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mercredi, 18 janvier 2012

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La « sous-France » que proposent Marine Le Pen et ses drôles d’acolytes comme Gilbert Collard

etrangr.jpgNB : A partir de jeudi 19 janvier, mon livre « La Parti de l’étrangère, Marine Le Pen contre l’Histoire républicaine de la France » (Edition Tribord) devrait commencer à être disponible en librairie. Dès à présent, commandez-le auprès de votre libraire régulier, et lisez-le, c’est le plus grand service que vous pouvez lui rendre. Puis, n’hésitez pas à me faire savoir vos commentaires. Dans les jours qui viennent, je consacrerai un prochain billet pour sa présentation. J’ai hâte de connaître la réaction de mes premiers lecteurs…

Je pars aujourd’hui accompagner Jean-Luc Mélenchon à Metz pour un meeting. Je suis persuadé que ce sera un nouveau temps fort qui surprendra par son succès.  J’étais déjà  samedi à Nantes dans la petite délégation joyeuse  qui avait fait le déplacement avec lui. L’après-midi, j’étais intervenu dans les « ateliers de désenfumage » organisés par le Front de Gauche et auquel plus de 500 militants avaient participé.

 

nantes.jpgPuis, vint le meeting et le discours de Jean-Luc, précédé d’une intervention de Patrick Le Hyaric et Martine Billard. Ce fut un moment incroyable, d’une puissance communicative inouïe, que la presse télévisée a trop peu relayé. Dommage.  6 000 personnes étaient là, dans ce Zénith plein à craquer, et puis… rien sur une chaine de service public ! Ce type de distorsion de la réalité n’est pas sans conséquence sur la représentation du paysage politique  qu’ont des millions de nos concitoyens. Je ne caricature rien en écrivant cela. Bien sûr, le candidat du Front de Gauche n’est pas « boycotté » par les médias. Certes, la campagne du Front de gauche se déroule bien et le succès de l’émission « Des paroles et des actes » du 12 janvier dernier, suivi par plus de 3,5 millions d’auditeurs,  a produit un effet positif d’ores et déjà palpable dans la population. Mais, il est important de montrer aussi que Jean-Luc n’est pas seulement un « redoutable » débatteur, « bête médiatique » et « bon client » des émissions où il est invité. Il reste aussi  à montrer la réalité de la campagne de terrain, le grand succès de nos meetings qui rassemblent plus de gens qu’aucun des autres candidats actuellement en lice, et la composition sociale des gens qui viennent dans nos meetings.

Je n’écris pas cela à la légère. J’ai encore en mémoire de quelle manière le journal de France 2 avait longuement et complaisamment  fait l’écho d’un meeting où Marine Le Pen avait réuni à peine plus de 1000 personnes également à Metz le 11 décembre dernier. Quelques jours auparavant, Mélenchon et le Front de Gauche en avait lui réunit 3000 à Bordeaux dans le plus grand silence médiatique. Laurent Delahousse, le si souriant présentateur du journal de 20h00, avait accueilli  Madame Le Pen sur son plateau en la présentant comme « la championne des ouvriers ». Rien que ça. J’ai déjà expliqué combien ce qualificatif plus que flatteur est faux. Non, les ouvriers ne votent pas majoritairement pour le FN. Le premier comportement électoral des ouvriers, c’est l’abstention. Et cela pour près de 70 % d’entre eux. De plus, lors des récentes élections cantonales et régionales, une étude d’opinion réalisée à la sortie des bureaux de vote a montré que parmi ceux qui sont allés voter, ils sont respectivement 24 et 22 % à avoir voté FN. C’est-à-dire 8 ou 6 % des ouvriers inscrits sur les listes électorales. Pour le dire autrement, lors des deux derniers scrutins, plus de 90 % des ouvriers n’ont pas voté FN ! Alors non, il n’est pas tolérable de dire que Marine Le Pen est pas « la championne des ouvriers » d’autant qu’en réalité, elle est leur pire ennemie. Faites passer le message. Je vois bien de quelle manière aujourd’hui quelques « beaux esprits », et je pense à ceux qui se nichent dans la Fondation Terra Nova, ce « Fric Tank » bidon, expliquant qu’il ne servait à rien de s’adresser politiquement aux ouvriers, puisque ces derniers ne sont que des mules dont les neurones sont pourris par le racisme ! Pouah ! La réalité est ailleurs, et à tout prendre, il y a sans doute moins de racisme entre les ouvriers sur leur lieu de travail, que dans bien des beaux quartiers où des petits et grands bourgeois votent FN de peur d’être demain déclassé socialement. Croyez-moi, il n’y a rien de pire que le racisme de classe.

jlm-nantes.jpgAlors, contre le FN, il faut argumenter, encore et encore. Par exemple, il faut expliquer en quoi la fausse augmentation du SMIC de 200 euros qu’elle a proposé il y a quelques jours est une minable entourloupe. Sans recul, j’ai entendu plusieurs radios affirmer que Marine Le Pen proposait « une augmentation des bas salaires de 200 euros » (selon France Inter). La réalité est tout autre, Marine Le Pen est radicalement contre la proposition du Front de Gauche d’augmenter le SMIC en le plaçant à 1700 euros bruts, sa proposition est bien différente et je retranscris un extrait du communiqué qu’a immédiatement rédigé mon ami François Delapierre, Directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon à ce sujet : « Sur RMC ce matin, Elle a proposé de "faire prendre en charge par l'Etat 200 euros de cotisations salariales sur tous les salaires jusqu'à 1,4 fois le Smic" expliquant que cela entrainerait une hausse de 200 euros nets des salaires. 

Cette proposition gadget va dans le même sens que la TVA sociale de Sarkozy. Il ne s'agit pas de partager les richesses entre capital et travail mais seulement de baisser le coût du travail. Il s'agit de contraindre les salariés à choisir entre leur pouvoir d'achat d'aujourd'hui ou leur protection sociale de demain.

Mais l'enfumage ne marchera pas ! Si Marine Le Pen voulait vraiment augmenter le pouvoir d'achat des Français, elle soutiendrait la hausse du SMIC comme le propose le Front de Gauche. Au lieu de cela elle qualifie la hausse du SMIC de "mesurette". Mais c'est sa proposition gadget qui est une mini-mesurette ! »

319169_2184035353089_1013150431_32469728_356783690_n.jpgC’est ainsi qu’il faut combattre le FN, en démontant avec précision ses fausses propositions « sociales ». En réalité, dans son programme, il n’y a rien de bon pour les ouvriers et les employés. Le FN refuse que l’on fixe l’écart maximal des salaires de un à vingt, comme nous le proposons. Il refuse que l'on bloque le montant des loyers comme nous le voulons. Il accepte les milliers de suppressions de postes menées par Nicolas Sarkozy dans la fonction publique, etc… Le livre de mon ami Laurent Maffeis « Les cinq mensonges du Front national » (Editions Bruno Leprince) est, dans cette lutte argumentaire, un document précieux. Procurez-vous le sans faute. Il permet de comprendre combien en réalité, Marine Le Pen et le Fn sont une force « austéritaire » de premier plan située comme les autres sur le terrain de la rigueur et du remboursement aveugle de la totalité de la dette. D’ailleurs, un exemple récent illustre cet état de fait. Sitôt que l’officine libérale liée aux intérêts américains « Standar and poor’s » a fait savoir son opinion sur le « triple A » français, le Front de Gauche a décidé de manifester devant son siège, rue de Courcelle, à Paris. Et bien aussitôt dans un communiqué, Marine Le Pen s’en est pris à nous, comparant Mélenchon à Don Quichotte et considérant notre initiative comme stupide puisque, selon elle, et tous les libéraux du monde d’ailleurs, l’agence « Standar and poor’s n’est qu’un thermomètre ». Ah bon ? Un simple thermomètre, vraiment ? C’est-à-dire un objet neutre et objectif se contentant de mesurer la fièvre. Quel esprit censé peut penser une chose pareille ? Elle dit la même chose que le patronat et le pouvoir en place. La voilà démasquée par ce genre de déclaration.

Une des différences fondamentales du FN avec tous les autres « austéritaires», mais ce n’est pas mineur, se situe dans son obsession xénophobe à vouloir faire croire que la présence de travailleurs étrangers sur notre sol est responsable de la crise économique du capitalisme. Cet argument indigne est depuis des décennies l’arme de l’extrême droite pour diviser le salariat, et de fait, l’affaiblir. Depuis plus d’un siècle, alors que la gauche propose le partage des richesses, l’extrême droite elle, propose la division des travailleurs.

Cette confrontation n’est pas nouvelle, croyez moi. Nous disons « Partageons les richesses! » elle rétorque « Expulsons les plus démunis ! ». Nous disons « Faisons payer les plus riches ! », elle riposte « Faisons ramer les plus pauvres ! ». Nous désignons les puissants et tous ceux qui se sont enrichis ces dernières années en disant « A bas les privilèges ! », elle montre du doigt les étrangers pour affirmer « Voilà les profiteurs ! ». Pour résister à l’offensive des ultra-libéraux, nous disons aux travailleurs  « Unité des travailleurs ! », elle leur demande « Vos papiers ! ». Nous disons « Sortez de chez vous. Résistance !», elle répond « Rentrez chez vous. Pas confiance ! ». Pour notre pays enfin, le Front de gauche rêve d’une « belle France » rebelle, ouverte et généreuse, elle n’envisage qu’une « sous France », rompant avec sa propre histoire. Nous sommes à la France, ses idées sont étrangères à la République. Nous n’avons décidément rien à voir avec elle. Ils sont nos pires ennemis.

Jean-Luc Mélenchon, c’est le candidat du partage, Marine Le Pen, celle du coffrage de quelques pauvres bougres. Comme si, par des mesures policières brutales visant ceux qui sont généralement les plus exploités, on pouvait régler l’injustice du capitalisme de notre temps. Pour ma part, la solution de l’expulsion des étrangers m’a toujours sidéré par son simplisme, surtout venant de la part de gens qui défendent la natalité pour les familles françaises. Je m’explique. Comment expliquer que la raison du chômage viendrait du fait qu’il y aurait en quelque sorte « trop » de travailleurs, alors que l’on demande en même temps aux familles françaises d’en concevoir davantage ? Ce malthusianisme, masquant le racisme le plus rustique est assez pauvre. Mais hélas, il fonctionne. Ce soir, lors de son meeting, Jean-Luc insistera sur les principaux mensonges du FN et je suis convaincu que nous serons beaucoup plus nombreux que lors du meeting de Mme Le Pen, il y a un mois.

collard-lepen.jpgMon opinion personnelle pour dire les choses tout de go, est que la « progression de Marine Le Pen » que veut nous vendre beaucoup de médias intéressés n’a pas du tout la force que l’on veut nous faire croire. Ce sensationnalisme électoral profitant au PS et à l’UMP, c’est évident que cela ouvre des portes, mais pour autant, est-ce vrai ? Certes, elle a redonné du lustre à la boutique paternelle qui tendait vers la faillite et retrouve un niveau électoral élevé, mais c’est classique pour cette formation et je rappelle qu’elle est désormais la seule candidate d’extrême droite, et cela c’est nouveau depuis 25 ans. Pour l’heure, elle engrange essentiellement par la crise de la droite percutée par le bilan sarkozyste. Elle peut envoyer ce dernier dans le décor et se propulser au second tour, certes, mais je n’y crois guère. Contrairement à ce que l’on répète, bien peu de gens nouveaux ont fait le pas de s’afficher comme « mariniste ». De plus, le premier d’entre eux, et même le plus symbolique, l’avocat Gilbert Collard, me semble plus représenter une marque de faiblesse que celle d’une force. Car finalement, qu’incarne cet homme si ce n’est l’incohérence et l’opportunisme le plus vulgaire ? Je prends les paris que Gilbert Collard, désormais Président du Comité de soutien de Marine Le Pen, c’est le talon d’Achille de cette dernière. Cela ne m’étonnerait pas qu’il  explose en vol, car comme on dit dans le sud, ce type est un « jobastre ».

cndti.jpgJe l’ai déjà écrit sur ce blog, j’ai connu Gilbert Collard à la fin des années 80. Lui, ne souvient sans doute pas de moi, car j’étais bien jeune, mais moi oui. J’étais alors un militant trotskyste « lambertiste », responsable de l’organisation de jeunesse, et nous construisions un petit parti au nom à la consonance postale, le MPPT. Gilbert Collard était très proche de cette formation, à tel point qu’il accepta de s’exprimer dans le clip de campagne que nous avions réalisé lorsqu’en 1988, le MPPT avait décidé de présenter Pierre Boussel-Lambert comme candidat. Il était alors très ami avec des dirigeants nationaux lambertistes et avait même accepté au milieu des années 80 de participer à une ou deux séances de formation que nous appelions du nom ronflant de GER, les « Groupes d’Etudes Révolutionnaires ». Je crois que cela n’a pas dû lui plaire, et il s’est contenté par la suite d’être un compagnon de route, une personnalité « indépendante » qui signait tous les appels « démocratiques » que nous rédigions sous le couvert d’une maigre association antiraciste, le CNDTI, qui voulait rivaliser avec SOS Racisme alors triomphant. Régulièrement, Gilbert Collard prenait la parole dans nos initiatives, notamment lors des « Assises nationales pour la défense de l’immigration » qui avait eu lieu le 24 juin 1990, où nous réclamions à juste raison : « le droit au séjour des immigrés, et leur droit de vivre en famille, la fermeture immédiate des camps de rétention, l’abrogation des lois anti-immigrés, le châtiment exemplaire des crimes racistes, l’égalité des droits démocratiques et sociaux pour tous », etc…

  

mppt.jpgCes années-là sont tout à l’honneur de cet homme qui défendait alors une noble cause. En fouillant dans mes archives, j’ai retrouvé une photo de Gilbert Collard dans une délégation reçue dans un salon de Matignon, par un Conseiller du Premier Ministre Michel Rocard, où, accompagné de dirigeants lambertistes de premier plan, dont le grand historien Jean-Jacques Marie, mais aussi les avocats Denis Langlois et Yves Decheszelles, très proches eux aussi des trotskystes lambertistes, ensemble ils venaient réclamer l’arrêt immédiat de je ne sais plus quelles expulsions du territoire  qui nous semblaient si injustes. Cela devrait donc lui rafraichir la mémoire si d’aventure, il contestait ce que je raconte. Je me tiens d’ailleurs à sa disposition pour me confronter à lui dans un quelconque média un tant soit peu sérieux. J’en ai gardé sous le coude à son sujet.

Voilà donc ce que faisait « Maitre » Collard, avant qu’il dérape totalement dans les années 90, où « l’affaire Carpentras » durant laquelle il raconta n’importe quoi devant les caméras, lui attira une forte médiatisation et, de mon point de vue, lui fit perdre la tête. Son opportunisme politique apparu alors dans sa plus grande nudité. Après avoir été à gauche, et dit-il ex socialiste (quand ?), il sera ex Radical valoisien, puis ex Nouveau Centre, pour terminer au FN ex Gilbert Collard

Ce qui m’est insupportable avec Collard, ce n’est pas tant son évolution, que je considère comme un naufrage intellectuel. Là-dessus, c’est avec sa conscience qu’il a à se mettre d’accord. Non, ce qui m’est insupportable, c’est de l’entendre dire que lui n’a pas changé « mais que c’est le FN, avec Marine, qui a changé » depuis un an. Absurde. Peut-on avoir participé à des « Assises pour la défense de l’immigration » il y a 20 ans et militer à présent au FN, en soutenant que l’on n’a pas changé. D’où vient cette obsession à refuser d’assumer qu’il a changé d’opinion ? C’est pourtant simple. Le projet du FN est aux antipodes de tous ses engagements passés. A-t-il seulement lu le programme actuel du FN ? Peut-être que non d’ailleurs, il s’en moque sans doute et la seule chose qui l’intéresse c’est la petite médiatisation que lui rapporte la « pseudo transgression » de son ralliement au FN. C’est encore plus grave. Mon sentiment est qu’il n’a aucune conviction personnelle bien ancrée. Arrêtez de médiatiser Collard, et il quittera aussitôt Marine Le Pen, j’en suis convaincu.

ndf.jpg Il veut donc encore laisser croire qu’il est toujours un homme de gauche, rejoignant le plus banalement qui soit, un paisible parti républicain et laïque comme les autres. Sur ce dernier point précis, la laïcité, pour ceux qui douterait encore de la trajectoire grotesque de ce monsieur, je les renvoie à la lecture d’un entretien qu’il a donné au mois de décembre dernier  dans un mensuel d’extrême droite « Nouvelles de France ». Là, le prétendu laïque républicain affirme : « Moi, je suis allé pour la première fois à la messe à Saint-Nicolas du Chardonnet : en voilà des curés. Ils ne doivent pas tricoter dans leurs séminaires. Parce que le sermon que j’ai entendu, eh bien c’était un vrai sermon, et eux au moins, ils savent parler aux gens, ils ont le fond et la forme. » Plus loin, interrogé à propos du débat sur le genre dans les Manuels de SVT, il fera ce commentaire de corps de garde,  plein de finesse et pas du tout homophobe : « Dieu a créé Adam et Eve, pas Adam et Jules ! ».

collard-nice.jpgDe telles fanfaronnades de troisième mi-temps sont-elles vraiment contrôlées ? Pas sûr. Marine Le Pen, la prétendue laïque, en réalité  toujours si dure envers nos concitoyens musulmans mais si complaisante quand la laïcité est malmenée par d’autres confessions, considère-t-elle aussi, comme le Président de son comité de soutien, que Saint-Nicolas du Chardonnet, occupée illégalement depuis 1977 par des catholiques intégristes de la Fraternité Saint Pie X, refusant avec acharnement la laïcité, est un modèle à suivre ? Collard sait-il que c’est là que des hommages réguliers sont rendus à des militants et  historiens négationnistes et antisémites ? La question mériterait de lui être posée, non ? Elle permettrait peut-être de faire tomber quelques impostures. Fier à bras, devant les journalistes,  Gilbert Collard répète que s’il entend le moindre propos antisémite au FN « il se casse ». Mais, à Saint Nicolas du Chardonnet, avait-il les oreilles ouvertes ? Mais, c’est vrai, j’oubliais, tout comme il l’a fait avec le FN, sitôt que Gilbert Collard a pénétré dans l’Eglise, ce bâtiment est devenu un haut lieu de la pensée humaniste : il est décidément bien grand le mystère de la foi !

Faux défenseurs des ouvriers, faux contestataires, faux anti système, faux opposants aux agences de notations bidons, faux anticapitalistes, faux laïques et républicains.. qui peut encore faire confiance à ces gens-là pour régler les injustices de notre temps ? 

La seule opposition républicaine, laïque et sociale à l’austérité, c’est le Front de Gauche.

mercredi, 15 juin 2011

juin 11
15

Gilbert Collard : un homme aux « solides convictions » en soutien à Marine Le Pen

Gilbert Collard, l’avocat médiatique, abonné aux plateaux de TV des émissions racoleuses  depuis la sinistre affaire « du cimetière de Carpentras » au début des années 90, va participer demain avec Marine Le Pen à un colloque sur le thème « La République face aux zones de non droit » organisé par un petit club de réflexion « Idées et nation », proche du Front national. Ce n'est pas un scoop. Cette proximité entre les deux personnes est désormais publique. Collard votera FN en 2012. Bon appétit Maître ! J'espère qu'il a l'estomac solide. Toutefois, l’homme a ceci de désagréable qu’il fait partie de cette poignée de gens, refusant toujours d’assumer leur évolution idéologique, et qui justifie leur récent ralliement au Front national, non comme un sinueux parcours personnel en franche rupture avec ce qu’ils ont défendu par le passé, mais comme une simple continuité avec des engagements antérieurs.

 

9782246783824.jpgA l’entendre, ce serait même Mme Le Pen et le FN qui aurait changé, mais pas lui. L'air est connu. Il devient même une rengaine lassante. Mais, quel baratin ! Fondamentalement, le FN n’a pas changé ces derniers mois, depuis l’arrivée de la fille de Jean-Marie Le Pen à la présidence. A ce sujet, j’invite d’ailleurs toutes et tous à lire la récente biographie de Marine Le Pen, rédigée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner. C’est un travail remarquable, fouillée et rigoureux, indispensable à toutes conscience de gauche. Achetez le, lisez le, faites le découvrir à vos amis,

Bien sûr, chacun a le droit de changer d’opinion et pourquoi pas d’évoluer vers l’extrême droite. C’est une sombre possibilité ultime offerte par la liberté de conscience. Il faut l’accepter.

Mais je répète, l’attitude de Gilbert Collard est agaçante car elle participe à la confusion généralisée du débat politique actuel. C’est assez banal et bien de notre temps, me direz vous. « Droite ou gauche, quelle différence ? » semble nous dire les nouvelles quotidiennes du monde. Rappelons-nous quelques exemples. Un tiers des ministres du premier gouvernement composé par Nicolas Sarkozy après son élection en 2007 était issu du Parti socialiste ! Un « guguss », il y a deux ans candidat de LO puis du NPA à des élections locales et responsable CGT, est aujourd’hui un responsable du FN dans l’Est de la France ! Il y a quelques jours, sur un mode prétendument humoristique, Jacques Chirac, fondateur de l’UMP, a affirmé qu’il votera François Hollande en 2012 ! Christine Lagarde entend remplacer DSK (nommé par Sarkozy) pour « continuer son œuvre » à la tête du FMI (avec le soutien de Martine Aubry) ! Et j’en passe… Bref, ce sont ces images déroutantes qui défilent avec constance devant nos yeux. Elles assombrissent tout et nous feraient presque oublier que la grande majorité des femmes et des hommes qui s’engagent en politique le font dans une cohérence qui marque généralement la totalité de leur existence.

Gilbert-Collard-et-Marine-Le-Pen.pngMais, dans la stratégie du FN, présidée par Marine Le Pen, il faut donner à voir et valoriser des ralliements « venus de tous les horizons » même si il s’agit en réalité de cas exceptionnels, bien peu significatifs. L’idée est de démontrer que l’on pourrait rejoindre le FN tout en gardant ses convictions passées, et même si elles étaient de gauche. Pour cela, on tord les idées, on piétine l’histoire, on maquille ou on édulcore. Maître Gilbert Collard est un personnage paradigmique de cette opération de communication frontiste. Proche (et je crois adhérent) un temps du Parti socialiste à Marseille, puis membre du Parti Radical Valoisien en 2001, pour être ensuite candidat Nouveau Centre en 2008, c’est un homme aux convictions constantes. Dans le quotidien Libération, il affirme sans ambages dans une interview récente : «J’ai toujours été pour la préférence nationale, une idée de gauche défendue par Salengro. Mais je suis d’une hostilité farouche à la peine de mort, contrairement à Marine Le Pen.» Bah, mon Colon. Fallait la faire celle là ! J’ai déjà expliqué dans ce blog le mensonge historique de cette fausse « loi Salengro » prétendument favorable à la préférence nationale. Je laisse également chacun apprécier la cohérence d’un homme « d’une hostilité farouche à la peine de mort » qui s’engage pour la seule candidate qui réclame le rétablissement de la peine de mort ! Dans la même interview, Collard assure qu’il connaît Marine Le Pen devient 25 ans et qu’il est devenu en quelque sorte « son grand frère » !

Gilbert-collard-637x0-1.jpgIl y a près de 25 ans justement, le même Gilbert Collard acceptait de figurer dans le clip de campagne d’un candidat à l’élection présidentielle de 1988 : le trotskyste Pierre Boussel-Lambert présenté alors par le MPPT (qui obtiendra 0,38 % des voix). On peut le voir dans la vidéo qui suit (archive INA), la mèche au vent, et le lyrisme en bandoulière. « Maître Collard » s’indignait alors, à juste raison, de l’existence des Centres de Rétention Administrative (CRA), mis en place le 29 octobre 1981, dans lesquels les étrangers en situation irrégulière sont placés avant leur expulsion imminente. Hélas, ils existent d'ailleurs encore aujourd’hui et n'ont jamais été aussi plein. Pour Gilbert Collard, à l'époque, leur existence étaient une honte « les droits de l’homme au quotidien sont en dangers » car il s’agit de « cimetières de béton ». Pour lui, « on cherche, sur les mécanismes de la peur et de l’inquiétude a gagner des voix », et il s’écriait « qu’est-ce que ça frappe au quotidien contre ceux qui n’ont pas de voix » en parlant des étrangers en passe d’être expulsés… C’était en 1988.

 

 

idees-nations.pngAujourd’hui en 2011, il s’engage activement aux cotés de Marine Le Pen, la candidate à l’élection présidentielle qui veut sans doute expulser le plus d’immigrés, qui joue le plus sur « les mécanismes de la peur » pour gagner des voix. Demain, jeudi 16 juin, il interviendra dans un Colloque du Club « Idées et nation » animé par le FN, pour participer à un débat sur le thème « Sécurité : où est passé le Kärcher ? ». Pas sûr qu’il y fasse entendre le même lyrisme qu’il y a 23 ans…

« Je n’ai pas changé, c’est le FN qui a changé » a assuré l’avocat à l’hebdomadaire de droite dure Valeurs Actuelles le mois dernier. Bien sûr, Gilbert. On se rassure comme on peut.

Triste évolution en réalité. L’absence de sincérité et l’incapacité à assumer ses propres évolutions politiques démontrent le caractère grotesque et farfelu des convictions à géométrie variable de Gilbert Collard. Surtout quand il est face à une caméra, cet homme est prêt à dire tout et n’importe quoi. Il est en fin de compte à l’image des quelques personnages qui ont rejoint le FN ou qui constituent sa périphérie (le journaliste Robert Ménard, Pierre Cassen de Riposte laïque, etc..).

Dernier clin d’œil à une émission satirique de mon enfance. Demain, ce n’est pas en regardant son Collard au chaud, que Marine Le Pen aura l’air plus sérieuse. Non ?