« La calomnie ! Monsieur, vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés ; croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville, en s'y prenant bien.... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme une hirondelle avant l'orage.... telle bouche le recueille, et, piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement ; le mal est fait : il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando, de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez la calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil ; elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription »

(Pierre Augustin Caron de BEAUMARCHAIS, Barbier de Séville. II, 8)

Haut les cœurs mes amis ! Moi, j’en ai bien besoin. Croyez-moi, il est des moments où les coups bas font plus mal que d’autres. Ceux dont Jean-Luc Mélenchon est la cible depuis hier soir m’ont blessé tout particulièrement car ils salissent une longue part de ma vie militante et celles de camarades qui me sont chers. Engagé activement aux côtés de Jean-Luc depuis 1997 je réclame le droit que ce pour quoi, avec beaucoup d’autres de mes amis, j’ai consacré bien du temps ne soit pas caricaturé vulgairement pour vendre un livre ou pour faire « un bon coup éditorial » qui à quelques jours d’un scrutin départemental sera tout bénéfice pour le pouvoir en place. Chacun aura compris, je suis indigné par la campagne de presse accompagnant la sortie d’un ouvrage de deux journalistes du Monde,  Mmes Vanessa Schneider et Ariane Chemin, consacré à Patrick Buisson. Dans ce livre, que comme tout le monde je n’ai pas lu puisqu’il sortira demain, on y affirme tout de go que concernant Patrick Buisson : « Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service », et pire encore, ce dernier serait « de ceux qui encouragent (Mélenchon) à quitter le Parti socialiste en 2008 ».

Ici, je dis non, pas ça. Affirmer que Patrick Buisson serait un « ami » et un « conseiller » de Jean-Luc Mélenchon, qui l’aurait encouragé et même « convaincu » comme je l’ai lu ici ou là à quitter le PS est un mensonge pur et simple. Présenter les choses ainsi est une calomnie pour discréditer Mélenchon et son engagement public. A ce titre, comme compagnon de ce dernier, je me sens concerné et atteint. Que Jean-Luc connaisse Patrick Buisson depuis des années, notamment depuis l’époque où ce dernier animait avec Michel Field « Politiquement show » sur LCI est un fait que Mélenchon souvent évoqué. Que les joutes politiques et intellectuelles entre les deux se soient prolongées en dehors du plateau est une évidence. Et alors ?

Patrick Buisson a toujours été un adversaire politique frontal avec ce qu’incarne Jean-Luc Mélenchon. Sa matrice intellectuelle est celle d’un homme d’extrême droite, à l’indiscutable ample culture, qui a écrit des ouvrages en défense de l’OAS ou de l’Armée Catholique et Royale de Vendée pour ne prendre que deux exemples. Sur ces thèmes comme sur les autres, Jean-Luc et ses amis ont toujours été en première ligne pour combattre ses théories. J’invite à ce que l’on me cite une seule déclaration politique de Jean-Luc Mélenchon qui valide une seule des convictions idéologiques de M. Buisson ? Cela n’existe pas. Disons les choses autrement : la France royale fille année de l’Eglise ce n’est pas les Lumières et la Révolution Française, Georges Cadoudal ce n’est pas Maximilien Robespierre, Charles Maurras ce n’est pas Jean Jaurès, les Casques d’acier ce n’est pas Rosa Luxembourg et Léon Trotsky, Louis-Ferdinand Céline ce n’est pas le Colonel Rol-Tanguy, l’OAS ce n’est pas Albert Camus, le « populisme chrétien » ce n’est pas la laïcité, et pour finir cette énumération qui pourrait durer longtemps, le nationalisme ce n’est pas le socialisme…. Aussi, oser dire que Patrick Buisson et Jean-Luc Mélenchon « ont les mêmes schémas de pensée » est une phrase qui ne peut être prononcée sérieusement au micro d’une grande radio de service public… et pourtant.

Il convient donc de dire les choses simplement. Si Jean-Luc Mélenchon, et des milliers d’autres femmes et hommes comme moi, a fait le choix de quitter le PS en 2008, c’est le fruit d’un long processus politique ouvert en avril 2002 qui culmine lors de la campagne, fin 2004 et début 2005, à propos du référendum sur le Traité Constitutionnel Européen (TCE). Durant cette campagne qui nous marquera, nous vivrons physiquement une intense et magnifique campagne victorieuse où la gauche populaire et antilibérale infligera une défaite aux sociaux-libéraux. Nourris également de l’expérience de Die Linke et du départ du SPD d’Oskar Lafontaine (lui aussi conseillé par Buisson ?) en Allemagne, c’est ainsi que se forgera notre conviction que ce n’est plus au sein du PS que nous devons continuer notre combat. Jean-Luc rédigera un ouvrage « En quête de Gauche » (Editions Balland) qui sur 400 pages décortiquera l’évolution de la social-démocratie française et mondiale et sa mutation en Parti Démocrate à l’américaine. Tout cela évidemment continuera à prendre encore du temps de réflexion et loyalement nous mènerons le combat au sein du PS lors du Congrès de 2008 afin de vérifier si notre analyse n’était pas erronée. Les résultats de ce Congrès, marqués par un net recul de la gauche du PS (pourtant pour la première fois unie sur une même motion) nous feront franchir le pas. Parallèlement, nous avions bâti des cadres de discussion et d’échanges avec tous ceux qui allaient être des acteurs de la naissance du Front de Gauche, à commencer par le PCF. Durant toutes ces années de réflexions, de réunions et d’échanges entre nous, que viendrait faire Patrick Buisson et son ignorance totale de la gauche antilibérale et de la vie interne du PS? Mystère. En quoi ce dernier aurait un point de vue intéressant par exemple sur la capacité du PCF à vouloir donner naissance au Front de Gauche ? Nouveau mystère. Et ainsi de suite.

Mais, oubliez ce que je viens d’écrire…Tout ce que je viens de raconter n’était qu’un théâtre d’ombre. En coulisse, Patrick Buisson murmurait à l’oreille de mon camarade Mélenchon qui tel un automate exécuter les requêtes du « mauvais génie ». Et il faudrait gober tout cela.

 Je refuse donc cette vision rabougrie et complotiste de plus de 10 ans de ma vie militante. Je refuse cette folklorisation du combat politique où les militants ne sont rien et les responsables des êtres cyniques qui en coulisses ourdissent des alliances glauque et contre nature. Quitter le PS et s’engager dans la campagne présidentielle fut un choix difficile pour Jean-Luc et le groupe de camarades qui l’entouraient alors. S’il faut donner un nom de celui qui eut le plus d’influence pour que nous ayons le courage collectif de « sauter le pas » le voici : François Delapierre. Je m’en souviens très distinctement. C’est lui qui par ses analyses et documents qu’il nous livrait nous permis d’avancer dans cette voie inédite et c’est lui qui logiquement dirigea la campagne présidentielle de Jean-Luc en 2012. De toute cette histoire, je ne regrette rien. Bien au contraire.

A quelques jours du premier tour des élections départementales, méfions nous des boules puantes. Espérons qu’elles n’empestent que ceux qui les portent et colportent.

 C’est ce que j’ai essayé de défendre aujourd’hui lors du journal de 13h de France Inter.


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