Je l'ignore. Le dandysme est un art plein de mystères. ), on constate ce que cela signifie concrètement. Quand un évènement ne correspond pas à « sa » vérité, à la grille d’analyse réactionnaire qu’il nous sert et ressert depuis des années, sur les radios, TV et presse écrite : il l’efface, purement et simplement. Pratique, non ?L'extrême droite qui pourrait faire peur, terminé.

C’est vrai quoi, faut vivre avec son temps : les dangers de l’Islam, l’immigration, la franc-maçonnerie, Marine Le Pen hilare qui progresse, le retour irrésistible de Nicolas Sarkozy (vu sous un angle totalement hagiographique) … ça, c’est de l’info qui mérite la une du l'hebdo au moins 3 ou 4 fois par an. Traiter « d’hypocrites avec l’argent» tous les dirigeants politiques, dont Jean-Luc Mélenchon, en oubliant Marine Le Pen, ça c’est encore de l’info « telle que nous la voyons ».  Mais, un jeune étudiant de gauche assassiné à coup de poing par un skinhead en plein Paris en 2013, franchement, on s’en moque. Simple fait divers. Les liens entre les JNR et le FN, le lecteur s’en moque. Bien oui, tu vois coco, la nouvelle formule, elle prend du recul sur l’info… Elle la met en relief. Elle donne de la pro-fon-deur. L'express ne fait pas partie du troupeau médiatique. Il est au dessus. T’as compris, gamin ?

Barbier.jpgWaouh, trop fort ce Barbier, trop puissant. Il turbine sous les cheveux. On comprend pourquoi il a besoin d’une écharpe autour du cou, sinon il y a trop de différence de température entre le haut et le bas de la tête… C’est pour cela qu’il est si fort Barbier ! C’est pour cela qu’il a le droit, lui le grand éditorialiste, d’insulter Mélenchon, qui a osé le mettre en cause au micro de Bourdin, puis de traiter le co-président du PG de « lâche » sur son site internet. Courageux sous la mitraille le capitaine Barbier, en pleine campagne présidentielle, il avait déjà eu le tempérament d'écrire un éditorial éloquent "Pour en finir avec Mélenchon" (Cliquer ici). Splendide, non ? fallait oser. Il l'a fait... Mais aujourd'hui, un an plus tard, il ne perdra pas de temps à écrire la moindre ligne d'un éditorial dont le titre pourrait être "Pour en finir avec les skinhead ou avec Serge Ayoub" ou pire "Pour en finir avec le Fn".. Non, trop facile, Barbier, il voit loin. Il ne s'abaissera pas à cela. C’est pour cela que face à Marine Le Pen, il sert docilement les plats à la dame, sans lui poser la moindre question embarrassante sur son déjeuner avec le chef des nazillons qui a massacré le jeune Méric… Barbier donne de la profondeur à l’information. Pas comme le Canard Enchaîné qui publie sottement une photo du criminel avec Serge Ayoub, alors que ce dernier affirmait ne pas le connaître. Pas comme le Petit journal de Yann Barthès sur Canal + qui démontre que des JNR font encore le service d’ordre du FN. Tout cela, c’est du mesquin. Le lectorat de l’Express s’en fout. Faudrait pas lui donner la migraine ou énerver ceux qui glissent un bulletin Fn dans l'urne. Ils préfèrent savoir que Cécile Dufflot appelle Arnaud Montebourg « Love love » ou que Marion Maréchal Le Pen a fait le pèlerinage catholique de Chartres.

jacques-attali_237.jpgEn même temps, j’exagère. A la fin, dernière page, il y a la rubrique de l’immense Jacques Attali, l’homme qui sait tout sur tout, et toujours mieux que les autres. Et le « Jacquo » il en parle de Clément Méric. Mais, lui aussi, il sait prendre de la hauteur avec l’info, pas comme nous. Voilà ce qu’il en dit, notez bien : « La tragique bagarre qui a abouti à la mort d’un jeune militant antifasciste, après une altercation avec des skinheads membres d’un groupuscule d’extrême droite, n’est, en soi, qu’un fait isolé. Et, comme tous les signaux faibles, il est très difficile à interpréter. On peut y voir, selon le point de vue qu’on adopte, divers enseignements. Cela peut être la marque laissée par les violences initiées par des extrémistes qui se sont greffés sur les manifestations contre le mariage pour tous. Ou, au contraire, la conséquence de la dérive du discours de l’extrême gauche, qui, dans les tweets comme sur les forums, tient parfois un discours de guerre civile, parsemé d’appel au meurtre, et dont on trouve la trace à peine édulcorée dans les discours des dirigeants des partis proches de cette mouvance. »Ouch ! Il fallait l’écrire cette dernière phrase. On a compris qui est visé, c’est nous. Si le nazillon a cogné, c’est la faute au Front de Gauche. Et dire que la personne qui écrit cela, se présente comme un intellectuel qui met en « Perspectives » (c’est le titre de sa rubrique hebdomadaire). Ce même personnage, plein de subtilité et de finesse avait quitté, il y a un mois environ, un débat face à Jean-Luc Mélenchon, en déclarant sans qu’il soit possible de lui répondre : « le projet du Front de Gauche, c’est la Corée du Nord ».

La Corée du Nord ? Rien que ça… Ne riez pas. Manifestement, en matière de presse écrite, Barbier et Attali y croient. Ils s’y préparent et s’exercent chaque semaine dans leur journal.