« Personnellement, je suis arrivé en métropole en juin 1962. Et je me suis fait traiter de « sale Arabe », la plupart des pieds-noirs se sont parfaitement fondus dans le paysage, après qu’ils ont surmonté les préjugés des métropolitains, mais pour nombre d’Arabes, pour les harkis qui étaient avec nous, les choses n’ont pas beaucoup changé en quarante ans, et ce n’est pas faute de volonté… » Qui parlait ainsi en 2009 ? Réponse : Robert Ménard. Six ans plus tard, changement de rôle, celui qui est devenu maire de Béziers soutenu par le FN, est précisément celui qui dit « vous n’êtes pas le bienvenu »  à ceux que les tragédies de l’Histoire ont dirigé vers Béziers ou ailleurs. Il est celui qui incarne « les préjugés des métropolitains » contre l’étranger, forcément profiteur, forcément dangereux. Quelle ironie…

Et, avec Robert Ménard, l’ex journaliste « vu à la télé », nous voilà dans l’aire de la xénophobie médiatisée. Celle où désormais la présence de la caméra sert à exacerber la haine, la détestation de l’autre, à déformer la réalité, où l’image empêche de comprendre. La pitoyable opération menée par le Maire de Béziers vendredi dernier en est une nouvelle illustration. Je vous laisse découvrir la sordide vidéo que la mairie de Béziers met elle même en ligne sur son site, avec fierté.

Les images de cette vidéo sont terribles. Dès les premières secondes, cette arrivée de policiers municipaux armés avec gilet pare-balles, entourant ces notables portants l’écharpe tricolore, fabrique volontairement une ambiance totalement artificielle. Il y aurait un danger physique ? Des hommes armés à affronter ? Des coups de feu potentiels ? Le maire agirait au péril de sa vie ? Il irait affronter des terroristes ? Tout cela n’est que pipeau bien entendu. La réalité est qu’un groupe de notables, accompagnés d’hommes en armes, vient faire peur à des familles de syriens en situation extrêmement difficile, totalement désarmées, puis, ces mêmes élus retourneront chez eux dans le confort de leurs habitations, abandonnant les pauvres bougres à leurs tristes sorts. Où est le courage ?Moi, je ne vois que lâcheté.

Dans cette vidéo, seul Ménard a vraiment la parole. C'est plus pratique pour faire de la propagande. Aucune explication n’est donnée sur la raison de la présence de ces gens dans ces appartements. Aucun détail n’est donné sur leurs vies. Ils n’ont pas d’identité. Ils sont seulement les profiteurs, les mal élevés, les barbares… qui seraient, selon le maire, mieux accueillis si ils ne se comportaient pas si mal. Le problème c'est donc eux. Pourtant, qui dira que s’ils sont là c’est que tout simplement, arrivés depuis plusieurs mois à Béziers, après avoir fuit la Syrie et particulièrement les villes de Damas et Homs où ils étaient commerçants, et vivant à la rue, des associations de solidarité (dont le Secours populaire) ont pris en charge ces 9 familles (hommes, femmes et enfants) et ont décidé qu’il valait mieux les mettre dans ces appartements actuellement vides. Voilà ce que sont « les filières » dénoncées par Ménard. Ont-elles eu tort ? Je ne le pense pas. Faut il que ces appartements restent vides durant de longs mois, souvent en attendant d'être détruits d'ailleurs, pendant que ces familles dorment à la rue ? Qui pourrait être fier de cela ? Toutes nos valeurs républicaines qui ont fondé notre pays, et même les valeurs spirituelles que partagent toutes les grandes Religions s’opposent à ce que des misérables vivent à la rue. Il faut savoir que ces appartements prévus à la rénovation sont inoccupés depuis des mois et que c’est pour cette raison que des associations de solidarité ont préféré qu’ils soient occupés par des nécessiteux temporairement. Les familles ne prennent donc pas la place des 2 000 personnes qui sont sur les listes d’attentes des logements sociaux pour lesquelles il faudrait surtout construire de nouveaux logements sociaux (ou en réhabiliter).

On peut aussi s'intéresser au fait qu'à Béziers 17,4% sont vacants, c'est à dire vide. Pourquoi ? Pourquoi les propriétaires de ces 7500 logements ne les louent pas ? La Mairie devrait travailler sur ce dossier, en se portant caution par exemple auprès des propriétaires, afin que des quartiers entiers (et notamment le centre ville) ne soit plus une longue succession de bâtiments inoccupés, donnant une impression de désolation. Et puis, quelle que soit l’opinion de chacun sur les « squats », c’est à dire l’occupation illégale de logement vide, qui préfèrerait que des logements restent vides plutôt que des familles les occupent quelques temps… ? Et puis encore, si ces logements restent aussi longtemps inhabités, dans l'attente de rénovation, c'est aussi parce que l'OPHLM ne mène pas les travaux assez rapidement. Doit-on rappeler que le 2e vice président de la communauté d'agglomération en charge notamment du logement, et donc de ce dossier, n'est autre que... Robert Ménard lui même ! Qu'attend il pour rénover tous les logements vides ? Moins de communication et plus d'actions concrètes rendraient sa démarche moins sordide. Le Maire de Béziers à l'inverse combat les pauvres mais pas la pauvreté.

L’occupation de ces logements par ces familles n’a en rien dégradé les lieux. Paradoxalement, c’est l’inverse. A leur façon, ils l’entretiennent, en le nettoyant, et réparant ici ou là, a des parties dégradées. Ils n’ont fracturé aucune porte contrairement aux dires de Robert Ménard, les serrures fonctionnent encore. Ils ont reçu la solidarité des voisins de l’immeuble qui leur ont donné des objets (tapis, vaisselle, etc…) pour qu’ils vivent dans un minimum de dignité. L’électricité qu’ils consomment ? Les associations de solidarité et les familles sont prêtes à payer les factures.

De tout cela monsieur Robert Ménard s’en moque. Il est venu pour faire son numéro devant la caméra. Prendre la pose, virile cela va de soi. Il flatte un électorat xénophobe. Plutôt que d’interpeller publiquement les pouvoirs publics pour avoir plus de moyens pour affronter les difficultés sociales, plutôt que rassembler la population sur un objectif d’intérêt général, plutôt qu’évoquer ce qu’il y a de meilleurs en l’homme, plutôt qu’expliquer quelles sont les causes de ces guerres qui ont produit ces réfugiés, il désigne les coupables : ce sont ces syriens qui fuit la guerre.

Comble du paradoxe. A la fin de la vidéo, Robert Ménard déclare qu’il va prévenir la police et saisir la justice… terrible aveu. Il ne l’avait donc pas fait déjà ? Et c’est donc sans décision de justice que cette opération a eu lieu. Ces gesticulations pourraient faire sourire si elles n’annonçaient pas la possibilité demain d’opérations « coup de poings » menée par des habitants « chauffés à blanc » par les provocations de Ménard. Il ne sortirait rien de bon de cette guerre civile. Que du sang et des larmes. C’est pourquoi nous avons obligation à travailler à une société fraternelle. La République sociale, quoi. Mais, il es vrai que c'est plus complexe que de faire peur à des familles syriennes, entourés de policiers municipaux armés.

 

Communiqué du Parti de Gauche

À Béziers, le Maire mène un commando armé contre les réfugiés.


Par une campagne d'affiches faisant l'apologie des armes à feu, le Maire de Béziers Robert Ménard s’est félicité l'an dernier d’avoir armé sa police municipale.

Il en fait désormais usage pour terroriser des pauvres gens qui ne sont que des victimes des guerres injustes de notre monde. Ce week-end, il a organisé une opération "coup de poings" médiatisée, avec des policiers en arme, pour expulser des migrants syriens en détresse, sans pourtant qu'aucune décision de justice ne l'exige. 

Faire un acte aussi lâche, ceint d'une écharpe tricolore fait honte à tous nos principes républicains.

Au pouvoir les élus du Front National montrent leur vrai projet : une guerre civile entre nos concitoyens, où les gens les plus modestes s'affrontent entre eux, se détestent selon leurs confessions et leurs nationalités, où jamais on ne désigne les vrais responsables du chômage et des inégalités.

Ces méthodes de voyous doivent être dénoncées fermement. Le Parti de Gauche interpelle le Gouvernement et demande que soit ouverte une enquête sur les conditions par lesquelles le Maire de Béziers fait un usage illégal de la police municipale.

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