DSC06257.JPGLe 3 avril 2010, il y a quasiment un an, une vidéo montrant Jean-Luc Mélenchon en colère contre une interview maladroite d'un étudiant en journalisme avait provoqué un joli buzz sur le net. Le lecteur de ce blog s'en souvient sans doute. J'avais écrit un article sur cette petite affaire que l'on peut relire en cliquant ici.

Il y a quelques jours, une nouvelle vidéo, filmée sous un autre angle, présentant cette "altercation" vient d'être publiée. Curieusement, elle n'a pas circulé l'an dernier. Je m'interroge d'ailleurs sur cette discrétion. Poser la question, c'est sans doute déjà y répondre. Elle offre pourtant selon moi une autre lecture de cet épisode. Elle ne produit pas le même effet sur le téléspectateur. L'image n'est plus celle d'un homme en gros plan, l'air vengeur, en train de s'en prendre à un "pauvre étudiant", mais plutôt celle d'un homme politique qui donne son opinion sur le si important métier de journaliste, ses excès et ses dérives. Il interpelle, pour le faire réagir à un moment clé de sa carrière, un homme qui vise à apprendre son métier. C'est sans doute parce qu'elle plus favorable à mon camarade Mélenchon, que l'auteur mystérieux de cette nouvelle vidéo a fait le choix de la garder sous le coude. Dommage.


J'invite chacun à la regarder. Au terme de cet échange on voit comment Jean-Luc "n'humilie" pas son interlocuteur comme j'ai pu l'entendre parfois de la part de certains commentateurs hostiles. Elle se termine par le fait que Jean-Luc lui dit d'ailleurs qu'il n'a rien de particulier contre lui ad hominem, mais l'invite à réfléchir sur sa profession, sur sa responsabilité, et les angles d'interview qu'il choisit, et choisira, quand il interroge un responsable politique.

DSC06263.JPGJe rappelle, je le sais pour avoir été présent sur place, que ce jour là, Jean-Luc Mélenchon répond tranquillement à tous les journalistes professionnels présents (on le voit d'ailleurs dans la vidéo répondre ensuite à une journaliste de RTL). Avant cela, il a consacré au moins 45 mn à répondre à d'autres sans incidents particuliers. Il a accepté de parler devant la caméra de cet étudiant car il est censé s'agir d'un simple exercice pour lui, réservé à son école de journalisme. Pas sûr que d'autres dirigeants politiques auraient d'ailleurs accepté de prendre de leur temps pour une telle chose. J'en connais qui ne répondent qu'au "grands médias". Pas Jean-Luc. C'est précisément parce qu'il considère qu'il s'agit là d'un exercice de style à vocation formatrice qu'il accepte de s'y soumettre.

L'échange qui continue, après les quelques secondes rendues célèbres et découpées habilement pour faire sensation, est une discussion sur ce métier (indispensable à toute démocratie). On voit bien que la suite de la conversation n'a aucun caractère professionnel, puisque le jeune homme lui dit qu'il est de gauche, argument qu'aucun "pro" n'utiliserait dans de telles circonstances.

On verra aussi qu'à la fin la discussion s'apaise, et Jean-Luc l'encourage à faire son futur métier avec plus de rigueur, lui disant qu'il le considère comme quelqu'un "sans doute altruiste". J'ai été témoin que les deux hommes se sont quittés tranquillement et que l'étudiant s'excusait presque, comprenant qu'il avait peut être exagéré dans l'aspect provocateur de ses questions, notamment sur l'importance de la réouverture des maisons closes, alors que Jean-Luc Mélenchon lui expliquait justement que c'était un sujet de diversion par rapport à d'autres question d'intérêts général, comme les raisons réelles de la crise politique qui frappe notre pays.

Je considère que, vu sous cet angle, cette vidéo change beaucoup de choses. Elle donne un éclairage saisissant sur le fait que nous devons tous rester des téléspectateurs lucides et attentifs, toujours critiques sur les images que l'on nous montre (et celles que l'on ne nous montre pas). Choisir un cadrage, faire une coupe lors d'un montage, est toujours un choix politique.

La critique exigeante des médias, principal vecteur de l'appréhension des débats politiques pour la grande majorité de nos concitoyens, reste une question centrale si l'on entend radicalement modifier notre vie politique et l'implacable domination culturelle et idéologique que font régner les grands groupes de presse. C'est aussi le cas avec les instituts de sondage, vitrine alléchante d'un monde tel que le rêvent ceux qui les commandent. Les dernières livraisons sont à ce sujet caricaturales. A les en croire, moins on parle politique, plus on est apprécié par les "sondés". Je n'en crois pas un mot. Le monde médiatique et sondagier est une arène où se déroule l'essentiel du combat politique. Il n'est pas un miroir innocent reflétant la réalité du monde. Par exemple, la complaisance récente avec laquelle Marine Le Pen est invitée sur tous les plateaux télé en étant présentée comme une laïque, n'en est qu'une terrible illustration. Mais ceci sera le sujet d'un prochain billet.

En attendant, regardez cette vidéo. Faites vous votre propre opinion. Critiquez là, laissez vos commentaires...
Et bienvenue sur mon nouveau blog !