sofitel.jpgIn-cro-yable ! Sidérant. Nous sommes vraiment dans l’ère des grands désordres. Comme tout le monde, j’étais dimanche comme hébété devant mon écran de télévision à l’annonce de « l’Affaire DSK ». C’est pourquoi, saisi par ce spectacle et préparant un Conseil de Paris, je n’ai pu écrire un billet plus tôt.

Dans les lignes qui suivent, j'aborderai plusieurs sujets, de Dominique Strauss-Kahn à Marine Le Pen, au risque de passer du coq à l'âne.

Je vois dans l'« Affaire DSK» comme une allégorie du monde politique et de la période dans lesquelles nous évoluons. En ce sens, elle n’a pas qu’une dimension privée. Les prétendus puissants d’hier, qui semblaient intouchables, parés de toutes les vertus par leurs semblables, peuvent être déchiquetés en quelques minutes, dans un scénario où le sordide se mêle au grotesque. Ainsi va le monde en ce début du 21ème siècle. C'est "l'effet papillon" si bien décrit sur le blog de mon ami François Delapierre. Oui, nous sommes dans l’ère du désordre et des grands bouleversements. Le paysage politique et social ne cesse de se fissurer dans des bruits de craquements de première ampleur. Nous sommes convaincu que la terre va trembler encore à l'avenir. C’est d’ailleurs pour cela que s’est fondé le Parti de Gauche en novembre 2008 puis que s’est bâti le Front de Gauche.

Quelles qu’en soient les issues, cette histoire est horrible. Soit elle est réelle et alors elle est révoltante. Une employée d’hôtel, veuve, élevant seule son enfant, ayant connu les souffrances de l'immigration, dont on devine que sa rémunération est extrêmement modeste, subit les violences d’un homme riche et puissant. Une fois de plus, une femme serait victime de violences. C’est abject. C’est d’abord à elle qu’il faut penser. Je partage les prises de positions de Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain ou Caroline Fourest qui ont immédiatement pensé à la plaignante, victime potentielle et femme humiliée, tout en restant attaché à la présomption d’innocence. Et, je reste sidéré de la goujaterie de certaines personnes assurant la défense de DSK, relayée hier dans la presse, qui se sont dit surprises de constater que cette dame n’était finalement pas très belle… J'ai du mal à saisir en quoi cette remarque a ici sa place.

A l’inverse, soit cette affaire est fausse et l’étalage de tout cela, les images de cet homme déshonoré, les menottes aux poignets devant les caméras, les détails révélés assez glauques, sont dévastateurs pour lui-même, sa famille, ses amis… La justice américaine apparait dans toute sa brutalité et on ne peut qu'être stupéfait de découvrir que la peine pourrait aller jusqu'à 75 ans, soit la réclusion à perpétuité !

Avant que cette affaire éclate, samedi, j’avais commencé la rédaction d’un billet qui s’inquiétait de la sordide campagne menée par des officines liées à la droite sur la « vaisselle d’or » de DSK, ses appartements, les voitures de luxes de ses collaborateurs… j'en avais ras-le-bol. Malgré mes désaccords de fond avec cet homme, ma claire volonté qu’il ne soit pas candidat ni Président de la République, je n’avais pas du tout apprécié la tonalité de cette campagne. Soyons franc. Elle présageait une campagne présidentielle peu ragoûtante.

Je ne suis pas hypocrite pour autant. L’existence d’ultra-riches est un vrai problème qui doit être abordé et dénoncé. Ces derniers constituent d’abord et avant tout l’entourage direct de Nicolas Sarkozy. C’est une oligarchie parasitaire composée essentiellement des familles Bouygues, Dassault, Bolloré, Pinault, Arnault, Lagardère, etc. Mais, le débat ne pouvait se résumer à des charges nauséabondes contre le seul DSK et la fortune de son épouse. Que faire ? Le PG propose la mise en place d’un salaire maximum dans les entreprises, un système fiscal organisant une réelle redistribution… On peut baisser les rémunérations des patrons, notamment celui du Directeur du FMI, etc… Mais là, dans les attaques précédentes tout se concentrait sur la même cible. Trop facile à mes yeux. J’y voyais comme une reprise de ces campagnes puantes des années 30 contre Léon Blum, où l’Action Française l’accusait de manger dans une vaisselle d’or. Quelques semaines auparavant, j'avais aussi été choqué par les références au « terroir » avec lequel DSK n’aurait aucun lien « profond », selon le petit provocateur UMP Laurent Wauquiez, reprenant quasi mot pour mot des phrases du journal antisémite « Je suis partout ». Lui aussi affirmait en 1936 que Léon Blum  n’avait aucun lien avec « les terroirs ».

DSK.jpgCe billet s'écrivait et puis boum ! Voilà Dominique Strauss-Kahn pris dans cet épisode indigne. Je ne peux faire aucun commentaire sur le fond. Pour tout dire, je préfèrerais que DSK soit innocent. Il vaut mieux pour la gauche. Ce n'est pas ainsi que je souhaitais qu'il soit écarté. J'espérais qu'il le soit au terme d'un débat au sein du PS, ou pourquoi pas, battu au premier tour par le candidat du Front de Gauche.  Il n'en est pas ainsi, et les faits reprochés sont trop sordides. Nous verrons ce que la suite réserve. Mais, ce scandale aura à l’évidence des conséquences lourdes sur l’ensemble du PS. Je doute que Martine Aubry ait l’autorité pour empêcher que les primaires internes soient une gigantesque machine à se mettre des gifles sans réels contenus politiques. François Hollande apparaît désormais clairement comme l’homme soutenu par le système médiatique qui aura tôt fait de nous annoncer que les sondages sont en la faveur de l'ancien premier secrétaire du PS. Pour le reste, cette affaire modifiera aussi peut-être les relations entre les hommes exerçant du pouvoir et les femmes.

Et le FN ? Sur le registre « on le savait »  Marine Le Pen dès dimanche a commenté la nouvelle. « Tout Paris, le Paris journalistique, le Paris politique, bruissent depuis des mois des rapports légèrement pathologiques que M. Strauss-Kahn semble entretenir à l’égard des femmes. J’en ai moi-même été un peu victime dans un duel avec lui où il avait été extrêmement déplacé dans ses propos » a-t-elle dit à l’AFP hier.

Et bien non Madame Le Pen, tout le monde ne savait pas. Du moins, à la direction du Parti de Gauche, parmi mes camarades, personne ne savait, personne n'aurait pu imaginer. Manifestement, nous ne participons au même "tout Paris" que vous, où l'on s'échange des confidences mondaines entre deux rires gras. Vous faites bien partie, vous même, de ce système, dont vous êtes un des "diables de conforts" qui partagent les secrets des puissants, s'engageant à les révéler lorsque l'autorisation vous en est donné.

marine-pen-pere-jean-marie.jpgMarine Le Pen, avocate de son métier, a du mesurer l’outrance de ses propos. Lucide, elle joue la transgression. Car, on parle ici d’un possible viol. Mme Le Pen était au courant de tels comportements de la part de DSK ? Et elle n’a rien dit ? Tout le monde dans son entourage aurait gardé cette information pour sans doute la sortir « au bon moment » ? En pleine présidentielle peut être ? Je trouve cela abject. De plus, la Présidente du FN sous entend qu’elle-même aurait été victime d’une menace de viol de la part de DSK. L’affaire est trop sérieuse pour être traitée ainsi, à la légère.

Gare à ce climat politique pourri, où la politique n’a plus sa place. Où seules les affaires, les scandales, les rumeurs tiennent le haut du pavé. Il faut garder la tête froide. Le FN ne doit pas capter le sentiment général de dégoût et de colère qui monte dans le pays. Danger. Je doute toutefois que contrairement à ce qui se répète, cette situation profite électoralement tant que cela au FN. Car ce dernier fonctionne surtout en vase communicant avec la droite. Je vois mal un électeur se dire « Je voulais voter DSK, mais après ce que je viens de voir, je vais voter Marine Le Pen ». A l’inverse, « l’affaire DSK » peut permettre à Nicolas Sarkozy de reprendre quelques points dans un électorat aisé qui trouvera que finalement, malgré ses frasques, il est plus fiable et plus respectable que le Directeur du FMI.

Je change de sujet.Ces derniers jours n’ont pas été marqués que par DSK.

Jeudi Marine Le Pen a tenu une conférence de presse « sur le pouvoir d’achat ». Quoi de neuf ? A propos du SMIC qui concerne des millions de salariés, Mme Le Pen annonce « qu’elle en dira plus en automne ». Bof. Pour l’instant donc, rien de nouveau. Les 35 heures ? «  Nous proposons la possibilité de renégocier les 35H par entreprise et par branche » dit-elle aussi. Danger. C’est dire que le rapport de force social sera renvoyé là où il est le moins favorable aux salariés. Cette méthode ne profitera qu’aux patrons qui veulent faire travailler toujours plus. C’est le MEDEF qui doit être content. Il n’en demande pas plus. Puis, en marge de la conférence de presse, elle s’est dite aussi défavorable au principe du salaire maximum. Peu regardant, la presse continue de parler du « tournant social » du FN.

Libération de samedi fait une nouvelle fois sa Une sur un quarteron d’individus, symboles de cette période de convulsion, qui rejoignent Marine Le Pen. On y retrouve les portraits du pitoyable ex journaliste « sans frontières »  Robert Ménard, de l’ex LO devenu FN Fabien Engelman, ainsi que l’avocat Gilbert Collard un temps abonné aux pires émissions de TF1 et enfin de Pierre Cassen Directeur de publication de Riposte laïque.

collard.jpgUn mot sur ces deux derniers, car il est des fils invisibles qui me relient en quelque sorte à eux. Gilbert Collard affirme qu’il connaît Marine Le Pen dont il est proche depuis 25 ans, et qu’il n’a pas changé d’opinion. Est-ce si sûr ? Pourtant, moi aussi j’ai connu « Maître »Collard il y a près de 25 ans, en 1988. Il était alors adhérent du MRAP dans les Bouches-du-Rhône et surtout signataire réguliers des appels du CNDTI (Collectif National pour le Défense des Droits des Travailleurs Immigrés), une petite association à l’initiative de militants du PCI devenu MPPT. Cette association militait, de façon souvent sectaire et un peu gauchiste, pour la juste exigence de la fermeture immédiate des Centres de rétention administratifs (CRA). Ce n’est pas vraiment la politique défendue actuellement par Mme Le Pen. Il pourrait donc avoir l'honnêteté de dire qu'il a rompu avec tout cela. De plus, Gilbert Collard déclare à Libération qu’il est depuis toujours favorable à la « préférence nationale, idée de gauche  défendue par Roger Salengro ». Ce monsieur devrait se renseigner avant de parler, ou du moins lire mon blog. Il y a quelques mois, j’ai déjà expliqué ici même que cette « loi Salengro » n’existe pas. C’est une invention de Samuel Maréchal, dirigeant du FNJ dans les années 90, qui avait écrit un ouvrage « Ni droite, ni gauche, Français » où il inventait cette loi en mélangeant une loi du radical Edouard Herriot (non votée par les socialistes) adoptée en 1932 et une proposition de loi socialiste de 1931. Par ces seuls propos, l'avocat médiatique démontre qu’il est désormais totalement gagné aux inventions idéologiques du FN datant d’il y a plus de 15 ans. Triste trajectoire…

Pierre Cassen Directeur de publication du site Riposte laïque, se moque de moi dans une vidéo confidentielle postée sur le site  Enquête-débat.fr. J’ignorais l’existence de ce curieux site. C’est un curieux message qui m’en a tenu informé dans un mail insultant et anonyme, m’écrivant que j’étais une « couille molle » puisque je refusais de débattre. Elégant non ? Et que sait-il de cette partie là de mon anatomie après tout ? Bah, je laisse là ces injures minables portées par des minables. Pierre Cassen affirme dans cet interview à mon sujet : « Alors, Alexis Corbière, c’est encore plus extraordinaire, parce que ce brave garçon, Maire-adjoint du 12e arrondissement, qui a milité pour l’interdiction de nos Assises et qui joue les rouleurs de mécaniques sur son blog, a bombé le torse et a dit qu’il prenait Riposte Laïque quand il voulait, où il voulait et qu’il allait les confondre. Je crois savoir que le site Enquête-Débat l’a contacté, lui a proposé un débat avec nous et sans doute Alexis Corbière s’est senti nettement moins sûr de lui puisqu’il s’est mis aux abonnés absents. Nous on trouve cela dommage. »

cassen.jpgDe quoi parle-t-il ? On est ici en plein délire. Jamais, je n’ai reçu le moindre message de la part de ce site me proposant un débat. Je viens d’ailleurs d’envoyer un message à son Directeur de publication. Renseignement pris, je préfère mettre tout le monde à l’aise. Si j’avais été informé, je ne serais pas venu m’exprimer sur ce site qui donne la parole régulièrement à des personnes comme Jean-Yves Le Gallou, Alain Soral ou Oscar Freysinger. Un ami qui a été invité un jour à l’un de ses débats m’a décrit des conditions d’entretiens tournant le dos à toute attitude sérieuse. La « non-invitation » dont je suis la victime démontre le caractère provocateur du responsable. Très peu pour moi donc.

Pierre Cassen peut donc parader et raconter partout que j’ai eu peur de lui. Si cela amuse la petite secte qui l’entoure, tant mieux pour eux. A chacun son style. Manifestement, la petite notoriété dont il bénéficie ces derniers jours lui ait monté à la tête, persuadé qu’il fait peur à tout le monde…. Ce qui fait peur, c’est son évolution politique. Ce ne sont pas ses maigres arguments, nous les connaissons depuis 30 puisqu’ils sont portés par le FN bien avant la Présidence de Marine Le Pen. Je reste  donc disponible à une confrontation avec lui particulièrement, mais dans le cadre d’un média sérieux. Je préviens toutefois que je n’irai pas n’importe où, cautionner des journaux et des sites de bricoleurs qui véhiculent des idées racistes. Je laisse cela à la petite bande de Riposte laïque.

« Le Crépuscule des idées engendre des monstres ». Finalement, les Collard, Cassen et Ménard, etc…ne sont que les « monstres » créés par les grandes secousses de notre époque. Il y en aura d’autres sans doute.

Le désordre général qui s’étale sous nos yeux ne doit pas nous tétaniser, bien au contraire. Nous devons y puiser l’énergie qui nous tournera vers l’avenir. Ce spectacle n’est que la confirmation que de grands bouleversements sont en cours. Ils prendront des formes spectaculaires et grandioses, et d’autres plus ridicules. Les vieilles habitudes militantes ne permettront pas de répondre aux crises de ce siècle naissant.

Le Front de Gauche a l’ambition d’être l’instrument pour bâtir un nouveau monde. Nous le bâtirons sur les ruines de l’ancien…