J’étais invité lundi soir et mardi matin sur BFM TV et RMC pour réagir notamment aux récentes déclarations du Premier Ministre concernant le financement de l’Islam en France. Manuel Valls a déclaré, dans des propos repris par le quotidien Libération, qu’il fallait à propos de l’Islam «  nous devons passer en revue toutes les solutions, sans nous interdire une forme de financement public ». Pour ma part, et l’essentiel de mes amis je crois, je suis en radical désaccord. Il semble qu'ajourd'hui François Hollande ait dit son opposition à cette proposition dangereuse. Tant mieux si c'est vrai, mais quel désordre au sommet de l'Etat. Restons très très vigilant. Que personne ne soit naïf. Si l’on met le doigt dans cette logique, on remet en cause totalement la grande loi laïque du 9 décembre 1905, et dans laquelle ce refus de tout financement public des religions (contenu dans les deux premiers articles qui en constituent le « noyau de sens ») constitue la colonne vertébrale. En ces temps où il faut réaffirmer la laïcité, et non sa caricature, cette proposition est irresponsable. Je rappelle au passage qu’en 2004, avant qu’il ne devienne Président de la République, Nicolas Sarkozy avait dit sensiblement la même chose dans une livre « La République, les religions, l’espérance » (éditions du Cerf) en avançant l’idée qu’il fallait ouvrir la possibilité de financement public du culte. Non, non et non. Je réaffirme une position de principe : c’est aux fidèles de financer le culte. L’argent public ne doit en aucun cas être assigné à cette mission. La Religion n’est pas un service public, c’est une affaire privée. Et je considère d’ailleurs que toutes les religions ont a gagné au maintien de cette claire distinction entre les uns et les autres.

Les terribles attentats qui ont endeuillé la France et leurs cortèges de victimes ne doivent pas amener les pouvoirs publics à faire et dire n’importe quoi. D’autant que l’on ne voit pas en quoi ce piétinement de la laïcité aurait une quelconque efficacité pour lutter contre les assassins. Pour autant, un débat public s’est engagé sur des bases biaisées. Voulant donner l’impression qu’ils agissent, le gouvernement actuel vibrionne dans toutes les directions même les moins républicaines. Nous voilà enfoncé jusqu’au coup dans l’ère du soupçon concernant nos concitoyens musulmans. Un concours Lépine est ouvert, bien souvent de la part de gens qui connaissent bien peu les ressorts réels de nos lois laïques, pour apporter des solutions au financement de l’Islam de France. Méfiance. Restons sur nos principes qui nous rassemblent tous. 1905 permet que toutes les religions se pratiquent et s'épanouissent et respectent également le fait que la moitié de nos concitoyens ne se disent pas croyants et n'ont aucune envie de financer les cultes des uns et des autres. Eux aussi, respectons les. Ils en ont parfois par dessus la tête de faire autant de religion saturer l'espace public.

Je profite de ce billet rapide pour préciser quelques points à propos de l'Islam. Ils sont puisés d’une très intéressante enquête sénatoriale (avec pour rapporteuse la sénatrice UDI Nathalie Goulet, que je vous invite vivement à le lire. Même si je ne partage pas toutes les remarques, loin de là, il apporte de très intéressants éclairages sur des points nombreux et notamment sur la « fausse bonne idée » de la « Taxe halal » avancée par certains pour financer le culte. Là aussi, je ne suis pas d’accord avec cette proposition qui encouragerait de surcroit les comportements alimentaires communautaires sur des bases assez flous. Le rapport apporte des arguments assez clairs contre cette proposition. De façon plus générale, cette enquête permet d'éclaircir quelques points important. J'en cite quelques uns, parmi d'autres. Il existe aujourd’hui 2450 lieux de cultes (mosquées ou salles de prières) liés à l’Islam. Ces ouvertures sont en progression constante depuis quelques décennies puisqu’il y en avait 1035 en 1989. Cela démontre que les musulmans peuvent pratiquer leur religion sur le territoire national dans des conditions de plus en plus confortables. Différentes études sociologiques considèrent qu’en 2016 environ 7,5 % de la population se considèrent comme musulmans. Mais je tiens pour ma part ce chiffre très discutable et la réponse se situe surtout sur un plan culturel ce qui ne fait pas d’eux des fidèles pratiquants avec plus d’exaltations que les catholiques ont d’autres cultes. Une étude réalisée en 2011 pour le journal Marianne nous apprenait que seulement 41 % des français qui se disent musulmans culturellement se considèrent comme « croyants et pratiquants ». On est donc loin de toute « invasion arabo-musulmane» comme une candidate à la primaire de la droite l’a pourtant affirmé

Au sujet du financement des lieux de cultes, je cite encore le rapport sénatorial : « le financement du culte musulman se rapproche de celui des autres cultes, notamment du culte catholique, qui provient à 80 % des dons des fidèles. » Le rapport précise : « Le rôle des États étrangers dans le financement de la construction et l'entretien des mosquées est marginal par rapport au financement par la communauté elle-même ; cependant, la visibilité des mosquées - souvent des mosquées-cathédrales - qui en bénéficient, ainsi que les implications idéologiques que l'on prête à ce type de financements explique la sensibilité politique qu'ils comportent. »

Bien sûr, il est nécessaire et utile que les musulmans s’organisent. Ils doivent le faire dans le respect de la loi actuelle, notamment par exemple à mettant en place des associations cultuelles telles que le font les catholiques. Tout cela doit être fait. Mais ce n’est pas à la puissance publique de l’organiser, d’y mettre la main. Je ne veux pas d’une nouvelle version d’un Concordat, uniquement pour l’Islam de surcroit.

Pour conclure, il est évident que la police doit traquer sans relâche les assassins et les réseaux dans lesquels ils s’épanouissent. Les pratiques sectaires doivent être détectées. Nulle faiblesse n’est tolérable. Les discours violents et contraires à nos lois fondamentales doivent  détectés et neutralisés. D’où qu’ils viennent. Mais méfions des idées reçues, elles sont souvent simplistes. Ce n’est pas dans des Mosquées où lors de prêches en arabe que les assassins ont été gagnés au fanatisme qui les a poussé au meurtre. La réalité est plus complexe. Plus douloureuse parfois. Restons lucides pour être efficace, soyons le aussi par respect pour les victimes. Dans ces moments terribles défendons la laïcité et la République qui doivent rester des idéaux d’émancipation et non des formules martiales décalées avec la réalité vécue par des millions de gens. Justice sociale et égalité entre les citoyens restent aussi mes boussoles. Plus que jamais.