samedi, 26 février 2011

fév. 11
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Interview parue dans La Raison, mensuel de la Libre Pensée (Mars 2011)

Début janvier, mes amis de la Fédération Nationale de la Libre Pensée m'avaient sollicité pour une interview dans leur mensuel "La Raison", à propos de l'actualité du moment. Elle vient de paraître dans le numéro de Mars. C'est une nouvelle occasion pour ceux qui ne la connaitraient pas, de découvrir les activités de cette association laïque, plus que centenaire.

 

Question : Tu as réagi récemment à propos d'une émission religieuse, diffusée sur le service public de télévision, qui a donné lieu à une véhémente propagande anti-avortement. Peux-tu en dire plus?

 

Alexis Corbière : J'ai dénoncé le fait que le 25 décembre,  France 2 ait retransmis une messe où l'évêque de la Basilique de Jérusalem a déclaré : "C'est une véritable douleur d'entendre que chaque année des millions d'enfants sont avortés dans le monde. Quelles pertes pour nos familles, nos pays et l'humanité entière".

 

Ces propos réactionnaires et culpabilisateurs font écho à une remise en cause, menée par le gouvernement UMP, au droit à l'avortement avec la fermeture de nombreux Centres IVG. On me répondra qu'il s'agit là de la position traditionnelle de l'Eglise catholique, plusieurs fois répétée par ses plus hautes autorités. Soit, elles sont libres de penser ce qu'elles veulent. Mais, est-ce la mission du service public de le relayer ? Non. Cela illustre l'envahissement permanent de la sphère publique et médiatique par le religieux. Le Président de la République lui même a déclaré que : « la République a besoin de croyants ». Indigne. C'est méprisant pour les athées qui seraient, si l'on suit son raisonnement sinueux, des citoyens dont la République n’a pas besoin. Scandaleux. La République a besoin de citoyens éclairés, quelles que soient leurs options spirituelles. L'exemple du 25 décembre démontre une fois de plus que les religions sont porteuses d'un projet de société qui est souvent en désaccord avec nos idées héritées des Lumières. Tout cela n'est malheureusement qu'un détail d’une offensive plus générale. Revenons aux fondamentaux : l'Etat chez lui et l'Eglise chez elle.

 

Q. : Le XIIe arrondissement de Paris, dont tu es le Premier adjoint, a été le théâtre médiatique d'un rassemblement international ouvertement xénophobe appelé par des groupes "identitaires" et anti-musulmans ("Riposte laïque"). Que s'est il passé et quel est ton point de vue ?

 

AC : Le 18 décembre, une vingtaine de groupuscules se sont associés pour organiser ces "Assises sur l'islamisation". Leur opinion, pour la résumer, est que l'Islam est un « nouveau fascisme » qu'il faut combattre comme la Résistance a combattu le nazisme en son temps. Cette initiative scelle une alliance, à priori contre-nature, entre un groupe d'extrême droite Bloc identitaire (BI), opposé aux idées des Lumières et se réclamant de la longue tradition contre-révolutionnaire et d'une poignée de militants en dérive idéologique, venus de la gauche, qui se nomment Riposte laïque (RL). C'est surtout ce nom qui jette une confusion sur l'opération. Leur discours est résolument anti-laïque mais, c'est pourtant en se réclamant de ce beau principe qui nous est cher, qu'ils ciblent nos concitoyens musulmans accusés de pratiquer une religion qui serait devenue source exclusive de tous les maux de notre pays. Pour moi, c'est gens sont des gredins. Le Président du BI a dit clairement que le problème n'était pas les lieux où nos concitoyens musulmans pratiquent leur culte, mais d’abord leur présence en France. Tout est dit. De son coté, pour le principal responsable de RL  « il n'y a qu'une personne qui reprenne le discours sur la laïcité à son compte. C'est Marine Le Pen ». Tous ces personnages troubles sont les poissons pilotes, consciemment ou non qu'importe, de cette dernière en vue de 2012.

 

Mais les combattre efficacement impose aussi que nous parlions et agissions de façon claire. La laïcité est indiscutablement malmenée actuellement. Et pas seulement par la droite, hélas. Au Conseil de Paris je m'oppose trop souvent à des délibérations qui financent des travaux dans des bâtiments religieux dans les cas où la Ville n'est pas contrainte de le faire ou qui subventionnent des crèches confessionnelles qui ne respectent pas la laïcité. J’ai de grandes réserves sur l’Institut des Cultures de l'Islam (ICI) qui me semble être un contournement de la grande loi de 1905 selon la méthode du rapport Machelon que vous connaissez. On finance du cultuel sous le prétexte du culturel. Sur tous ces points, j’ai un désaccord de fond avec Bertrand Delanoë. Dans beaucoup d'autres communes, des Maires pratiquent un clientélisme communautaire scandaleux. Dans ce cadre-là, le blocage de la rue Myrha à Paris tous les vendredis soirs pour une prière n'est pas acceptable, mais n'est qu'un épisode parmi d'autres. Ceux qui en font « La » grande question centrale du moment, dans un vocabulaire insultant, ciblent les musulmans et se taisent sur les pratiques et les financements publics des autres cultes. Je ne suis pas dupe et la manoeuvre est grossière. Pour moi, là n'est pas la laïcité qui reste un idéal et un cadre juridique d'émancipation qui s'adresse à tous. La République a su contraindre les religions, non sans bras de fer, à la laïcité, il n'y a pas de raison que cela soit impossible avec l'Islam. C'est ce que pense la très grande majorité de nos concitoyens musulmans qui aiment et respectent la laïcité. Je ne les confonds avec des groupes minoritaires qui agissent contre les lois laïques.

 

 

Q. : Que représente la laïcité et la Libre Pensée à tes yeux?

 

AC : Je ne détache pas la laïcité du combat social, de l’exigence d’une autre répartition des richesses. Vous le savez, je suis avec Jean-Luc Mélenchon, un militant, et un Secrétaire national, du Parti de gauche (PG). Je mène le combat laïque de ce poste là. Philosophiquement, je m’inspire des écrits de mon camarade Henri Peña-Ruiz que je considère comme l'un de mes maîtres. Je suis aussi adhérent de la LP. J’y compte des amis comme le Président Marc Blondel ou l'historien Jean-Marc Schiappa. J'ai apprécié notamment la pétition que vous aviez initiée pour une rue Robespierre à Paris. J'ai d'ailleurs soutenu un voeu en ce sens au Conseil de Paris qui a été rejeté avec des arguments affligeants. J’aussi de désaccords avec la LP. C'est la vie. Je pense surtout qu'il faudrait rassembler, sur des positions claires, le mouvement laïque trop éparpillé. En attendant, j'invite chacun à rejoindre une de ses organisations.

mercredi, 9 février 2011

fév. 11
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Conseil de Paris : sur les voies sur berge et réponse à Rachida Dati