le-badge-je-suis-charlie-pour-rendre-hommage-aux_2364635_800x400.jpgCe n’est pas facile de se remettre à écrire sur ce blog après les journées terribles que nous avons vécus. Pendant plusieurs jours, cela m’a semblé dérisoire. Comme tous les citoyens de notre pays, j’ai été fortement et intimement ébranlé par ces évènements sanglants. Comment ne pas l’être ? Comment ne pas être inquiets ? Comment ne pas être en colère ? Pour une certaine vision de l’humanité et des relations entre les peuples mais aussi pour son pays, pour ceux que l’on aime, pour une certaine idée de la République, de la laïcité, et donc de la France, et de la façon dont on fait société…

Les grands désordres du monde ont donc étendu leurs ombres glacées et mortifères sur notre pays. Ce n’était certes pas la première fois, mais ces derniers jours ce fut avec une violence inédite. Journalistes et dessinateurs,  assassinés pour leur courage à ne jamais se taire, policiers abattus pour s’être dressés face aux assassins lourdement armés, citoyens massacrés parce que de confession juive… les cibles furent hélas nombreuses. 

Le fanatisme religieux a une nouvelle fois fait couler le sang. Combien de fois l’a-t-il fait lors des siècles précédents ? Ceux qui connaissent l’Histoire savent que la liste est longue de tous les crimes commis au nom de Dieu. De quoi s’est-il nourri ce fanatisme du 21ème siècle pour qu’il soit si cruel ? Des guerres injustes, des Etats déjà fragiles et tyranniques pulvérisés laissant place à des systèmes claniques abreuvés d’argent sale, des populations civiles humiliés, de régions entières du monde plongées dans le chaos depuis plusieurs décennies, l’égoïsme des gouvernements des grandes puissances économiques… ont été le sordide chaudron dans lequel toutes ces haines ont mijoté depuis longtemps. Qui pouvait croire que nous puissions en être préservés ?

Maintenant que nous avons pleuré nos morts, enterré leurs corps assassinés, séché nos larmes, il est temps de regarder vers l’avenir sans esprit de vengeance ni de revanche et de chercher à construire un monde nouveau. Les débats autour des questions de sécurité, des moyens donnés aux forces de l’ordre, de nos libertés publiques, occupent une grande part des discours des forces politiques traditionnelles. Je n’en conteste pas parfois une part de pertinence. Tous les citoyens de la République ont le droit de vivre dans la sureté. Mais, nous avons aussi le devoir de faire de la Politique et de comprendre le Monde qui nous entoure. Aussi les espoirs que nous portons vers les prochaines élections en Grèce ne sont pas hors sujets. Bien au contraire. Nous ne règlerons pas une partie des problèmes auquel nous sommes confrontés en France si nous vivons dans un monde empli de malheur et d’injustice. Dans ce cadre-là, l’avenir de l’Union européenne, ou du moins des pays qui la composent, est un enjeu majeur. L’austérité qui fait le malheur des peuples doit cesser.

Mais, on le voit bien avec le développement d’un certain fanatisme religieux, la contestation des injustices réelles de notre temps ne suffit pas à faire un projet des progrès et de fraternité. Dénoncer les malheurs du libéralisme ne fait pas automatiquement de vous un républicain universaliste. De la même façon, ceux qui critiquent les politiques économiques de l’UE ne sont pas tous à ranger dans un même sac, généralement vulgairement nommé : les populistes ! C’est-à-dire, dans l’esprit de ceux qui utilisent ce terme, une masse confuse de gens simplistes et démagogiques. Plus que jamais donc, il est temps de réfléchir et de faire preuve de discernement.

C'est pourquoi le succès de notre meeting lundi dernier Gymnase Japy en présence notamment de Cécile Dufflot, Guillaume Balas, Pierre Laurent et bien sûr Jean-Luc Mélenchon avait tant d'importance.


Jean-Luc Mélenchon au meeting de soutien à SYRIZA par lepartidegauche

Je vais donc désormais parler de la Grèce. Le proverbe est connu : la victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline. Ainsi, on assiste ces derniers jours à propos de la prochaine victoire (le vote aura lieu ce dimanche 25 janvier) de nos amis de Syriza en Grèce, coalition de gauche avec laquelle nous avons des relations étroites depuis des années, a la fabrication de pseudos paternités douteuses et à une opération de récupération honteuse de la part notamment de Mme Le Pen. Ceci devrait la disqualifier totalement, mais cette manoeuvre trouve hélas parfois l’oreille de certains commentateurs médiatisés. Aussi, il est fréquent d’entendre des journalistes en vues insister et souligner doctement que Syriza est soutenu en France par une « drôle de coalition » allant de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen. Ainsi, lentement mais surement le poison de la calomnie politique se diffuse. Progressivement, répétée sur tous les médias, cette petite musique devient gros barouf et ses paroles sont à peine subliminales : tout ça, Mme Le Pen et M. Mélenchon, c’est du pareil au même. Le journal gratuit « 20 Minutes » ose même titrer « Syriza: Pourquoi le parti grec anti-austérité séduit autant la gauche radicale que le FN » affirmant ainsi une sorte de parité dans les soutiens français de Syriza entre nous et l’extrême droite. 50 % pour l’un, 50 % pour l’autre.

Pas d’accord. Cet enfumage doit être dissipé car il participe à la confusion idéologique ambiante et notre monde dangereux mérite de la clarté. Non, l’extrême droite ce n’est pas la même chose que la gauche que nous incarnons. Ce relativisme est insupportable. Car présenter ainsi, cet angle de vue est évidement susceptible de refroidir nos concitoyens, et au-delà de nos frontières, à la formation d’Alexis Tsipras qui aura pourtant besoin de notre aide car leur victoire aidera à ouvrir une nouvelle ère en Europe.

Voridis-ManifFN_FrontHellenique.jpgAlors, il faut démonter le mensonge. D’abord, Mme Le Pen affirme dans la presse, pour expliquer le succès de Syriza, qu’en Grèce puisqu’« il n’y a pas d’équivalent au Front national, c’est l’extrême gauche qui prend notre place ».Comme si l’absence de l’un profitait à l’autre dans un système mécanique de vase communicant. Comme si on votait pour l’extrême droite pour les mêmes raisons que de voter à gauche. Tout cela est faux, archifaux. Et c’est aller un peu vite en besogne de lui laisser affirmer cela sans plus de précisions. Longtemps en Grèce les amis du FN logeaient dans une organisation nommée Laos. Une des principales figures de ce parti se nommait M. Makis Voridis qui était un ami personnel de M. Jean-Marie Le Pen à tel point que ce dernier sera l’invité d’honneur du mariage du premier. Pendant plusieurs années, M. Voridis participera au rassemblement du FN le 1er Mai, telle que le montre la photo publiée ici. En 2011, ce Laos d’extrême droite participera à l’un des gouvernements austéritaires dominé par le PASOK (c’est-à-dire le Parti socialiste grec) qui trustera les ministères importants et conduit par M. Lucas Papademos, ancien Vice-président de la BCE. Ainsi, M. Voridis deviendra Ministre des transports et un autre de ses compagnons, M. Adonis Geogiadis , un violent antisémite, participera également à ce gouvernement de combat contre les peuples comme secrétaire d’Etat chargé de la marine marchande. Au FN, on fera alors un peu profil bas, mais des dirigeants frontistes comme M. Pierre Cheynet, membre du Comité Central du FN et réélu dernièrement lors du congrès de 2014 se féliciteront publiquement, sans qu’ils aient à craindre la moindre sanction interne, de cette participation au gouvernement sous les ordres de la Troïka.

Depuis, cette participation gouvernementale a laminé électoralement le Laos. Aussi, si en 2015 « il n’y a pas d’équivalent » en Grèce du FN, comme le dit benoîtement la Présidente du FN, c’est que le groupe qui fut longtemps l’organisation sœur des lepénistes a fait le choix en 2011 de soutenir les politiques d’austérités.

De plus, qui dira qu’en réalité, au-delà des grossières opérations de communications de Mme Le Pen et de son conseiller expert es filouterie idéologique, M. Florian Philippot, la majorité des dirigeants du FN qui s’exprime dans les médias française ne soutiennent pas Syriza. En voici quelques exemples. Ils ne sont pas très difficiles à récolter. Ainsi, Gilbert Collard, député Front national, à propos de la possible de victoire de Syriza,  a déclaré avec la finesse qui le caractérise toujours, le 7 janvier, sur I Télé, lors d’une interview menée par Bruce Toussaint« Je ne me félicite pas que la gauche arrive au pouvoir en Grèce, hein… L'extrême-gauche, pardon. Car elle est toujours porteuse de totalitarisme."

Vous en voulez un autre ? Le voici, il s’agit désormais du dirigeant historique et trésorier du Front National, M. Wallerand de Saint Just, qui prévient très clairement toujours sur I Télé face à Olivier Galzi le 29 décembre 2014, à propos d’Alexis Tsipras et Syriza : « Il y a deux particularités dans son programme que nous n’avons jamais mis en avant. Il voudrait par exemple interrompre les remboursements des particuliers dans les prêts que les banques ont consentis. Il voudrait interrompre le paiement par l’Etat de la dette publique que ce soit du capital ou des intérêts. Nous, nous n’avons jamais préconisé cela. Ce sont des mesures assez révolutionnaires (…) Nous, nous présentons un autre programme. Cela amènerait  à mon avis la Grèce dans une situation peut-être encore plus difficile qu'elle ne connaît à l'heure actuelle »».

Enfin, M. Bruno Gollnish, dirigeant historique du FN lui aussi, dans un récent billet de blog, comme souvent au style assez vaporeux, dénonce un « communisme messianique et humaniste », le « sans-frontiérisme et sans-papiérisme », une « machine à tuer les peuples et à écraser les nations », et met Syriza dans le même panier que... Bildelberg !

Cette liste pourrait être allongée. Mais les éléments que je viens de citer démontre clairement qu’il est inexact, comme le disent certains journaux, d’affirmer que Syriza « séduit autant » au FN que dans notre gauche. C’est même l’inverse. La démagogie de Mme Le Pen au sujet de la situation en Grèce n’est qu’un attrape gogo et exacerbe des contradictions dans leur camp. Il suffit de faire parler des dirigeants du FN pour entendre tout haut ce que les dirigeants lepenistes pensent tout bas : ils ne souhaitent pas la victoire de Syriza.

La vérité est que le 25 janvier, la victoire de Syriza sera une défaite pour les idées d’extrême droite. En ces temps troublés, nous avons besoin de démontrer qu’un autre monde meilleur est possible. Le Peuple grec va nous y aider. C’est sa façon à lui d’être Charlie.


Syriza - "L'addition de sigles ne suffit pas... par lepartidegauche