La
formidable mobilisation de ces milliers de jeunes espagnols à la Puerta del Sol à Madrid contre le chômage et la
précarité nous montre la voie. « La
voix du peuple, ne sera jamais illégale ! » proclament-ils avec fierté. Nous
devons tout faire pour les soutenir. Ils ont raison. A Paris, Place de la
Bastille, certains marchent dans leur pas. A l’heure où j’écris ces lignes,
j’ignore l’avenir de cette mobilisation parisienne. Mais, le PG y apportera
tout son soutien. Cette jeunesse déterminée fait de la politique de la plus
belle des façons.
Le
lecteur me pardonnera toutefois que je consacre l’essentiel de ce billet une
nouvelle fois à « l’Affaire Strauss-Kahn ». Il est une chose qui continue
de me chiffonner. Dimanche dernier, sur la plupart des plateaux de télé, abasourdis
par la brutalité de la nouvelle, les plus proches de DSK, ainsi que François Hollande ou Martine Aubry ont répété : « cela ne lui ressemble pas ».
La première fois, cette phrase me semblait relativement logique et naturelle.
Mais, depuis certains faits et l’étalage de rumeurs diverses, elle me pose
quelques problèmes. Et, à quoi « ressemble » un coupable ? Cela
se voit-il sur son visage ? Le reconnaît-on au faciès ? Non, me répondront
les dirigeants socialistes. Sans doute voulaient-ils dire que rien jusque là
dans la vie de M. Strauss-Kahn ne pouvaient laisser présager pareil
comportement….
Depuis
avant-hier, malaise. J’ai acheté et lu la biographie que l’on trouve partout « Le roman vrai de Dominique
Strauss-Kahn » du journaliste Michel
Taubmann (éditions du moment) parue il y a quelques semaines. Sans manquer
de respect pour l’auteur, il s’agit d’un livre de commande, réalisé avec une
certaine complaisance pour DSK. Dès la quatrième de couverture, on annonce la
couleur au lecteur : « Au-delà
des apparences, l’enquête de Michel
Taubmann montre que Dominique
Strauss-Kahn possède un ADN 100 % à gauche ». Mouais…Le reste est de la même eau, et le ton
n’est vraiment pas à l’insolence ni à l’outrance, ni à
« l’hostilité » envers DSK. On l’a compris. C’est même franchement
plutôt le contraire.
Et
bien, la lecture du dernier chapitre de cet ouvrage (le chapitre XXVI) nommé « les trompettes de la rumeur »,
écrit bien entendu avant l’Affaire du Sofitel, m’a assez estomaqué. Il
revient sur, ce qui depuis est devenu un énorme buzz : les affirmations de
l’écrivain Tristane Banon qui aurait
manqué, selon elle, d’être violée par DSK en 2003 lorsqu’elle écrivait son
livre « Erreurs avouées ».
Comme
tout le monde, j’ignore si tout cela est vrai. Mais à la lecture de ce livre on
découvre qu’au moins François Hollande
et Laurent Fabius étaient au courant
depuis 2003. On apprend, selon le biographe, qu’ils ont rencontré la jeune femme,
et même qu’ils lui ont même conseillé de porter plainte. Ce que finalement,
elle n’a pas voulu faire, pour des raisons complexes dues peut être au fait
qu’elle est une amie de la fille de DSK et la filleule de la seconde
femme de DSK ! Et bien sûr, il reste possible aussi que cette jeune femme
mente (ce qui aurait pu d’ailleurs entraîner une plainte de DSK pour injures
calomnieuses..).
Est-ce
vrai, est-ce faux ? Cela me semble à présent important à savoir. Les
dirigeants socialistes étaient-ils au courant de ce type de rumeurs ? Cela
me semble évident que oui. Le livre de Michel
Traubmann est en vente partout. Ici, on ne parle plus de gaudriole et mœurs
sexuelles « légères », mais de viol, c'est-à-dire d’un crime !
Les
mêmes responsables socialistes qui avaient entendus parlés des « folles rumeurs » véhiculés
par Melle Banon, n’ont-ils pas été embarrassés de lire en 2009 la conclusion de
la lettre de l’économiste Piroska Nagy,
rendue publique par l’Express, adressée à la commission d’enquête interne du
FMI : « je pense que M. Strauss-Kahn est un leader brillant, qui
a une vision pour affronter la crise financière mondiale en cours. C'est également un homme agressif, bien
qu'il soit charmant. Il vient d'un pays, la France, que j'adore et où j'ai de
nombreux bons amis. Mais je crains que cet homme ait un
problème pouvant le rendre peu adapté à la direction d'une institution où des
femmes travaillent sous ses ordres. »
Michel Traubmann, dans son ouvrage, balaye tous ces éléments en laissant entendre que, tout bien étudiés, les
affirmations de Tristane Banon ne
sont pas sérieuses… puisqu’elle n’a pas portée plainte ! Il retourne même
les pressions que Melle Banon dit avoir subit, en relatant que c’est elle qui
aurait finalement menacé Ramzy Khiroun
, le mystérieux homme de main de DSK payé par Arnaud
Lagardère (stupéfiant d'ailleurs cette connivence avec un des meilleurs amis de Sarkozy) qui a fait supprimer un passage de son livre. Elle lui aurait dit : « Je me vengerai de Dominique
Strauss-Kahn ». A propos de Mme Nagy du FMI, il explique que sa dernière
lettre n’est motivée que par la vexation de cette dernière après la lecture du
blog d’Anne Sinclair la comparant
indirectement à une prostituée.
Hum,
hum…Tout cela est assez fumeux.
Mais
surtout, à ce stade, avant même que n’éclate l’affaire du Sofitel de New York, quelle
menace pour l’élection présidentielle pour le candidat socialiste et toute
la gauche ! Comment imaginer qu’une direction politique, dans la préparation
d’une élection présidentielle, disposant de ces éléments ne s’en inquiète
pas plus ? Face à Nicolas Sarkozy,
dont on connaît les méthodes brutales en campagne, quelles réponses, en toute
conscience, en toute clarté, la direction socialiste entendait-elle
porter à de telles accusations qui évidemment auraient été utilisées par
la droite ou l’extrême droite qui s’apprêtaient, selon l’hebdomadaire Minute, à faire campagne sur le célèbre air
de « Dominique, nique, nique… »
? Y avait-elle seulement pensé ? Oui, non ? Si c’est non, c’est fou
et irresponsable. C’était prendre le risque de la défaite face à la droite. Et
si oui, quel moyen interne avait-elle prévu pour faire la lumière sur tout
cela ? Quelles étaient les conclusions intimes de Fabius et Hollande qui
avaient rencontré Melle Banon ? Une mythomane ou une femme qui n’a pas le
courage de porter plainte tant la pression est forte sur elle ? Et sa mère
qui raconte partout cette histoire depuis une semaine, Vice-présidente PS d’un
Conseil Régional, est-elle également une affabulatrice qui affirme sans
fondement ? Si c’est le cas, est-il prévu des sanctions internes contre
elle ? Il le faudrait, car si elle ment ses accusations sont indignes
d’une militante socialiste contre un de ses principaux dirigeants. Idem,
concernant la députée Aurélie Filipetti,
porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée nationale qui avait
déclaré en 2008 dans le journal genevois Le
Temps : « Je garde un
mauvais souvenir d’une tentative de drague très lourde, très appuyée de Dominique Strauss-Kahn. Depuis cet
évènement, je me suis arrangée pour ne pas me retrouver seule avec lui dans un
endroit fermé ». Peut-on affirmer de telles choses, vraies ou fausses,
sans conséquences ?
Le
livre de Michel Traubmann, évoque
certaines de ces rumeurs et « calomnies » pour finalement les évacuer
sans finesse. Pire, par une magnifique pirouette, l’auteur trouve même une
ancienne attachée parlementaire de DSK en 1998-1999, devenue aujourd’hui conseillère
régionale UMP, qui affirme sans vergogne : « Dominique était plus dragué que dragueur. C’était
inimaginable ! Quand nous étions sur les bancs du gouvernement, certaines
femmes députées me passaient des mots à lui transmettre contenant parfois des
déclarations enflammées, voire délirantes ; J’ai vu des femmes faire des
numéros de claquettes dignes des plus grandes prostituées, j’ai vu des élues,
des collaboratrices prêtes à tout pour coucher avec lui (...) avec Dominique
cela atteignait des sommets. En réalité, on
peut parler de harcèlement sexuel. Mais Dominique en était la victime !
Je l’ai rencontré la première fois en 1992. Il avait 43 ans. Il était très
beau. »
Sans
commentaire. Mais, sincèrement, il n’est pas certain que ce passage et la
retranscription de ces propos honorent le journalisme d’investigation.
Nous
verrons donc dans les semaines qui viennent, où est la vérité dans tout cela.
Plus que le sordide fait divers, qui est en réalité peu intéressant, c’est le
fonctionnement d’un collectif politique qui se nomme Parti socialiste qui doit
être interrogé par ses cadres, ses militants et ceux qui s’apprêtaient à voter
pour lui. Mais aussi par toute la gauche.
Pour
l’heure, nombre de journalistes sont surtout intéressés à savoir si le PG
« préfère » Hollande ou Aubry ? Mauvaise question. Avec amusement, j'observe qu'ils oublient toujours Ségolène Royal ou Arnaud Montebourg. Pourtant, seule la désignation de ce dernier modifierait réellement le paysage politique. Quoi qu'il en soit, le problème ne
se pose pas ainsi à mes yeux. Quelle différence de programme y a-t-il entre
eux ? Manifestement aucune et c’est même au nom de cet argument que les
proches d’Aubry veulent marginaliser Hollande. Claude Bartolone a déclaré que dans la mesure où tous les candidats
disent la même chose, c’est à la Première secrétaire d’être candidate… Mais
pourquoi avant le retrait de DSK cet argument n’était pas valable ? Un
journaliste, sur un mode amical, a essayé de me convaincre qu’il vaudrait mieux Hollande comme candidat face à celui du
Front de Gauche. Pourquoi ?
Aubry aurait parait-il une image « plus à gauche » qui pourrait poser problème à Jean-Luc Mélenchon. Ah bon. Je ne l'ai pourtant jamais entendu émettre la moindre critique sur la politique de régression sociale, alignée sur le FMI, de son camarade Geogios Papandréou, Premier ministre Grec et Président de l'Internationale socialiste (en photo). Et puis, ,nous
ne faisons pas de la politique ainsi. J’ignore la façon dont est réellement perçue
« l’image » de Martine Aubry dans les milieux populaires. J’observe que les
dernières élections n’ont pas été triomphantes pour le PS malgré la dureté de
la droite. Je sais aussi que sous sa direction, le parti s’apprêtait à soutenir
le Directeur du FMI comme candidat et que le programme adopté est moins à
gauche que les précédents ! « Ni réaliste, ni socialiste »,
avions nous dit de lui quand il fut présenté. Le nom de celui ou celle qui le
porte importe peu. Le problème du PS ne se concentrait pas sur la seule personne
de M. Strauss-Kahn. Ce n’est pas contre DSK que nous avons fondé le PG, puis le
FdG. Le mal est plus profond. DSK n’en était qu’un symptôme éclatant. Le Front de Gauche aura donc son candidat
qui sereinement mènera campagne sur ses idées. Face à lui, il y aura un
candidat socialiste. Son identité importe peu. Nous ne menons pas un combat
personnel contre le PS, mais nous voulons une confrontation démocratique d’idée, de programme, de
proposition pour notre pays et pour une certaine conception de la gauche.
Enfin,
il semble donc que pour remplacer M. Dominique
Strauss-Kahn à la Direction du FMI, Mme Christine Lagarde soit pressentie et soutenue par tous ceux qui
avaient nommé DSK. "Je crois que ce serait une très bonne chose, pour notre pays et pour l'Europe" a dit à ce sujet Martine Aubry au journal de France 2 de 13h00. Le lecteur régulier de ce blog sait ce que je pense de l'actuelle Ministre des Finances, élue comme moi, Conseillère de Paris du 12e depuis plus de 3
ans et qui n’est jamais venue à une seule séance du Conseil d’arrondissement ! Jamais.
Sa chaise est toujours restée vide (photo). Pas une seule présence en 33 séances et très peu au Conseil de Paris où elle vient
deux demi-journées par an lors du débat sur le budget, malgré une indemnité mensuelle de plus de 3 000 euros par mois. Scandaleux. On se
reportera aux nombreux billets que j’avais consacré à cette absence, et aux
arguments qu’elle m’avait avancé lorsque j’avais pu lui adressé la parole dans
un couloir du Conseil de Paris. Il s’agissait de son seul et unique mandat
électoral auquel elle disait tenir beaucoup. On appréciera comment elle a respecté ses électeurs. Madame Lagarde est manifestement plus à l'aise quand elle est désignée que lorsqu'elle est élue par des gens stupides et mal élevés qui ne comprennent pas qu'elle a mieux à faire que de venir siéger au poste pour lequel elle s'est présentée à leurs suffrages.
Mais
surtout, les mêmes militants socialistes de bonne foi qui m’expliquaient la
fable selon laquelle Dominique
Strauss-Kahn avait « gauchie » le FMI, que Nicolas Sarkozy était contre sa nomination (dont François Hollande s’était félicité) que
pensent-ils de ce changement poste pour poste entre celui qui devait être le
candidat de la gauche et l’actuelle ministre des finances du gouvernement de
droite ? DSK et Lagarde peuvent-ils vraiment réaliser le même boulot ? Il semble que
oui car ils sont soutenus par les mêmes personnes qui demandent à Mme Lagarde
de continuer l’œuvre de son prédécesseur. C’est assez troublant, non ? Il
reste que Mme Lagarde et un peu embarrassée par l’affaire Tapie (comme le
décrit très bien Médiapart). Il y a
un an et demi, elle avait répondu aux questions pressantes à ce sujet par un « Est-ce que j’ai une tête à être une
amie de Bernard Tapie » qui sonne d’une drôle de façon à présent. Elle
aurait presque pu dire « cela ne me
ressemble pas ».
J’ignore
la réalité. Mais, je sais une chose, dans cette affaire également « l’innocence au faciès » par
le mépris et la suffisance qu’elle exprime, est une des pires défenses. Par son
arrogance, elle sonnerait presque comme un aveu de culpabilité.
Un dernier mot. Le Parti de Gauche avait dit combien nous avions peu
apprécié la façon dont la victime potentielle était dans « l’angle mort » de bien de réactions. C’est depuis
devenu quelque chose de partagé. Tant mieux. Au risque d’agacer certains
lecteurs qui me trouveront bien mièvre, je voudrais dire combien il est aussi deux
femmes dont les images m’ont profondément émues. C’est Anne Sinclair et la fille de DSK. Leur dignité dans ces moments si
difficiles m’a touché. Et oui. Même si il était coupable, DSK reste un être humain,
qui ne mérite en rien 75 ans de prison pour tentative de viol. L’argent dont il
dispose lui offrira sans doute un sort différent du commun des mortels placés
dans la même situation. C’est sans doute injuste. Mais, j’espère que le spectacle de
l’humanité blessée des proches de DSK fera évoluer les « sécuritaires » qui se répandent dans la gauche et au
PS. On ne peut rendre justice sans chercher à comprendre la souffrance du monde
dans toute sa complexité, sans penser aux victimes et aussi, je le dis, aux
proches des coupables. Comme toujours, c’est lorsqu’un puissant membre de
l’oligarchie qui est frappé que l’on s’en rend compte. Mais retenons la leçon.
Une conscience de gauche, tout en réclamant avec fermeté justice pour les plus
faibles et les victimes, ne doit pas crier « à
mort !» avec tous ceux que ce spectacle indécent excite.