J'ai accordé le 21 décembre une longue interview au site en ligne Atlantico que je vous propose de retrouver ci-après dans son intégralité.

Atlantico : Lors de la dernière législative partielle dans l’Aube, le Front de gauche n’a récolté que 7 % des voix. Comment expliquer que le FDG ne réussisse pas à capter les voix des électeurs socialistes déçus par la ligne politique du gouvernement ? Que pouvez-vous proposer de votre côté ?

ac_barbu.pngAlexis Corbière : Lors de cette élection partielle, comme lors de toutes les élections intermédiaires, le fait marquant est surtout une forte abstention. Les ¾ des électeurs ne sont pas venus ! C’est énorme. Quelle est la légitimité réelle du vainqueur ? Il ne représente même pas 15 % des électeurs inscrits. 85 % des citoyens n’ont pas voté pour lui et pourtant, c’est lui qui va les représenter. Choquant, non ? C’est le produit de la décomposition de la Ve République.

Ce sont surtout les catégories populaires qui sont restées chez elles, jugeant cette élection sans enjeux et assez dégoûtées de la politique de ce gouvernement. Comment les blâmer ? Dans ces conditions délicates, une force comme la nôtre ne recule pas mais progresse trop peu. Nous devons donc modifier une bonne partie de notre stratégie et notre discours. La conclusion à en tirer est claire : rien n’est possible sans remobiliser cet immense électorat populaire, de plus en plus éloigné de la politique, qui doit être naturellement le nôtre. Cette abstention, très politique en réalité, est le fruit des actions du gouvernement qui désoriente les citoyens, les infantilise, et désarticule avec soin toute pensée de gauche en parlant et agissant comme la droite sur le terrain économique et social. Cette proximité se voit sur la loi Macron avec l’allongement du nombre de dimanches travaillés, la remise en cause de l’indépendance de la médecine du travail, les facilités plus importantes pour l’employeur de licencier ou encore la privatisation des équipements publics comme les aéroports. Si Sarkozy l’avait proposé lors du mandat précédent, les députés PS s’y seraient vigoureusement opposés. Aujourd’hui, ce sont eux qui le proposent. Comment s’y retrouver ? Beaucoup d’électeurs votant traditionnellement à gauche sont désormais hébétés par tant de renoncements, et pour l’instant en tirent la conclusion qu’il vaut mieux s’abstenir. Nous constatons dans les urnes les effets collatéraux des retournements idéologiques du parti au pouvoir, d’autant plus forts qu’ils n’ont pas débuté avec M. Hollande mais durent depuis fort longtemps, quel que soit le président élu. Dès lors, comment s’étonner que les électeurs soient troublés quand tout est fait pour qu’ils le soient ? Dans ces conditions, le Peuple est devenu méfiant, il ne veut pas participer à des élections qu’il juge sans importance et ne veut pas donner sa confiance à n’importe qui et c’est assez compréhensible.

Dans ce grand marasme et ce grand trouble, où tous les scénarios sont encore possible, nous devons être une force positive, optimiste, convaincante et être une force de proposition. La seule dénonciation de la politique de MM. Hollande et Valls et la nécessaire résistance qu’elle doit entraîner ne suffit pas, même si elle doit être organisée avec obstination. Pour remobiliser l’électorat abstentionniste, il importe de lui montrer les voies pour aller vers un avenir meilleur. C’est ce que nous proposons avec notre projet de VIe République et notamment la convocation d’une Assemblée constituante afin que le peuple dans sa pleine souveraineté reprenne ses affaires en main. Cette méthode basée sur l’action populaire est importante car le moyen par lequel on réforme la Constitution préfigure le contenu de la constitution future. C’est ce que fait Jean-Luc Mélenchon avec son Mouvement pour une 6e République (M6R), qui est distinct du Parti de Gauche.

C’est au Peuple, j’entends par là la multitude prenant ses affaires en main à la recherche de l’intérêt général, de décider. Pour ma part, je pense que cette VIe République devra donner des droits nouveaux aux citoyens. J’en cite quelques-uns. Il faut des droits nouveaux dans l’entreprise où les salariés restent dans des rapports de subordination à leurs employeurs. Il faudra inscrire dans la Constitution une règle verte, c’est-à-dire le fait que nous ne pouvons extraire de la planète plus de richesses naturelles qu’elle ne peut reproduire. Ainsi nous pourrions répondre à l’exigence qui est celle de l’humanité tout entière : éteindre la dette écologique engendrée par le capitalisme et le productivisme. Pourquoi aussi ne pas imaginer un vote obligatoire prenant en compte le vote blanc ? Ainsi, si un candidat ne rassemble pas plus de la moitié des électeurs inscrits, son élection n’est pas valide et doit être réorganisée. Cette proposition pourrait créer un cercle vertueux. Plus personne ne pourrait se satisfaire des quartiers populaires où l’abstention atteint parfois 80 % sans que cela dérange. On ne peut pas tolérer que le peuple ne se mêle plus des affaires publiques. Enfin, nous proposons au PG le droit de révocation des élus à partir de la mi-mandat. C’est-à-dire la possibilité pour les citoyens, si un nombre qui reste à fixer le souhaite, de refaire une élection sans attendre l’échéance initialement prévue. Le non-respect des promesses électorales aurait des effets plus importants qu’aujourd’hui. A chaque instant les élus sentiraient la présence exigeante de ceux qui les ont désignés.

Le principal problème rencontré aujourd’hui par le Front de gauche n’est-il pas le fait que plus grand-chose ne le distingue du FN, à l’exception des questions relatives à l’immigration ?

Non ! Ceux qui disent ça, sont de biens mauvais, ou bien mal intentionnés, lecteurs du programme du FN et de celui du Front de gauche. Contrairement à nous, le FN ne propose aucune augmentation significative des salaires, il déteste notre proposition d’un écart de salaire ne pouvant être supérieur de 1 à 20, il a critiqué notre proposition d’empêcher la hausse des loyers, il ne propose strictement aucun nouveau droit pour les salariés dans les entreprises et critique violement les organisations syndicales qui sont pourtant si utiles, il ne propose pas d’interdire les licenciements boursiers, il veut faire disparaître l’ISF et ne propose pas de faire une réelle réforme fiscale pour partager les richesses, il piétine la laïcité en organisant des évènements religieux dans les Mairies qu’il contrôle, il veut dérembourser l’IVG supprimant ainsi dans les faits ce droit, il est radicalement anti-écologiste en se déclarant par exemple pro nucléaire et favorable à l’exploitation des gaz de schistes, etc. La liste serait longue encore de nos désaccords, sans parler de la façon détestable qu’ils ont de désigner les étrangers présents sur notre territoire comme responsables du chômage. Le FN reste un adversaire des salariés et des catégories populaires qu’il abuse. Comment faire confiance au FN pour lutter contre le libéralisme quand on sait que ce parti se vantait encore en 2007 durant la campagne présidentielle que son candidat ait rencontré le président américain ultra libéral Ronald Reagan présenté alors par le FN comme "le géant du 20e siècle" ? D’ailleurs longtemps Jean-Marie Le Pen a dit de lui "je suis le Reagan français". C’est gens-là sont donc des escrocs opportunistes, changeant de discours selon les élections.

Allant à l’encontre des intérêts fondamentaux des salariés, il veut se substituer au combat du mouvement ouvrier par une autre grille d’analyse qui consiste à dire en substance aux seuls travailleurs français : "Nous avons davantage d’intérêts commun avec notre patron car il est Français qu’avec notre collègue de travail car il est étranger". En définitive, il brouille le social par l’identitaire. Leur tâche en réalité et de diviser le monde du travail et non de l’unifier en un combat commun pour son émancipation. Cette caractéristique de l’extrême-droite, visant à être une force ayant un discours social pour mieux berner les milieux populaires, était déjà celle de l’extrême droite des années 30. N’oublions pas que "Ni droite, ni gauche, Français !" slogan actuel du Front national était déjà celui du Parti Populaire Français (PPF), organisation fasciste née en 1934 et conduite par Jacques Doriot. Même si beaucoup de choses ont changé, Marine Le Pen revient à la source de l’extrême droite française. Ne soyons pas déstabilisés par le fait que l’extrême droite soit conduite à présent par une femme, par des homosexuels et ait troqué le vieil antisémitisme par un discours violement anti musulman. Hormis cela, les ressorts de l’extrême droite françaises restent les mêmes.

Si le FN attire un électorat majoritairement composé d’ouvriers, d’employés, de jeunes non diplômés, et séduit aussi du côté des personnes au chômage comme l’illustre une enquête sociologique Ipsos parue après les européennes, celui du Front de gauche est quant à lui plus représenté par les professions intermédiaires, les étudiants et les jeunes diplômés urbains. Les récents scores électoraux plutôt mitigés pour le Front de gauche ne viennent-ils pas d’une analyse erronée sur la composition de son électorat qui a évolué ?

Les ouvriers et les employés composent la majorité de la population active. Il faut continuer à s’adresser à eux et au peuple dans son ensemble, ce que nous faisons. Pour cela il est important de ne pas rester attachés aux vieilles formes du passé. Concernant le FN, j’observe pour ma part plutôt un glissement d’un électorat populaire votant d’habitude à droite vers l’extrême-droite. Le FN fait par ailleurs généralement des résultats significatifs dans certains milieux aisés notamment à Paris ou sur la Côte d’Azur.

Je l’ai déjà dit plus haut, la tâche qui nous attend est de remobiliser le peuple qui est d’abord et avant tout abstentionniste et non acquis aux idées du FN. Il faut reforger dans les esprits les idées de partage des richesses, de solidarité, d’action collective pour satisfaire l’intérêt général et les principes républicains. Notre combat pour une VIe République permet de lier question sociale et question politique.

Pour le reste, soyons lucides. Les organisations de gauche traditionnelles ont subi des échecs terribles lors du 20e siècle notamment après l’effondrement du Mur de Berlin et la crise de la social-démocratie dans le monde.

L’extrême-droite bénéficie de cette dégradation idéologique, culturelle, intellectuelle et idéologique de ce que l’on a coutume d’appeler encore "la gauche". A cela il faut ajouter les effets désastreux de la théorie portée par George W.Bush, du "Choc des civilisations" qui a déclenché des guerres dans le monde arabe, en mentant aux Nations Unis, et désigné les musulmans comme des menaces. Nous en mesurons aujourd’hui les conséquences géopolitiques. En réalité, c’est la mondialisation libérale, et le nouvel âge du capitalisme, qui a fait exploser les cadres politiques anciens.

Les électeurs frontistes sont notamment attirés par la volonté affichée par Marine Le Pen de tenter d’influer sur le réel (selon un sondage Odoxa pour Le Parisien en octobre 2014, 58 % des Français la jugent "convaincante"). Pourquoi Marine le Pen est-elle perçue par une partie des électeurs comme l’incarnation du changement, ce qui est moins le cas du Front de gauche ? De la même manière, pourquoi les électeurs séduits par le FN estiment-ils que Marine Le Pen comprend mieux leurs problèmes que les autres responsables politiques ?

Je récuse radicalement la façon dont vous posez cette question, basée sur des impressions discutables et une forme de fascination pour la présidente du FN. Vous estompez aussi au passage la dimension xénophobe de ce vote. Et puis, Jean-Luc Mélenchon garde une bonne image à gauche. Chaque enquête d’opinion le place au premier rang, si ce n’est même souvent le premier. Pourquoi ne pas le souligner ? Dans la période actuelle, c’est encore un atout, non ? Nous avons avec lui en émetteur populaire de nos idées, connu et reconnu dans tout le pays. C’est précieux pour la suite. Pour le reste, je n’adhère pas à l’idée qu’il y a une vague insubmersible en faveur de Marine Le Pen et du FN pour deux raisons : d’abord les Français se mêlent moins de politique comme on le voit avec la progression de l’abstention. Ensuite il faut rappeler qu’au mieux 6 millions d’électeurs, sur 42 millions, votent FN et ce n’est donc pas la majorité. La grande masse des citoyens reste en désaccord avec les idées du FN.

Le FN prospère néanmoins du fait que sur les grands sujets économiques et sociaux, l’UMP et PS disent des choses qui se ressemblent beaucoup. Dernier exemple en date, quand Pierre Moscovici, ex ministre PS, se rend à Athènes pour soutenir un gouvernement de droite, contre nos amis de Syriza, qui ne comprend pas que cela donne une forme de pertinence à la parole du FN quand il parle de "l'UMPS" ?

Plusieurs responsables politiques issus des rangs de la gauche comme Fabien Engelmann ont rejoint le FN ces dernières années tandis qu’à Hénin Beaumont, le conseiller municipal de la liste divers gauche Clément Golka a rallié la liste du maire frontiste Steeve Briois il y a quelques semaines. Etes-vous inquiet de ces ralliements ?

Il a toujours existé des opportunistes en politique et aujourd’hui le FN en capte beaucoup. Ces personnes cherchent un parti pour se présenter aux élections et sont prêtes à tout, quitte à dire l’inverse de leurs convictions d’hier. C’est leur affaire. Ce spectacle assez pitoyable montre que le FN est devenu une maison d’accueil pour opportuniste, cumulard et carriériste à la recherche d’une étiquette pour se faire élire. Fondamentalement, c’est un parti du système. Soyons sérieux, il n’y a pas de mouvement significatif de ralliement de gens de gauche vers le FN. Fabien Engelmann est un personnage singulier, d’ailleurs venant d’être condamné à un an d’inéligibilité, ayant surtout milité à la Fondation Brigitte Bardot avant de rejoindre le FN. Je vois ensuite que les gens comme Philippe Martel, Sébastien Chenu, Fatima Allaoui qui rejoignent le FN, ou d’une autre façon, Paul Marie Couteaux viennent de droite et sont souvent des has-been. Je mets de côté le cas Gilbert Collard qui n’est qu’une girouette cathodique qui a dit tout et son contraire dans le passé.

Dans une interview au Monde, Jean-Luc Mélenchon a refusé l’appel au front républicain à l’occasion du second tour de la législative partielle dans l’Aube, déclarant qu’il voterait "blanc" s’il était électeur dans cette circonscription. Pourquoi ne croyez-vous pas au front républicain ?

Précisément, le Front de Gauche n’a pas donné de consigne. Pourquoi le faire dans le cas présent ? Il était évident que l’UMP allait être élu et que le FN ne pouvait pas gagner. Plus fondamentalement, on observe que les consignes données dans le passé à propos de ce front républicain n’ont pas fonctionné car les gens n’y croient plus. Les citoyens se positionnent sur des propositions de fond et pour nous elles doivent être en rupture avec les forces de l’ancien régime, comme l’UMP.

Les électeurs du FN ne sont pas attirés par une idéologie politique, contrairement à un partie de votre électorat. N’est-ce pas une difficulté importante pour vous à l’heure de la dépolitisation de plus en plus importante des citoyens ? De la même manière, la chute des cours du pétrole qui fragilise actuellement le Venezuela et donc le gouvernement de Maduro, que vous soutenez, n’illustre-t-elle pas l’échec des politiques marquées par une forte idéologie ?

Le FN mène une bataille culturelle et idéologique depuis 40 ans ! Aujourd’hui on constate qu’un discours xénophobe est porté par d’autres émetteurs que le FN. Eric Zemmour en est une belle démonstration. Omniprésent dans les médias, il trouve que le FN est "trop à gauche" à son goût. C’est dire. Le discours désignant l’étranger ou le Français d’origine étrangère comme responsable de la crise s’est répandu, fortement aidé par des médias ou indirectement renforcé par des faux combattants de l’antiracisme. A présent, nous devons mener un combat culturel et idéologique à l’encontre des idées du FN, ce que Jean Luc Mélenchon fait avec pédagogie.

Concernant le Venezuela, nous avons toujours soutenu son gouvernement quand il faisait reculer la pauvreté et progresser l’éducation en faisant reculer l’analphabétisme, et c’est à mettre à son actif. N’allons pas trop vite en parlant d’échec. Pour notre part, faut-il le préciser, nous ne voulons pas reproduire en France le même modèle économique sud-américain car la situation n’est en rien comparable à celle de la France.

Ce qui nous intéresse dans le gouvernement de MM. Chavez et Maduro c’est le processus de réacquisition politique du pouvoir avec la Convocation d’une Assemblée Constituante sitôt élu et l’inscription de nouveaux droits dans la Constitution qui a vu le jour. Pour la première fois en Amérique du Sud, après des années de présence des Etats-Unis manipulant et complotant contre les gouvernements démocratiquement élus, le peuple s’est enfin saisi de la question politique.

Jean-Luc Mélenchon a surpris en accordant une longue interview dans Closer. Selon son entourage, "il va à Closer pour parler aux lecteurs de Closer". Cet entretien n’illustre-t-il pas les difficultés rencontrées par le Front de gauche et plus généralement par la classe politique à s’adresser aux citoyens déçus par les partis ?

C’est le contenu de cette interview qui est important. Jean-Luc Mélenchon y tient des propos très politiques et critiques notamment sur la presse dite "people". Clairement, il ne lâche rien. Ensuite, Closer est une presse populaire qui parle à des gens qui ne s’intéressent pas forcément à la politique. A partir du moment où Jean-Luc Mélenchon n’abandonne pas ses convictions, cette interview est utile et c’est une excellente idée de l’avoir fait. Il y a de plus une part de facétie chez lui. Il aime être là où l’on ne l’attend pas et prendre tout le monde à contre-pied. Beaucoup des responsables politiques qui le critiqueront sont des jaloux et je vous fiche mon billet qu’on les verra demain réclamer un entretien à Closer.

Il faut être partout où sont les gens, les vrais gens, c’est-à-dire le Peuple et non dans la petite couche médiatique concentrée dans la capitale. Je voudrais illustrer cela par un autre exemple. Quand, avec Jean-Luc Mélenchon nous critiquons une certaine lecture de la Révolution Française à la suite de la polémique sur le jeu vidéo Assassin’s Creed, nous avons ouvert un débat intéressant pour lequel beaucoup de gens m’ont remercié. Nous ne méprisons pas la culture populaire, bien au contraire. Puisque nos concitoyens aiment les jeux vidéos, eh bien parlons de leur contenu idéologique. Puisque 900 000 personnes achètent Closer, profitons de ses colonnes pour parler politique, etc. Partout où l’on nous donne une tribune et même quand on ne nous la donne pas, on la prendra pour être entendu.

J’insiste, il faut aller chercher les citoyens et trouver tous les moyens pertinents pour s’adresser à eux. Il est nécessaire de ne pas rester sur des figures politiques anciennes et parler aux lecteurs de Closer est donc utile et pertinent. On voit bien que dans une société médiatisée la présence dans les médias est nécessaire. Il est d’ailleurs frappant d’observer que le FN récolte des bons résultats électoraux dans certaines communes où il n’y a pas un seul militant. Les gens ont souvent découvert le FN à travers les médias, dans ces cas.

Où en sont actuellement les discussions avec les écologistes et le PCF dans le cadre des prochaines élections départementales ? Un accord est-il possible localement avec ces autres partis de gauche ?

Il y aura beaucoup d’accords électoraux locaux mais je suis à ce stade incapable de dire combien et où. Les configurations sont différentes selon les endroits. Beaucoup d’écologistes, mais aussi Nouvelle Donne, nous rejoignent dans notre analyse sur la nécessité d’être indépendants du PS surtout depuis le départ du gouvernement et la mort de Rémi Fraisse. On a vu que cela a déclenché un débat fort au sein d’EELV. La première condition pour reconstruire une force politique est qu’elle soit clairement indépendante de la politique du gouvernement. Et, il est aussi important que les accords réalisés aient un contenu significatif en rupture avec la vieille scène politique. Je ne répète pas ce que j’ai expliqué précédemment sur la VIe République, mais pour être dynamique les candidatures que nous présenterons, qui devraient être désignées lors d’Assemblées citoyennes larges et ouvertes, doivent incarner cette volonté de rupture avec l’ancien régime. Enfin, je reste lucide sur l’importance de l’abstention lors des élections départementales.

Les relations entre le PCF et le Parti de gauche restent fraîches depuis plus d’un an et les deux partis n’ont d’ailleurs pas tenu d’université d’été commune cette année. Alors que le Parti de gauche a récemment fêté son 6e anniversaire, pourquoi votre parti et le PCF ont-ils du mal à s’entendre ? Quel avenir peut se dessiner pour ces deux formations politiques ?

Il est vrai que nos analyses politiques ne se sont pas traduites de la même façon dans les choix stratégiques qui ont été faits. Cela nous a porté préjudice, j’en suis convaincu. Ce qui m’importe désormais, c’est l’avenir : les désaccords sont connus et il ne sert à rien de les cultiver artificiellement. Rien n’est rompu. L’émiettement incompréhensible de notre pensée politique serait un poison. L’importance est de garder une capacité à s’adresser à d’autres milieux politiques, et je pense une nouvelle fois aux catégories populaires abstentionnistes. Elles sont plus sensibles au contenu des propositions qu’aux seules additions de sigles… Il faut donc s’enrichir et s’ouvrir à d’autres partenaires qui s’opposent à la politique actuelle du gouvernement. L’avenir dira qui participe à ce projet. J’observe que lors des prochaines échéances électorales nous resterons avec les forces qui ont donné naissance au Front de gauche, mais renforcés de nouvelles. Tant mieux. Au-delà de ces échéances, je crois qu’il sera utile de discuter avec elles de l’avenir et de la façon dont nous faisons vivre un grand projet d’une VIe République.