Je passe l’après-midi au premier Atelier législatif que le Parti de Gauche organise sur la laïcité. La qualité des différents invités garantie déjà un moment de réflexion de grande qualité. Pascale Le Néouannic, secrétaire nationale du PG en charge de cette question, a organisé tout cela avec une main de maître. Jean-Luc Mélenchon concluera cette journée.

 

Au terme de cette journée, nous aurons avancé sur la pré-rédaction d’un projet de loi pour défendre la laïcité en 2011 (nous en reparlerons) et nous lancerons officiellement une pétition pour la suppression de la loi du 25 décembre 1942 qui vient modifier l’article 19 de la loi de 1905. Par cette entourloupe, décidée sous le régime de Vichy, beaucoup de collectivités publiques contournent la grande loi laïque.

 

Par cette pétition, nous ambitionnons de rassembler le plus de forces citoyennes et politiques, et pourquoi pas le mouvement associatif laïque un peu trop éparpillé à mon goût ? Nous apprécierons à l'usage le succès de notre initiative. Mais il y a un enjeu important de ne pas laisser la laïcité devenir autre chose que son sens réel. J’ai honte d’entendre des journalistes répéter que Marine Le Pen et son parti en seraient devenus les nouveaux défenseurs . Non, non et non ! C’est radicalement l’inverse. Cette confusion est dûe notamment au travail de sape idéologique entrepris par de petits groupes comme Riposte Laïque, dont j’ai déjà parlé ici. Absent du champ politique, cette poignée de militant s’est investie dans une offensive culturelle et idéologique. Il s’agit de faire croire que la laïcité en France n’est remise en cause que par nos concitoyens musulmans, tout en oubliant volontairement de parler des agissements de toutes les autres religions.  Nos concitoyens musulmans, tous vus de façon identique, seraient devenus les seuls responsables des piétinements de nos lois laïques. Et, de glissements sémantiques en glissements sémantiques, nous serions à présent un pays « occupé » sous le joug d’un « nouveau fascisme ». L’heure serait à la « Résistance » et ceux qui sont en désaccord avec leur analyse, et la dénoncent, seraient des « collabos ». Commes des chaussettes sales les mots sont ainsi retournés. J’ai essuyé plus d’une fois leurs basses attaques et le site de Riposte Laïque a consacré plus d’une vingtaine d’articles d’insultes  contre moi ou contre le Parti de Gauche. Par contre, on ne trouvera jamais dans leur publication une seule ligne pour s'indigner par exemple de la loi Carle, des financements publics d'Eglise catholique, des crèches confessionnelles subventionnées même quand elles ne respectent pas la plus élémentaire laïcité, des financements d'établissements scolaires confessionnels (majoritairement catholique) et leurs avantages fiscaux, qui tout additionnés représentent près de 10 milliards d'euros d'argent public (si l'on tient compte des salaires des enseignants du privé) ! Dans ce total colossal d'argent public détourné, la "part" qui revient au culte musulman est la portion congrue... alors pourquoi l'isoler, la montrer comme la seule et la plus dangereuse, la séparer de l'ensemble ? Poser la question, c'est y répondre, n'est-ce pas ?

 

Leur besogne de faussaires et d'affoleurs publics ne profite politiquement qu’au Front National. C’est désormais clair. Cela n'inquiète pas nos "riposteurs" qui sont prêts à toutes les alliances les plus inattendues. Voilà plusieurs initiatives qu’ils organisent étroitement avec un autre petit groupe nommé Bloc Identitaire (BI). Ces "identitaires" sont clairement d’extrême droite, anti-républicains et opposés aux idées des lumières. Il y a quelques jours, sur leur site, le candidat potentiel de BI à l’élection présidentielle de 2012 (Chut… on ne rit pas) un jeune homme nommé Arnaud Gouillon s’interroge dans un éditorial au titre révélateur « La République est-elle compatible avec l’identité française ». C'est assez franc du collier. Il écrit notamment : « Cependant, il convient de distinguer la république, système de gouvernement, de la république, concept politique construisant une idéologie à vocation totalitaire. C’est le cas en France où l’idéologie « républicaine » apparue en 1789 n’a de « républicain » que le nom et sert, en fait, à masquer la destruction méthodique, au XIXème siècle des identités régionales, et, depuis 40 ans, de l’identité nationale. La République n’est donc pas la France et la France ne saurait être réduite à la République. Notre pays (France) et notre peuple (français) existaient avant 1789, existent toujours aujourd’hui alors même que la République a investi la France en lui imposant ses symboles, ses valeurs et son hymne, et existera à l’avenir quoi qu’il advienne de notre système républicain. »

 

Je le cite longuement pour que chacun comprenne le genre de courants politiques avec lesquels s’associent les « furies posteurs  de messages antilaïques » pour engager leur nouvelle croisade anti-musulmans (ils ne sont pas les seuls, d'autres médias plus respectables s'en chargent, il suffit de regarder la une du Point de cette semaine). Ce qui domine dans leurs discours, c'est la nostalgie de la France éternelle, composée de "souchiens" et "d'autochtones", « attachées à leurs racines », tolérant uniquement "la religion bien de chez nous", finalement aux antipodes de la laïcité républicaine. Pour nous c’est la République qui fonde la Nation. Pour eux, la République est une anomalie, une parenthèse à notre histoire. Finalement, ce sont eux les étrangers à la France républicaine. Le pays que nous aimons n'est pas le leur. Classique de la part de l’extrême droite, me direz-vous, ces gens là se réclament des théories fumeuses Maurice Barrès pour qui "la terre ne ment pas".. Mais, comment peut-on faire cause commune avec eux quand on se dit de gauche ? Pour une seule raison, un seul point commun : la haine du musulman considéré comme "extérieur" à notre culture millénaire. Pouah ! Tous ces groupes ont une trajectoire assez claire, les poubelles de l'histoire sont pleines de personnages de ce type, et je vous fiche mon billet que pour l’essentiel ils appelleront à voter pour Marine Le Pen en 2012… au nom de la laïcité, of course. Et, si certains ne le font pas, c’est parce qu’ils la trouveront trop tiède sur ces sujets.

 

Cette supercherie doit être clairement dénoncée. Certes, libre à eux de penser et faire ce qu’ils veulent. Peu m’importe. D'ailleurs, au passage, malgré le statut de martyrs qu'ils affectionnent, ils ne sont victimes d'aucune censure. La préfecture les laisse se réunir, et plusieurs médias leur donne la parole. Pour ma part, je ne crainds aucune confrontation idéologique avec eux et suis même prêt à me retrouver face à l'un d'eux si cela intéresse un média (pas sûr, mais avis aux amateurs). Leurs théories sont assez courtes en réalité. Leur « valeur » dans le champ médiatique vient uniquement du fait qu’ils se réclament avec fierté de leur passé de militants de gauche, jadis attachés à la  République et à la laïcité, pour construire désormais des passerelles vers l’extrême droite. C'est par ce scandale moral qu'ils "existent". Le danger n’est donc pas leur force politique (elle est insignifiante), mais leur capacité à troubler les esprits, à salir des mots importants, et à travers ces mots des idées majeures. Antonio Gramsci nous a appris que les victoires politiques sont toujours précédées de victoires idéologiques et culturelles. Et cela est possible puisque les principaux partis de gauche ont abandonné la défense de la laïcité depuis trop longtemps.

 

Pour le PG, il n’existe pas de réel combat laïque déconnecté de l’exigence d’une République sociale où la répartition des richesses en est le cœur battant. La lutte pour l'émancipation ne se découpe pas en petits compartiments. A l’heure actuelle, la droite, mais pas seulement, affaiblit les services publics, mais investie dans les différentes institutions religieuses. Il suffit. La gauche laïque et sociale, en un mot républicaine, doit repartir à l’offensive. C’est le sens de la tribune qui suit que j’ai rédigé avec Pascale le Néouannic (publiée également sur Médiapart). Je vous la laisse lire.

 

Laïques debout, passons à l’offensive :abrogeons la loi Pétain du 25 décembre 1942

 

Depuis trop longtemps, une bonne partie des forces de gauche a démissionné du combat laïque. L’a-t-elle fait en croyant l’avoir définitivement emporté ? Hélas, non. C’est souvent la crainte de l’affrontement idéologique avec la droite et un certain électoralisme clientéliste qui a justifié cette attitude. A force de petits reculs trop de terrain a été perdu.

 

A présent, Laïques debout, il est temps de repartir à l’offensive !

 

Ouvrons les yeux, ces renoncements à gauche sont d’autant plus graves qu’ils s’inscrivent en écho de l’offensive menée par les tenants de la reconfessionnalisation de l’espace public. Pour ces derniers la laïcité serait allée trop loin. N’est-ce pas Nicolas Sarkozy qui affirme : « La laïcité n’a pas le pouvoir de couper la France de ses racines chrétiennes. Elle a tenté de le faire. Elle n’aurait pas dû. » (Discours de Latran). Prononcée devant le Pape, cette repentance, honteuse de la part d’un Président de la République, sonne et résonne ici comme une volonté de remettre en cause les fondements laïques et républicains de notre « vivre ensemble ».

 

Au nom de la défense de la prétendue « identité » de chacun, exaltant abusivement des spécificités culturelles et religieuses, certains à gauche s’engagent dans un relativisme des droits bien dangereux. Or la laïcité, son principe premier et sa force, c’est la garantie d’accorder à tous les mêmes droits fondamentaux.

 

Le respect de la loi du 9 décembre 1905, dite de séparation des églises et de l’Etat, est au cœur du de ce débat. C’est en son nom que nous défendons les principes républicains de garantie de liberté de conscience, du libre exercice des cultes et de non financement des religions. Nous jugeons toujours d’une actualité brûlante cette loi plus que centenaire et particulièrement son article 2 qui proclame : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ».

 

Aujourd’hui c’est ce principe qui est le plus mis à mal. Chacun y va de son obole. En voici quelques exemples. Ici, la droite aixoise attribue des financements bien au-delà de la loi pour l’entretien d’une école privée confessionnelle. Là, c’est le conseil municipal de la ville des Lilas, en Seine Saint-Denis, dirigé par un maire socialiste qui vote plus de 4 millions d’euros de dépenses publiques pour la construction d’une nouvelle église. Ailleurs, ce sont des financements publics qui participent à la construction de Mosquées. A Paris, la Ville finance régulièrement de coûteux travaux dans des bâtiments religieux, elle subventionne des crèches confessionnelles, et comme d’autres, prétexte du culturel pour financer du cultuel. La liste est longue de tous ces piétinements des principes exercés ici ou là, par des élus de gauche comme de droite, au profit de l’ensemble des cultes présents sur le territoire.

 

Autant d’accommodements prônant le relativisme font le lit d’une extrême droite qui cible désormais ses critiques sur une seule religion, l’islam, et se tait, ou même approuve, quand la loi de 1905 est « charcutée » pour financer tous les autres cultes. Quand le FN et Mme Le Pen parlent de laïcité, ils déforment ce mot, le vident de son sens. Restons lucides, la laïcité n’a jamais été la croisade de fanatiques contre les musulmans et Aristide Briand n’était pas Godefroy de Brouillon. Disons le haut et fort : Marine Le Pen n’est pas laïque, elle est même la principale ennemie de ce principe ! C’est pourquoi aussi, avec fermeté, nous avons dénoncés les récentes alliances de petits groupes en pleine dérive comme Riposte laïque avec le Bloc identitaire. Ils participent à la confusion idéologique. Le magnifique exemple tunisien est pourtant là pour démontrer au monde entier qu’un peuple du Maghreb peut faire une révolution politique en restant attachés aux valeurs laïques.

 

Alors, être laïque c’est dénoncer le FN sans accepter la confusion. Trop élus acceptent ces financements pour, pensent-il, apaiser les tensions. En fait c’est l’inverse que cela produit. Chaque centime public versé au denier d’un culte, généralement d’ailleurs sans critères bien définis, ouvrant la porte aux dérives clientélistes, entretient un feu dangereux, foyer de toutes les méfiances, de tous les communautarismes, de tous les reculs, et, disons-le, de tous les racismes. Car financer des cultes, nécessairement au détriment de services publics universels dans lesquels les mêmes sommes auraient pu être investies, c’est faire reculer l’idée d’égalité. Ces financements sont les justifications de la remise en cause du « vivre ensemble » pour le remplacer par un « vivre côte à côte » sans se connaître, sans mixité sociale, sans mixité culturelle réelle, sans mixité tout court.

 

Nous ne voulons pas de cette société où le capitalisme égoïste brutal s’associe à la valorisation du religieux présenté comme le seul « supplément d’âme d’un monde sans âme ». Nous voulons plus que jamais une République sociale et laïque. Pour nous, c’est aux fidèles, « soulagés » des dépenses fondamentales grâces notamment aux services publics, de financer leurs lieux de cultes comme ils l’entendent. Ce n’est pas à la République d’assumer cette charge.

 

Formellement, ces dérives ne sont pas illégales. Pour justifier la plupart de ces financements publics les élus s’appuient sur quelques alinéas de l’article 19 de la loi de 1905. Sombre paradoxe. Comment est-il possible de trouver dans une même loi un article qui en contredit un autre ?

 

En creusant notre histoire, il apparaît que c’est la loi du 25 décembre 1942, qui a modifié l’article 19 de la loi du 9 décembre 1905.  Faut-il le rappeler ? En 1942, ce n’était plus la République mais c’était le régime de Vichy. C’est donc au  nom d’une loi signée par le Maréchal Pétain, loi jamais abrogée, que certains justifient l’investissement de fonds publics dans la construction ou dans la restauration d’édifices religieux et de lieux de cultes, en croyant, peut-être de bonne foi (c’est le cas de le dire), se trouver en accord avec leurs principes…

 

En 1905, seules les réparations des monuments classés pouvaient être prises en charge par une collectivité ou l’Etat. Cette restriction signifiait que s’il est légitime, dans l’intérêt général, d’entretenir le Patrimoine national, il ne l’est pas de donner un privilège financier à une religion, qui ne doit engager que ses fidèles et non la puissance publique. La rédaction modifiée par le régime de Vichy permet donc de contourner le deuxième principe de la loi de 1905. En somme, l’argent retiré au bien commun est attribué à des intérêts particuliers.

 

Nous assumons donc de ne pas être « consensuels », d’être à l’offensive, en faisant nôtre la laïcité comme modèle d’organisation de la société, qui refuse de voir quiconque avoir moins de droit parce que différent. Et nous savons à quel point cette bataille se mène sur les fronts y compris celui de la conquête de nouveaux droits pour l’égalité pleine et entière des tous devant le droit au mariage notamment. Mais parce que la laïcité est la seule réponse politique efficace face à la montée des intégrismes, de tous les intégrismes d’où qu’ils viennent, le Parti de Gauche lance un appel pour l’abrogation de la loi de1942 par laquelle Pétain a dénaturé la loi laïque de 1905.

 

Signez notre pétition. Laïques debout !