Je vais aborder dans ce billet, différents sujets sur lesquels je me suis exprimé publiquement, mais à propos desquels je n’ai pas eu le temps d’écrire. Cette phrase d’introduction me fait penser qu’il conviendrait un jour de mon pont de vue, de développer ici le rapport qu’une organisation comme la nôtre entretient avec l’univers médiatique. Je juge important que notre famille politique, en premier lieu le PG et celle de toute la gauche en opposition avec le gouvernement actuel, se fasse entendre le plus possible par le principal biais par lequel des millions de nos compatriotes se font une opinion politique, c’est à dire la télévision et la radio. C’est une œuvre indispensable face à la montée des idées d’extrême droite.

 

Bien sûr, je suis lucide sur le caractère déformateur des médias actuels qui vivent sous le fouet mercantile de l’audimat, du sensationnalisme et de la société du spectacle dont ils sont les créateurs. Mais, ainsi est le champ de bataille politique en 2015. Il fut un temps où l’existence d’un journal papier était un outil indispensable pour diffuser les idées du mouvement ouvrier. Ce fut la tâche notamment du grand Jean Jaurès qui fonda par exemple l’Humanité qui était vécu alors comme la colonne vertébrale de la SFIO puis du mouvement communiste. Les choses ont quelque peu changé à présent, je ne développe pas plus.

 

Aussi, avec une fréquence plus ou moins importante, nous sommes quelques uns au PG à être sollicités, par différents médias sur des thèmes les plus divers, généralement le matin même pour le soir. Cela nous impose d’apporter des réponses dans l’urgence après avoir consulté notre organe collectif de direction. Cet exercice n’est pas toujours simple car aucun d’entre nous n’est permanent. Souvent, pour des raisons professionnelles ou personnelles, je refuse telle ou telle invitation, ou lorsque le sujet (ou les invités) me déplaisent trop fortement. Généralement, ce n’est pas profitable à mon parti, même si je propose d’autres camarades, car l’invitation médiatique se reporte sur une autre sensibilité politique, pas toujours proche du PG. Je découvre même parfois en regardant l’émission devant mon poste de TV après avoir décliné, que le sujet a finalement totalement changé ! Ainsi va le monde médiatique.


Alexis Corbière en débat face à Florian... par lepartidegauche

 

Mais la critique de ce que nous y faisons reste utile et particulièrement pertinente. Je lis souvent avec attention les commentaires qui sont laissés sur mon blog. Par exemple, ma dernière confrontation avec le vice-président du FN, le redoutable Florian Philippot (que vous pouvez voir plus haut) peut être vue et décortiquée pour juger de l’efficacité ou non de notre combat contre les idées du FN. N’hésitez donc pas à me faire partager vos commentaires, même (et surtout) critiques. Toutes les expériences que nous traversons, les uns et les autres, doivent nous servir collectivement pour être plus efficace dans les années qui viennent, quelle que soit ensuite notre place dans cette bataille.

 

Quand Marine Le Pen suspend son père, mais pas ses idées

 

La mise à l’écart de Jean-Marie Le Pen de l’appareil du Front national, n’est pas qu’une anecdote qui, avouons le, m’amuse assez il est vrai. Elle est un fait politique important car le fondateur du FN est personnage présent dans la vie politique depuis 60 ans ! Je fais partie d’une génération où il a toujours incarné l’extrême droite. « Le Pen » est une marque à la symbolique très forte. En 1998, Bruno Mégret, homme d’extrême droite intellectuellement autrement plus structuré que l’actuelle Présidente du FN, s’était cassé les dents sur cette réalité crue. D’ailleurs aucune des manœuvres internes actuelles opérées par Marine Le Pen n’eut été possible si elle ne portait pas le même nom de famille que le vieux chef. Au passage, c’est cela qui explique essentiellement l’élection à l’Assemblée nationale, de Marion Maréchal Le Pen , âgée d’une vingtaine d’années, qui n’aurait pas connue la même trajectoire politique si elle s’était appelée Dupont ou Durand.


Alexis Corbière à "ONVPSM" sur ITélé le 04/05/2015 par lepartidegauche

 

Mais, en mai 2015, dans la mesure où celle qui écarte Le Pen s’appelle aussi Le Pen, la fille va réussir ce que les mégretistes avaient raté. Les 86 ans du patriarche explique aussi des choses. Je doute que ce vaudeville, haut en couleur mais toujours brune, soit de nature a réellement affaiblir (sur le plan électoral) le Fn mariniste. On me dit que le vieux chef très en colère va « balancer » dans les médias contre sa fille. Nous verrons (non sans gourmandise) le résultat.

 

Sans connaître toutes les conséquences de ces fâcheries politico-médiatiques, notre tâche doit être de rappeler qu’avec ou sans Jean-Marie Le Pen, les idées (et les hommes qui les portent) restent sensiblement les mêmes dans cette boutique. Comme on est boucher de père en fils dans certains commerces, chez les Le Pen on vend de la xénophobie de générations en générations. Les produits ne changent guère même si l’emballage change selon les modes. Le 1er mai, le discours tenu par Marine Le Pen était d’une facture classique et le père n’aurait ni changé, ni ajouté une ligne, ou plutôt une haine.

 

Mais surtout, comment croire un instant que Marine Le Pen n’est pas d’accord avec le combat politique ayant fait la vie de son père ? Qui peut croire qu’elle aurait découvert ses convictions racistes profondes après avoir lu une interview dans Rivarol de février 2015 ? Quelle blague. Ou alors quelle absence de lucidité… ! En 2006, dans son livre autobiographique « A contre flots » Marine Le Pen écrivait : « Donc si (Jean-Marie) Le Pen, que je côtoie au quotidien était raciste, (…) je suis capable de le voir. Or, pas une seule de ses réflexions, jamais, ou une seule de ses réactions, n’a fait que je pouvais le soupçonner de racisme. J’ai conscience qu’il y a là un décalage majeur entre ce que je lis tous les jours et ce que je sais. Cette injustice que je trouve flagrante, cette différence entre ce qu’on dit de lui et qu’il est en réalité me met en rage, aussi fort aujourd’hui qu’hier » (page 90).

 

Comment quelqu’un qui écrit des choses aussi grotesques et extravagantes à propos de Jean-Marie Le Pen peut il faire croire qu’il peut ensuite débarrasser du FN les idées du fondateur ? Personne, bien sûr. La lecture de cette biographie officielle est d’ailleurs éclairante pour juger de la sincérité de ses positions sur les 35 heures ou la retraite. Sur ces sujets, elle écrivait : « Comment ne pas se rendre compte qu’en imposant les 35 heures ou la retraite de plus en plus tôt, la gauche fait un chèque en bois à nos compatriotes et interdit aux plus démunis qui le souhaiteraient de travailler dur pour gagner plus, les maintenant ainsi inexorablement la tête sous l’eau, leur interdisant de ce fait de construire pour leurs enfants un avenir meilleur que le leur ? » (p. 199).

 

C’est exactement le vocabulaire actuel de la droite. Je souligne au passage combien, un an avant l’élection de Nicolas Sarkozy et son célèbre « travailler plus pour gagner plus » la patronne du FN écrivait exactement la même chose. Aujourd’hui, sur ces sujets sociaux, avec hypocrisie, Le Pen fille veut nous faire croire qu’elle dit l’inverse. Mensonge. Mais, c’est bien là la fonction de l’extrême droite : mentir aux travailleurs en leur faisant croire qu’elle serait sociale. Enfin, le passage qui suit, répétant le vocabulaire patronal le plus étroit, sur les syndicats ouvriers illustre son mépris du mouvement ouvrier. « Comment les syndicats peuvent-ils encore plastronner alors qu’ils trahissent ceux qu’ils sont censés défendre ? Qui ne se rend compte qu’en réclamant toujours plus de privilèges exorbitants pour toujours moins de travail, ils ont assassiné peu à peu les services publics, et se sont faits les complices objectifs des privatisations, issue naturelle du gouffre qui finit par se creuser entre service public et privé en terme de compétitivité ». (p.198).

 

9782359301359_1_75.jpgJ’utilise la conclusion de ce chapitre sur le FN pour vous inviter à lire le « Panorama sur l’histoire de l’extrême droite et du fascisme » (Editions Les points sur les i) signé de mon ami Allain Graux. Ce dernier profite de sa retraite pour écrire et faire partager sa grande culture. Merci à lui.  Cette attitude est typique de ces militants qui savent que la transmission de leur expérience aux autres, et particulièrement aux plus jeunes qui commencent leur engagement est une tâche importante. Jusque là je connaissais Allain comme un passionné de l'Amérique Latine à laquelle il a consacré plusieurs ouvrages. Il s’agit là d’un manuel facile d’accès pour maitriser les différentes évolutions de l’extrême droite française. La première partie sur l’extrême droite des années 30 sait additionner érudition et simplification pour comprendre les subtilités divisant tous les groupes et sous-groupes qui pullulaient alors. Ensuite, la deuxième moitié du livre est consacrée au Front National de Jean-Marie à Marine Le Pen et fourmille de mille détails forts utiles (candidats, résultats, etc..) permettant de comprendre à la fois les claires origines fasciste du FN, puisque ses fondateurs en octobre 1972 sont majoritairement des anciens collaborateurs du régime de Vichy et aussi la rupture entre Le Pen et Mégret en 1998 qui fera penser à ceux qui se déroule actuellement à peine 15 ans plus tard.

A l’heure où certains mélangent tout, par ignorance ou perfidie, oublient les origines politiques du FN et la trajectoire de ses fondateurs, il serait fort utile que chaque militant du PG en fasse l’acquisition.

 

Robert Ménard ou en quand en 2015, l’OAS veille

 

oas_veille-a10f1-32e3204.jpgLe PG a publié hier un communiqué qui donnait notre position sur les pratiques odieuses du Maire (apparenté FN) de Béziers. Ces saillies illustrent bien que Jean-Marie Le Pen Président d’Honneur ou pas, les pratiques du FN en responsabilité restent les mêmes. Ici, il faut être précis. Le débat n’est pas le débat fumeux sur les statistiques ethniques auxquelles je m’oppose farouchement par ailleurs. Les statistiques ethniques sont inutiles et dangereuses. Inutiles, car elles ne servent à rien à un esprit républicain qui voit les citoyens comme des égaux, parfois frappés d’inégalités sociales. A quoi peuvent servir des cases et sous cases dans des fichiers pour savoir à quelle ethnie vous vous rattachez ? En écrivant cela, je me pose la question de savoir à quelle ethnie j’appartiens moi même ? Je l’ignore. Je serai « blanc », c’est cela ? C’est tout ? Mais si la mère de mes enfants n’a pas la même couleur de peau que moi, dans quelle ethnie seraient nos enfants ? Elles seraient éventuellement dans une case différente de moi ? A la clef, que démontreraient donc tous ces tableaux ? Rien. En revanche, qui ne voit pas la dynamique folle dans laquelle nous ferions entrer notre société ? Plutôt que nous voir comme des égaux nous entrerions dans un grand moment de psychanalyse morbide où il faudrait chacun se prononcer sur notre « ethnie » ? Non, mille fois non. Dans les pays où cela se pratique, je pense aux Etats-Unis où il existe 14 sous catégories, le communautarisme fait rage. Je ne veux pas de cette société en France. Ici, c’est la passion de l’égalité et la Patrie des Droits de l’Homme au message universaliste… et je souhaiterai que cela le reste ou plus précisément que cela le devienne vraiment. En République, pour faire peuple, on doit s’interroger sur là où l’on veut aller ensemble, et non sur d’où l’on vient, car en vérité c’est d’une importance très secondaire.

 

Mais surtout soyons précis. Robert Ménard a bien parlé, et seulement parlé, sur France 2 d’enfants « musulmans ». Il a évoqué la religion ! Pas la nationalité, pas le lieu de naissance, pas le milieu social des parents… Et il devinerait cette religion des petits biterrois en fonction de leur prénom. Mais dans quelle rubrique classe-t-il les prénoms Inès, Lila, Sarah… etc. ? Pourquoi assigne-t-il à résidence confessionnelle des citoyens en fonction de la culture de leurs parents ? Bien des études ont démontré que nos concitoyens « culturellement musulmans » ont une pratique religieuse tout aussi distanciée que ceux qui d’entre nous se disent « culturellement catholique ». De temps en temps, ils se rendent dans un lieu de culte, organise une fête de famille en fonction d’une date liée à une événement religieux, etc.. mais ensuite les pratiques s’arrêtent… sans même évoqués les non pratiquants et les athées qui sont nombreux.


Alexis Corbière à "Grand Angle " sur BFMTV le... par lepartidegauche

 

Ces paroles approximatives du Maire de Béziers doivent donc être dénoncées avec clarté et fermeté. Seuls des fous, obsédés par des projets morbides et ayant d’autres objectifs que l’intérêt des enfants, recherchent à la virgule près la confession des enfants. D’autant qu’ici, on parle d’école maternelle. Est-il vraiment sérieux de parler de convictions religieuses pour des enfants de 3 à 6 ans par exemple ? Pour tirer quelle conclusion ? Pour prendre quelle mesure pratique ?

 

Car si Robert Ménard s’inquiète vraiment du sort des écoliers de Béziers et veut avoir des outils pour alerter les pouvoirs publics, il en existe. Je connais d’ailleurs assez bien le sujet. Ayant été adjoint au Maire chargé des affaires scolaires, j’ai utilisé les tarifs que les familles payent à la cantine pour connaître la situation sociale des familles. C’est assez limpide. Ces tarifs, basés sur le quotient de la CAF, permettent de voir où se concentrent les familles en situation sociale délicate. C’est là le mal dont souffre Béziers : la pauvreté, le chômage et la précarité. Cette ville est une plus pauvres de France selon l’INSEE, mais elle détient aussi beaucoup d’inégalités. En fonction de ces critères, on peut ensuite modifier la carte scolaire pour éviter les trop fortes concentrations d’handicaps sociaux dans les mêmes établissements, sur les mêmes équipes pédagogiques. Mais là, on est à des années lumières du discours de Robert Ménard

 

Dois je préciser que je connais bien le sujet puisque Béziers est ma ville natale et que toute ma famille y habite encore ? C’est là que j’ai fait toute ma scolarité, maternelle, primaire, collège dans le quartier populaire de la Devèze où se concentrent encore plus les problèmes sociaux évoqués. Elu depuis un an, qu’a fait concrètement Ménard pour les écoles publiques ? Rien. Il a seulement proposé une blouse (d’un gris à pleurer semblant directement sortie du film « les choristes ») qui a rencontré un flop total. Elle était si moche qu’aucune école publique ne l’a adopté et les blouses achetées par l’argent public, n’ont servi au final qu’à une seule école privée où, par hasard, travaille l’épouse de M. Ménard. On peut donc dire que sa « grande contribution » pour l’école publique fut d’acheter du matériel qui n’a servi qu’à des écoles privées. Sans commentaire.

 

Dans cette controverse, il est aussi nécessaire de lever un malentendu. L’idée selon laquelle les élèves issus de l’immigration font baisser le niveau reste bien ancrée. Selon l’enquête Trajectoires et Origines de l’INSEE, menée en 2009, 18 % des enfants d’immigrés (parmi les 20 – 35 ans) sont sortis de l’enseignement secondaire sans diplôme. Pour les élèves, ni immigrés, ni descendants d’immigrés, le taux est de 11 %.  Mais ces chiffres peuvent être trompeurs  car derrière ces moindres performances se camoufle moins l’origine que la condition sociale. La vérité est que les enfants d’immigrés vivent dans un environnement moins favorables aux bons résultats. Alors que 45 % des enfants sans origine immigrée ont des parents ouvriers ou employés, pour beaucoup d’enfants d’immigrés cette part dépasse les 70 % (et même 78 % pour les algériens, 76 % pour les marocains ou tunisiens..). La différence vient donc essentiellement du milieu social et c’est contre les inégalités qu’il faut lutter. C’est le cœur du problème qui ronge la France.

 

Mais Robert Ménard est ses amis, veulent uniquement un « grand remplacement » sémantique. Oui, ils veulent remplacer dans le débat public la question sociale par la question religieuse, ethnique, identitaire… Tout le prouve, il dit qu’il veut lutter contre l’échec scolaire ? Mensonge. Il vient de supprimer une subvention de 50 000 euros au centre social Arc en ciel qui faisait justement du soutien scolaire à la Devèze. Je précise aussi qu’il a versé 25 000 euros à l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, anti musulman virulent et inventeur de la théorie fumeuse du « Grand remplacement » (affirmant qu’il y aurait un projet concerté de remplacement de la population française par des peuples d’Afrique), afin qu’il rédige un opuscule laudateur sur Béziers. Entre copains aux mêmes obsessions, on se rend des petits services avec l’argent public.

 

Ce qui est détestable au fond, c’est que Ménard entretient un épouvantable climat anti musulman et surtout anti arabe à des fins idéologiques purement électoraliste et politique. L’affaire vient de loin et n’a pas commencé avec lui. A Béziers le racisme anti arabe est très présent, depuis longtemps. Mais, Ménard flatte surtout les franges la plus réactionnaires des biterrois anciens rapatriés d’Algérie : les pieds noirs. Pas d’équivoque, il est indiscutable que ces femmes et ces hommes arrachés de leur terre natale ont beaucoup souffert en 1962. Il est indiscutable qu’ils furent trahis par des politiques en qui ils avaient placés leurs espoirs. Il est indiscutable que les harkis qui avaient fait le choix de la France furent lâchement abandonnés… Mais c’est le fait colonial dans son ensemble qui est responsable de cette tragédie humaine. Entretenir les pieds noirs et leurs enfants aujourd’hui encore dans la souffrance, sans recontextualiser tous les évènements de la guerre d’Algérie, est une forfaiture intellectuelle. Mais Robert Ménard n’en a cure. Il entretient une clientèle électorale. On estime que les pieds noirs représentent 12 000 personnes à Béziers dont 7 000 électeurs potentiels et 5 000 qui se déplacent avec assiduité lors des votes. Dans une ville où 25 000 électeurs votent encore, ils représentent 20 % du scrutin. C’est donc très important, indispensable même pour diriger la ville.

 

Pour quelques excités qui animent des associations marginales, il a débaptisé la rue du « 19 mars 1962 », date symbolique du cessez-le-feu en Algérie, pour la nommer « Commandant De noix de Saint Marc – Héros Français », militaire courageux ayant connu la résistance et la déportation mais qui fut aussi un soutien aux officiers putschistes en 1961 en Algérie.

 

CAD4cnIWQAAzdJs.jpg_large.jpegCette cérémonie de remplacement de plaques, en présence d’associations connue pour leur « nostalgérie » d’extrême droite, d’identitaires venus en car de plusieurs autres départements et la base militante du Maire de Béziers fut l’occasion d’un vibrant discours à la conclusion est éclairante : « Il y a 50 ans, je m’en souviens, vous vous en souvenez, nous tapions sur des casseroles en scandant « Al-gé- rie fran-çaise ». Il faudrait aujourd’hui, avec la même ardeur, avec la même détermination, dire non à cette France métissée qu’on nous promet, qu’on nous annonce, qu’on nous vante. Dire non à cette France multiculturelle qu’on nous impose. Mais dire oui à une France fière d’elle-même, de son histoire, de ses racines judéo-chrétiennes. (..) Cette France que nous voulons transmettre, intacte, à nos enfants.  Alors, pour Hélie de Saint Marc, pour tous ceux qui sont morts en Algérie, persuadés que nous étions en France, que nous nous battions pour la France, pour tous ceux qui l’ont quittée, définitivement orphelins d’une partie d’eux-mêmes, je voudrais avant que nous entonnions « Le chant des Africains », je voudrais, en votre nom à tous, je le sais, dire, redire, répéter ce qui est notre viatique, notre credo, notre passé et, je l’espère, notre avenir : « Vive la France », « Vive la France française ! » »

 

Notez qu’il ne termine pas par « Vive La République », et pour le reste, vous avez bien lu, vous ne rêvez pas. Ces paroles violentes, ravivant les plaies anciennes qui ont coûté la vie, de 1954 à 1962, à plus de 500 000 personnes (dont 400 000 de confessions musulmanes), effaçant toute la complexité et l’injustice profonde du fait colonial, ont été dites en 2015 par un homme élu, ceint d’une écharpe tricolore.

 

Mais, qu’à cela ne tienne, pour Robert Ménard, l’objectif contemporain de ce discours belliqueux était surtout de construire un cadre pseudo historique pour dire : « Colonisation de peuplement, disait-on de la présence française en Algérie. Il faut parler aujourd’hui, en France, d’immigration de peuplement, d’immigration de remplacement. Un chassé-croisé dont l’histoire a le tragique secret et dont je redoute que nous ne cessions de mesurer les funestes, les dramatiques conséquences. Je voudrais me tromper. Je crains d’avoir raison. »

 

Oui, là encore, vous avez bien lu. Pour Robert Ménard, il y aurait actuellement en France un « chassé croisé » de l’Histoire où certains viendraient coloniser le pays comme la monarchie française l’a fait à partir de 1830 de l’autre côté de la Méditerranée. Pour faire circuler cette histoire, il ait huer les noms des historiens sérieux (comme Benjamin Stora)  qui travaillent sur cette période : « Voilà pourquoi nous sommes là aujourd’hui. Pour rappeler à ceux qui nous ont trahis qu’ils ne pourront pas, éternellement, mentir, tromper, falsifier. L’Algérie de notre enfance, l’Algérie de nos aïeux, notre Algérie, ce n’est pas ce que certains veulent nous faire croire, ce n’est pas ce qu’un Benjamin Stora ne cesse d’écrire, ce n’est pas aux renégats, aux porteurs de valises d’en imposer l’image. De cela, nous ne voulons pas, nous ne voudrons jamais. »

 

 Robert Ménard est donc un homme encore en conflit qui tient régulièrement un discours de guerre civile. Il fait tout cela « parce que je pense à mon père » a-t-il dit publiquement dans son discours. Mais son père justement fut un militant (certes sans grande responsabilité) de l’OAS d’Oran, branches les plus violentes de l’organisation terroriste, notamment après le 19 mars 1962, assassinant de façon aveugle dans les rues d’Oran dans le seul but de créer le chaos. Quelle tristesse. La référence paternelle signe les attaques du Maire de Béziers. Mais qui lui dira : « La guerre est finie M. Ménard » ? La rancœur et la vengeance ne peuvent servir de politique. Finalement, l’affaire de ce fichier, réel ou pas, des enfants de confessions musulmanes n’est que le pas supplémentaire d’un homme qui marche dans la continuité des ultras qui ont empêché qu’une autre Algérie, terre fraternelle où des êtres humains égaux vivent ensemble dans la paix, soit possible.