Vendredi dernier, mon article précédent publié sur ce blog à propos de Jeanne d’Arc a provoqué quelques bons échos médiatiques. J’en suis agréablement surpris. Une dépêche Reuters, l’Express, le Nouvel Obs, etc… plusieurs journaux l’ont relayé, mais le principal d’entre eux fut une nouvelle invitation subite, décidée deux heures auparavant, à l’émission d’Eric Brunet sur RMC . Merci à lui et à son équipe.

Florian-Philippot-.pngJ’étais confronté cette fois-ci à Florian Philippot, responsable national du FN et Directeur stratégique de la campagne de Marine Le Pen pour parler de Jeanne d’Arc et des récupérations de son image par le président Sarkozy le même jour.

C’est la première fois que je l’avais face à moi et je dois avouer, avec le recul, que j’ai parfois été un peu perturbé par un aspect de sa personnalité. Cet homme, toujours poli et manifestement très bien élevé, veut donner l’image permanente d’un personnage assez froid et calme. On sent le formatage permanent de sa formation d’énarque mis à profit pour défendre ses idées d’extrême droite. Sa stratégie consiste à tout moment à absorber les attaques tel un édredon et à refuser tout débat précis en prenant de haut son interlocuteur avec une condescendance facile, en citant quelques sondages et pseudo évidences. C’est ainsi, qu’alors que je lui ai démontré dès le début de l’émission, que la cérémonie du FN annuelle sous la statue de Jeanne d’Arc était dans la filiation directe de celle des Camelots du Roi, une organisation monarchiste et antisémite, selon Jean-Marie Le Pen lui-même en 2010… il ne m’a rien répondu ! Chacun appréciera.

C’est là le nouveau visage du FN. Ne pas répondre quand il est pris la main dans le sac. Face aux difficultés, esquiver, glisser, slalomer… c’est leur nouvelle stratégie. Fini les phrases qui claquent et les convictions clamées avec détermination. Le FN n’éructe plus, il susurre dans un sourire techno. Pire, il chuinte. Le fil conducteur intellectuel est néanmoins le même que celui déroulé depuis 40 ans par la famille Le Pen, père et fille. Pas toujours exactement avec les mêmes mots, certes. L’incohérence économique est même là sur beaucoup de points dans son discours, vu que ce parti prétend dénoncer les dégâts actuels du libéralisme, mais qu’il en a été un des plus fervents et plus durs supporters pendant les années précédentes. Comprend qui peut. lepreag.jpgPendant longtemps, le modèle économique de Jean-Marie le Pen était Ronald Reagan, le Président du choc ultra libéral aux Etats-Unis. Il y a cinq ans encore, en 2007, lors de la dernière campagne de Jean-Marie Le Pen, alors que Marine Le Pen était la Directrice stratégique de la campagne, il utilisait avec fierté une photo où il lui serrait la main en disant de lui qu’il était « un des géants du XXème siècle ». Comment faire confiance à ces gens là aujourd’hui ? Leur antilibéralisme n’est qu’une façade. Dès 1985, dans son livre programme « Pour la France » (Editions Albatros) Jean-Marie Le Pen affirmait : « diminuer les impôts, c’est le seul moyen de mettre les gouvernants au pied du mur en les contraignant à trouver les dépenses nécessaires. C’est d’ailleurs en procédant ainsi que le président Reagan a pu engager l’Amérique sur la voie de la révolution libérale ». Et, campagne après campagne, programme après programme, le FN n’aura de cesse de demander la « réduction des dépenses publiques », « la suppression des impôts », etc…

Le pipeau du FN « premier parti des ouvriers »

Je regrette aussi au cours de cette émission de ne pas lui avoir claqué le bec plus fermement à propos du vote des ouvriers qui serait prétendument majoritairement acquis au FN. C’est faux. Il y a là un baratin absolu auquel je veux répondre. Embarqué dans la chaleur de la confrontation, voulant aller vite, je ne suis pas revenu sur ce point. C’est une erreur de ma part. Voici donc ma réponse. La réalité n’est pas ce que les sondages bidons font mousser sur le sujet. Partons donc des faits, car ils sont têtus et les sondages étant parfois réalisé à partir de 148 personnes (c’était récemment le cas dans le JDD, vous vous en souvenez ?) ils ne peuvent être pris au sérieux. Les faits précis et vérifiables, les voici. Aux cantonales de 2011, 24 % des ouvriers auraient voté pour le FN d’après une enquête sortie des urnes. Cela signifie que 76 % des ouvriers n’ont pas voté pour le FN. Aux régionales de 2010, 22 % des suffrages ouvriers se seraient portés sur le Front national. Mais, qu’il s’agisse des régionales ou des cantonales, les commentateurs oublient généralement de préciser qu’entre 60 et 70 % des ouvriers ne se sont pas rendus aux urnes. C’est donc une fraction dérisoire de l’électorat ouvrier qui a choisi le FN : entre 6 et 8 % seulement. On est donc loin d’une adhésion de masse… Certainement pas le « champion des ouvriers » comme le disent certains commentateurs, un peu fainéants, convenons en. Oui, des ouvriers votent FN, mais ils sont très minoritaires. Le premier comportement électoral des ouvriers, c’est l’abstention ! Et quand ils vont voter, ils votent encore majoritairement à gauche. Globalement, les ouvriers qui votent FN, sont des anciens électeurs sarkoystes ou déjà frontistes. J’affirme que, hormis quelques exceptions statistiques, il y a très peu d’ouvriers qui avant votaient à gauche, et qui aujourd’hui soutiennent le FN. Je refuse de céder à cet enfumage médiatique dont je comprends l’intérêt pour certains : l’appel au vote utile dès le premier tour pour l’UMP ou le PS. Non. Le « vote utile » sans conviction, c’est la pire des réponses au FN.

photo.JPGLes mensonges de M. Philippot sur la politique éducative du FN

De même, sur la question de l’Education. J’invite ardemment le lecteur qui aura pris le temps d’écouter l’émission, de mesurer à quel point  M. Florian Philippot a menti de façon éhontée. En deuxième partie de l’émission, alors que nous parlions de l’enseignement de l’Histoire à l’école publique, je lui ai dit que le FN, en réalité en accord avec la politique de rigueur de Nicolas Sarkozy, ne reviendrait pas sur la suppression de 60 000 postes dans l’Education nationale. M. Philippot avec onctuosité mais aussi avec culot m’a soutenu le contraire en affirmant que je ne connaissais pas le programme du FN. Eric Brunet, pressé par le temps, ne m’a pas permis de répondre. Dommage. Que chacun juge désormais. Voici l’extrait précis du programme du FN que l’on peut consulter sur son site : « La politique du « 1 sur 2 » (non remplacement d’un enseignant partant à la retraite sur deux) cessera : l’intégralité des départ à la retraite sera remplacée. Il n’y aura cependant pas de créations de postes supplémentaires, dans un souci de responsabilité budgétaire. »

Les choses sont claires. C’est d’ailleurs exactement le même discours que l’UMP qui lui aussi dit que désormais, la suppression d’un poste sur deux est terminée dans la fonction publique. Le FN ne reviendra pas sur ces suppressions de postes. Pour cela, il utilise le même argument que tous les « austéritaires ».

A propos du FN et des 500 signatures

Une dernière chose, à propos d’un sujet qui ne fut pas non plus abordée lors de ma confrontation avec le Directeur de campagne de Marine Le Pen. Cette dernière, lors de la présentation de ses vœux, affirme ne pas arriver à récolter les 500 signatures de Maires pour être candidate. Est-ce sérieux ? Il y a là une contradiction sur laquelle il faut faire la lumière. De quoi parlons-nous ? Il y a en France près de 47 000 élus qui peuvent accorder leur parrainage ! Cela ouvre la possibilité de présenter plus de 80 candidats potentiels ! Actuellement, moins d’une douzaine sont à la recherche de parrainages. Cela laisse donc de la marge, non ? Depuis 25 ans, le FN a toujours réussi à les réunir, Marine Le Pen veut aujourd’hui nous faire croire qu’elle est dans une poussée irrésistible inédite, rassemblant plus de militants que le FN n’en a compté dans son histoire… et il n’arriverait pas à faire ce que son parti à réussi depuis 1988 ! De deux choses l’une, ou la « poussée » du FN sous la conduite de Marine Le Pen est surtout de la gonflette, ou elle joue la martyr dans le principal but de faire le ménage autour d’elle, particulièrement parmi les petites candidatures possibles à la droite extrême ou l’extrême droite. Christine Boutin semble être la victime indirecte de cette pression « frontiste ». Carl Lang, ex FN qui souhaite être candidat, également. Je crois que c’est eux surtout que Marine Le Pen vise.

Je vous répète une nouvelle fois un argument qui circule trop peu dans la paysage médiatique : ce qui fait la force actuelle de Mme Le Pen dans les sondages, c’est aussi qu’elle sera sans doute la seule candidate de l’extrême droite lors de l’élection de 2012. C’est nouveau et même inédit depuis 1988. Longtemps, le FN a eu la concurrence de Philippe De VilliersBruno Mégret, etc… Une fois ce constat en tête, on comprend donc que finalement, si Mme Le Pen est entre 15 et 19 % c’est assez logique et c’est le même niveau que le FN depuis plus de 25 ans. C’est bien sûr grave, mais cela n’a rien d’exceptionnel. Qui a pu croire que cinq ans de politique sarkozyste n’allait pas produire des dégâts électoraux sur les sympathisants de droite ? Ne soyons pas naïf.
Contre le FN et ses idées, c’est une gauche fidèle à ses valeurs qu’il faut construire. La vraie nouveauté dans cette élection, ce n’est pas que la fille de Jean-Marie Le Pen ait hérité de la petite entreprise familiale, non, la vraie nouveauté c’est le Front de Gauche. C’est lui qui créera la surprise de cette élection. La campagne ne fait que commencer.

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