Hier, dans les colonnes de Médiapart, le responsable national du PCF Olivier Dartigolles, a publié une tribune caricaturale contre Jean-Luc Mélenchon. Une de plus devrait-on dire. Depuis quelques mois,  il a manifestement choisi de se faire l’artisan des agressions répétées contre le candidat de la France Insoumise.

Il est nécessaire d’apporter des réponses aux nombreuses arguties qu’elle contient.

D’abord sur le fond. Quel est le premier grief officiel, qui justifierait cette tribune écrite à la va-vite ? Tenez vous bien : il nous est reproché de vouloir débattre frontalement et assumer une controverse publique avec Nicolas Sarkozy sur ce qui fonde notre Nation.

Je résume le débat pour que tout le monde en comprenne les enjeux. Pour Sarkozy l’identité première, à laquelle il faudrait se référer pour faire peuple serait dans la filiation avec les Gaulois, références brumeuses puisant directement dans une vision ethniciste de la France. Pour nous elle est essentiellement dans les idéaux universalistes de la Révolution Française. Pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon « Je ne veux pas d'une ethnicisation gauloise du débat. Mais oui, je dis que nous sommes les filles et les fils des Lumières et de la grande Révolution ». Le désaccord est ici fondamental et il éclaire le projet politique de chacun pour demain.

A cela, Dartigolles nous dit : n’en débattons surtout pas car ce serait donner du crédit à ce que recherche la droite. Naïf. Ne voit-il que cette bataille culturelle est menée depuis des années ? N’en comprend-il pas les effets délétères ? Ne perçoit-il pas les reculs dans les consciences que produit ce discours réactionnaire? Ne constate-t-il pas les dégâts du manque d’opposition idéologique à cette agression répétée ? Avec obstination, la droite mène une bataille acharnée pour conquérir l’hégémonie culturelle, c’est à dire le processus de transformation de nos représentations tel qu’il a cours dans nos sociétés. Et il ne faudrait pas riposter ? Il faudrait se défiler ? Depuis ces dernières décennies, la droite nationaliste et l’extrême droite ont marqué des points et notamment sur le terrain de la représentation de ce qui fonde notre Nation. L’idéologie identitaire a semé un poison qui s’est répandu largement dans toutes les capillarités de notre société. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller dans une librairie ou allumer son poste de télévision, notamment lors des émissions dites « historiques » pour le constater.

A tout cela, on ne peut répondre dans une posture simpliste de dédain aussi prétentieuse que minoritaire : je ne veux pas débattre des thèmes de mes adversaires. La belle affaire. Concrètement, cela signifie laisser l’adversaire dérouler son offensive en restant les bras croisés. Il ne faudrait pas en débattre avec Sarkozy lui même ? Mais avec qui alors, si ce n’est avec l’un des principaux émetteurs de l’offensive idéologique réactionnaire qui traverse le pays ? Pourquoi le préserver ? Pourquoi viser plutôt un second couteau ? Si ce n’est lui, avec qui alors ? En quoi serait-il plus acceptable de débattre avec une ex ministre de Sarkozy, tel Valérie Pécresse comme Pierre Laurent l’a fait durant les élections régionales ? De même, en avril 2016, le même Pierre Laurent a accordé un entretien au très identitaire hebdomadaire Valeurs Actuelles. A-t-il légitimé l’existence de cette presse réactionnaire et souvent xénophobe en accordant cet entretien ? Non, il a cherché à mener un combat culturel, sur tous les terrains qui se présentent à lui.

Emporté dans sa démonstration hasardeuse, Dartigolles nous dit préférer parler de la question sociale. Qui a dit l’inverse ? Mais  précisément, à Boulogne mardi dernier, Jean-Luc Mélenchon n’a consacré que cinq minutes en fin de son discours à la controverse historique. Avant, il a parlé plus d’une heure de la lute contre la pauvreté, du retour au plein emploi, de l’économie de la mer. Les communistes nombreux présents dans la salle doivent se demander si le ciel n’est pas tombé sur la tête de leur porte-parole national qui aurait mieux fait de se renseigner avant de parler. L’ignorance est toujours mauvaise conseillère.

Et puis, Olivier Dartigolles serait-il schizophrène ? A-t-il oublié qu’en 2015, après les attentats, son parti a lancé une campagne avec une affiche reprenant le drapeau tricolore et un lot de 3 affiches, une bleue, une blanche, une rouge siglées « liberté », « égalité », « fraternité » ? Ou alors est-il amnésique ? A-t-il oublié qu’en 2012, la campagne dont il prétend avoir été le directeur-adjoint avait pour premier slogan « la France belle et rebelle » ? A-t-il oublié l’histoire de son propre parti, notamment en 1936 ou en 1939 pour le 150e anniversaire de la Révolution Française, quand le PCF liait « les plis du drapeau rouge au drapeau bleu blanc rouge » ? A-t-il jamais écouté « Ma France » de Jean Ferrat ?

En conclusion de sa tribune, Olivier Dartigolles nous dit qu’il préfère que cette controverse soit assumée uniquement par les historiens. On se pince devant l’énormité de la remarque. Depuis quand l’Histoire serait-elle le sujet exclusif des historiens ? Certes, l’historien établit des faits et les mets en cohérence. Il joue un rôle indispensable. Mais les faits sont toujours soumis à interprétation. L’histoire n’est pas une langue morte. Depuis longtemps les controverses entre historiens sont également politiques, il y a d’ailleurs tout à gagner qu’elles se propagent dans le débat public. Les joutes intellectuelles, toujours brûlantes, autour de l’interprétation de la portée de la Grande Révolution en attestent par exemple. Il en est beaucoup d’autres. Et puis, d’où vient cette vision réactionnaire et anti-démocratique du débat public ? L’économie devrait elle être réservée aux économistes ? La science et les solutions écologiques devraient être la seule propriété des scientifiques et des climatologues ? Le peuple devrait il être tenu à distance de tous ces débats comme le rêve l’oligarchie ? Je ne suis pas d’accord.

Il est donc temps que cessent ces attaques répétées contre Jean-Luc Mélenchon. Je les considère à présent comme suspectes et semblant poursuivre un but bien sombre. D’où vient cette obstination à chercher à salir notre progression ? Qui applaudit à ses attaques si ce n’est nos adversaires ? A qui cela peut-il profiter si ce n’est à ceux qui sont les premiers responsables des maux dans lequel est plongé notre pays et qui sont finalement plutôt épargnés dans les tribunes répétitives du porte-parole du PCF ?

Cette mise au point étant faite, que les choses soient claires. Rien ne nous empêchera d’avancer et certainement pas les invectives, les outrances et les jalousies d’Olivier Dartigolles. A bon entendeur…