J’ai publié hier cet article dans l’Humanité. Je profite de l’occasion pour dénoncer également la décision du Maire FN de Beaucaire, où j’étais l’autre jour en réunion publique. Ce dernier, nommé Julien Sanchez a décidé de supprimer la rue dite du « 19 mars 1962 » date du cessez le feu de la guerre d’Algérie, pour la nommer « 5 juillet 1962 : massacre d’Oran ». Le 29 novembre prochain, c’est à l’occasion d’une procession religieuse dite de « à la vierge de Santa Cruz » qui jusque là se déroulait à Nîmes, qui officialisera ce nouveau nom.  J’invite chacun à ne pas minimiser cette guerre des mémoires entretenues par le FN. Elle annonce la guerre civile. Ce qu’ils veulent afficher et marteler dans les consciences, c’est que la guerre d’Algérie n’est pas terminée. Jamais. Elle continue éternellement pour restaurer une hiérarchie perdue.

Dans le contexte actuel, après les meurtres du 13 novembre, cette ambiance de perpétuelle tension contre « l’arabe violent », « l’arabe vindicatif », « l’arabe fanatique », etc... toutes ces figures entretenues par les imaginaires coloniaux, rencontre un écho particulier. Je suis bien conscient de l'extrême difficulté de notre tâche. Mais quel rapport en réalité avec la guerre d’Algérie ? Aucun bien sûr, mais le FN ne s’embarrasse pas de détails.

La bataille culturelle recoupe donc la bataille politique une nouvelle fois.  Il est aussi à noter combien le FN et le dénommé Julien Sanchez piétine la laïcité en invitant les habitants de sa ville, sur les fonds publics de la Ville, à se rendre à une cérémonie religieuse. « Ni social, ni national » est le titre de ma tribune d’hier… « ni laïque » il faut ajouter.

Front National : Ni social, ni national

demasquons-le-front-national.jpg En notre époque de grande confusion, le mensonge est une des armes de nos adversaires. Bien aiguisé, il peut percer des armures idéologiques épaisses et des consciences sociales aguerries. L’infâme Goebbels, chef de la propagande hitlérienne, avait défini un axiome redoutable qui semble encore d’actualité : « Répétez un mensonge assez fort et assez longtemps et les gens le croiront ».

A propos du FN, des responsables politiques mais aussi des médias et non des moindres, servent de caisse de résonance à des contre-vérités, par conformisme idéologique ou par cynisme. On ne compte plus les fois où il est répété que le Front National aurait sur les questions sociales, le « même programme que le Front de Gauche ».

Quelle aubaine pour le FN ! De puissants émetteurs dissimulent ainsi la dimension antisociale de l’extrême droite, et répètent à nos concitoyens qu’ils auraient autant à gagner en votant pour elle que pour nos listes d’opposition de gauche au gouvernement.

Pourtant un examen précis des déclarations du FN atteste l’inverse. « Augmenter le SMIC est une mauvaise mesure ». Qui parle ainsi ? La droite ou le Medef ? Non, c’est Marine Le Pen. Elle a qualifié l’augmentation du SMIC comme « une broutille » et une « mesurette ». Elle se fiche que cela concerne 13% des salariés français qui perçoivent seulement 1135,99 euros de salaire net. A l’inverse, le Front de Gauche exige une augmentation du SMIC à 1700 euros bruts.

La Présidente du FN s’est dite aussi « farouchement opposée » à l’encadrement des loyers. C’est selon elle, une mesure « dirigiste, presque communiste ». Tous ceux qui, dans les grandes agglomérations payent des loyers exorbitants qui ponctionnent parfois près de la moitié de leurs revenus sont prévenus.

Le revenu maximum, et la proposition d’interdire que dans les entreprises le salaire maximum soit plus de vingt fois supérieur au salaire minimum, idées de justice sociale si souvent portées par Jean-Luc Mélenchon pour mettre un terme aux folles rémunérations de grands patrons, sont pour Marine Le Pen autant de « fausse bonne idée, version soviétique ». Au Medef, on dit merci.

Le FN ne propose aucun droit nouveau pour les salariés contre les licenciements boursiers et les actionnaires. Au contraire, il est le premier à insulter les syndicats et à dénoncer  ceux qu’ils nomment les « gréviculteurs » quand des salariés luttent pour la défense de leurs droits.

Nous pourrions encore continuer la démonstration comme l’apprentissage dès 14 ans ou l’exigence du paiement de la dette, même illégitime.

Récemment, Bernard Monot, le « Monsieur économie » du FN expliquait au journal Le Monde : « Sur les 35  heures : nous souhaitons revaloriser le travail, organiser un retour aux 39  heures ».  A propos de la retraite à 60 ans, Joêlle Mélin, une députée européenne qui supervise les questions programmatiques, a prévenu qu’ils vont cesser de proposer 40 annuités travaillées pour bénéficier d’une retraite pleine : " Nous aurons du mal à rester sur les quarante ans de travail, il faut tenir compte de l'allongement de la vie." Même chose que le patronnât et ceux qui lui obéissent.

Cette régression sociale se combine avec une régression démocratique, donc nationale, et le FN se coule logiquement dans les institutions actuelles. « Quand certains parlent d’aller vers la VIe République, je leur dis revenons déjà à la Ve » assume Marine Le Pen. Elle se satisfait du caractère infantilisant pour le citoyen de la Ve République. Pour elle, le problème ne vient pas de la concentration de pouvoirs sur le président de la République, de l’absence de contre-pouvoir parlementaire ou populaire réels, de la machine à fabriquer l’abstention, etc… mais exclusivement de l’adaptation à l’UE et du comportement individuel du personnel politique. Et pendant ce temps, népotisme, endogamie, cumul des mandats, mise en examen du trésorier pour financement douteux… tous les traits les plus repoussants de la Ve République triomphent chez les lepenistes !

La VIe République c’est aussi l’arme anti-FN.