Nous voilà à deux semaines des élections départementales dont le premier tour aura lieu le 22 mars prochain. Elles seront à l’évidence un grand choc politique. La première matérialisation de ce « choc » sera une abstention de masse, particulièrement dans les milieux populaires qui généralement votent à gauche. Là, le dégoût de la politique du gouvernement y est à son comble. Pour dire les choses simplement : les gens ont voté pour un changement qui n’a pas lieu et même pire qui s’incarne désormais dans un gouvernement qui théorise qu’il ne faut surtout pas faire ce pour quoi les gens les ont élus. Sur le plan civique, c’est un poison mortel. Pour beaucoup de citoyens la « grève civique » qu’ils poursuivent est donc une façon évidente de sanctionner MM. Hollande, Valls et leurs ministres… C’est néanmoins une erreur, car à la différence d’une grève de salariés qui bloque normalement l’outil de production et produit un rapport de force profitable aux grévistes, cette grève civique elle, hélas, ne bloque pas les institutions de la Ve République qui peuvent, on l’a vu depuis 1958, très bien fonctionner avec 50 ou 60 % (ou plus) d’abstention lors de chaque scrutin.

Je ne démobilise personne en annonçant cela. C’est l’inverse, mais je nomme une des difficultés du moment. L’abstention est le grand événement qui surplombe toute la vie politique française depuis des décennies et particulièrement deux ans. Ne pas le voir est symptomatique d’une forme de mépris des milieux populaires. J’estime pour ma part qu’un parlementaire (ou un autre élu) qui ne représente que 15 à 25 % du corps électoral de sa circonscription n’a que peu de légitimité pour prendre des décisions.  Ils sont pourtant nombreux à l’Assemblée Nationale a être dans ce cas et ne pas s’en inquiéter. Rien ne peut changer sans le peuple, sans son contrôle, sans sa délibération. Sa mobilisation est la clef de toute chose.

Malgré les difficultés que je viens de souligner, avec mes amis nous sommes pleinement engagés dans cette campagne. Dans beaucoup de cantons, la très grande majorité même, nos idées seront bien présentes incarnées dans des candidatures qui ne se limiteront pas au seul Front de Gauche dans sa configuration classique et toutes ses composantes de façon parfaitement autonome des candidats qui soutiennent la politique du gouvernement actuel. Nous ferons aussi alliance dans beaucoup de cantons avec EELV, Nouvelle Donne de M. Pierre Larroutorou où des militants issus des Socialistes affligés, groupe de personnes issues du PS animé par l’ancien Député européen PS Liem-Huang Noc. Dans beaucoup de cantons nous nous présenterons sous des dénominations de listes « citoyennes », c’est à dire regroupant des formations politiques présentées plus haut, mais aussi et surtout des citoyens non encartés dans des partis qui se sont réunis et organisés pour exprimer à l'occasion de ce scrutin de fortes exigences citoyennes et civiques : refus du cumul des mandats, droit de révocation pour les élus, contrôle citoyen plus exigeant, etc… Ces élections seront donc l’occasion d’expérience de nouvelles alliances et de nouvelles méthodes politiques.

Toutefois, soyons lucides sur leur issue globale, je ne crois pas utile « d’infantiliser » les femmes et les hommes qui nous font confiance en leur racontant des bobards. Je l’ai dit pour commencer ce billet. Le désarroi est tel en mars 2015 que notre peuple doute, se désespère parfois et ne voit pas dans ses élections confuses où l’on ne sait même pas quels seront les pouvoirs des futurs élus, un outil pour se faire entendre. De plus, chaque jour, une mise en scène politico-médiatique place au centre des tous les débats publics le Front National. Ecoutez les télés, radios et autres émetteurs idéologiques, c’est l’extrême droite qui est présentée inlassablement comme la seule alternative à la politique actuelle. Personne n’organise de débats sérieux autours des autres politiques économiques et sociales « de gauche » qui pourraient être menées. A l’inverse, chacun des thèmes de prédilection du FN, tel un ballon en plastique, gonfle au fur et à mesure que ces faux débats se font entendre. Pendant que l’on parle de questions ethniques, religieuses, identitaires, et d’immigration… thèmes chers au FN, on ne parle évidemment pas des questions sociales, d’un nécessaire autre partage des richesses, de réformes fiscales, de refus de l’austérité, d’augmentation de salaires, de refus de la précarité, de lois interdisant les licenciements dans les entreprises qui font des profits, de refus d’écart de salaire supérieur à 20 fois le salaire minimum, d’éco-socialisme, de recherche d’autres énergies que le nucléaire, etc...

Impuissanté par sa politique social-libérale, affolé par ce qui se prépare, le pouvoir en place utilise le FN (et les scores qu’annoncent les instituts de sondages) pour essayer de ranger derrière lui tous ceux que révulsent les idées d’extrême droite. Peine perdue. Ce stratagème, usé jusqu’à la corde, ne fonctionne plus à présent. De moins en moins de gens ne veulent se déplacer pour donner quitus à M. Manuel Valls et à sa politique, motivés par le seul dégoût de Mme Le Pen. Objectivement, nous sommes donc entrés dans une ère de tous les dangers. Mais soyons précis, ne perdons pas de vue que pour l’heure, le maximum de voix que le FN a obtenu est de 6 millions lors des élections présidentielles de 2012. Il existe potentiellement dans notre pays plus de 42 millions d’électeurs. J’insiste sur ce point pour dire combien le problème majeur est l’abstention populaire et non un glissement imaginaire d’un électorat de gauche qui voterait désormais pour Marine Le Pen. Non. Si le FN est un dynamique électorale c’est parce qu’il mobilise mieux son électorat que les autres, et aussi car il mord sur des pans de plus en plus important de l’électorat de droite, à mon avis assez désorienté par le retour raté de Nicolas Sarkozy.

Refusant de voir qu’il porte une part de responsabilité dans le désastre actuel, le premier Ministre Manuel Valls s’inquiète de la situation actuelle, exprimant publiquement "son angoisse" que « son pays se fracasse sur le FN » et que ce dernier l'emporte en 2017,mais n’en tire aucune conclusion politique ni personnelle. Il annonce même que quelle que soit l'issue de ce vote, il restera Premier Ministre. C’est sur ce point que j’ai été interviewé ce jour sur BFM TV.


Alexis Corbière à "Non Stop" sur BFMTV le 08/03... par lepartidegauche