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jeudi, 5 janvier 2012

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Jeanne d’Arc, un mythe disputé depuis plusieurs siècles

normal_jeanne_sarko_4.jpgPour commencer l’année 2012, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen ont choisi de s’exprimer sur le même mythe, le même symbole, la même légende : Jeanne d’Arc. Un discours vendredi 6 janvier à Reims pour le premier, après une visite éclair à Domrémy ; le lendemain, un discours à Paris au pied de la statue de Jeanne d’Arc pour la seconde. Certes, nous sommes, en ce mois de janvier 2012, officiellement au 600e anniversaire de la naissance de celle que certains appellent encore communément la « pucelle d’Orléans », mais il serait naïf de voir dans ces deux discours successifs un simple hommage historique à un personnage appartenant au passé. C’est bien sûr de politique actuelle et du présent, à quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle, dont vont nous parler l’actuel Président de la République et la chef du Front national dont le parti kidnappe tout particulièrement la symbolique depuis plus d’une vingtaine d’années. Chacun des deux candidats, déclaré ou pas, va y donner sa vision de la France, celle d’aujourd’hui, celle de demain.

Jeanne_d_Arc_3.jpgAu risque de surprendre, je dis que la gauche ne peut se désintéresser totalement de ce sujet. Il est du moins nécessaire qu’elle fasse quelques petits rappels des faits car ils ne sont pas neutres. La lecture historique du personnage de Jeanne d’Arc forgée en ce début d’année 2012, ne peut être seulement un étroit dialogue à distance entre la droite antisociale et l’extrême droite. Le « mythe Jeanne d’Arc » qui nous parvient, depuis 1920 sainte de l’Eglise catholique, est le fruit d’une histoire complexe et tumultueuse qui n’aurait pas du tout la même dimension si de grandes figures de la gauche socialiste, républicaine et laïque étaient restés inactives à la fin du XIXe siècle, mais avec une toute autre ambition que le résultat actuel.

Cette « petite » histoire méconnue est à mes yeux beaucoup plus intéressante que la prétendue « grande», quasi légende généralement bidonnée, pétrie de clichés puisés dans la mystique catholique que va nous servir une nouvelle fois M. Sarkozy, dans le droit fil de son discours de Chanoine de Latran devant Benoît XVI ou plus récemment au Puy en Velay, sous la plume de je ne sais trop lequel de ses conseillers bigots. Plus intéressante aussi que le verbe pesant de Mme Le Pen, se prenant pour la réincarnation de la « bonne lorraine », recyclant les discours chauvins et mystico-guerriers de son père.

Comprendre pourquoi et comment Jeanne d’Arc est devenue il y a moins d’un siècle un « mythe national » me semble plus utile que de revenir sur son épopée militaire en défense du falot roi Charles VII : une aventure de quelques années, prétendument menée par cette jeune femme de 19 ans à l’identité douteuse, réelle illuminée religieuse, dont la véracité est encore très discutable et d’ailleurs encore très discutée par les historiens sérieux qui ne confondent pas Histoire et catéchisme. Les lignes qui suivent reviennent donc sur la façon dont le mythe nous a été transmis et par qui.

300px-Ingres_coronation_charles_vii.jpgCar de 1431, date de sa mort à Rouen, à la fin du XIXe, soit pendant plus de 450 ans, la figure de Jeanne d’Arc avait été quasiment oubliée sur le plan national. Quelques cérémonies avaient bien lieu chaque année à Domrémy ou à Orléans où elle était fêtée comme la libératrice, mais guère plus.

Il faut rappeler que c’est bien par des représentants de l’Eglise catholique qu’elle fut exécutée, après avoir été arrêtée par les Bourguignons qui la livrent aux Anglais dont ils étaient les alliés, qui eux-mêmes la soumettent à un tribunal ecclésiastique. Elle sera brûlée vive pour hérésie au terme d’un procès truqué. La mort de Jeanne doit donc être montrée et enseignée comme une expression repoussante du fanatisme religieux et de la violence de l’Eglise catholique qui faisait régner la terreur sur les consciences il y a 600 ans.

Il est vrai qu’en 1456, 25 ans après sa mort, le procès de Jeanne d’Arc fut considéré par l’Eglise comme nul, mais ce n’était pas encore une réelle volonté de réhabilitation de la part de ceux qui l’avaient supplicié. Pour le Roi de France, l’enjeu est alors moins la mémoire de Jeanne que le respect de sa propre personne et de son autorité. Il lui fallait effacer le soupçon qu’il avait été aidé par une sorcière pour reconquérir son trône.

-Jules_Michelet.jpgAprès des siècles de quasi oubli, c’est l’historien républicain Jules Michelet en 1841, dans un chapitre de son Histoire de France, qui en fut en réalité le grand inventeur. Sous sa plume elle devient, de façon très critiquable et assez fumeuse, un des symboles de la naissance balbutiante de l’idée de patrie. La voilà une sorte de figure républicaine, fille du peuple, héroïne de la patrie, oubliée par une monarchie ingrate et martyrisée par l’Eglise. D’autres historiens, républicain comme Jules Quicherat et socialiste comme Lucien Herr, lui emboîtent le pas. C’est le cas aussi de Jean Jaurès. Dès 1884, un député radical de l’Aveyron Joseph Fabre prend l’initiative d’un projet de loi instaurant une fête annuelle de Jeanne d’Arc. Dans son exposé des motifs, il fait valoir que les Etats-Unis ont, outre leur Independance Day, leur fête de Washington. Aussi la République française pourrait-elle instituer un complément du 14 juillet. Faut-il rappeler que la République est alors rétablie depuis moins de quinze ans ? Tout est bon pour la consolider. Mais ce projet est repoussé par une majorité qui pense que le projet risque d’être détourné par le clergé. Après un nouvel essai, et même son adoption par le sénat dix ans plus tard, le projet est néanmoins abandonné.

monseigneur-dupanloup.jpgParallèlement, l’Eglise catholique se réveille et sent poindre une menace dans cette volonté des seuls républicains de s’approprier Jeanne d’Arc. Le monde catholique est en train d’évoluer. Après avoir été longtemps attaché à la cause monarchique, et frontalement opposé à la République et à la France révolutionnaire, il est en train de comprendre que cette stratégie est vouée à l’échec car la République est installée et bénéficie d’un large soutien populaire. Monseigneur Dupanloup, évêque d’Orléans, cherche à reprendre la main dès 1869. Il a bien compris depuis la parution du livre de Jules Michelet que Jeanne risquait de lui échapper et devenir une machine de guerre contre l’Eglise. Pour cela, il veut retourner la difficulté et en faire le symbole de la bonne chrétienne, la bannière de la sainte Eglise catholique. Un long et complexe procès en canonisation va s’engager qui se conclura en 1920, plus de cinquante ans plus tard !

Entre temps, l’affaire Dreyfus et la première guerre mondiale sont passées par là. Dans les réunions nationalistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, on clamait volontiers « Vive Jeanne d’Arc ! » « A bas les juifs ! ». Dans le quartier latin, les Camelots du Roi, organisation monarchiste antisémite, font le coup de poing contre un professeur de la Sorbonne, André Thalamas, qui avait osé remettre en cause durant l’un de ses cours la véracité des voix entendues par la jeune bergère de Domrémy. Ce sont ces Camelots qui, les premiers, vont fleurir la statue de Jeanne d’Arc le 8 mai 1909. Et c’est d’eux dont se réclamera Jean-Marie Le Pen, avec sa fille à ses côtés, dans son dernier discours du 1er mai 2010, démontrant par là la claire filiation entre son parti et l’extrême droite française antirépublicaine.

Jeanne_brulee_2.jpgEn pleine guerre mondiale, en décembre 1914, c’est « l’Union sacrée » et Maurice Barrès, père de l’extrême droite française, fera adopter à l’Assemblée nationale une loi instaurant une fête nationale pour Jeanne d’Arc. Mais désormais pour lui, elle n’est plus que « l’incarnation de la résistance contre l’étranger ». Lorsque en 1920 elle sera canonisée par le pape Benoît XV, ce sera en présence d’un représentant du gouvernement français. Et en 1929, lors du 550e anniversaire de la délivrance d’Orléans, Gaston Doumergue sera le premier Président de la République a assister à une messe officielle depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Cet acte, inconcevable jusqu’alors, provoquera la juste indignation de tous les laïques et les libres penseurs de l’époque. Il est hélas devenu assez commun, particulièrement sous la présidence Sarkozy.

Jeanne_brulee.jpgAinsi va l’Histoire et celle de nos mythes. Cette jeune femme affreusement torturée par des fanatiques religieux était devenue le symbole de la France réconciliée avec l’Eglise catholique. Ceux qui voulaient en faire une victime de l’obscurantisme avaient échoué. Pendant la seconde guerre mondiale, le gouvernement de Vichy en fera une héroïne anglophobe. A tel point qu’au lendemain de la guerre, le culte de Jeanne d’Arc sera abandonné car il rappelait trop la collaboration.

Voilà donc quelques uns des principaux épisodes de cette longue histoire. Elle n’était finalement qu’un personnage parmi d’autres, mais sa mémoire a survécu. On l’a vu, la figure de Jeanne d’Arc a longtemps été disputée entre les partisans de la République et ses ennemis, et surtout entre les cléricaux et les laïques : force est de constater que la partie a été remportée par certains plus que par d’autres. Sur le plan politique, elle est à présent essentiellement célébrée par le Front national, et il est évident que l’allocution du Président actuel de la République sera une étape supplémentaire de sa vision anti-laïque de l’Histoire de France. Pour Benoît XVI « elle est un bel exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique, en particulier dans les situations les plus difficiles ». Nul doute que Nicolas Sarkozy aura cette phrase en tête, à quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle.

Néanmoins, les femmes et les hommes de gauche, ayant une conception exigeante et généreuse de la République, doivent garder en mémoire la complexité de notre histoire. Elle représente un enjeu politique actuel. La France, la République, c’est nous ! Le 14 juillet 1935, lors d’un grand meeting de ce qui allait devenir le Front populaire, en réaction à une tentative de coup de force de l’extrême droite, le Prix Nobel Jean Perrin déclarait : « Ils nous ont pris Jeanne d’Arc, cette fille du peuple, abandonnée par le roi que l’élan populaire venait de rendre victorieux et brûlée par les prêtres qui depuis l’ont canonisée. Ils vont essayer de vous prendre le drapeau de 1789 (…) Ils vont enfin essayer de vous prendre cette héroïque marseillaise ».

Cette mise en garde me semble encore d’actualité.

PS : Je reviens brièvement sur cette Histoire, dans quelques pages de mon livre « le Parti de l’étrangère, Marine Le Pen contre l’Histoire de France » (Editions Tribord) qui paraîtra le 19 janvier en librairie. Il va de soi que je vous en reparlerai plus précisément sur le blog. Mais vous pouvez déjà le commander en librairie.

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vendredi, 16 décembre 2011

déc. 11
16

Non au délit de blasphème, défendons la laïcité !

DSC00479-250x250.jpgUne campagne électorale présidentielle est une course de fond. Mon candidat, celui du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon enchaîne les interviews, meetings, rencontres, déplacements, réunions de préparation avec une énergie que j’admire.

Pour ma part aussi, la semaine fut intense. Lundi, mardi et mercredi je siégeais au Conseil de Paris. Cela nous a pris trois jours. C’était la séance budgétaire où le Groupe communiste et élus du Parti de Gauche a marqué quelques points. Avec Danielle Simonnet, nous avons par exemple une nouvelle fois mené bataille (en vain) contre les 2,3 millions d’euros qui sont accordés aux crèches confessionnelles à Paris. Danielle a fait une très belle intervention que vous pouvez retrouver en cliquant là. Jeudi, j’ai été invité une nouvelle fois sur RMC à l’émission d’Eric Brunet (« Carrément Brunet ») face à David-Xavier Weiss qui est un responsable national de l’UMP. J’ai pris plaisir à participer à ce débat toujours animé. Le sujet d’hier était « Nicolas Sarkozy va-t-il rebondir ? ». Je vous laisse découvrir l’émission en la réécoutant en cliquant ici.

Puis, l’après midi, j’ai pris un train pour aller vers Besançon afin d’animer une réunion sur le Front national dans un quartier populaire. Près de 100 personnes avaient fait le déplacement et je crois que chacun des participants a apprécié ce moment passé ensemble. Les lecteurs de ce blog connaissent mes arguments contre le FN. Je ne les présente pas une nouvelle fois, mais vous pouvez consulter mes billets précédents.

pozzo_di_Borgo.jpgJe reviens au Conseil de Paris. Mercredi, en séance, il y a eu un échange important en séance entre Yves Pozzo di Borgo, Président du Groupe Nouveau Centre et Indépendants, et moi-même. Pozzo di Borgo est un homme sympathique, patelin, plein de rondeur et d’expérience acquise au sénat où il siège depuis plusieurs mandats. Politiquement, c’est un centriste, donc pour moi un homme de droite, mais il apprécie le débat. C’est souvent avec le sourire que nous rompons des lances dans l’hémicycle parisien. Pour ma part, je le respecte. Il me voit généralement comme un extra terrestre de la vie politique parisienne par le caractère décomplexé des positions de gauche que nous défendons avec mes camarades.

manifestation-de-catholiques-integristes-a-Toulouse-contre-la-piece-Golgota-Picnic_scalewidth_630.jpgA priori donc, Yves Pozzo di Borgo n’est pas ce que l’on nomme communément « la droite dure ». Il ne partage pas toutes les positions de la Droite populaire, ce collectif de 45 députés UMP qui soutient les intégristes qui veulent censurer des artistes au nom d’un « délit de blasphème » new look qu’ils veulent réhabiliter, ce qui est absurde et impossible dans une République laïque. Du moins, je le croyais, car je dois avouer que j’ai été sidéré de découvrir un amendement qu’il avait déposé, au nom de son Groupe, à propos des subventions municipales perçues par le théâtre du Rond-Point.  Il demandait que la subvention du théâtre soit réduite de 28 125 euros car, je cite son vœu : « Considérant que l’Archevêché de Paris s’est ému du caractère visiblement anti-chrétien de la pièce de théâtre « Golgota Picnic » joué au théâtre du Rond Point » !

Pour lui répondre, mercredi matin, au nom du Groupe Communiste et élus du Parti de Gauche, j’ai fait l’intervention suivante :  

« Où réside donc l’erreur de la demande faite au Conseil de Paris par Yves Pozzo di Borgo du Groupe Nouveau Centre ?

Je crois dans la confusion entre le respect de la liberté de croire et le respect des croyances.

Le premier respect n’implique nullement le second. Lui seul a force de loi, et il s’assortit d’ailleurs du respect de la liberté de ne pas croire.

Tartuffe-COVER.jpgLe second respect, lui, n’a pas à être requis par la loi. Les croyances, comme toutes les convictions, sont susceptibles de critiques, comme d’ailleurs d’éloges. La liberté inclut en effet la liberté de critique, de satire, d’ironie, autant que celle de louange et d’approbation. Tout récemment un film a fait l’éloge de religieux (Les Dieux et les hommes). Les multiples concours financiers dont il a disposé ont-ils été mis en cause ? Les religieux intégristes acceptent les éloges de leurs convictions, mais pas les critiques… Or aucune œuvre n’a à être autorisée ou entravée sur un tel critère, qui n’est pas d’ordre public et dépend strictement de l’opinion de chacun.

Souvenons-nous à cet égard de ce qui se passe quand la liberté de la culture n’est pas reconnue ni assurée. Vatican II a supprimé en 1962 l’Index librorum prohibitorum (la liste des livres interdits) où figuraient les œuvres qui n’avaient pas l’heur de plaire à l’autorité religieuse. Veut-on rétablir la censure et priver l’art des aides publiques qui lui reviennent ? Un archevêque s’émeut d’une pièce de théâtre ? Où est le problème ? Faudra-t-il qu’il puisse écrire « nihil obstat » (rien ne s’oppose) sur les livres et les scénarios de théâtre qu’il veut bien tolérer, comme au temps de l’ordre clérical de l’Ancien Régime ? Généralisons. Si un citoyen peut exiger des entraves pour les productions culturelles qui le dérangent, que va-t-il rester de la liberté d’expression et de création ?

270px-Victor_Hugo.jpgdiderot.jpguntitled.jpg

Voulons-nous donc revenir au temps de l’obscurantisme et de la censure des arts ? Victor Hugo, pourtant croyant, disait que le parti clérical n’a cessé de « mettre un bâillon à l’esprit humain ». Lui-même fut censuré sous la Monarchie Restaurée  pour une pièce de théâtre (« Marion Delorme ») jugée trop critique à l’égard du roi. Il y a des siècles, l’Eglise interdisait à Galilée d’affirmer le mouvement de la terre que sa raison avait démontré, dans le sillage de Copernic.  L’œuvre de Diderot La Religieuse fut censurée et mise à l’index. Certaines  peintures de la Renaissance, hymnes artistiques à la beauté du corps nu, étaient retouchées sur ordre de l’Eglise par des « bragettone », peintres appointés pour peindre des voiles sur les parties dont Tartuffe dit : « Cachez ce sein que je ne saurais voir : par de pareils objets la vue est offensée ! » Voulons-nous revenir à de tels errements ?  Cela n’est pas possible. La culture doit rester libre, et bénéficier du soutien de la puissance publique

FRA :Fundamentalist Christians protest at Paris theaterLa culture est en effet ce qui fonde la liberté de l’homme. Elle émancipe son jugement de toute soumission à une tradition. Non pour nier celle-ci, mais pour réfléchir sur elle et statuer en connaissance de cause. C’est pourquoi étant de portée universelle, elle doit être promue par la puissance publique. Et promue dans sa stricte liberté. Deux principes sont donc menacés par la demande en cause. Le premier est la nécessité de promouvoir la culture, conforme à l’idéal des Lumières.Le second est la nécessaire liberté de la culture. Rappelons qu’en démocratie ces deux principes ne sont pas négociables ni modulables. Ils vont de pair avec l’émancipation laïque de l’Etat, qui étant séparé de tout lobby religieux ou athée ne doit se mêler en aucun cas de faire la police des œuvres ou des pensées. Aujourd’hui les collectivités publiques financent la culture pour qu’elle soit pleinement libre, ce qui nécessite qu’elle ne dépende plus des intérêts privés.

Le temps n’est plus où des mécènes finançaient les artistes, mais à la condition que leurs œuvres les flattent ou soient politiquement et moralement correctes.

Voilà pourquoi je demande solennellement au président du Groupe Nouveau centre de retirer son vœu. »

logo_laicite.pngAu terme de cet échange, dans lequel Sylvain Garel pour le Groupe Les Verts- Europe Ecologie et Christophe Girard, Adjoint au Maire de Paris, se sont retrouvés à mes côtés, Yves Pozzo di Borgo a fait le choix de retirer son vœu. Tant mieux. Mais cette initiative du Nouveau Centre démontre la puissance de certains lobbys d’ultras religieux sur des élus de droite. La défense de la laïcité reste donc un combat permanent. Et cet exemple démontre qu’elle peut être agressé pour des groupes issus de toutes les religions. Cela reste un rapport de force. Il n’y a pas de laïcité apaisée.

Les républicains et les laïques doivent donc rester vigilants.


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jeudi, 3 novembre 2011

nov. 11
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Pour la liberté de création artistique, pour la liberté de la presse...

104_2.JPGJ’ai manifesté hier soir, en compagnie des mes camarades du Front de Gauche et de mes amis Danielle Simonnet, Danielle Obono, Pascale le Néouannic et Ian Brossat, dans le 19e arrondissement de Paris pour défendre la liberté de création artistique. Nous étions quelques centaines de différentes organisations de gauche. Pourquoi ? Des groupes d’intégristes catholiques liés à l’extrême droite, dont le principal se nomme Civitas, veulent interdire une représentation théâtrale qu’ils jugent « blasphématoire ». Peu m’importe la qualité de cette œuvre. Elle est peut être d’une grande médiocrité ou non. Peu m’importe, j'insiste, là n’est pas le sujet. Avec mes camarades du PG nous défendons d'abord un principe fondamental : la liberté totale de création pour les artistes qui ne doit pas, dans le cas présent, être brimée par aucune « vérité révélée » ou autre obscurantisme religieux.

En écrivant cela, il me revient mes classiques lus durant mes jeunes années de formations militantes et notamment ce fameux dialogue entre André Breton et Léon Trotsky au début de l’été 1938 au Mexique. De cet échange sortira un célèbre texte « Pour un art révolutionnaire indépendant » daté du 25 juillet 1938. En 16 points, il décline quelques grands principes. Le point 9 se termine par la phrase suivante « Toute licence en art ». Le poète André Breton, dans la première version, avait écrit « Toute licence en art, sauf contre la révolution prolétarienne ». Mais c’est Trotsky lui-même qui avait supprimé cette deuxième partie de la phrase, jugeant inacceptable que l’on puisse limiter la liberté artistique. Il avait raison. Modestement, je m'inscris encore dans cette filiation. Oui, plus que jamais, "toute licence en art" ! En 2011, en France, cette sentence reste d'actualité.

104_1.JPGEt, dans le cas présent, il s’agit aussi de défendre la laïcité bien mise à mal par des fanatiques depuis quelques temps. Destruction de la photo « Piss Christ » à Avignon en avril 2011, rassemblements de fondamentalistes religieux contre le droit à l’IVG devant l’hôpital Tenon à Paris, pressions régulières sur des femmes dans certaines familles et quartiers, développement constant d’un communautarisme, etc…Les pressions de groupes religieux, certes très minoritaires, exercées au « nom de Dieu » sont nombreuses et de plus en plus fréquentes. Je ne peux m’empêcher d’ajouter à cette longue liste l’incendie criminel dont a été victime le journal « Charlie Hebdo » hier. Qui est coupable ? Pour l’heure, on l’ignore l’identité des auteurs. Il faut bien sûr être prudent. Toutes les provocations sont possibles et imaginables. Il n'est pas impossible d'ailleurs que l'on découvre prochainement que les coupables ne sont pas du tout ceux que l'on croit. Nous verrons. Mais il semble évident que cet acte est en lien, de façon directe ou indirecte, avec le choix de la rédaction de faire un numéro satirique nommé « Charia Hebdo ». Les auteurs de l'incendie savent qu'il s'agit d'un point sensible dans la France de 2011. Là encore, pour le Front de Gauche, il s’agit de défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression, même si on n'apprécie pas "l'humour" de Charlie Hebdo. Ici aussi, ce n'est pas le sujet. C'est un principe qu'il faut défendre.

La laïcité est notre bien commun. Défendons là contre tous les intégrismes religieux, d’où qu’ils viennent.

Je conclus en précisant une question. Je n’assimile pas l’attitude de Civitas avec celle de l’ensemble des catholiques qui respectent la laïcité. De même, je me refuse de mettre un signe égal entre l’intégrisme musulman et l’attitude pacifique et respectueuse de la laïcité de la grande partie de nos concitoyens musulmans. La lutte contre l’intégrisme ne doit pas nous faire glisser vers un discours caricatural. C’est pour cette raison que j’ai dernièrement demandé au Maire UMP du 16e arrondissement si il partageait les propos scandaleux d’un groupuscule qui écrit par exemple dans un livre : « Dès qu’il y a immigration en provenance de pays musulmans, le niveau de formation diminue, le chômage augmente, les conflits sont arrivés, des quartiers de la ville sont au bord de l’effondrement » et qui devait le dédicacer dans sa Mairie. J'ai évoqué cette petite affaire dans un billet précédent de mon blog. Pour ma part, avec franchise, j’ai dit que si j’étais Maire, un tel livre ne serait pas mis en valeur dans un lieu ayant des missions de services publics. Soyons clair, le livre que je vise n'est pas une de création artistique mais bien le triste support d’un discours politique, porté notamment par le FN, qui stigmatise grossièrement une partie de la population. C'est hélas assez banal. Après avoir lu ma lettre, le Maire UMP a jugé lui aussi que le contenu de ce livre imposait qu’il ne soit plus accueilli pour une dédicace. Donc acte. Tout cela fait il de moi un censeur ? C’est ridicule. Je ne demande l’interdiction d’aucun ouvrage ni n’engage aucune poursuite judiciaire. Mais, pour moi, la République n’est pas un régime neutre. Elle défend publiquement des valeurs et n'en valorise pas d'autres. La laïcité à géométrie variable n'est pas une valeur républicaine. C'est généralement l'habillage d'un discours xénophobe. Que les militants sincères de cette mouvance ouvrent les yeux. Libre donc à ces petits groupes de présenter de telles « œuvres » dans des locaux spécialisés et militants, des librairies privées, etc. Mais, selon moi, ils n’ont pas leurs places dans une mairie, aux frais des contribuables parisiens. Que cette poignée de militants rageurs qui m’insultent, salissent mon nom et me caricaturent ne doute pas un instant de ma volonté de défendre une laïcité authentique. Leurs outrances me confortent dans mon action.

« Le style, c’est l’homme » disait Buffon. Je reconnais le leur et il n’a rien à voir avec celui des laïques et des républicains.

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