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Mot-clé - Marine Le Pen

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mardi, 24 avril 2012

avr. 12
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Sur France 24, à propos du score du FN




lundi, 27 février 2012

fév. 12
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Crise au FN : Quand Jean-Marie Le Pen dit tout haut ce que tout le FN pense tout bas… et désapprouve aussi sa fille publiquement !

Ectac_Politique-Marine-Le-Pen-sur-France-2_03.jpgVous souvenez-vous de cet absurde slogan du FN des années 90 : « le FN dit tout haut ce que les français pensent tout bas ! » ? Je m’amuse à le détourner pour donner un titre à ce billet. Que se passe-t-il ? J’ai l’intuition que le vent tourne et, selon moi, c’est la crise au Front national. Je suis convaincu que jeudi soir, lors de la confrontation de Marine Le Pen face à Jean-Luc Mélenchon, où la présidente du Fn fut ridiculisée, nous avons marqué un point très important qui va impacter toute cette campagne présidentielle. La « Marine de guerre » a pris une torpille Front de gauche sous la ligne de flottaison. Depuis, au FN, ils écopent pour ne pas couler. Alors, ils rappellent les vieilles troupes. C’est pourquoi Jean-Marie Le Pen est de retour, attiré par l’odeur de poudre et aussi pour colmater les brèches.

 

Je demande à chacun de bien mesurer ce qui est en train d’avoir lieu et de l’observer avec attention. Un nouveau cycle s’ouvre, ou du moins une parenthèse pourrait se fermer. Toute l’entreprise sournoise de Marine Le Pen engagée depuis le 16 janvier 2011 où elle a officiellement remplacé son père à la présidence du FN est en train de s’effondrer. La pseudo « dédiabolisation » dont on nous a tant rabattu les oreilles vole en éclat. Le vieux chef, fondateur et encore président d’honneur, reprend la main et veut faire entendre la vraie nature du Front national : la sienne. Délectons nous de ce que Charles de Gaulle aurait nommé : "La discorde chez l'ennemi".

LePen.jpgLe voilà qui refait la tournée de toutes les rédactions pour s’exprimer. Mesurant le choc qu’ils ont subi jeudi soir, il semble dire : les enfantillages ça suffit. Dimanche, il était l’invité de Radio France Politique et voici ce qu’il a dit : « Je trouve scandaleux qu’un voyou comme Jean Luc Mélenchon se croit autorisé à prendre à partie une femme (Journaliste : Candidate tout de même !) Oui, candidate c’est vrai. Marine le Pen pour des raisons que je respecte n’a pas voulu débattre avec Jean-Luc Mélenchon. Moi je ne suis pas Marine le Pen et j’offre un débat un débat à Jean-Luc Mélenchon, je vais lui retirer son caleçon et je vais montrer ce qu’il est : le candidat des communistes qui ont du sang sur les mains et jusqu’au coude. Voilà ce qu’est Jean-Luc Mélenchon. »

LE_pen_mantes_la_jolie.jpgJe m’arrête un instant sur ce passage très révélateur. D’abord, Jean-Luc n’a pas pris à partie une femme (on mesurera d’ailleurs le machisme latent de cette idée considérant que la femme est faible par nature et ne peut se défendre seule face à un homme) mais une candidate d’un parti d’extrême droite. Le Pen devrait d’ailleurs en rabattre sur ce point, car en matière de violence physique contre les femmes il s’est déjà illustré lamentablement. Lui, c’est à coup de poing dans le ventre qu’il a agressé une élue socialiste sur le marché de Mantes-La-Jolie dans les Yvelines en mai 1997. Cela avait valu trois jours d’interruption de travail à la victime et c’est la police qui avait dû s’interposer pour stopper la violence du président du FN. Il fut d’ailleurs me semble-t-il condamné par la justice pour cela. A cette occasion, devant les caméras, il avait également traité de « pédé » l’un de ses opposants. Ce fut une nouvelle illustration que décidément, le concernant, le style c’est l’homme.

41983603_jpeg_preview_medium.jpgDeuxièmement, Jean-Marie Le Pen propose un débat à Jean-Luc Mélenchon. Excellent. Cette volte-face est la démonstration éclatante que de son point de vue, sa fille a fait une erreur jeudi soir. Il a mesuré que son comportement était absurde et très contre-productif. Dois-je rappeler que la veille, j’avais moi-même débattu au Téléphone Sonne (France Inter) avec un porte-parole du FN, et mon ami François Delapierre, notre Directeur de campagne, avait fait de même sur Public Sénat. Le matin même de l'émission de France 2, Martine Billard, présidente du PG, débattait encore face à Louis Aliot vice-président du FN. Où était donc la cohérence de la part de Marine Le Pen ? Nulle part, ne cherchez pas.

Troisièmement, revoilà le FN et son anticommunisme primaire à front de bœuf. Je ris aux éclats devant tant de sottises. Laissons la peur du rouge aux bêtes à cornes. Voilà bien longtemps que le PCF a condamné le stalinisme et a fait le bilan critique de son histoire. De plus, ne pas voir que l’existence même du Front de gauche, composé de sept formations, désignant un candidat qui fut toujours un opposant à l’horreur stalinienne, en est une éclatante démonstration, est symptomatique. Cet aveuglement est une funeste erreur qui coûtera cher au leader de l’extrême droite française.

le-debat-le-pen-melenchon-a-tourne-au-monologue_674427_460x306.jpgEnfin, je m’interroge sur la jubilation manifeste de Jean-Marie Le Pen à « retirer son caleçon » à Jean-Luc Mélenchon. Sa fille voyait déjà en Jean-Luc un « petit garçon » et le père veut maintenant lui mettre les fesses à nue… Etrange et inquiétant. Bah... N'allons pas plus loin. Je laisse les psychanalystes décrypter de telles expressions. Mais, manifestement, cela ne tourne pas bien rond dans leurs têtes.

Que Le Pen se rassure. Au Front de gauche, nous ne craignons personne, et surtout pas lui. Sa proposition va être étudiée avec sérieux et nous allons faire le point avec Jean-Luc dans les jours qui viennent. C'est ce dernier qui décidera tranquillement, car il ne s'agit pas non plus de faire n'importe quoi. Mais, la baderne xénophobe ne sera pas déçue, croyez moi.

Au comble de l’excitation, il a rajouté : « Prendre une candidate par rapport à ce qu’a dit son père c’est des méthodes de voyou. Je l’attends en débat, on va voir, on déballe tout : le trotskysme, le sénat, le socialisme, le communisme, tout, on va pouvoir parler librement et éclairer les gens sur Mélenchon, les gens ne savent pas très bien qui c’est comme Brasillach d’ailleurs. » Hé, hé… Parlons en, oui, pourquoi pas. Et devant tous les français qui jugeront. Nous n’avons pour notre part à rougir de rien (si je puis me permettre l’expression) de l’histoire glorieuse, et même parfois tragique, du long combat de la gauche pour l’émancipation humaine.

Robert_Brasillach.jpgAlors à propos de Robert Brasillach…Peut nous importe dans cette affaire que cela était dit par le papa de la candidate. L’apologie d’un antisémite est toujours abjecte. Nous condamnons par principe fermement ses déclarations comme président d’honneur du FN, rendant hommage à un violent antisémite collaborateur sous les applaudissements nourris de la salle, dont ceux de la candidate, qui s’avère être sa fille. C’est donc un acte politique public qui n’a rien à voir avec les liens familiaux qui les unissent.

Et Brasillach ? Oui, parlons en à nouveau, c’est nécessaire puisque Le Pen assume et de quelle façon. Il a même osé dire dans la vidéo de son « Journal de bord » que Brasillach n’était, après tout, qu'un « jeune journaliste de 34 ans, fusillé à la Libération pour ses articles. Ce qui devrait lui valoir une certaine compréhension de la part de ses collègues. Après tout « Pauvre moi, qui pourrait être à sa place » pourraient-ils se dire ! ». Incroyable, il demande en quelque sorte une solidarité de corporation de la part des journalistes pour défendre un tel ignoble personnage. Est-il sain d’esprit ? Mais pour nous, c’est cette nouvelle banalisation de la collaboration avec le nazisme qui est abjecte. Faut-il le rappeler ? Un brûlot antisémite n’est pas un journal, c’est un torchon. Celui qui écrit dedans, n’est pas un journaliste, mais une ordure. L’antisémitisme n’est pas une opinion, mais un délit.

jsp1.jpgChacun doit donc comprendre ce qui se joue ici. Pour cela, je dois prendre le temps d’un petit rappel historique. J’en ai déjà parlé sur ce blog. Robert Brasillach fut le Rédacteur en chef de « Je suis partout » le principal hebdomadaire antisémite (tiré à plus de 250 000 exemplaires) et collaborateur pendant l’occupation allemande. Chaque semaine, les caricatures antisémites faisaient la une de ce torchon et Brasillach a soutenu les rafles contre les juifs de France, demandant que l’on n’épargne pas les enfants. L’horreur était au bout de son stylo.

Pour avoir à ce point joué un rôle majeur dans le crime antisémite, Brasillach fut condamné à mort et fusillé le 6 février 1945. Certes, cette condamnation entraîna quelques prises de position d’intellectuels engagés dans la Résistance (comme Simone de Beauvoir, François Mauriac..) opposés à la peine de mort, qui demandèrent avec dignité à De Gaulle de l’épargner. C’est tout à leur honneur, mais cela n’innocente pas pour autant cet infâme collabo. Si j’avais vécu en ces temps, j’ignore ce que j’aurais fait car, comme toute conscience de gauche, je suis un opposant à la sentence suprême, même quand il s’agit d’ordure comme Brasillach. Mais, ici, ce n’est pas le sujet, d’autant que le FN défend la peine de mort encore en 2012.

En prison, à Fresnes, une semaine avant d’être exécuté, Robert Brasillach écrivit « L’enfant d’honneur » le poème lu par Le Pen, qui voit dans ce texte une ode à l’honneur toujours d’actualité. Ce choix d’un auteur qui justement avait perdu le sien est une signature. Mais ce n’est pas tout. Pourquoi Jean-Marie Le Pen, au terme de sa longue existence, utilise-t-il tant d’énergie à défendre cet homme ?

J’ai mon explication. Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’extrême droite était totalement marginalisée. Elle s’est progressivement reconstituée en France autour de l’action de Maurice Bardèche qui était le beau-frère de Brasillach. Ce dernier, qui se disait ouvertement fasciste, va mettre en place une maison d’Editions « Les sept couleurs » et quelques revues, assez confidentielles, comme « Défense de l’occident » et « Jeune Nation » autour desquelles, progressivement, les intellectuels d’extrême droite vont se regrouper. En avril 1959, dans l’une d’elles, Maurice Bardèche écrira : « J’aimais beaucoup Brasillach, je l’admirais beaucoup et je ne vous le cache pas, c’est la mort de Brasillach et l’épuration qui ont fait de moi un animal politique. La politique ne m’intéressait absolument pas avant cette date ; à partir de ce moment là, j’ai foncé dans la politique ».

belgchret34.jpgC’est dans ses revues que le négationnisme français va s’exprimer pour la première fois. C’est là que François Duprat, fasciste assumé et fondateur du FN écrira ses articles niant l’existence du génocide juif. Jean-Marie Le Pen sera très marqué par toutes ces lectures et lors de son dernier discours de président du FN, le 16 janvier 2011, il rendra hommage au « professeur Duprat » mort en 1978. Il rendra également régulièrement hommage à Maurice Bardèche, mort en 1982, dont la cérémonie eut lieu à l’Eglise intégriste de Saint-Nicolas du Chardonnet, en disant de lui qu’il «était le prophète de la renaissance européenne qu’il espéra longtemps » ainsi qu’un « grand écrivain et un historien d’avant-garde ».

Jean-Marie Le Pen sait qu’il incarne la continuité de cette longue histoire. Il ne veut pas rompre le fil. Il veut transmettre un héritage aux jeunes générations qui militent au Front national autour de sa fille.

Quand on lutte contre l’antisémitisme, on condamne ce que fait Le Pen. Toute autre attitude n’est qu’une hypocrisie coupable.

3757780999.jpgC’est tout cela qui éclate actuellement au grand jour. Le FN revient au fondamentaux, qu’il n’a jamais quitté en réalité. La fille continue la sombre œuvre du père et le discours d’hier de Marine Le Pen à Châteauroux, à propos du monde rural, porte à nouveau la marque brute de la pure pensée mystique fumeuse d’extrême droite opposée à l’immigration. De façon grotesque, elle s’en est prise aux « médecins étrangers qui ne maîtrisent pas parfaitement notre langue... et qui déboussolent les personnes âgées ». Elle a pendant plus d’une heure réhabilité une vision de la France digne de Charles Maurras, un autre pape de l’extrême droite des années 30, ou de Philippe Pétain qui affirmait que « La terre ne ment pas ». Qu’on en juge. Elle a opposé à ceux qui parlent de « naturalisation » française, qu’il fallait d’abord « une nature française, une terre française, un air français », puis « une souche, des racines.. » comparant la France « a un arbre qui meurt si on lui coupe ses racines. » faisant comprendre que l’on ne pouvait réellement être français si l’on n’avait pas ses racines. Cette vision réactionnaire n’a résolument rien à voir avec les principes républicains.

 Enfin, pour ceux qui goberaient encore que Marine Le Pen est une laïque,je termine en soulignant qu’elle a déclaré hier dans son discours que la bible était le « texte qui a fondé notre civilisation ». Tous nos concitoyens, quelles que soient leurs convictions spirituelles, doivent comprendre le danger d’une telle déclaration, qui n’a rien d’innocente, pour une candidate à l’élection présidentielle d’une République laïque. Je connais bien sûr l’histoire de notre pays. Mais, je sais aussi qu’il faut défendre dans toutes leurs forces, les fondations républicaines de notre Nation qui s’est forgée au long d’une histoire complexe qui ne peut être présentée et résumée de la sorte. Ce n’est pas la bible qui a fondé la République. Bien entendu, le catholicisme a marqué notre pays, mais sans laïcité, sans cesse réaffirmée, la France que nous aimons n’existera plus. Cette conception manque d’ailleurs de respect pour les croyants eux-mêmes qui ne veulent pas voir la religion ainsi instrumentalisé par un parti xénophobe. Ceux qui jouent à transformer le beau mot de « laïcité » en autre chose, le transformant en une menace pour nos concitoyens de confession musulmane sont des gredins.

vendredi, 24 février 2012

fév. 12
24

Quand l’extrême-droite baisse les yeux pour la première fois…devant le Front de Gauche !

001.jpgJe fais partie d’une génération militante ayant commencé à militer dans le milieu des années 80 qui a toujours souffert de la présence du Front national dans le paysage politique. Depuis plus de 25 ans, il est là, s'engraissant de la crise sociale et du désarroi de beaucoup de gens, insultant les uns, méprisant les autres. Depuis plus de deux décennies, c’est lui qui avec son vocabulaire infect et ses plaisanteries ignobles pollue le climat politique : « sidaïque », « point de détail de l’histoire », « Durafour-crématoire », « pédé », « pédophile », etc… La liste est longue de toutes les expressions par lesquelles le FN a exprimé sa haine. En la matière, Jean-Marie Le Pen fut un orfèvre. Une telle vivacité d'esprit mis au service de tant de méchancetés et d'idées de haine me laisse songeur. Cet homme a mis pendant des années toute son intelligence pour forger , en plus de propos xénophobes qui lui ont valu des condamnations, des centaines de formules bien ciselées et pleines d’allusions racistes ou antisémites, mais gardant toujours en double sens, lui permettant de paraître comme presque innocent et victime de censeurs. Pendant 25 ans, il fut le Fourbe National. La récente expression à propos du bal d’extrême droite à Vienne auquel sa fille avait participé, cette soirée qualifié par lui de « Strauss sans Kahn » en est une nouvelle bien triste illustration. Il faut avoir du vice pour forger de telle formule, approchant presque d'une "ignoble poésie antisémite" comme me le disait si justement avec dégoût Raquel Garrido, secrétaire nationale du PG et avocate de Jean-Luc Mélenchon.

Pendant des années donc, toute la gauche, que dis-je, la très grande majorité des français ont subi le discours de ce parti. Non pas qu’il soit le seul problème de la France, loin de là. Mais, précisément, dans un lourd climat d’offensive libérale brisant les acquis sociaux les uns après les autres et où la gauche, et particulièrement le Parti socialiste, n’était pas à la hauteur des enjeux, voir même accompagnait et mettait en œuvre ces capitulations, le FN prospérait. Des évènements appris dans nos manuels d’histoire semblaient se réécrire sous nos yeux. La crise était là, la gauche impuissante et les fascistes portaient le masque du changement pour des millions d’hommes et de femmes perturbés, désorientés et affolés par la crise.

Et puis, voilà depuis que le Front de Gauche est né les choses changent. L’épisode télévisuel, entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui s’est déroulé hier soir sur France 2 à « Des paroles et des actes » est un évènement qu’il ne faut pas minimiser. Pour la première fois, le FN a baissé les yeux devant la gauche ! Ce n’était plus l’extrême droite qui époustouflait le monde de son audace et de son bagout révoltant, mais au contraire, elle apparaissait désormais impuissante et grotesque.

DSC00449.JPGPour préparer cette émission, nous nous étions retrouvés le jour même vers 17h00 dans un café de l’Est parisien pour bâtir la stratégie la plus efficace. Depuis quelques jours, nous avions eu de nombreux échanges téléphoniques les uns avec les autres, mais c’est dans ce café que nous avons fait le mise au point ultime. Quelques heures auparavant, Jean-Luc Mélenchon est descendu d'un avion qui le ramenait d’une tournée de réunions en Corse marquée par le succès (2 000 personnes à Bastia, du jamais vu !). Je crois arriver en premier à notre rendez-vous, mais Jean-Luc est là, studieux, heureux et souriant. Dans sa tête, les choses sont limpides. Il sait ce qu'il doit faire. Bien vite, les camarades prévus arrivent. Désormais, autour de lui, il y a Matthias Tavel, Laurent Maffeis, François Delapierre et moi. Pour Jean-Luc, l’angle a choisir pour affronter Marine Le Pen est clair : il va lui parler des droits des femmes et de quelle manière le FN, notamment en refusant de rembourser ce qu’il qualifie « d’IVG de confort », les méprise. Le Fn réserve donc ce droit aux femmes les plus riches. Les camarades du Conseil Régional de Rhône-Alpes nous ont fait parvenir des amendements FN qui expriment clairement la conception réactionnaire de la femme pour ce parti. Jean-Luc lira ces documents face à elle (voir l’émission). Que le Front du Gauche s’affronte à elle sur ce thème sera une première surprise. Reste à savoir qu’elle sera son attitude.

jsp1.jpgNous sommes aussi tous les cinq d'accord pour dire qu'il faudra souligner, et mettre bien en lumière, son attitude manquant d’honneur et de dignité, lorsque son père a lu du Robert Brasillach à la tribune de la Convention du FN. Cela nécessite si c'est possible de faire comprendre qui était ce collabo. Pas simple en quelques secondes, mais c'est nécessaire. Dans l'après-midi, j'ai fait quelques recherches et passé des coups de fils. Dans mon cartable, il y a des facs-similés de "Je suis partout" le journal antisémite dont Brasillach était le Rédacteur en chef, et notamment le numéro du 25 septembre 1942 où cette ordure demandait noir sur blanc que l'on n'épargne pas les enfants juifs. J'ai jugé utile que nous ayons sous les yeux ce numéro pour, peut être, y puiser une énergie supplémentaire face à l'extrême droite. Un fragment de seconde, je vois Jean-Luc ému à la lecture de ce passage. Le silence se fait quelques instants. Si certains en France doutaient encore de la filiation fasciste du FN, ils en sont pour leur frais. Sur les unes des exemplaires de "Je suis partout" que j'ai amené se répand à chaque fois l'ignoble caricature antisémite. Jean-Luc s'indigne soudain et se met en colère "Faire applaudir ce criminel collabo, quelle honte. Quand on aime la France, on ne laisse pas applaudir un tel homme, on ne reste pas silencieuse devant ce qui constitue un crachat à la mémoire des victimes des rafles antisémites. Bah ! Ils me dégoutent". Silence encore parmi nous. Oui, durant la seconde guerre mondiale, Brasillach a fait de le choix de la jsp2.jpgcapitulation et de la collaboration. Oui, on ne peut être patriote quand on fait applaudir un tel traitre. Oui, il est des cicatrices qui ne se referment jamais. Dans notre Histoire nationale, celle ci en est une. Jean-Luc a raison. Le FN, pour seul argument rétorque depuis dimanche qu'il faut faire la différence entre "l'homme et l'oeuvre". Mais, chez Brasillach, les deux se confondent précisément, et l'oeuvre littéraire de l'homme fut l'instrument de son crime. Un crime de plume en quelque sorte, mais qui fit des morts bien réels, pas seulement sur du papier. A travers la vitrine du café où nous sommes, je vois la façade d'une école primaire. A coté de la porte, j'aperçois une plaque que la Ville de Paris a placé il y a quelques années en mémoire des enfants juifs scolarisés qui ont été raflés puis assassinés. Pendant quelques secondes, je sors de la conversation et je pense à eux, et je me dis qu'un fil invisible nous relie peut être aussi à leur histoire tragique...

DSC00467.JPG19h00. Nous voilà partis vers les studios où va se dérouler l'émission. Deux autres camarades, Mathieu Agostini et bien sûr Benoit Schneckenburger nous ont rejoints pour faire le déplacement, sur place nous retrouverons Arnauld Champremier-Trigano. Nous sommes les premiers à être sur place, il est 19h45. Marine Le Pen n'est pas encore là. Direction la loge réservée pour Jean-Luc. Une fois sur place, l'équipe de l'émission vient le voir. Fabien Namias lui demande si il sait ce qu'elle va faire. Mystère pour tout le monde. Restera-t-elle ? Partira-t-elle ? Personne, parmi les organisateurs et la production de l'émission ne sait quoi répondre. Dans notre joyeuse bande, on prend les paris. L'opinion majoritaire est qu'elle restera, refusant de débattre avec Jean-Luc mais après avoir lu une déclaration dans laquelle il faut s'attendre à de basses attaques. A peu de choses près, nous avons vu juste. Mais, jusqu'au bout, l'interrogation reste entière.

Je sors de la loge et marche jusqu'au fond du couloir pour rejoindre le hall d'entrée par lequel Marine Le Pen va arriver. Pile poil, la porte s'ouvre, quatre malabars vêtus de noirs arrivent et au milieu d'eux la présidente du FN, les traits tirés, l'air contrarié. Je suis à deux mètres d'eux. Le groupe passe devant moi pour se diriger vers sa loge. Derrière elle, deux de ses conseillers la suivent. Florian Philippot son Directeur de campagne et Bertrand Dutheil de la Rochère qui se dit être son porte parole. Je les connais pour avoir été confrontés à eux l'un sur RMC, l'autre sur France Inter. Un salut de politesse est échangé entre nous, rien de plus. J'aimerai pouvoir leur tirer les vers du nez pour savoir ce que leur présidente a prévu. Je ne trouve pas les mots et eux sont fermés comme des huitres.

DSC00503.JPG20h30. L'émission commence. Nous regardons Marine Le Pen répondre à ses premiers contradicteurs. Même si ce n'est pas son point fort, elle arrive à retomber tant bien que mal sur ses pieds face au journaliste économique libéral de BFM Lenglet, mais on sent bien qu'elle n'est pas à l'aise. Pendant ce temps, en loge et dans les couloirs, de multiples idées farfelus traversent l'esprit de plusieurs camarades pour deviner ce qu'elle nous réserve. Et si elle prétextait du procès qu'elle fait à Jean-Luc Mélenchon pour refuser de lui adresser la parole ? Coup de fil à Raquel Garrido, l'avocate de Jean-Luc, qui nous assure que ce scénario ne tient pas la route. Elle reste disponible à tout instant pendant la soirée pour donner des conseils et réagir si nécessaire. Sur le plateau de l'émission, vient le tour d'Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy. Un malaise se dégage de ce moment. Le programme commun UMP / FN apparait. Guaino semble d'accord avec des analyses de Le Pen. Sur le plan télévisuel, le moment est pénible.

DSC00473.JPGDans la loge, nouveau silence, Jean-Luc se concentre et se remet à la tâche. Il écrit la trame de son propos. Il sait que cela va aller très vite, qu'il ne faut pas perdre le fil, qu'elle va user de toutes les ficelles pour l'empêcher de lui dire ce qu'il a prévu. Jean-Luc écrit, se concentre, fait le vide... Plus aucun d'entre nous ne lui adresse la parole. Il est prêt.

L'équipe de France 2, vient le chercher. Mathieu et Benoit l'accompagnent pour veiller à ce qu'aucun incident de dernière seconde ne vienne le perturber. Dans les loges, il reste Laurent, Matthias, François, Arnauld et moi. Chacun retient son souffle. désormais, c'est devant l'écran que nous allons suivre la suite.

DSC00507.JPGJean-Luc apparait sur le plateau. La suite, pendant 20 minutes a été suivi par plus de 5 millions de personnes. Elle refusera de lui adresser la parole, mais Jean-Luc ne lâchera rien. Sur le plan médiatique, l'image est terrible pour elle. La grande force d'extrême droite qui clouait le bec aux contradicteurs dans les années 80, 90 et 2000, se tait à présent devant le Front de Gauche. Pour nous, le succès est total. Méthodiquement, Jean-Luc déroule les thèmes qu'il avait prévu. Il qualifie Jean-Marie Le Pen "d'infâme président de notre infâme parti..". Lorsqu'il lui évoque la honte qu'il y a à citer Brasillach sous les applaudissements de ses militants, elle farfouille ses papiers piteusement, faisant sembler de chercher quelque chose. L'honneur aurait dû lui imposer de répondre au moins sur ce point. Non, rien. Elle perd pieds et préfère faire semblant d'être "choquée" semblant dire au Front de Gauche, comme d'autre en leur temps : je vous demande de vous arrêter. Face à nous, le Fn sous la présidence de Marine Le Pen est comme balladurisé.

Le temps est passé. Pujadas met un terme à cette séquence grotesque pour le FN. Plusieurs fois, le public a ri sur le plateau jugeant la fille Le Pen assez ridicule. Jean-Luc revient vers nous. Pour nous, c'est un moment de joie partagé. On se tape dans les mains. Nous sommes fiers du boulot. Pour la première fois depuis tant d'année, ce parti s'est fait rabattre son caquet.

En quelques secondes, nous décidons de quitter les lieux. On ne veut pas rester dans ses locaux où les quelques FN présents doivent écumer de rage. En sortant des studios, une équipe de BFM interroge Jean-Luc. Nous nous demandons tous qui a pu conseiller Marine Le Pen d'une telle stratégie.

23h00. Dans un café parisien, la soirée se termine. Les clients viennent féliciter Jean-Luc. On le congratule. Enfin, quelqu'un leur a tenu tête ! La présidente de ce parti qui a fait si peur était ridicule ce soir. A travers la vitrine, des groupes de passants dans la rue salut Jean-Luc et l'applaudissent.

Le mois de février approche de la fin. Nous voilà à moins de 60 jours du premier tour de l'élection présidentielle. Notre campagne dynamique, intelligente et joyeuse vient de marquer un nouveau point. Dans toute la France, on continue.

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