Hommage aux disparus - Congrès du Parti de Gauche par lepartidegauche

Chers camarades,

 

La seule force dont il dispose, l’être humain la tient de lui même.

 

Et pourtant, la mémoire des êtres disparus, des choses révolues pèsent sur nos épaules et alourdit le temps.

 

L’hommage particulier que je vais rendre à présent à 3 de nos camarades n’oublie pas les autres disparus depuis notre dernier Congrès, comme Pierre Charasse qui militait à Mexico, Nicole Moulin de Rouen, Nicole Delsau du Tarn, de George Maréchal du Nord, de Bernard Franck et Mimi Clap du Gard, de Raphaël Tullio de Moselle, de Nasser Hassani de Vaulx en Velin et tous ceux moins connu peut-être, qui nous ont quitté cette année.

 

Je sais que chaque Comité est toujours attentif à saluer la mémoire de l’un des nôtres lorsqu’il est emporté par la mort.

 

Continuez à faire ainsi camarade..

 

Oui, être membre du Parti de Gauche c’est bénéficier d’une fraternité vivante, et la capacité à honorer les « nôtres » est une marque de notre humanisme militant.

 

Etres de cultures, nous savons que c’est par nos rites collectifs que nous nous arrachons à l’animalité.

 

Ainsi, nous dressons l’humanité debout, même quand elle est écrasée par le chagrin. Nous distinguant en cela de l’ensemble du monde vivant, et faisant reculer la souffrance, nos rîtes permettent de ne plus subir les évènements mais de les dominer.

 

Nous démontrons aussi simplement que l’on peut rendre hommage aux nôtres, en conformité avec leurs convictions.

 

Et, par la façon dont nous honorons nos morts, nous parlons aux vivants.

 

Chers Camarades,

 

Les 12 mois qui viennent de s’écouler ont été particulièrement cruels. Nous avons été frappés au cœur comme jamais nous ne l’avons été précédemment.

 

3 de nos cofondateurs historiques, 3 grands caractères qui nous ont tant apporté lorsque nous avons lancé le Parti de Gauche en novembre 2008, 3 de nos chers amis que nous aimions tant, nous ont été arrachés de nos bras par la mort, si injuste, si brutale et surtout si trop tôt venue.

 

Camarades délégués !

 

J’évoque ici le souvenir de Bruno Leprince, de Yves Carroy et François Delapierre Oui, de toi Bruno, de toi Yves, et toi mon cher François !

 

Bruno Leprince était un camarade dont tout le monde au PG, et bien au delà, connaissait le nom et l’activité pratique, parfois sans même l’avoir vu. Bruno était éditeur et sa maison d’édition portait son nom, marque de farouche indépendance affirmant au monde : « j’éditerai ce que je voudrais, tel que je le souhaite, et refuserai toute contrainte ». Avouons le, pour des militants révolutionnaires qui, considèrent que la théorie n’est en rien un dogme, mais un guide indispensable pour l’action pratique afin de transformer le monde, il n’est pas de plus beau métier que celui d’éditeur.

 

Editer des livres, fabriquer avec soin ces objets de papiers aux ambitions immenses, tel que le faisait Bruno, c’est vouloir transmettre et faire partager de l’intelligence. Editer des livres c’est permettre que des idées traversent le temps, c’est établir des ponts, c’est enjamber l’ignorance, c’est s’assurer que le long fil de continuité de nos combats ne soit jamais rompu et se prolonge générations après générations.

 

C’est défier la mort qui efface les mémoires.

 

C’est apporter la lumière dans l’obscurité.

 

Editer des livres c’est la conviction que la bataille idéologique est la mère de toutes les batailles. La première oppression que nous avons à subir est bien culturelle et le consentement volontaire à un ordre social injuste est l’arme la plus efficace des promoteurs du système économique actuel.

 

Cette tyrannie des idées sera brisée par d’autres idées. Reste à les forger, les faire connaître et circuler.

 

Faites donc passer le message, pas de Révolution sans idées révolutionnaires ! Pas de République, sans pensées républicaines. Pas de laïcité, sans philosophie laïque. Pas d’éco-socialisme sans une conscience éclairée et nourrie des idées éco-socialistes…

 

A cette tâche indispensable, Bruno consacrait sa vie avec une grande rigueur. En 4 ans, ce sont près de 60 ouvrages qui ont été édité. Sur l’ensemble de nos champs d’interventions Bruno a édité au moins un ouvrage… corrigeant les épreuves, réalisant la maquette en veillant de A à Z et sa réalisation…

 

Bien sûr, cher Bruno, tu n’étais pas qu’éditeur. Tu étais un militant de notre cause.

 

Bruno fut longtemps membre du PS, mais pour rester socialiste, il avait quitter ce parti qui le dégoutait par ses actes. Je n’oublierai jamais par exemple le plaisir que tu prenais à me dire que tu vendais 10 fois d’ouvrages lors de nos Remue Méninges que lorsque tu allais à l’université d’Eté du PS à la Rochelle, que tu décrivais que un autre Festival de Cannes où là aussi tout n’était que cinéma… Amoureux de peinture, de bons vins et de poésie, passionné de politique et d’histoire, ….ta culture était immense et tu étais un fils de Lumières.

 

Bruno était enfin un homme bon, discret mais d’une grande délicatesse et sa perte à 60 ans seulement au mois d’août dernier est une blessure très vive pour ceux qui ont eu le bonheur de vivre à ses côtés… Je pense particulièrement à Hafida sa compagne, sa fille Sophie et son fils Gaëtan.

 

Mais son oeuvre continue. Les éditions Bruno Leprince la perpétue, notamment grâce à l’action de Laurent Maffeis et de Gaëtan.

 

Salut Bruno ! Je te remercie au nom de tous les délégués de ce congrès rassemblés devant moi.

 

Merci d’avoir permis que des textes inédits des Conférences de Jean Jaurès, en tournée en Amérique Latine en 1911 soit enfin édités en France.

 

Merci d’avoir traduit des discours d’Hugo Chavez…

 

Merci d’avoir publié les photos de Stéphane Burlot, les livres de Jean-Luc, Gabriel, Bastien, Matthias, Martine, Pascale, Benoit, Danielle, Francis, Jean-Christophe, Corinne, Laurent, François et tant d’autres….

Et sur un plan plus personnel, je n’oublie pas ton œil bleu pétillant qui s’amusait à me dire de ta voix douce que ce livre au titre si provocateur que nous avions rédigé avec Laurent en défense du Premier des membres du Grand Comité de salut Public de 1793, notre « Robespierre, reviens ! » se vendait très bien et que tu allais même en rééditer d’autres…

 

Salut Bruno et merci

 

Maintenant, je vais parler de Yves.

 

Notre Yves Carroy s’est éteint à 62 ans en février dernier après une longue maladie contre laquelle il s’est battu avec courage durant 14 mois.

 

Yves avait été élu au Bureau National du Parti dès sa fondation et il avait réélu lors de notre dernier Congrès.

 

Jusqu’au bout il a assumé les responsabilités avec soin et sérieux que nous lui avions confiées et il prenait toujours le temps d’excuser ses absences au BN quand la maladie ne lui permettait plus de réunir l’énergie pour être avec nous…

 

Yves aura été le constructeur incontournable de notre Parti en Auvergne et particulièrement dans le Puy-de-Dôme.

 

Avant la création du Parti de Gauche, il fut membre du PS où il animait avec poigne sur ses terres d’Auvergne un courant de gauche fidèle à l’idéal socialiste.

 

Sa réputation de lutteur redouté était connue dans toutes les sections PS du département. Et, comme Bruno, c’est pour rester socialiste qu’il a quitté le Parti socialiste et cofondé le PG. En même temps qu’organisateur et militant politique de terrain, il avait été aussi conseiller municipal de Clermont Ferrand jusqu’en 2014, et conseiller régional depuis 2004.

 

Yves était un résistant… Un homme de conviction au caractère entier. Un caractère volcanique en Auvergne au pays des volcans c’est logique me direz-vous….

 

Oui, parfois dur face à l’adversité car il savait mieux que quiconque, grâce à sa longue expérience de plus de 4 décennies d’engagements politiques que la lutte des classes est un combat permanent et dans lequel la faiblesse morale n’a pas sa place.

 

Tête dure, homme de caractère, Yves était un homme de passion…

 

Rappelez vous les propos de Hegel « Rien de grand ne s'est accompli dans le monde sans passion. » méfiez vous de ceux qui prétextent du mauvais caractère de tel ou tel pour essayer de le flétrir ou de marginaliser sa pensée. Le mauvais caractère c’est le début de l’insoumission à l’ordre établi. Qu’on se le dise : nous sommes le Parti de ceux qui ont mauvais caractère, des combattants, des râleurs, et de tous ceux qui refusent les laideurs de notre siècle... Et cela ne nous empêchera jamais d’être aussi des tendres, des amoureux, des poètes, des rêveurs, des généreux, et d’apprécier pleinement tout ce qui fait la beauté du monde qui nous émerveille chaque jour.

 

Que les délégués du Parti de Gauche réunis ce week-end garde le souvenir d’Yves Carroy. Par sa modestie et sa rigueur morale, par son opiniatreté et son désintéressement, par son intelligence et sa culture, Yves était un modèle et un exemple qui a inspiré beaucoup d’hommes et de femmes qui ont milité à ses côtés, et je pense ici à Patricia Guillot

 

Salut Yves et merci…

 

François, mon cher François

 

Il est temps de parler de toi.

 

Bruno et Yves ne m’auraient pas tenu rigueur d’éprouver un sentiment plus vif quant j’évoque à cette tribune ton nom 15 jours seulement après ton décès à 44 ans. Je te connaissais depuis 24 ans où jeune militant étudiant tu tranchais déjà par tes interventions pertinentes.

 

Avec toi, en 1999, j’ai eu l’honneur de co-rédiger ton premier livre, petit manuel militant contre la Préférence nationale et le programme du FN.

 

La nouvelle de la mort de François ce 20 juin 2015 à 7h48 a été un violent choc intime et personnel, pour Raquel comme moi, mais il fut aussi ressenti dans toutes les capillarités de notre grande famille politique et même au delà. Cela fut un événement national et international. Plus de 50 messages internationaux sont aussitôt parvenus et ce furent plus de 2 000 messages qui parvinrent rapidement sur le site dévolu à cet effet.

 

François se serait sans doute étonné et amusé de cette grande émotion et de la dimension médiatique de l’annonce de son décès. Il aurait accueilli tout cela avec son petit ricanement qui le caractérisait tant et qui lui permettait de mettre à distance ce qui aurait pu le blesser. L’humour, même sarcastique, qu’il maniait avec brio, était sa protection… Face à tout événement, même lorsque cela le touchait personnellement, François gardait la tête froide… Le raisonnement toujours… Maîtriser le temps et les évènements, ne pas subir, comprendre, anticiper, prévoir, organiser … et il se serait interrogés sur la signification profonde de cet intérêt à sa personne. Mais il aurait finalement du l’admettre : nous étions très nombreux à l’aimer et à le respecter et beaucoup de camarades ont découvert à cette occasion le rôle déterminant que il avait joué dans notre jeune histoire.

 

« Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! » nous a appris Emmanuel Kant cherchant à définir ce qu’est la philosophie des Lumières.

 

François avait ce courage depuis son plus jeune âge et c’est pourquoi dès ses années de lycée il s’est engagé politiquement. Il ne supportait pas qu’on lui dicte ce qu’il devait penser. Cet orgueil intellectuel et sa grande puissance d’élaboration, il avait su les mettre au service d’une grande cause, la plus grande qui soit, celle de l’émancipation humaine.

 

Je voudrais, à cette tribune, spécifiquement rendre hommage à François « l’intellectuel », à cet intellectuel prothée à la curiosité toujours en éveil. Mais aussi un homme capable en 2013 de dire au Ministre de Finances de son pays qu’il était un « salopard » quand il décidait d’autoriser que l’on puise dans les comptes des petits épargnants chypriotes. Et vous, MM. Schauble, Juncker  et Sapin et Mme Lagarde qui voulait étrangler encore le peuple grec, même si François n’est plus là pour le dire, nous n’en pensons pas moins de vous !

 

François ne supportait pas les catéchismes, aucun, même les nôtres, et me tenait rigueur parfois de trop chercher mécaniquement dans le passé les explications du présent et les outils pour construire le futur. Car François, nourrie d’une grande culture historique, quand il faisait de la politique, mais aussi la cuisine était d’abord un créateur… presque un artiste du combat révolutionnaire…

 

Pour illustrer cela, et puisqu’il faut choisir, je me souviens distinctement d’une conversation que nous avions eu tous les deux à propos à propos d’un passage de Karl Marx que l’on peut lire au début du 18 brumaire de Louis Napoléon Bonaparte :

 

« Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé. La tradition de toutes les générations mortes pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants. »

 

Et Karl Marx ajoutait : « Et même quand ils semblent occupés à se transformer, eux et les choses, à créer quelque chose de tout à fait nouveau, c'est précisément à ces époques de crise révolutionnaire qu'ils évoquent craintivement les esprits du passé, qu'ils leur empruntent leurs noms, leurs mots d'ordre, leurs costumes, pour apparaître sur la nouvelle scène de l'histoire (..). »

 

François voulait faire mentir cette analyse car il comprenait toutes les difficultés qu’elle pointait. Avec sa subtilité, il attirait donc l’attention inlassablement sur le fait qu’il ne fallait pas seulement évoquer « craintivement les esprits du passé » pour être à la hauteur des évènements qui s’annoncent.

 

François n‘était pas un conservateur ou un identitaire de parti pensant que c’est par la reproduction de figures politiques déjà vus et déjà pratiquées que nous construirons les outils qui donneront le goût du futur à des millions de femmes et d’hommes. Conscient des effets de la crise historique du mouvement ouvrier, il considérait qu’il fallait, plus que jamais être créatif, imaginatif pour forger des instruments nouveaux, toujours adapté à la période, évoluant avec  elle, et travaillant à une nouvelle hégémonie culturelle qui ne pouvait pas être l’évocation d’une nostalgie. Au lendemain des élections européennes, il nous invitait à ouvrir un nouveau front et à ne pas avoir peur d’être à l’initiative d’un Grand Mouvement pour la 6e République…

 

Je vais trop vite. Il me faut revenir en arrière. Quelques années bien avant cela, à partir de 2005 et du succès populaire la Campagne pour le Non au TCE, qui lui devait beaucoup, inspiré des exemples vivants de nos frères de Die Linke en Allemagne, d’Amérique latine, de Grèce avec Syriza, d’Espagne avec Podemos, pays dans lesquels il se sera rendu plusieurs fois, François s’était forgé une certitude : aucune contrainte héritée du passé ne doit nous empêcher d’avoir l’audace de monter à l’assaut du ciel. C’est cette conviction qui fera de lui un des premiers initiateurs et un fondateur du Parti de Gauche, rompant avec les vieilles habitudes et les conforts du Parti socialiste dont il était membre du Bureau national et animait déjà aux côtés de Jean-Luc Mélenchon le courant de Gauche du PS.

 

J’affirme ici que sans François Delapierre les conditions de cette rupture en novembre 2008 et de naissance du PG n’auraient pas été les mêmes.

 

Mais, je reviens à François l’intellectuel… auteur de plus d’un millier d’articles publiés dans A Gauche en 15 ans, journal dont il avait la direction éditoriale depuis que Jean-Luc lui avait confié, et qu’il avait assumé jusqu’à son dernier souffle, aider par Christiane, Matthias, Laurent, Charlotte et Aigline… auteur de 5 ouvrages, notamment deux fondateurs sur les questions de sureté publique ou la dette étudiante, , ces 3 dernières années, son activité était débordante, intense, surprenante…

 

Il était un agitateur d’idée.

 

Je voudrais insister dans cet hommage sur un article précis qui me semble fondamental de la pensée de François. Cet article de plus d’une trentaine de pages avait pour titre  « La publicité, la culture de masse et la gauche »et il fut publié dans la revue PRS en mai 2004. Pour le rédiger, François était devenu un lecteur attentif d’Alain Accardo, d’Antonio Gramsci, de Jean Jaurès, de Karl Marx et Freidrich Engels..

 

S’interrogeant sur le consentement à la société de consommation, il écrivait :

 

« Le nouvel âge du capitalisme a accouché d’un nouvel âge de la pub. La publicité a accompagné l’essor des firmes transnationales qui règnent désormais sur le marché mondial. La surenchère publicitaire a permis d’accélérer la concentration de l’économie en laminant les entreprises qui n’étaient pas capables de suivre. »

 

Et François ajoutait : « Pour combattre le capitalisme de notre époque, il ne suffit donc pas de critiquer les thèses du FMI et de la Banque Mondiale. Il faut aussi affronter les valeurs libérales véhiculées pour l’essentiel par la publicité et la culture de masse. »

 

A la fin de cet article, Marxiste, François attirait notre attention sur une  lettre d’Engels qui  soulignait que pour Marx comme pour lui, dans leur conception matérialiste de l’histoire, le facteur économique n’était pas le seul facteur déterminant. Réfutant donc toute forme de marxisme frustre et vulgaire, qui ne voit dans la lutte de classes qu’un processus « économiste » mécanique en quelque sorte, François pointait toute l’importance des dominations idéologiques et des batailles culturelles qui déterminent en réalité la forme de la lutte des classes…

 

Par la suite, ces 10 dernières années François ne cessa de tenir cette ligne. En décembre 2012 lors des « Assises pour l’écosocialisme » il expliquait qu’il fallait mener surtout un combat idéologique et culturel contre les normes que le capitalisme veut nous sont imposer et qui nous dressent dès le plus jeune âge pour nous entrainer à consommer. Il faut opposer à ce modèle un projet culturel global et inlassablement se libérer des conditionnements.

 

François était un homme vertueux et moral.

 

Un jour, la TV de Gauche lui posait la question : « Et toi en tant que militant, d’où te vient ton énergie ? »

 

Il répondait : « C’est sans doute des choses que l’on puise dans notre notre histoire personnelle. Comme beaucoup de gens j’ai été marqué par l’expérience de l’école et l’apprentissage des notions de coopération, par l’idée que l’on pouvait réussir, être un bon élève, sans écraser les autres, et être capable de se donner un coup de main.

 

C’est cette morale là, de la coopération et de la solidarité, que je vois piétinée tous les jours par le fonctionnement du système. Les normes dominantes pour moi sont intolérables et heurtent la conscience que j’ai de ce qu’est un être réussi, épanoui… une bonne vie, quoi.

 

J’ai envie que l’on puisse vivre sur d’autres normes que celle de la guerre de tous contre tous. »

 

Il appartient désormais à ceux qui m’écoutent de permettre que la pensée politique de François et sa morale révolutionnaire soit restituée aux générations futures et il serait bon, que nous prenions la décision de rassembler les écrits les plus importants de François pour en faire un ou plusieurs ouvrages.

 

Organisateur rigoureux, sachant surtout faire émerger de nouvelles générations militantes qu’il savait repérer et promouvoir, il eut la responsabilité de la Direction de l’extraordinaire campagne de notre candidat Jean-Luc Mélenchon lors de l’élection présidentielle de 2012 qui su réunir près de 4 millions de voix et plus de 11% des suffrages. Le grand rassemblement du 18 mars 2012, où nous fumes plus de 100 000 Place de la Bastille à Paris, il en était l’insipirateur.

 

Et comment parler si longtemps de François sans évoquer le rôle fondamental de Charlotte Girard sa compagne, son épouse et sa camarade, notre camarade, si présente durant les longs mois de sa maladie, mais qui fut aussi sa complice d’esprit, sa première lectrice et correctrice.. son égale dans chaque étape de leur vie commune... Car Charlotte brillante intellectuelle et universitaire fut celle qui permit que François brule pendant 10 années de mille feux.. Et je pense également à ses deux filles Valentine et Félicie à qui il faudra raconter quel homme extraordinaire était leur père.

 

Mais, il me faut cesser de parler. Notre congrès doit continuer ses travaux. Et François aurait sans doute considéré qu’il y avait trop d’émotion dans cet hommage et qu’il était temps de passer à l’ordre du jour…

 

François, comme Bruno, tu as été incinéré avec l’écharpe rouge autour du cou. C’est notre camarade Charlotte qui te l’a passé sur ton lit de mort et qui dans le message qu’elle nous envoyait pour nous prévenir de sa mort  a tenu à nous rassurer : « François n’a pas froid. Il porte le chèche rouge ». Yves lui avait son cercueil recouvert d’œillets rouges… Ce rouge, qu’il soit étoffe ou pétale de fleurs est un bout du grand étendard de ceux qui luttent pour leur émancipation. C’est le rouge du sang des travailleurs des Fourmies que l’on assassine en 1891. C’est le rouge du triangle des déportés politiques. C’est le rouge de l’affiche de ceux qui, étrangers pourtant, ont donné leurs vies pour la France quand elle était occupée par les armées nazies.

 

C’est le rouge qui conclue notre drapeau tricolore et lui donne tout son sens révolutionnaire.

 

Symbole né durant la Révolution française en 1792, renaissant lors de la Révolution de 1848, c’est surtout lors de la Commune de Paris en 1871 qu’il devenait à jamais, et dans le monde entier, le drapeau universel et internationaliste de ceux qui luttent contre l’oppression et pour la justice sociale.

 

Bruno, Yves, François c’est donc en hommage à vous que je demande à tous les congressistes de se lever et le poing dressé de chanter avec moi, le magnifique chant de Paul Brousse « le drapeau rouge » qui sera pour toujours le chant qui accompagnera les souvenirs brulants que nous avons de vous :

 

Les Révoltés du Moyen Age

L’ont arboré sur maints beffrois

Emblême éclatant du courage

Toujours il fit trembler les rois

 

Refrain…