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mercredi, 6 avril 2011

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« Convention sur la laïcité » : quelques exemples d’absurdités des propositions de l’UMP…

photo_1302032341489-5-0.jpgM. Jean-François Copé, secrétaire général du l’UMP, devrait avoir honte du débat ridicule, bâclé en moins de trois heures, qu’il a organisé hier dans une petite salle d’un hôtel parisien. Sa « Convention sur la laïcité » fut un haut moment d’ineptie politique, venant ponctuer une trop longue période de provocations verbales multiples à l’encontre de nos concitoyens musulmans. La veille encore, les déclarations de Claude Guéant, Ministre de l’intérieur, venait s’ajouter à cette subtile stratégie du « clin d’œil en direction de 6,7 % de l’électorat », qui a voté FN aux récentes élections cantonales,  dont le parlais dans mon précédent billet.  Selon le Ministre de l’intérieur et des cultes, « l’accroissement » du nombre de musulmans en France « et un certain nombre de comportements posent problème ». Affligeant. Imagine-t-on possible que de tels propos soient tenus en direction des catholiques ? Par exemple les intégristes qui se regroupent illégalement depuis 1977 dans l’Eglise Saint-Nicolas de Chardonnet dans le 5e arrondissement de Paris et qui, eux aussi, « posent problème », sont-ils visés par M. Guéant ? Pourtant, ces illuminés détestent la République, organisent régulièrement des messes (en latin donc en langue étrangère !) tiennent « des prêches radicaux » en mémoire du Maréchal Philippe Pétain, de collaborateurs antisémites comme Maurice Bardèche  ou des phalangistes espagnols. Là, dans cette ambiance très « laïque et républicaine », Marine Le Pen a même jugé bon de faire baptiser ses enfants. Au passage, cela illustre combien cette dame est "laïque". L'intégrisme antirépublicain ne concerne donc pas qu'une poignée de fanatiques musulmans, mais hélas toutes les religions.

Toujours selon le très rigoureux M. Guéant, devenu le technocrate froid de la parole xénophobe, il y aurait « 5 à 6 millions de musulmans en France ». Primo, quand bien même ce serait la réalité, on ne voit pas bien où serait le problème ? Mais deuxio, ce chiffre fantaisiste ne s’appuie sur aucune étude sérieuse. Ici, la confusion entre français issus de l’immigration et musulmans, est volontairement entretenue. Il faut pourtant être précis. Parmi les français, par leur culture ou leur famille, qui sont originaires d’un pays où l’Islam est majoritairement pratiqué, combien de pratiquants réels qui fréquentent des lieux de culte ? Difficile à établir. La commission Stasi considérait qu’ils étaient 15 %, à pratiquer régulièrement ou occasionnellement leur culte (en deça des catholiques dont on considère qu'il sont en réalité 19% à pratiquer). Ces subtilités passent au dessus de Monsieur Guéant pour lequel un immigré venu d'Afrique est un musulman (et donc un fanatique). Ainsi chaque citoyen est assigné à résidence spirituelle selon ses origines ou sa famille. Cette vision de l'homme est aux antipodes de celles des Lumières.

Qu’importe le sérieux et la rigueur. Tout baigne. Pour M. Jean François Copé et ses amis, la preuve éclatante que sa convention fut un succès et qu’elle était utile, fut que plus de 200 journalistes avaient fait le déplacement. Cela en dit long sur sa conception du débat public. C'est au taux d'audience médiatique et aux nombres de journalistes, que cela se mesure à l'UMP. Le reste, la stigmatisation incessante d’une partie de la population française, la pédagogie républicaine, ils semblaient tous s’en moquer (où hélas pour certains, s'en réjouir).

Sarko-et-pape.jpgEt pourtant, la laïcité est une chose bien trop sérieuse pour être laissée entre les mains de cette droite là, si revancharde et si bien peu républicaine. Pas plus non plus, au Front national et ses sbires qui veulent défendre "les racines chrétiennes" de la France... Pour le PG, la laïcité est un des fondements de notre République, elle n'est pas négociable. Pour le dire franchement, nous regrettons que l’esprit, les « noyaux de sens » normalement non négociables non plus, de la grande loi fondatrice du 9 décembre 1905, soient malmenés par de nombreuses lois et tant de mesures anti-laïques. 1907, 1908, loi Debré et Guermeur de 1959, accord Lang-Cloupet, etc… la liste est longue de toutes ces offensives cléricales menées sans relâche par ceux qui rallument en permanence depuis un siècle la guerre scolaire. En réalité, il n'existe pas de laïcité apaisée. Cette affaire est une tension depuis toujours.

Il s’agit essentiellement de questions financières et d'avantages matériels. C’est depuis toujours le cœur du débat sur la laïcité, dans le bras de fer avec les Eglises. Les nombreuses dérogations fiscales votées par la majorité UMP, les financements publics des écoles privées, très majoritairement confessionnelles, le statut d’Alsace Moselle, et encore beaucoup d’autres réalités scandaleuses, représentent en tout près de 10 milliards d’euros d’argent public qui, chaque année, participent au financement et à la promotion de certains cultes, essentiellement l’Eglise catholique.

206549.jpgC’est pour mettre un terme à cette situation que le PG a présenté hier sa proposition de loi «  Pour la promotion de la laïcité et la clarification des règles de son application concrète ». Une conférence de presse, autour de la sénatrice PG Marie-Agnès Labarre et de nos deux cop-présidents Jean-Luc Mélenchon et Martine Billard, avait été organisée au Sénat.Ma camarade Pascale Le Néouannic, secrétaire nationale en charge du dossier, a bien présenté les choses aux journalistes présents. Elle est désormais parfaitement affûtée sur l’ensemble des questions et avait réponse à tout. Mon ami l'historien et professeur Pierre-Yves Legras qui a aussi beaucoup travaillé sur ce projet avec Henri Pena Ruiz et qui participe à l’animation de la commission laïcité de PG, était venu avec moi. Désormais, il faut en discuter, notamment avec nos partenaires du Front de Gauche. On peut consulter notre projet de loi en cliquant ici. Qui d'autre fait des propositions à gauche.. ? Seul, le bruit d'un écho semble me répondre.

207656.jpgMais de tout cela aujourd’hui, la prétendue « grande convention » sur la laïcité organisée par l’UMP n’a pas dit un mot. Elle s’est bornée à écouter sagement des autorités religieuses et des ministres UMP venus faire leur show quelques minutes puis repartir entourés de caméras et micros cherchant la petite pique. Point final. Parmi les 26 propositions portées par Jean-François Copé, dont la seule obsession semble être la présence de concitoyens musulmans, certaines devraient même nous faire rire par leur inconséquence.

Quelques exemples. Il faudrait, selon la proposition n°2-1 (page 7) du document de l’UMP distribué hier, nommé « Laïcité, pour mieux vivre ensemble », une loi pour interdire « à quiconque de se prévaloir de ses croyances pour s’affranchir des règles communes ». Mais c’est déjà le cas. Cette interdiction est déjà constitutionnelle. Que peut-on faire de plus fort ?

205766.jpgLa proposition n°2-2 (page 7 encore) veut « prévoir dans le cadre du programme scolaire obligatoire un enseignement relatif au principe de la laïcité ; en lien avec la présentation des grandes religions » (Ben voyons). Mais, franchement, c’est déjà le cas, notamment dans le cadre du programme de seconde d’Histoire !

Il faudrait encore, proposition n°2-9 (page 9) légiférer pour veiller « à l’interdiction de se soustraire au programme scolaire obligatoire ». Mais cette loi existe déjà depuis plus d’un siècle ! L’obligation scolaire est prévue dans le Code de l’éducation (Article L 131-1 imposant l’obligation scolaire entre 6 et 16 ans et l’article L 122-1). Ici, sincèrement, l’UMP enfonce des portes ouvertes. Elle ferait mieux de s’interroger sur les conséquences déplorables des suppressions de 16 000 postes chaque année dans l’Education nationale.

Ainsi continu le "catalogue des 3 gardes suisses" (Copé, Guéant et Sarkozy...) de  l'UMP. Certaines propositions cachent toutefois quelques fourberies. Je vois quelques problèmes dans la proposition n°3-5 (page 12) qui veut légiférer dans l’esprit des propositions de la si dangereuse commission Machelon. Elle veut faire en sorte que les baux emphytéotiques dont bénéficient certains lieux de culte, soient avec option d’achat. Mouais. Pourquoi faire une loi à ce sujet ? Méfiance. La situation actuelle est déjà claire. Est-ce pour garantir à l’Eglise catholique que les 450 églises, construites ainsi depuis 1905, dans le cadre d’un dispositif très particulier, les « Chantiers du Cardinal », deviennent bien sa propriété, quand nous arriverons au terme des ces baux (dans quelques années) ? L'Eglise catholique craint-elle que ces paroisses  deviennent seules propriétés des communes qui pourraient en disposer pour autres choses ? Tout cela reste flou et je devine quelques roueries anti-laïques sur ce point également. la vigilance s'impose. Il existe aussi dans les autres propositions UMP des cadeaux financiers aux cultes et associations qui les organisent. Elles me semblent dangereuses et contraires à l’esprit de 1905. Il me faut le temps, avec mes amis, de les expertiser. J’y reviendrai dans un prochain billet.

arton1757.jpgvatican-drap.gifMais, je voudrais (pour rire un peu) surtout souligner pour finir, la proposition n°3-12 (page 15). Elle veut « éviter que des ministres du culte aient un lien de subordination avec un Etat étranger ». Certes, pourquoi pas, mais les évêques catholiques se verront-ils inquiétés pour leur relation avec l’Etat du Vatican ? Dois-je rappeler que le Pape Benoit XVI, si apprécié par Nicolas Sarkozy, est considéré comme le chef d’un Etat de 0,44 km2, regroupant officiellement 860 habitants ayant la nationalité vaticane. L’Etat du Vatican fut créé en 1929 par Benito Mussolini et le Pape Pie XI lors des Accords de Latran du 11 février 1929. Cela vous rappelle quelque chose ?

Sarko-au-Vatican.jpgSarko-et-Eveques.jpg

15064_ortho.jpgMais surtout, l’UMP va-t-il s’opposer demain au récent achat à Météo France, par la Fédération de Russie, d’un terrain en plein Paris, non loin de la tour Eiffel, pour construire une cathédrale orthodoxe ? Les parisiens connaissent-ils ce projet ? Pas sûr. Dommage. Ce nouveau bâtiment sera un « Centre spirituel russe » de 4225 m2 qui coûtera au moins 34,5 millions d’euros. La plus haut « bulbe » de cette Eglise orthodoxe s’élèvera à 27 mètres de haut. Qu'en penses ceux qui s'évanouissent à la vue d'un minaret ? Sa construction est intégralement financée par l’Etat russe, l’Eglise orthodoxe russe et des mécènes russes et français. Ce projet qui ouvrira normalement fin 2013 ou début 2014 est né en automne 2007, après une visite du tserkov1.jpgpatriarche de Moscou Alexis II auprès de Nicolas Sarkozy. Le Président de la République s’est montré emballé par ce projet, mais des mauvaises langues assurent que c’était la contrepartie d’achat, par la Russie, de Frégates Mistral. Est-ce possible ? Dans ce bâtiment futur, les « ministres des cultes » auront clairement « un lien de subordination avec un Etat étranger ». Allo Jean-François Copé, pourquoi tu tousses ? Que vas-tu faire ? Evidemment rien. A quelques mètres du monument historiques le plus célèbre en France, un lieu de culte va être construit avec de l'argent "étranger", avec le soutien du gouvernement UMP et dans le silence de tous les "faux laïques" qui traquent les musulmans. Faudrait pas que les russes nous rendent nos Frégates. Et puis, les orthodoxes d’accord, mais les musulmans, danger…

Qui peut comprendre un tel double discours ? C'est indigne.

 Ma petite lecture dirigée et commentée du document de l’UMP s’arrête. Vous pouvez la continuez tout seul avec un peu de jugeote. Vous le constaterez, la liste est encore longue de toutes ces mesures gadgets portées par le parti de Nicolas Sarkozy.

La laïcité n’est pas à géométrie variable selon les religions. Elle s’applique à tous. La proposition de loi présentée par le PG est la seule proposition sérieuse qui garantit la laïcité. Lisez la, faites la connaître. Elle mérite au moins autant de publicité que le barnum inutile et dangereux qui s’est tenue cet après midi. Il faut débattre de la laïcité. Mais ne laissons ses adversaires, salir ce principe si important que notre République vive au 21ème siècle. Quand au Projet présenté par le Parti socialiste ce week-end, que propose-t-il ? Rassurez vous rien. Ai-je mal lu ? Sur les 33 propositions sur le site du PS, le mot "laïcité" n'est pas utilisé une seule fois...La responsabilité de la défense de la laïcité nous revient donc. Même seul aujourd'hui, comme parti politique, nous relevons le gant. Nous sommes persuadés, que dans le pays, nous sommes largement majoritaire.

Loin des pitreries de MM. Copé et Sarkozy, la République française parle clair : laïque oui, raciste jamais.

dimanche, 3 avril 2011

avr. 11
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UMP et FN : faux laïques et drôles de paroissiens... et à propos d'Eric Zemmour

L’UMP veut parler de laïcité ? Alors qu’il discute de notre projet de loi cadre…

laicite5.jpgQuelle confusion ! Quelle cacophonie ! C’est évidemment une tactique voulue de la part de certains dirigeants de l’UMP (si ce n’est pas le cas, c’est encore plus inquiétant) pour annoncer leur pseudo débat  sur la laïcité, dont le seul réel objet et de montrer d’un doigt accusateur nos concitoyens de confession musulmane. La grosse caisse du tambour UMP résonne bruyamment pour faire entendre « nous aussi, on n’est pas complaisant avec les arabes ! ». C’est une stratégie du « clin d’œil » en direction des 6,7 % d’électeurs qui se sont déplacés pour voter Marine Le Pen. Les autres, qui ne sont pas xénophobes mais qui veulent plus de justice sociale, peuvent aller se faire voir. Pitoyable. C’est ainsi qu’ils veulent faire reculer le vote FN. Quels irresponsables ! Le débat minable durera deux heures dans un hôtel parisien le 5 avril. Des semaines de provocations déboucheront sur deux ou trois bricoles.

Une précision, pour ma part, je ne considère pas qu’il serait dangereux ou inutile de parler de laïcité. C’est même rigoureusement l’inverse. Je suis favorable à tous les débats sur le sujet et à une éducation populaire permanente. Il n’y a donc aucune frilosité à avoir. Il serait d’ailleurs inacceptable de ne plus aborder ce principe fondateur de notre République sous le prétexte d’une quelconque pression d’une Eglise. Donc, que l’UMP se réunisse pour parler laïcité ne me pose à priori aucun problème, sauf que concrètement dans le cas présent, ce n’est pas la laïcité le sujet mais l’Islam. Et là, cela devient autre chose. Je récuse avec vigueur l’idée que le principal problème de la laïcité en France ruede-la-laicite.jpgest dû à la présence plus importante de musulmans. Les prières dans certaines parties de rues ? Ce n’est pas acceptable, mais cela concerne au maximum six rues (quatre à Paris, une à Marseille et une autre à Nice). Ce n’est d’ailleurs pas un réel problème de laïcité, mais d’ordre public et de circulation. Mais surtout, cela concerne une minorité infinitésimale des musulmans français. Est-ce bien raisonnable de faire une énorme affaire de quelque chose de limité, qu’aucune autorité musulmane ne soutient ? Non. Par contre, concernant la laïcité, c'est-à-dire le refus du financement par de l’argent public de la pratique ou du développement d’un culte, il y a des combats bien plus urgents et d’une autre envergure. Depuis des mois, avec une certaine discrétion, les députés UMP votent des avantages matériels et fiscaux (notamment la scandaleuse loi Carle) pour les Ecoles privées dont je rappelle qu’elles sont à 82 % confessionnelles et à 97 % catholiques. La loi de 1905 est régulièrement détournée de son sens (par le biais des articles 13 et 19 modifiés en 1907, 1908 ou 1942) et se montre impuissante face aux nombreux financements de travaux de bâtiments religieux là encore essentiellement catholiques.

Il faut être lucide sur la France de 2011. 19 % du budget de l’Education nationale sert à financer la scolarité des 17 % d’enfants scolarisés dans le privé. Concrètement, ils touchent donc plus d’argent que ceux du public ! La taxe d’apprentissage que versent les entreprises pour les lycées professionnels privés leur attribue chaque année 80 millions d’euros supplémentaires que ceux du public. Et cela représente 200 millions d’euros pour l’Enseignement supérieur.

laicite2.jpgUne étude réalisée en 2006 par un collectif d’associations laïques estimait que, chaque année, en tout 10 milliards d’euros de fonds publics sont détournés au profit de l’Eglise catholique. Vous voulez le détail ? L’Etat verse 8,2 milliards d’euros (dont la majeure partie sert à payer le salaire des enseignants du privé). Les communes elles, versent aussi 530 millions d’euros. Les Régions (souvent majoritairement socialistes) subventionnent à hauteur de 499 millions d’euros l’enseignement catholique. Il faut ajouter 242 millions d’euros détournés chaque année par le biais de dérogations fiscales avantageuses. Partout où ils ont des élus, le FN vote toutes ces subventions. Cette réalité n’a cessé de s’aggraver depuis l’élection de Nicolas Sarkozy. En plus, les statuts cléricaux d’exception d’Alsace Moselle représentent une dépense antilaïque de plus de 72 millions d’euros. Le seul hébergement des prêtres diocésains en France coûte 54 millions aux collectivités territoriales. Tout cela doit cesser.

Dsc09242.jpgQuand on sait que la totalité de l’impôt sur le revenu représente environ 50 milliards d’euros de recettes chaque année pour l’Etat, on constate que ce sont près de 20 % de cette somme qui est versée de manière directe ou indirecte à l’Eglise catholique (ses écoles, ses bâtiments, ses prêtres, etc..) ! Je tiens cette réalité pour un scandale. Alors, est-ce de cela dont va parler l’UMP dans son débat sur la laïcité ? Non, bien sûr que non. C’est pourquoi le Parti de Gauche organisera lundi matin, une conférence de presse avec Jean-Luc Mélenchon pour présenter notre projet de loi cadre « Pour la promotion de la laïcité et la clarification des règles de son application concrète ». Sous la houlette énergique de Pascale Le Néouannic, SN du PG en charge du combat laïque et Pierre Yves Legras qui a animé la Commission, et bénéficiant en permanence du magistère attentif et critique du philosophe Henri Pena-Ruiz, nous avons élaboré cette loi qui vise à mettre un terme aux réelles attaques contre la laïcité. J’étais aussi modestement de cette joyeuse équipe qui a consulté beaucoup de gens. Je ne souhaite pas en parler dans le détail car je réserve la primeur à mes amis qui la présenteront à la presse. J’espère qu’elle va faire du bruit. Elle sera présentée au Sénat fin mai, par Marie-Agnès Labarre, sénatrice du PG. A nos yeux, il est hors de question de toucher aux « noyaux de sens » de la loi de 1905. En 2011, c’est toujours aux fidèles de payer leurs lieux de cultes, quelle que soit leur religion. La puissance publique n’a pas à y mettre un centime. Dans le cadre de la loi du 9 décembre 1905, toutes les réponses existent pour répondre aux petites difficultés posées par la pratique du culte musulman (Baux emphytéotiques administratifs, location, etc…). Par contre, la loi de 1905 étant quotidiennement dénaturée, le projet de loi cadre du PG a pour ambition de faire cesser les scandales actuels et redonner de la clarté au débat.

Les « drôles de paroissiens » du FN, ennemis mortels de la laïcité

Car, n’est pas laïque qui veut et qui utilise ce nom. Je ne décolère pas d'entendre ces derniers jours tous les médias répéter, à l'occasion de toutes les émissions auxquelles la Présidente du FN est invitée, que ce parti sous la houlette de Marine Le Pen serait devenu un défenseur de la laïcité. Je m'étrangle. Si cela continue, il va finir par être présenté par certains commentateurs comme le véritable ami des étrangers et le premier parti antiraciste de France.

Il faut rétablir la vérité. Le FN n'est pas laïque. Il est même sans doute le parti politique le plus déterminé et le plus conséquent pour détruire la laïcité telle qu’elle est définie par la loi de 1905. Jamais, depuis sa fondation, il n'a mené le moindre combat laïque et même, pour être précis, il était toujours de l'autre coté de la barricade lors des récents grands moments de son histoire tumultueuse. En 1984, il fut particulièrement actif, aux cotés des institutions religieuses, pour défendre des intérêts des écoles privés. En 1994 il était d’accord avec François Bayrou et favorable à la remise en cause de la loi Falloux. Il s'est toujours dit favorable aux financements publics de cérémonies religieuses catholiques comme les visites du pape en France, etc...

On me répondra « Oui, peut être, mais c'était avant que Marine Le Pen soit Présidente, cela a changé... ». Non, non, franchement, non. Que l'on m'épargne ce baratin directement puisé dans la communication frontiste. Même sous la Présidence de Mme Le Pen, le Fn reste le parti des anti-laïques de choc. Quelques exemples.

marie_christine_arnautu.jpgConnaissez vous Marie-Christine Arnautu ?
Non ? Dommage. Elle est la nouvelle vice-présidente du FN chargée des affaires sociales. Très proche de Marine Le Pen, elle est présentée par la presse comme sa "grande soeur". Elle s'est beaucoup dépensée contre Bruno Gollnish pour l'élection de son amie à la présidence du FN. Cette dame était la tête de liste de son parti lors des dernières élections Régionales en Ile-de-France. Et bien, dans un communiqué du 16 mars 2010, Mme Arnautu reprochait à une autre liste d’extrême droite de l’avoir empêchait d’obtenir 10 % et considérait que la seule liste chrétienne était celle du FN. Elle terminait par un « En cette période de carême, Marie-Christine Arnautu prie pour que ce pêché mortel envers la Nation et la famille leur soit un jour pardonné. Amen. ». Sidérant. Imaginez, le scandale si le tête de liste d'une autre formation politique avait conclu un communiqué par un « Allah ouakbar » (Dieu est grand) et je ne sais trop quel vocable puisé du vocabulaire religieux ? J'entends d'ici les hurlements que la direction du FN aurait poussé. Elle n'aurait pas eu tort, à condition d'avoir la même exigence envers toutes les religions. Il ne faut pas mélanger la politique et les convictions religieuses des candidats. C'est mon opinion et celle de tous laïques conséquents. Les options spirituelles de ceux qui veulent représenter tous les concitoyens doivent, selon moi, rester une affaire privée. Alors pourquoi ce que les dirigeants FN se permettent pour eux-mêmes serait interdit pour les autres ? On ne défend pas la laïcité ainsi. On la déforme et la salit.  Les amis de Mme Le Pen  sont favorables à ce que les catholiques exaltent leur foi partout et tout le temps, sans doute car c'est la religion « bien de chez nous », mais considèrent que par définition, nos concitoyens musulmans sont dangereux pour la laïcité, sans doute car ils sont étrangers. Cela n’a rien à voir avec la laïcité. Cela s’appelle de la xénophobie.

France_Jamet.jpgConnaissez vous France Jamet ?
Non, plus ? Dommage également. C'est aussi une proche de Mme Le Pen. Son père, Alain Jamet, grande figure de l'extrême droite pro Algérie Française a même était nommé Vice Président du FN depuis le dernier congrès, en remerciement à l’aide qu’il apporté à son élection. Mme Jamet était tête de liste FN aux élections régionales dans le Languedoc Roussillon. Sur la plupart du matériel électoral qu'elle a publié, elle arbore autour du cou une petite croix catholique en or. Bah, petit bijou innocent, pensez vous ? Moi, non.  Je considère une fois de plus, que le respect de la laïcité française exige que les candidats n'indiquent pas sur les affiches et tracts de campagnes leur conviction religieuse. Ce fut notamment l'objet d'un désaccord avec nos amis du NPA qui ne partagent pas cette exigence (Ont-ils changé depuis leur dernier congrès ? Je n’ai pas bien compris). Mais, concernant les faux laïques du FN, si un candidat d'une autre liste avait arboré ses convictions, particulièrement s'il fut de conviction musulmane, j'imagine les hauts cris qu'ils auraient poussés.

agrif5.pngConnaissez vous M. Walleyran de Saint Just ?
Non, toujours pas ? Lui, est le trésorier actuel du FN et l’avocat de Marine Le Pen (et aussi de Brigitte Bardot et de l’Eglise Saint-Nicolas du Chardonnet). Cet homme à la moustache raffinée, trésorier donc d’un parti qui se dit laïque, est aussi le Vice-président de l’AGRIF (du moins il l’était encore en 2007 comme l’atteste ce document). Il faut lire le blog du journaliste Monsieur Jo.  J’y vois là comme une petite contradiction. AGRIF, cela signifie « Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne », cette association partage exactement la même adresse que Chrétien-solidarité un groupuscule d’exaltés intégristes catholiques. Normal ce sont les mêmes sous des masques différents ! Ces deux structures, très liées l’une à l’autre, ont été fondés par Bernard Antony, un catholique intégriste fidèle de feu Monseigneur Lefèvre, longtemps membre de la direction du FN aux cotés de Marine Le Pen. En 1996, M. Antony, homme de foi, avait par exemple déclaré à l’occasion de l’occupation de l’Eglise Saint-Bernard à Paris : « Il faudrait occuper les mosquées et les synagogues puisque ces gens occupent nos églises. Je condamne ces chrétiens émasculés qui accueillent ces négros ».
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Si M. Walleyran de Saint Just est un laïque que fiche-t-il donc à co-présider une telle association et à se réunir dans les mêmes locaux que ces intégristes qui luttent contre la laïcité avec acharnement depuis des décennies ? Confier à ces gens là la défense de la laïcité, reviendrait à confier à Pablo Escobar la lutte contre la drogue ! Redevenons sérieux.

Je donne un dernier conseil aux journalistes qui interrogent et invitent systématiquement Marine Le Pen pour s’exprimer. Au sujet de la laïcité, invitez aussi d’autres responsables du FN, notamment les trois que je viens de présenter. On ne sera pas déçus.

Un dernier mot sur Eric Zemmour

laicite3.jpgIl existerait donc selon la couverture du Point de cette semaine « La droite Zemmour ». C’est effectivement possible. Mon problème actuel avec M. Eric Zemmour n’est pas qu’il s’exprime et donne son opinion. Sur nombres de sujets, il fait entendre une voix dissonante, pourquoi pas ? Il est bien plus cultivé que la moyenne des chroniqueurs politiques. C’est un journaliste d’opinion, de droite dure, qui s’assume. Il est partout, à la télé, dans les journaux, à la radio. Curieux d’ailleurs que cet homme dise qu’on veut le faire taire. On n’entend que lui. J’attends qu’il existe un tel journaliste de gauche, proche de mes idées, ayant la même exposition médiatique. Quand il mord le trait, en tenant des propos racistes, il me semble normal que M. Zemmour soit condamné par la loi. Le problème est que ce journaliste iconoclaste devient désormais l’idéologue de référence pour l’UMP. Et hélas, par sur les questions économiques (car Zemmour est critique vis-à-vis de la construction libérale de l’Europe, et c’est parfois pertinent) mais sur les questions idéologiques et morales, où c’est un fieffé réactionnaire, misogyne et xénophobe. Il parait qu’il mange régulièrement à la table du Président de la République. Bon appétit Messieurs. La droite du Général de Gaulle avait André Malraux, celle de Nicolas Sarkozy a Eric Zemmour. Chacun appréciera.

laicite4.jpgCe que je trouve le plus inacceptable de la part de ce journaliste, ce sont les propos qu’il a tenus devant les parlementaires UMP le 2 mars dernier. A cette occasion Il a déclaré qu’il existait dans notre pays une « législation liberticide » concernant la liberté d’expression. Il faudrait en urgence « supprimer les lois mémorielles » et « supprimer également l’action pénale pour les associations anti-racistes ». A leur sujet, il avait même ajouté « et pendant que vous y êtes, si vous pouviez supprimer leurs subventions, cela ferait du bien au budget de l’Etat ». Il s’est fait chaleureusement applaudir par tous les députés UMP présents. La boucle est bouclée. Ces revendications étaient jusque là portées par le seul FN. Eric Zemmour les a fait applaudir par le groupe majoritaire à l’Assemblée nationale. De plus, comme je l’ai démontré précédemment, expliquer que les finances de l’Etat sont plombées par les subventions données aux mouvements anti-racistes, sans dire un mot sur les cadeaux attribués aux Eglises est lourd de sens.

C’est pourquoi, mercredi 30 mars, j’ai présenté un vœu au Conseil de Paris à ce sujet (voir la vidéo ci-après). Je voulais réaffirmer l’importance des « lois mémorielles » qui offrent un cadre juridique à la lutte contre le négationnisme. Mon vœu se terminait ainsi :

« - Le Conseil de Paris, tout en restant attentif aux débats d'historiens relatifs à ces questions, tient à réaffirmer son attachement à la loi Taubira du 21 mai 2001 qui considère "la traite négrière comme un crime contre l'humanité", à la loi du 29 mai 2001 qui affirme que "la France reconnait publiquement le génocide arménien" et la loi Gayssot du 13 juillet 1990 qui donne un cadre légal à la condamnation du négationnisme des crimes nazis de la seconde guerre mondiale. Ces lois ont prouvé leur utilité, même si elles ne règlent pas toutes les difficultés, et leur abrogation ne permettrait pas une meilleure "liberté d'expression" mais rendrait impunis les propos racistes et antisémites.

- Le Conseil de Paris tient aussi à réaffirmer que les associations luttant contre le racisme font oeuvre utile. En défendant des valeurs universelles, notamment le principe d'égalité entre les hommes et l'indispensable laïcité, elles permettent aux valeurs de la République d'être un réel lien vivant entre chacun de nos concitoyens. Les affaiblir, c'est donc aussi d'une certaine façon affaiblir la République. »  

Je voulais connaître particulièrement l’opinion des élus UMP sur cette histoire. Jean-François Lamour, Président du Groupe UMP et député de Paris était présent lorsque j’ai présenté mon vœu.

Il a accueilli mes propos avec un silence qui se voulait méprisant à mon égard. Aucun élu UMP n’a pris la parole et ils ont tous voté contre mon vœu. La « droite Zemmour » si remontée contre le parisianisme des élites a donc ses partisans à Paris.

mercredi, 30 mars 2011

mar. 11
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Zone de turbulences…

Soirée électorale - Stéphane BurlotAccrochez vos ceintures, cela va secouer dans les mois qui viennent. Nous entrons dans une zone de hautes turbulences. En politique, le temps est une matière souple qui se dilate ou se contracte selon les périodes. Désormais, les choses vont s’accélérer. Je prends les paris que dans six mois le décor politique actuel se sera effondré et qu’un nouveau aura pris place. Il ne restera plus qu’un paysage institutionnel délégitimé, détaché de toutes bases sociales et électorales réelles, effrayé par l’approche des échéances électorales de 2012.

L’UMP a été foudroyé par les deux scrutins des cantonales. Indignés par les conséquences de sa politique libérale qui détruit la plupart des acquis sociaux et profite à une minorité d’oligarques au comportement honteux, son électorat s’éloigne et tout particulièrement sa frange la plus populaire. La plupart s’abstiennent, mais des morceaux significatifs se tournent vers le Front national. Tous recherchent une solution pour que cela change vite convaincu que « cela ne peut plus continuer ainsi ».

En écrivant cela, je suis bien conscient que cela ne profitera pas mécaniquement à la gauche. Loin de là. On l’a vu dimanche. Dans un océan de confusion et de colère, les solutions autoritaires et xénophobes peuvent émerger et l’emporter. Obsédés par leurs seules réélections, nombre de députés UMP actuels peuvent forger une nouvelle alliance avec Marine Le Pen. Nicolas Sarkozy dans une impasse peut même y mettre la main. Je n’ai aucune illusion sur le bonhomme. Il n’a aucun principe et fera tout pour être réélu. Il est même possible que ceux qui refuseront une telle alliance seront à la direction du FN, qui ne voudra en rien être associer à un Président en déliquescence.

Soirée électorale - Stéphane BurlotConcernant l’extrême droite et ses résultats aux cantonales, il faut être clair. Pour l’heure, elle est d’abord forte de nos faiblesses.A l’occasion du second tour, sur les 402 cantons où il avait pu se maintenir, le Front national passe au total, en comparaison avec dimanche dernier, de 621 837 voix à 915 049 voix. Dans ces cantons là, le FN fait progresser son nombre de voix de près de 47%, soit 10 points supplémentaires. C’est bien sûr inquiétant. Mais, cette progression entre les deux tours avait déjà été constatée dans les mêmes proportions en 2004. La force du FN réside d’abord et avant tout dans l’abstention massive combinée à l’effondrement de l’UMP.

La « poussée » frontiste qui fait la une des journaux, présentée comme le principal évènement de ce scrutin et occultant toutes les autres leçons, représente 6,70 % des électeurs inscrits au premier tour et autour de 20 % au second, dans les cantons les plus favorables. Certes, c’est haut, trop haut. Mais, ce n’est pas vraiment nouveau, hélas.

Le FN progresse le plus entre les deux tours en voix, là où il est confronté à la gauche, et particulièrement à un candidat Front de Gauche. Face à la droite, le FN progresse beaucoup moins et perd tous ces duels. Cela démontre ainsi que c’est essentiellement un électorat de droite qui glisse progressivement vers le vote FN.

La théorie fumeuse, mainte fois répétée, que l’électorat FN est un électorat populaire votant jadis à gauche, ne se vérifie pas dans les faits. Non. Les votants frontistes sont d’abord et avant tout des électeurs de droite, ayant voté UMP lors des dernières élections, qui se radicalisent. Je ne conteste pas qu’il existe des gens ayant voté à gauche qui votent à présent FN. Non, bien sûr. Mais, ils constituent une fraction marginale de cet électorat.

Soirée électorale - Stéphane BurlotDe même, un récent dossier du Nouvel Obs présentant l’entourage intellectuel de Marine Le Pen comme venant de la gauche est une supercherie qui entretient cette théorie. Philippe Cohen, le responsable du site Marianne2 se retrouve même embarqué dans cet aréopage. C’est révoltant d’injurier ainsi un homme, même si on est en désaccord avec lui. Je dis aux journalistes qui suivent la Présidente du FN d’ouvrir un peu plus les yeux. Là où elle a puisé ses arguments qui ont produit les meilleurs effets médiatiques ces derniers mois sont essentiellement des sites et des officines d’extrême droite. Quelques exemples. C’est sur le site Fdesouche.com  qu’elle a trouvé les extraits du livre de Frédéric Mitterrand racontant ses aventures sexuelles avec un jeune prostitué et qui avait fait scandale lorsqu’elle l’avait révélé sur le plateau de France 2. C’est sur le site Polemia.com (animé par des proches de Jean-Yves Le Gallou) qu’elle a puisé les prétendus « vrais chiffres de l’immigration » qu’elle a présenté lors d’une conférence le 21 février dernier.C’est sur le site Novopress.info qu’elle emprunte régulièrement ses formules chocs. Enfin, c’est sur le site du groupuscule Bloc Identitaire qu’elle a puisé ses tirades « pseudo laïques » et tous les arguments sur les prières de la rue Myrha. C’est cela qui l’inspire et la nourrit et non les classiques de la gauche.

Il est évident que le FN, galvanisé par ses résultats et les sondages pour 2012, est en dynamique. Quelle politique ? Quelle stratégie ? Quel chef ? A ces trois questions face auxquelles la droite traditionnelle semble désorientée, les frontistes apportent désormais des réponses, à priori rustique pour la bourgeoisie bien élevée, mais qui peuvent plaire à certains de ses représentants dans un avenir proche. Quelle que soit la force électorale réelle du FN à l’heure où sont écrites ces lignes, dans la mesure où la droite risque d’imploser, tous les dangers sont possibles à l’avenir.

Mais, gare au catastrophisme. Les ressorts de résistance ne sont pas brisés, mais ils sont faibles. Au soir du premier tour, les dirigeants FN paradaient en étant convaincus qu’ils obtiendraient « entre 10 et 50 Conseillers généraux ». Finalement, ils n’en obtiennent que deux. Les dirigeants les plus emblématiques après Marine Le Pen, le secrétaire général Steeve Briois et son vice-Président Louis Alliot sont tous les deux battus. Pour empêcher leur élection, l’électorat de gauche s’est un peu plus mobilisé, surtout quand le FN était confronté à la gauche. Ce fut le cas, de façon inespérée, à Béziers 4 où la participation a augmenté entre les deux tours de près de 10 %. Mais, cela ne sera pas suffisant à l’avenir. Face à l’extrême droite, rien ne sera possible sans une profonde implication citoyenne.  Soirée électorale - Stéphane Burlot

Faire de la politique, c’est donc poser des diagnostics et faire des pronostics. Mon diagnostic, et celui du PG, est que la grande instabilité de la situation ouvre toutes les possibilités, je dis bien toutes. Les plus enthousiasmantes comme les plus effrayantes.  Les arrogants de tous bords devraient prendre garde. Ils chuteront de haut.

Mon pronostic et que pour être audible il faut reforger un vocabulaire politique compréhensible et audible pour le plus grand nombre. La stratégie de nos adversaires a été de dénaturer quasiment tout le vocabulaire de notre camp. Beaucoup de mots qui ont fait rêver nos ancêtres politiques inquiètent et repoussent une grande partie du peuple de 2011. Comment y comprendre quelque chose ? Le socialisme ? C’est l’actuel Directeur du Fonds Monétaires International (FMI) qui l’incarnerait en France. Le communisme ? Le stalinisme l’a tâché de sang quelques années après la belle Révolution de 1917. L’écologie ? Elle est souvent incarnée en France par un ancien anarchiste devenu proche de MM. François Bayrou et Jean-Louis Borloo ou encore par un animateur TV lié à de grands groupes privés pollueurs. La République ? Elle est aujourd’hui présidée par un ultra libéral cynique. La laïcité ? Elle est salie par des irresponsables qui habillent de ce mot des propos xénophobes ou des tenants de la « laïcité ouverte » qui veulent financer avec de l’argent public des lieux de cultes. La liste est encore longue. La Raison est régulièrement moquée sur les plateaux télés. Comment s’y reconnaître pour beaucoup de nos concitoyens ? Difficile, très difficile. Dans ce contexte, comme l’écrivait Georges Bernanos : « le crépuscule de la raison engendre des monstres ». Il faut donc reproduire du sens.

Soirée électorale - Stéphane BurlotSi nous sommes de gauche, si nous ambitionnons de rassembler toute la gauche et rien que la gauche, nous avons aussi pour tâche de nous adresser à des millions de gens qui n’attachent plus aucune importance à ce mot. De nombreuses études récentes attestent que plus de 40 % de la population ne voit plus de différence entre la droite et la gauche. Nous les ramènerons aussi dans le camp de la lutte pour l’émancipation sociale en leur parlant une langue compréhensible, et surtout en faisant des propositions concrètes, en dessinant un nouvel horizon et non seulement en faisant claquer des drapeaux rouges et en scandant des formules et des consignes vides de sens pour eux.

La crise ne vient pas que de la droite. Ce serait trop simple. Si le Directeur du FMI est le candidat du PS, le champ politique et sémantique explosera encore plus. Cette candidature est dangereuse. Mes amis socialistes doivent le comprendre. Le miel des sondages d’aujourd’hui risque d’être bien aigre demain. J’en conviens, le rejet de Sarkozy est tel que Dominique Strauss-Kahn peut être élu, c’est possible, surtout si il est confronté au second tour à la candidate du FN, scénario envisageable si la droite implose en plusieurs candidatures. Elu peut-être, mais avec qui et pour quelle politique ? Certains élus Strauss-Kahniens du Conseil de Paris cherche parfois à me rassurer, l’œil brillant : « Allons, ne t’inquiète pas, Dominique fera une campagne de gauche… ». En réalité, cela ne me rassure pas. Qui peut croire que l’on peut diriger le FMI, pivot des politiques de rigueur budgétaires dans le monde, et se transformer, le temps d’une élection en chef de la gauche française et organiser avec un minimum de volonté une autre répartition des richesses ? Un homme politique n’est pas un acteur de cinéma qui change ses propos en fonction des rôles qu’il doit incarner. Une sorte de Gérard Depardieu passant du rôle de l’ouvrier mineur exploité dans Germinal à celui de petit patron de bistrot collabo dans Uranus puis encore à un autre rôle choisi en fonction de la qualité du texte et de la mise en scène. Non. Les électeurs ont de la mémoire. Ils veulent du vrai, de l’authentique. Pas du toc.Soirée électorale - Stéphane Burlot

Je pose aussi la question de savoir en compagnie de qui il gouvernerait si Dominique Strauss-Kahn était élu ? Dans le cadre de quelle alliance ? Ne souriez pas. La crise est telle à droite que je n’exclus pas que certains, sûr de la défaite de Nicolas Sarkozy, le soutiendront dès le premier tour, puis au second dans le cas d’une confrontation avec le FN. Le risque est grand que tout cela serve de prétexte à forger de « nouvelles alliances » pour bâtir un gouvernement composé, en grande partie, de gens de droite. Exagération de ma part ? Pas sûr. Lors du documentaire de Canal + qui lui était consacré, il y a quelques semaines (assez pitoyable au demeurant) DSK a dit qu’il regrettait que Jacques Delors n’est pas été candidat du PS en 1995. Dois-je rappeler que si ce dernier avait jeté l’éponge, c’est d’abord et avant tout car l’UDF de François Bayrou n’avait pas souhaité le soutenir ?

Une chose est certaine. La dynamique ne peut être du coté de la gauche qui si elle parle clair et fort. Il est temps de commencer la campagne présidentielle. Non, pour personnaliser la réponse en se persuadant qu’un homme providentiel apportera magiquement des solutions. Je ne suis pas de cette culture là, aux antipodes de la gauche républicaine qui n’a jamais cru aux sauveurs. Mais, il faut maintenant incarner qu’une autre politique est possible. Il faut un pédagogue de nos idées, qui incarne une rupture avec le système et qui sache nous rassembler.

Tout cela n’a de sens que dans le cadre d’une action collective, respectueuse des histoires de chacun. C’est cela le Front de Gauche. Dans ces cantonales, il est la seule force à gauche à avoir progressé. Nous avons enregistré plus de 250 000 voix par rapport aux régionales de 2010. Notre ligne est juste. A ce stade de notre histoire, je reste convaincu que Jean-Luc Mélenchon doit être celui qui porte cette orientation dans la prochaine échéance qui vient. Le Conseil national du PCF se réunissant les 8 et 9 avril sur cette question, j’attends désormais que ses travaux nous aident à franchir une marche supérieure. Perdre du temps, c’est courir le risque de laisser d’autres prendre de l’avance. Sortir d’une zone de turbulences impose que l’on avance et non que l’on y stationne. Sinon, gare au haut-le-cœur !

Photos : Stéphane Burlot

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