A l’occasion du Conseil de Paris de juin, j’avais présenté un vœu, co-signé avec Danielle Simonnet, demandant que la ville de Paris rende hommage aux grandes figures de la Révolution française. J’avais pris soin notamment de mettre en avant deux femmes révolutionnaires peu connues, car elles sont généralement les grandes "oubliées" de l'Histoire, Pauline Léon et Claire Lacombe, en plus de Jean-Paul Marat et Saint-Just. Vous pourrez lire le vœu dans son intégralité ci-après.

 Ce vœu fut repoussé par tous les groupes (UDI, UMP, EELV et PS). L’exécutif s’est exprimé par la voix de Bernard Gaudillière, normalement Adjoint en charge des finances, mais qui avait tenu personnellement à me clouer le bec dans le style sec et assez arrogant qui le caractérise. Ses arguments furent d'affirmer, de façon assez classiques, qu’il n’était pas possible de rendre hommage à des femmes et des hommes qui incarnent la Terreur… Je ne développe pas la réponse. Avec Laurent Maffeis nous y avons consacré un ouvrage "Robespierre, reviens !" (Editions Bruno Leprince). Ces types d’arguments sont usés jusqu’à la corde.

Toutefois, à cette occasion, Gaudillière visa juste sur un point contre moi. Je lui concède avec plaisir. La rue Saint-Just située dans le 17e rend bien hommage au grand révolutionnaire, contrairement à ce que j’écris dans mon vœu. Je me suis donc trompé en m’appuyant sur l’introduction de l’ouvrage biographique, que je considère majeur, de Jean Massin sur Robespierre. C’est toutefois un détail. Et finalement, cela va dans mon sens puisque cela atteste que Paris a su rendre hommage dans le passé à cette figure centrale du Grand Comité de Salut Public. Pourquoi ce qui fut possible en 1932, ne le serait pas en 2013 ? A cette question, je n’ai pas de réponse.

A la sortie de cette séance, une journaliste de Paris Tribune m’a interviewé sur le sens de ce vœu. Vous pouvez visionner cet entretien.
Alexis Corbière défend la mémoire des noms de... par agencepresse

 

 Vœu présenté par Alexis Corbière, Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche

Pour que Paris rende hommage aux grandes figures de la Révolution française

Donner le nom d’une femme ou d’un homme à une rue de Paris n’est pas un acte anodin. C’est une haute responsabilité qui revient au Conseil de Paris. Une fois ce choix effectué et gravé dans la pierre, c’est une mémoire qui est transmise aux générations futures de parisiens, généralement pour longtemps.

Paris, par le nom de ses rues, mais aussi de certains de ses bâtiments, préserve ainsi une marque profonde, complexe et quelque fois contradictoire, de la longue et tumultueuse histoire de notre pays.

La République française, à laquelle la quasi unanimité de nos concitoyens sont désormais attachés, est née dans le fracas de la grande Révolution française qui mis fin pour la première fois en Europe à l’inique système monarchique. Ce moment fondateur a marqué la capitale, et la marque encore, plus de deux siècles plus tard. Mais, à bien y regarder, la toponymie de Paris nous montre une trace très déformée de ce grand évènement.

Plusieurs des grandes figures de la Révolution française, qui y ont joué un rôle politique essentiel, et dont les noms sont connus de tous les français, se voient encore comme interdites de cité, alors que d’autres très controversés ont une voie portant leur patronyme. Ces grands absents restent bien vivants dans la conscience de nos concitoyens, mais pour combien de temps ?  Si il est bien sûr impossible de rendre un hommage exhaustif à tous ceux qui furent les acteurs de la Révolution, la représentation parisienne peut néanmoins corriger quelques anomalies flagrantes. De plus, il convient de remarquer que des femmes qui ont joué un rôle déterminant durant la grande Révolution sont totalement effacées, oubliées et donc méprisées.

Le Conseil de Paris doit réparer ces injustices et ces « trous de mémoires » que rien ne justifie.

 C’est pourquoi le Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, à l’initiative d’Alexis Corbière, demande :

 

1stat_mar.jpg- qu’une rue de Paris (ou un lieu public) porte le nom de Jean-Paul Marat (1743 – 1793). Surnommé « l’Ami du peuple », Marat fut médecin, physicien, journaliste et aussi député de Paris en 1792 à la Convention. Assassiné par Charlotte Corday, ses restes furent installés pendant quelques mois au Panthéon tant l’émotion fut grande à l’annonce de son décès. Mais, durant la période dite de « Thermidor », son corps en fut retiré. En 1906, le Conseil municipal de Paris décida d’ériger une statue lui rendant hommage au Buttes Chaumont. En 1942, le régime de Vichy et l’occupant ordonnèrent qu’elle soit fondue.

220px-Saint-Just-French_anon-MBA_Lyon_1955-2-IMG_0450.jpg- qu’une rue de Paris (ou un lieu public) porte le nom de Louis Antoine de Saint-Just (1767 – 1794). « Saint Just » fut un des plus jeunes députés à la Convention. Il y défendra sans relâche l'égalité et la vertu. L'efficacité de ses missions redressera la situation de l'armée du Rhin et participera à la victoire des armées républicaines à Fleurus. Il fit notamment voter la confiscation des biens des ennemis de la République au profit des patriotes pauvres. Il est aussi l'inspirateur de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1793. Si dans le 17e arrondissement, une petite rue porte déjà le nom de Saint-Just, selon nombre d’historiens elle n’honore pas le député mais un médecin ayant vécu dans le quartier au 19e siècle.

Pauline_Leon_medium.jpg- qu’une rue de Paris (ou un lieu public) porte le nom de Pauline Léon  (1768 – 1838). En juillet1793, Pauline Léon fonde avec Claire Lacombe « la Société des républicaines révolutionnaires », Société exclusivement composée de femmes, aux revendications sociales et féministes. Le 6 mars 1792, Pauline Léon se rend à la tête d'une délégation de citoyens à la barre de la Législative, fait inédit pour une femme, où elle lit une adresse signée par 320 Parisiennes demandant la permission d'organiser une garde nationale féminine.

Claire-Lacombe.jpg- qu’une rue de Paris (ou un lieu public) porte le nom de Claire Lacombe (1765 – 1798 ?). Avec Pauline Léon, Claire Lacombe a fondé la Société des républicaines révolutionnaires qui eut une importance significative à Paris durant la Révolution. Le 12 mai 1793, les Républicaines Révolutionnaires, à son initiative, demandent le droit de porter les armes pour les femmes afin de combattre en Vendée.