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vendredi, 15 juillet 2011

juil. 11
15

Du Jaurès en cadeau pour les vacances…

vacances3.jpgMes amis, je vais prendre quelques semaines de repos durant lesquelles ce blog risque de fonctionner au ralenti. Déjà ces derniers jours, en raison d’un Conseil de Paris et de nombreuses autres tâches militantes, je n’ai y pu publier beaucoup de choses. De plus, je suis en train de boucler la rédaction d’un petit texte dont je vous reparlerai à la rentrée. Paradoxalement, je n’ai jamais autant écrit que ces derniers jours où je ne publiai rien sur le blog.

A la rentrée, ce dernier sera l’outil, un des outils, de la campagne présidentielle du candidat du Front de Gauche : Jean-Luc Mélenchon. Je devrai me consacrer pleinement à cette bataille politique. Vous aurez donc de mes nouvelles et ce blog va tourner sans doute à plein régime. Merci donc à tous ceux qui le fréquentent régulièrement. Vous êtes plusieurs dizaines de milliers chaque mois. Merci à ceux qui m’envoient des messages de soutiens et félicitations (et parfois d’insultes…mais, eux je ne les remercie pas).

Mais, voilà, pour reproduire sa force de travail, il faut se reposer. Je prends donc des vacances et reprendrai tout cela fin août, pour le Remue Méninges que nous organisons à Grenoble. Cela aussi sera un bel évènement.

Avant cela, un petit cadeau. Mon ami l’historien Gilles Candar, "le" spécialiste de Jean Jaurès (A ce propos, il faut absolument l'aider et acheter les œuvres complètes Jaurès publiées chez Fayard) a été amusé par mon texte en défense de Maximilien Robespierre publié dans le Monde (et qui a fait réagir bien des gens, j’ai reçu des dizaines de lettres à la Mairie du 12e), et réclamant une rue dans la capitale à son nom. Gilles donc, par gentillesse, m’a envoyé un extrait des débats parlementaires de 1908, quand le grand socialiste (et robespierriste !) défendait l’abolition de la peine de mort. Il fait face à des attaques que j’ai entendues l’autre jour au Conseil de Paris. Je vous le transmets. Bonne lecture à tous et bon été !

Reposez vous, l’an prochain, c’est la grande bagarre pour chasser la droite et faire triompher une gauche qui construise vraiment une « Douce France ».

Le Front de gauche, quoi ! En 2012, le vote Mélenchon.

 

 

Chambre des députés, 18 novembre 1908, débat sur la peine de mort

Vincent Eloy, Jaurès en 1910Jaurès. [...] Messieurs, je sais bien que les sociétés humaines se sont élevées péniblement de degré en degré, de forme en forme, par la plus dure des disciplines. Je sais que le sang a coulé, que les exécutions ont abondé, et je ne recherche pas — c’est une immense controverse que nous ne pouvons même pas ouvrir ici — si, même dans le passé, ces brutalités étaient nécessaires au degré où elles se sont exercées. Sur ce point même, des thèses contradictoires, vous le savez, se sont heurtées : celle de Nietzsche, affirmant que cette éducation brutale était nécessaire pour façonner l’animal humain ; celle de Kropotkine, au contraire, dans son admirable livre L'Entraide, faisant valoir quelles étaient, à chaque époque, les admirables ressources de sociabilité et de solidarité que renferme la masse humaine et disant que, bien souvent, ce sont les despotes, ce sont ceux qui ont abusé de la race humaine qui ont sévi sur elle par d’inutiles supplices. Je n’entre pas dans cette controverse. Je dis seulement aux républicains : après bien des siècles de dure histoire humaine, une heure est venue, à la fin du dix-huitième siècle, où une magnifique explosion d’espérance humaine et d’optimisme révolutionnaire s’est produite. Qu’est-ce, messieurs, que la Révolution française dans son fond ?

M. le comte de Lanjuinais(député royaliste du Morbihan). Ce n’est pas l’abolition de la peine de mort !

M. Massabuau (député républicain libéral de l'Aveyron). Robespierre a institué la guillotine en permanence.

jaures.jpgM. Jaurès. Qu’est-ce donc, dans son fond, dans son inspiration première, que la Révolution française ? C’est une magnifique affirmation de confiance de la nature humaine en elle-même. Les révolutionnaires ont dit à ce peuple, asservi et enchaîné depuis des siècles, qu’il pouvait être libre sans péril, et ils ont conçu l’adoucissement des peines comme le corollaire d’un régime nouveau de liberté fraternelle. M. Massabuau me rappelait Robespierre et la guillotine en permanence. Je prie M. Massabuau de laisser aux esprits vulgaires ce trop facile jeu d’esprit. (Exclamations et rires à droite et au centre. — Applaudissements à l’extrême gauche.) Messieurs, quand les grands esprits de la Révolution faisaient pour les hommes ce rêve d’une justice adoucie, c’était pour une société régulière, équilibrée et fonctionnant normalement. Ils ont été obligés à une lutte à outrance par la révolte même des forces atroces du passé. Mais savez-vous ce qui les excuse, s’ils avaient besoin d’excuse ? Savez-vous ce qui les glorifie ? C’est que, à travers les violences mêmes auxquelles ils ont été condamnés, ils n’ont jamais perdu la foi en un avenir de justice ordonnée. (Exclamations à droite. — Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.) C’est qu’ils n’ont jamais perdu confiance en cette révolution au nom de laquelle ils avaient tué et au nom de laquelle ils étaient tués : Condorcet, proscrit, retraçait les perspectives du progrès indéfini de l’esprit humain ; à Robespierre, blessé, on ne pouvait arracher dans son stoïque silence aucune parole de doute et de désaveu. Et c’est parce que ces hommes, à travers la tourmente, ont gardé la pleine espérance, la pleine confiance en leur idéal, qu’ils ont le droit de nous la transmettre et que nous n’avons pas le droit, dans des temps plus calmes, de déserter la magnifique espérance humaine qu’ils avaient gardée. (Applaudissements à l’extrême gauche et sur divers bancs à gauche.)

dimanche, 3 juillet 2011

juil. 11
3

Premier meeting du candidat Mélenchon : pour le bonheur et la liberté !

« L’homme est né pour le bonheur et la liberté et partout il est esclave et malheureux ! La société a pour but la conservation de ses droits et la perfection de son être ; et partout la société le dégrade et l’opprime ! Le temps est arrivé de la rappeler à ses véritables destinées. »

Maximilien Robespierre, 10 mai 1793

Mes amis savent pourquoi j’ouvre ce billet par des propos empruntés au grand Maximilien Robespierre. Depuis la semaine dernière, mon temps, en grande partie, fut occupé à défendre publiquement les raisons de ma demande de rue à son nom dans la capitale. Activités futiles ? Non. Je n’ai pas apprécié, suite à mon vœu au Conseil de Paris de juin, les moqueries de la droite et aussi des élus socialistes. J’ai ainsi adressé une lettre ouverte au Maire de Paris (reprise à le JDD) et publiée, sous une forme légèrement modifiée dans le Monde (daté du 28 juin). Elle a été remarquée. De nombreuses lettres amicales de soutiens me sont parvenues (et quelques unes d’indignations). France culture et d’autres médias en ont parlé. Merci à eux, j’en suis très fier. J’attends la réponse de Bertrand Delanoë. Viendra-t-elle ? Je vous la ferai connaître si elle me parvenait. Je considère que cette dimension idéologique et mémorielle, indispensable pour une conscience de gauche république et sociale, fait aussi partie du mandat que m’ont confié les électeurs parisiens. En faisant cela (parmi d’autres choses), je ne les trahis pas. Du moins, ils jugeront lors des prochains rendez-vous électoraux. Ils approchent. Je répète une fois de plus, que selon moi, parler de ce passé, c’est, d’une certaine façon, parler aussi de notre présent.

Je reviendrai dans un prochain billet sur les raisons de mon attachement à la défense des grandes figures de la Révolution, que ce soit Robespierre, Marat ou Saint-Just et bien d‘autres conventionnels sans lesquels notre pays ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Je ne supporte pas la lecture thermidorienne de la Révolution française, imposée par François Furet et ses épigones, qui semble l’emporter aujourd’hui, y compris au sein de la gauche dite « socialiste ». Aux responsables du PS qui ricanent sottement de ma demande, mais qui ne cessent de se réclamer de Jean Jaurès aux tribunes de leurs congrès, je les renvoi à ce qu’écrivait ce dernier dans son Histoire socialiste de la Révolution française publié en 1903. « Ici, sous ce soleil de juin 93 qui échauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre, et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu’il a à ce moment toute l’ampleur de la Révolution est en lui ». L’ont-ils lu ? Si oui, pourquoi l’ont-ils oublié ?

Devant le spectacle ridicule du mariage d’opérette, que l’on a pu voir hier à télé, d’un prince falot d’une cité corrompue qui doit essentiellement sa fortune au blanchiment d’argent sale, je dis que les magnifiques idéaux proclamés en 1789 et en 1793 gardent toute leur actualité. Dois-je rappeler qu’il existe encore 47 pays (sur 191 au total) dans le monde à connaître des monarchies au pouvoir ? Personnellement, je trouve cela indigne. Suis-je ringard ? Un monarque, même quand son mariage est commenté par Stéphane Bern, reste un tyran ou un parasite. En 2011, moi je reste un républicain conséquent, donc un homme de gauche, fier de me réclamer de ceux qui, il y a plus de 200 ans, ont brisé une des plus anciennes monarchies. Ils ont donné un exemple pour le monde.

meeting29-6.jpgIl est temps de parler du présent. Premier meeting de campagne présidentielle, place Stalingrad à Paris (et Métro Jaurès !) mercredi 29 juin, et premier succès, car soyons franc, la soirée du 29 nous a comblé. Combien étions nous ? 5 000 ? 6 000 ? 6 5000 ? Plus peut être. Qu’importe après tout. Cette arithmétique n’est qu’anecdote. Une chose est sûre il y avait foule : le Front de Gauche est la seule force en capacité, à la veille de ces vacances d’Eté, d’organiser une telle démonstration de force autour du candidat qu’il présentera à l’élection présidentielle de 2012. C’est de Jean-Luc Mélenchon que je parle. Il fut à l’occasion de ce meeting à la hauteur de l’évènement. Je n’en doutais pas. Mais quelle satisfaction de le voir, une nouvelle fois, franchir ces haies (toujours plus hautes) sans difficultés. La politique est un sport de haut niveau qui nécessite une santé irréprochable. Qu’on se le dise donc, Jean-Luc tient la forme ! Son discours abordait avec finesse et poésie (et oui !) toutes les facettes de la campagne que nous allons mener : la magnifique union de notre Front , le salut aux luttes sociales sans lesquelles rien n’est possible et la dédicace à tous ceux qui luttent (et qui sont ceux qui vivent comme disait le grand Hugo), l’indispensable partage des richesses au cœur de la pensée de gauche, l’urgence écologique qui nécessite une planification, la nécessaire refondation pour une 6e République et la rupture notamment avec le présidentialisme, et une grande, très grande, ambition pour le peuple de France qui peut ouvrir une nouvelle fois la voie à tous les peuples du monde qui souffrent du désordre libéral… J’en passe encore. Les thèmes sont encore nombreux. J’invite chacun à écouter et réécouter ce discours. Avant lui, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, avait enflammé l’assistance. Mais aussi Clémentine Autain, Christian Piquet, Danièle Obono, Lucien Jallamion et quelques autres qui avaient bien commencé cette soirée. Sur la tribune, Marie-George Buffet était là. Sans elle, rien n’aurait été possible.

Des journalistes m’interrogent à la fin. Est-ce là le « nouveau » Mélenchon ? Plus calme, plus posé ? Plus « gaullien » me dit même l’un d’entre eux ? Hé, hé, je m’amuse un peu intérieurement de cette dernière comparaison. « Gaullien » celui qui veut rompre avec la Ve République ? Que répondre ? Non. Je ne crois pas. Ce n’est pas vers cette direction qu’il faut regarder. Et puis Jean-Luc n’a pas changé. Tout reste en cohérence. La question est biaisée. Mes amis journalistes qui s’interrogent ainsi, ce sont laisser piéger. L’homme qui parle à la tribune mercredi soir en goûtant chacun de ses mots avec un débit certes un peu inhabituel (mais ce n’est pas la première fois) sait à quel moment de la campagne nous nous plaçons : la ligne de départ. C’est aussi le « candidat Mélenchon » qui sait que la politique est un art d’exécution où chaque situation nécessite que l’on s’adapte au plus proche de ce qu’elle est. Cet homme depuis plus de 15 ans que je le connais ne peut être décrit par un seul trait de pinceau. « Forte tête et fort en gueule », lui, l’intellectuel raffiné amateur de lecture et de silence ? « Dirigeant à poigne et individualiste », lui qui n’aime rien de plus que convaincre et rassembler ? Chacun des petits portraits dressés pendant des mois par différents journalistes étaient en réalité erronés. Cela est apparu mercredi soir. A la tribune, il fut lui-même. Et puis, un meeting de masse n’est pas un plateau télé. Une conversation avec des salariés en lutte n’est pas une polémique avec un butor payé pour ridiculiser un homme de gauche qui ne capitule pas. Un candidat à une élection présidentielle porté par un large front doit désormais donner le meilleur de lui même.  Ainsi est Jean-Luc Mélenchon : complexe, sensible, profond et riches de ressources. L’homme de la rue dira, constatant tous ses talents : « il a du coffre ». Oui. L’épaisseur intellectuelle du personnage apparaîtra au fil des mois de la campagne. Je le sais. Une force collective inédite, le Front de Gauche, au premier rang duquel le PCF et ses militants jouent et joueront un rôle indispensable, le portera jusqu’au bout. J’ai confiance donc. Tout est possible dans cette campagne ! Faites passer le mot : tout est possible si nous sommes la voix claire et distincte de tous ceux qui veulent vivre mieux, qui veulent plus de bonheur et de liberté.

Une fois le discours de Jean-Luc Mélenchon terminé, l’internationale a retentit, puis la Marseillaise. Un de mes voisins, dans la foule, tique en entendant ce chant. Cet hymne, ici ? Il se trompe. La Marseillaise, ce chant révolutionnaire interdit sous l’Empire et la Restauration, est à nous, le peuple de gauche. La France, la vraie France, révolutionnaire et généreuse, c’est nous. Le Front national est étranger à l’Histoire profonde de notre pays (et je dirais même Sarkozy). Il n’est que l’héritier de ceux qui n’ont jamais aimé la passion d’égalité portée inlassablement par le peuple de ce pays. J’insiste, la Marseillaise est à nous. Un dernier exemple qui l’illustre superbement. En 1971, à l’occasion du Congrès du Parti socialiste Chilien du Président Salvador Allende, les congressistes ont chanté, avec des paroles en espagnol, l’hymne de leur parti : la Marseillaise. La dictature l’interdira après le 11 septembre 1973. Pour tous ceux qui veulent changer le monde et le rendre plus juste, la Marseillaise leur appartient. Ne la laissons pas entre les mains des ennemis irréductibles de la France républicaine ou de ceux qui ont honte du plus grand révolutionnaire de 1793.

Un dernier mot sur Christine Lagarde et Dominique Strauss-Kahn. La première, nommée à la Direction générale du FMI, a démissionné officiellement de son mandat d’élue du 12e arrondissement. Ouf, enfin. J’ai dit et répété que je trouve scandaleux qu’elle n’est pu venir une seule fois au Conseil d’arrondissement du 12e en 35 séances. Elle affirmait vouloir changer les codes de la vie politique française. Quel baratin ! Elle s’est moulée dans les pires comportements de ceux qui ne tiennent pas la parole donnée à leurs électeurs. Mais, surtout à son sujet, je suis sidéré de lire que son élection au FMI est due essentiellement à l’administration américaine de M. Barak Obama qui sait qu’avec cette dame les intérêts de la super-puissance seront bien défendus. Belle illustration au passage que le débat impulsé par le FN et l’UMP sur les prétendus problèmes posés par la double nationalité est une fumisterie. On peut être étranger et participer à la grandeur (sociale et politique) de la France, et on peut être français et défendre les intérêts financiers d’une grande puissance étrangère. Mme Lagarde en atteste. Son élection n’est donc pas une bonne nouvelle pour la France. Cette dame sera une adversaire à toute politique de gauche mené par un gouvernement français, si en 2012 nous chassons Nicolas Sarkozy.

Concernant Dominique Strauss-Kahn, comme tout le monde, je ne sais rien sur la vérité de l’affaire qui le concerne. J’ai déjà écrit que je souhaitais au fond qu’il soit innocent tellement cette histoire est glauque. Mais, je suis stupéfait de constater qu’il suffit qu’une femme, travaillant dans un hôtel pour un salaire modeste, ait menti sur les raisons pour lesquelles elle a voulu immigrer aux Etats-Unis et qu’elle ait téléphoner à un homme en prison, pour qu’elle ne soit plus prise au sérieux par la justice. Elle s’est interrogée au téléphone sur les bénéfices financiers qu’elle pourrait tirer de cette affaire ? Mais qui n’aurait pas fait de même ? Elle a continué son travail avant de signaler son agression à ses collègues ? Soit. Et alors ? Qu’est-ce que cela change sur le fond ? En réalité, pour l’instant rien. Pour le reste, j’attends banalement que la justice fasse son travail. Je signale une dernière fois que je considère que même si DSK est coupable, il est indigne que toute sa vie privée soit étalée au grand jour (comme celle de Mme Diallo d’ailleurs) et qu’il risque 75 ans de prison, soit la peine capitale. Affaire à suivre, comme on dit. Mais comment ne pas ressentir une forme de dégoût devant ce feuilleton sordide ?

Le peuple de gauche attend autre chose : l’égalité, le bonheur et la liberté. La vie douce quoi.

mardi, 21 juin 2011

juin 11
21

Mon voeu a été repoussé : il n'y aura toujours pas de rue Robespierre à Paris !

ruerobespierre.jpgIl n'y aura toujours pas de rue ou de place Robespierre à Paris. Affligeant. La presse s’en est largement fait l’écho (une dépêche AFP , certes pleine d'erreurs factuelles sur les auteurs du voeu, une demi page du Parisien, etc..). Preuve que Maxilimien Robespierre n'est pas un cadavre glacé et passionne encore les français. Mon voeu (voir à la fin de ce billet) présenté lundi soir au Conseil de Paris a été nettement battu. Quelle tristesse. Hormis les dix élus qui siègent à mes cotés, Groupe communiste et élus du Parti de Gauche, présidé par mon ami Ian Brossat, un seul socialiste, l'Adjoint au Maire chargé de la culture Christophe Girard (PS) , et deux élus Europe Ecologie - Les Verts, René Dutrey et Yves Contassot ont voté pour. Point final. Tous les autres ont voté contre, ou ont déserté la séance. J'avoue que j’en suis fort marri et un peu chiffonné.

Bon, robespierre01.jpgcela ne m’étonne pas de la part de la droite, qui s'est exprimée en séance assez vulgairement par l'intermédiaire caricatural de Jérome Dubus, un conseiller de Paris Nouveau Centre et accessoirement Délégué général du MEDEF Ile de France. Ce monsieur, pourtant bien élevé, a, de manière générale, peu d'estime pour les syndicats ouvriers, les partis de gauche, et bien sûr tout ce qui peut ressembler à du jacobinisme. Dans le patronnat français on préfère sans doute l'Ancien régime. Bah, c'est entendu. La droite parisienne, composée d'ailleurs de quelques aristocrates, est opposée à ma demande. Je ne découvre rien. En vérité, cette famille politique là n’aime pas la réalité de l’histoire de la France (belle et rebelle, et qui "répond toujours du nom de Robespierre", n'est-ce pas Jean-Luc ?) et déteste viscéralement celui qui s’indignait par ses mots : « Peuple, on te trahit, reprends l’exercice de ta souveraineté ! ». La radicalité de la Révolution Française hante encore la droite française. Quoi ? Célébrer « l'incorruptible ? », vous n'y pensez pas !  Quelle honte ! Quelle ringardise ! Il est bien plus moderne de pleurer sur le sort de la famille royale, de la noblesse et des vendéens et chouans qui, armes à la main, ont luttécontre la République. Aux yeux de ces gens là, mon voeu est une foutaise et Maximilien Robespierre  un tyran et une brute assoiffée de sang. Triste époque. L'idéologie contre-révolutionnaire, regorgeant de mensonges, calomnies et affirmations révisionnistes a fait son oeuvre. Logique. Mais, je le confesse, des élus UMP et Nouveau Centre, je n'attendais rien, et leur opposition finalement me rassure. Depuis longtemps, les concernant, ma boussole est la suivante : plus ils crient fort, plus j'ai la conviction d'avoir raison !

Robi.jpgMais, le vote quasi unanime des élus socialistes contre mon voeu, me sidère encore. J'observe même que pas un seul de mes amis de "la gauche du PS, proche de Hamon et de Emmanuelli » comme on dit, n'ont eu l'énergie de voter mon vœu (et de rester en séance pour cela). Décidemment, les traditions se perdent. Les héritiers de "la première gauche" ne sont plus ce qu'ils étaient.

Pourquoi tant de haine et de mépris plus de 200 ans après la Révolution Française ? Pourquoi ce qui n’est qu’une banalité dans tant de villes françaises, dirigées par la gauche, est-il si difficile dans la capitale, dont il fut le Député ? Pourquoi flétrir ce grand anticolonialiste, qui obtint l'émancipation pour les juifs, pour les comédiens, ce visionnaire défenseur des libertés publiques, défavorable à la peine de mort (et oui !), ce progressiste pour un revenu minimum, un droit à l'existence, et j'en passe.. ?  Pourquoi celui qui pour la première fois, dans son Discours de la mi-décembre 1790, sur l'Organisation des gardes nationales, a utilisé notre devise nationale « Liberté, Egalité, Fraternité » n’aurait pas le droit d’être honoré à Paris ? Ce n'est pas rien, mince ! Cette devise est désormais inscrite sur tous les bâtiments publics de notre pays. Elle est connue dans le monde entier, sonnant comme un symbôle de notre Nation ! Et pourtant, on en moque l'auteur et on le salit. On travestit l'oeuvre de la Grande Révolution. Tout cela est bien la preuve que la flamme de cet immense évènement brûle encore. Les coeurs froids de certains, fussent-ils de gauche,  veulent encore jeter  des seaux d'eau sur ses braises, pour les éteindre définitivement. Ils n’y arriveront pas. Mais, je constate que depuis le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II) le discours anti-robespierriste n’a pas pris une ride. Il semble même avoir gagné en légitimité en s’imposant comme un signe de modernité.

robespierre02.jpgC'est peu dire donc que je suis déçu. Car cette fois ci, j’y ai cru. Quelques jours avant le Conseil de Paris, j'avais espéré que nous puissions emporter la décision. Anne Hidalgo, Première adjointe au Maire de Paris, femme intelligente à la solide conviction de gauche et laïque, m'avait fait comprendre qu'elle n'était pas totalement défavorable à cette nouvelle demande. Elle avait lu avec attention la tribune que nous avions publiée la semaine dernière dans l'Humanité (cliquer ici) demandant au Maire de Paris de donner le nom d’une rue à celui qui est le révolutionnaire français le plus connu. Mon ami, l’historien Jean-Numa Ducange et moi-même, étions à l’initiative de ce texte signé par les principaux historiens français. Ce gage de sérieux historique et scientifique n’a pourtant pas suffit.

republique01.jpgLe président du groupe socialiste Jean-Pierre Caffet (également sénateur et désormais soutien actif de François Hollande) s’est radicalement opposé à mon voeu. Ce n’est pas la première fois, il l'a fait avec brutalité. Le style c'est l'homme, dit-on. Bertrand Delanoë, Maire de Paris, lui, avec plus de délicatesse, a aussi clairement fait entendre qu'il était encore hostile à ma demande. Stupéfiant. Pourquoi ? Les arguments de Jean-Pierre Caffet en séance, sont assez indigents. Qu'on en juge. Lui, le président du groupe des élus socialistes, premier groupe de la gauche, majoritaire à Paris depuis 2001, est opposé en 2011 à cette demande car, tenez vous bien, Maximilien Robespierre serait le grand responsable de la Terreur (quelle méconnaissance de l'histoire de la Révolution. Ce sénateur socialiste a-t-il lu Jean Jaurès ?) et, argument sorti de chapeau, était aussi favorable au culte de l'être suprême ! Pouah ! Ridicule. Et ce serait donc au nom de la laïcité, on le sait régulièrement piétinée dans cette instance, qu'il ne faut ab-so-lu-ment pas de rue Robespierre à Paris. Et ben, celle là, fallait la trouver ! Comme lui a répondu ma camarade du Parti de gauche Danielle Simonnet (voir son blog) les socialistes n'ont pas eu la même pudeur, il y a quelques années, quand ils ont nommé une place Jean-Paul II à Paris.  Et savent-ils, mes chers socialistes, que le décret sur l'Etre suprême, du 18 floréal an II, fixe en réalité un culte de la vertu en tant que valeur civique démocratique. Savents-ils que l'article XI de ce décret garantie la liberté de culte, ce qui est une idée d'une grande modernité en 1794, si difficile à mettre en oeuvre sous l'Ancien régime pendant des siècles.  Je passe donc sur les arguments du président du groupe socialiste d'une rare faiblesse, fabriqués pour les gogos, qui se voulaient une réponse pertinente à la belle intervention liminaire de ma camarade Danielle. Je crois que Caffet en réalité ne savait pas quoi dire et s'est exprimé, sans plus de réflexions. Dommage. Robespierre mérite mieux, surtout de la part d'un responsable socialiste.

stpancrace.jpgPar contre, les arguments avancés par Bertrand Delanoë , Maire de Paris, m'intéressent davantage. Ils sont plus raffinés. Des journalistes m'ont raconté qu'il avait répondu, lors d'une rencontre avec la presse, à mon encontre, qu'il ne voulait pas d'une rue Robespierre à Paris car ce dernier était à l'initiative de "la loi des suspects" et, selon ses propos rapportés dans Le Parisien « Robespierre estimait qu'être simplement suspect suffisait a être condamné ». La réalité historique est différente et plus complexe. Non, ce n'est pas Robespierre qui est à l'initiative de « la loi des suspects » du 17 septembre 1793, mais Jean-Jacques Régis de Cambacérès, qui lui (le Maire le sait-il ?)  a droit à une rue dans le 8e arrondissement de Paris. Mais, il faut dire que Cambacérès a participé aussi au coup d'Etat de Thermidor, a fait exécuté « l'incorruptible » et a rallié par la suite Napoléon Bonaparte (qui lui, rétabli l'esclavage !) devenant deuxième consul puis archichancelier de l’Empire. Faut-il donc trahir la Révolution pour avoir le nom d'une rue à Paris ? Monsieur le maire, votre argumentation ne me convient donc pas. C’est peu de la dire.

Mais, ce débat n’est pas terminé, croyez moi.

Invité sur France Inter ce matin même, Bertrand Delanoë, a encore été interpellé à ce sujet par un auditeur. Une nuit étant passée, sa réponse fut moins catégorique. Il dit à présent être favorable à une commission historique pour débattre de ce sujet. Chiche ! Cela m'intéresse. Je vais donc continuer cette discussion avec lui. Je vous en tiendrai informé.

rue-rob01.jpgJe continue donc ma quête. Ce n'est pas l'urgence de la période, mais c’est une juste cause et un débat politique et historique passionnant. Il est lourd de toutes les grandes controverses de la gauche française. Il éclaire le présent. Nous devons bien cela à celui que George Sand et Jules Romains considéraient comme "le plus grand homme de la Révolution", à celui qui, comme le disait André Malraux « fut guillotiné par des coquins ». Qui en 2011, parmi les intellectuels en vue aurait le courage de (re) dire cela ? La droite qui se dit gaulliste devrait s’inspirer de ces derniers mots, venant d’un écrivain engagé qui a fait sa grandeur. Mais, je l’ai déjà dit : de Gaulle avait Malraux, Sarkozy a Luc ferry et Eric Zemmour… Passons.

Il faudra bien un jour obtenir réparation de cet oubli. Avec plusieurs historiens, nous continuons. J’ai déjà de nouvelles idées. Jean-Paul Marat, St Just et bien d’autres, n’ont pas de rues à leurs noms à Paris. On va en reparler. Ceux qui veulent effacer Robespierre devront tenir compte de mon obstination et celles de mes amis (Danielle Simonnet, Ian Brossat, etc…), jeunes élus qui n’oublient pas le passé. Nous arriverons à notre fin. Le débat continue, vous dis-je… Nous sommes patient. Il dure depuis 200 ans.

voeu.jpg