vacances3.jpgMes amis, je vais prendre quelques semaines de repos durant lesquelles ce blog risque de fonctionner au ralenti. Déjà ces derniers jours, en raison d’un Conseil de Paris et de nombreuses autres tâches militantes, je n’ai y pu publier beaucoup de choses. De plus, je suis en train de boucler la rédaction d’un petit texte dont je vous reparlerai à la rentrée. Paradoxalement, je n’ai jamais autant écrit que ces derniers jours où je ne publiai rien sur le blog.

A la rentrée, ce dernier sera l’outil, un des outils, de la campagne présidentielle du candidat du Front de Gauche : Jean-Luc Mélenchon. Je devrai me consacrer pleinement à cette bataille politique. Vous aurez donc de mes nouvelles et ce blog va tourner sans doute à plein régime. Merci donc à tous ceux qui le fréquentent régulièrement. Vous êtes plusieurs dizaines de milliers chaque mois. Merci à ceux qui m’envoient des messages de soutiens et félicitations (et parfois d’insultes…mais, eux je ne les remercie pas).

Mais, voilà, pour reproduire sa force de travail, il faut se reposer. Je prends donc des vacances et reprendrai tout cela fin août, pour le Remue Méninges que nous organisons à Grenoble. Cela aussi sera un bel évènement.

Avant cela, un petit cadeau. Mon ami l’historien Gilles Candar, "le" spécialiste de Jean Jaurès (A ce propos, il faut absolument l'aider et acheter les œuvres complètes Jaurès publiées chez Fayard) a été amusé par mon texte en défense de Maximilien Robespierre publié dans le Monde (et qui a fait réagir bien des gens, j’ai reçu des dizaines de lettres à la Mairie du 12e), et réclamant une rue dans la capitale à son nom. Gilles donc, par gentillesse, m’a envoyé un extrait des débats parlementaires de 1908, quand le grand socialiste (et robespierriste !) défendait l’abolition de la peine de mort. Il fait face à des attaques que j’ai entendues l’autre jour au Conseil de Paris. Je vous le transmets. Bonne lecture à tous et bon été !

Reposez vous, l’an prochain, c’est la grande bagarre pour chasser la droite et faire triompher une gauche qui construise vraiment une « Douce France ».

Le Front de gauche, quoi ! En 2012, le vote Mélenchon.

 

 

Chambre des députés, 18 novembre 1908, débat sur la peine de mort

Vincent Eloy, Jaurès en 1910Jaurès. [...] Messieurs, je sais bien que les sociétés humaines se sont élevées péniblement de degré en degré, de forme en forme, par la plus dure des disciplines. Je sais que le sang a coulé, que les exécutions ont abondé, et je ne recherche pas — c’est une immense controverse que nous ne pouvons même pas ouvrir ici — si, même dans le passé, ces brutalités étaient nécessaires au degré où elles se sont exercées. Sur ce point même, des thèses contradictoires, vous le savez, se sont heurtées : celle de Nietzsche, affirmant que cette éducation brutale était nécessaire pour façonner l’animal humain ; celle de Kropotkine, au contraire, dans son admirable livre L'Entraide, faisant valoir quelles étaient, à chaque époque, les admirables ressources de sociabilité et de solidarité que renferme la masse humaine et disant que, bien souvent, ce sont les despotes, ce sont ceux qui ont abusé de la race humaine qui ont sévi sur elle par d’inutiles supplices. Je n’entre pas dans cette controverse. Je dis seulement aux républicains : après bien des siècles de dure histoire humaine, une heure est venue, à la fin du dix-huitième siècle, où une magnifique explosion d’espérance humaine et d’optimisme révolutionnaire s’est produite. Qu’est-ce, messieurs, que la Révolution française dans son fond ?

M. le comte de Lanjuinais(député royaliste du Morbihan). Ce n’est pas l’abolition de la peine de mort !

M. Massabuau (député républicain libéral de l'Aveyron). Robespierre a institué la guillotine en permanence.

jaures.jpgM. Jaurès. Qu’est-ce donc, dans son fond, dans son inspiration première, que la Révolution française ? C’est une magnifique affirmation de confiance de la nature humaine en elle-même. Les révolutionnaires ont dit à ce peuple, asservi et enchaîné depuis des siècles, qu’il pouvait être libre sans péril, et ils ont conçu l’adoucissement des peines comme le corollaire d’un régime nouveau de liberté fraternelle. M. Massabuau me rappelait Robespierre et la guillotine en permanence. Je prie M. Massabuau de laisser aux esprits vulgaires ce trop facile jeu d’esprit. (Exclamations et rires à droite et au centre. — Applaudissements à l’extrême gauche.) Messieurs, quand les grands esprits de la Révolution faisaient pour les hommes ce rêve d’une justice adoucie, c’était pour une société régulière, équilibrée et fonctionnant normalement. Ils ont été obligés à une lutte à outrance par la révolte même des forces atroces du passé. Mais savez-vous ce qui les excuse, s’ils avaient besoin d’excuse ? Savez-vous ce qui les glorifie ? C’est que, à travers les violences mêmes auxquelles ils ont été condamnés, ils n’ont jamais perdu la foi en un avenir de justice ordonnée. (Exclamations à droite. — Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) C’est qu’ils n’ont jamais perdu confiance en cette révolution au nom de laquelle ils avaient tué et au nom de laquelle ils étaient tués : Condorcet, proscrit, retraçait les perspectives du progrès indéfini de l’esprit humain ; à Robespierre, blessé, on ne pouvait arracher dans son stoïque silence aucune parole de doute et de désaveu. Et c’est parce que ces hommes, à travers la tourmente, ont gardé la pleine espérance, la pleine confiance en leur idéal, qu’ils ont le droit de nous la transmettre et que nous n’avons pas le droit, dans des temps plus calmes, de déserter la magnifique espérance humaine qu’ils avaient gardée. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.)