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dimanche, 24 avril 2011

avr. 11
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Le premier comportement électoral des ouvriers, c’est l’abstention. Pas le vote FN !

current_zoom.jpegLe Journal du dimanche (JDD) d’aujourd’hui, relayé par Le Monde, vient de pondre un drôle d’œuf de Pâques qui fait la Une : « Marine le Pen le plébiscite ouvrier ». Rien que ça. Un sondage réalisé par l’IFOP sur le vote des ouvriers en 2012 assure que 36 % d’entre eux sont prêts à voter pour la candidate du FN. Pris comme cela, le chiffre impressionne et déstabilise toute conscience de gauche (c’est le but). Cette annonce vient s’ajouter à la longue litanie, répétée du matin au soir et du soir au matin, « la progression i-rré-sis-tible de Marine Le Pen ». Les mêmes journaux ne disent pas un mot sur le fait que le programme du FN ne propose aucune augmentation de salaire, aucune proposition sur les loyers trop élevés, aucun droit nouveau pour les salariés, accepte la fin de la retraite à 60 ans, etc…non, cela on ne le saura pas. Ceux qui l'invitent sur tous les plateaux de TV ont autre chose à faire que de s'arrêter à ses détails. Mais, on vous répètera jusqu'à la nausée qu’elle seule « séduit les ouvriers avec son nouveau discours social ». Généralement, ce discours superficiel va de pair avec un mépris de classe présentant les ouvriers comme des xénophobes ou des incultes. Pourquoi ne dit-on jamais qu'elle est aussi la candidate des petits patrons et des commerçants qui payent mal leurs employés et ne veulent pas de syndicats ?

J’arrête là mon mauvais esprit. Je ne sous estime aucun danger, bien au contraire. La situation n’est pas très réjouissante. Je ne cherche pas à nier qu’une part significative de la classe ouvrière vote Le Pen, père ou fille. Je voudrais par contre attirer l’attention du lecteur sur le fait qu’hélas cela n’est pas nouveau. Cela fait plus de 20 ans, selon les scrutins et particulièrement lors de l’élection présidentielle, qu’autour de 30 % des ouvriers qui vont voter le font pour le FN. Mais je souligne un point : seulement les ouvriers qui vont voter. Ces derniers sont très minoritaires. Car le premier comportement électoral des ouvriers en France c’est l’abstention, à près de 70 %, et cela aussi est préoccupant. Reporté aux nombres d’électeurs inscrits, parmi les ouvriers, les électeurs FN représentent généralement moins de 10 %. Cette réalité reste lourde de danger car rien de bon ne sort de l’inertie des peuples, elle est la forteresse des tyrans disait Machiavel.

Donc, ce que ne nous dit pas le JDD et son sondage pour l’instant c’est : combien d’ouvriers ont été interrogés pour obtenir ce résultat et combien n’ont pas répondu ? Combien ont dit qu’ils allaient s’abstenir en 2012 ? Cette abstention est la marque d’une colère, d’un rejet, d’un désarroi que nulle force n’organise encore de façon cohérente. Ne pas évoquer l’abstention quand on veut décrire le vote des ouvriers c’est décrire un tableau en ne se focalisant que sur un seul personnage. Procéder ainsi, c’est s’interdire de comprendre.

Sarkozy-Borloo_pics_390.jpgAutre constat que nous livre ce drôle de sondage si on le croit : près de 70 % des ouvriers qui iront voter veulent le faire pour un candidat de droite et d’extrême droite. Les ouvriers de gauche ne s’expriment pas. Ils doutent. Mais regardons le détail dans la droite. Le président sortant, qui concentre tous le pouvoirs, obtient 15 % ce qui est exceptionnellement faible dans la Ve République. Si l’on additionne Jean-Louis Borloo, Dominique de Villepin, Nicolas Dupont-Aignan et François Bayrou on obtient 20 %. Nicolas Sarkozy est donc minoritaire dans son propre camp. C’est un fait qui va accélérer la crise politique dans la droite. Cela renforce le Front national qui est en train de structurer le vote traditionnel des ouvriers qui votaient à droite et qui se radicalisent. Comment pourrait-il en être autrement dans la situation sociale actuelle et dans le climat idéologique entretenu par l’UMP et le gouvernement.

Et la gauche ? Elle est ramenée dans sa totalité à 30 %. Faible. J’intègre dans ce chiffre exceptionnellement bas le résultat de Dominique Strauss-Kahn et celui de Nicolas Hulot. Je ne reviendrais pas sur le premier, Directeur du FMI, qui n’a fait pour l’heure aucune proposition. Son score annoncé est donc celui du PS. Rien de plus. Il ne produit aucun effet d’entraînement malgré qu’il soit présenté comme le seul à gauche qui puisse battre Sarkozy. Quand à Hulot, il ne se définie pas pour l’heure comme un homme de gauche. Est-il possible d’admettre qu’après 4 ans d’un sarkoysme dur, la gauche n’apparaisse pas comme une alternative dans les milieux populaires qui seront déterminants pour l'emporter ? Peut être. Cela démontre surtout que la gauche est à reconstruire, qu’il existe une attente qui n’est pas satisfaite.

arton3673-9f884.jpgLes grands bataillons sont silencieux pour l’instant, l’arme au pieds. Il y a donc des cœurs à prendre et des têtes à convaincre. C’est encore la tâche du Front de Gauche de montrer que cette force est disponible. Elle a obtenu près de 11 % des suffrages lors des élections cantonales, il y a un mois. Les électeurs mentent-ils dans les urnes et ne disent-ils seulement la vérité qu'aux instituts de sondages ? Existe-t-il une autre solution que de renforcer cette force nouvelle, de l’élargir, de mieux faire connaître ses propositions ? C’est aux millions d’ouvriers abstentionnistes que le Front de Gauche doit s’adresser sans relâche sans avoir les jambes coupées par des sondages ahurissants. La candidature de Jean-Luc Mélenchon doit répondre à cette attente. Sinon, qui d'autre ? Toutes les tentatives récentes et les appels qui visent à imposer une « candidature unique de la gauche » sont un contre sens absolu. Je ne suis pas dupe, elles ne sont pas toutes de bonne foi et souvent impulsées par des pseudo-jeunes mondains proches de DSK qui organisent son retour sans réel contenu politique, si ce n’est le danger du FN. C'est par la peur qu'ils veulent imposer leur champion. Ce ressort ne suffira pas. Il fera illusion le temps des primaires, puis il cassera. Notre peuple et notre pays ont besoin de politique. Bien sûr, il faut éviter la division inutile dans la gauche, particulièrement dans « l’Autre gauche ». Mais aillons un peu de mémoire. En 81 et 88, François Mitterrand l'a emporté avec 6 candidats de gauche au premier tour. En 1995, il n'y en avait plus que 5 et la gauche a perdu, puis ils furent 8 et 7 aux élections de 2002 et 2007 avec les conséquences que l'ont sait. A présent, ils sont à nouveau 5 à gauche a être testés dans les sondages. Il n'y a donc là rien d'exceptionnel. Pourquoi alors certains jouent la petite musique de "halte à la division" (toujours populaire) qui sonne en fait comme "rentrez dans le rang".  Tout cela ne traduit que la peur des socialistes d'être battus dès le premier tour. Je le dis sans détour : la proposition d'un seul candidat (ou candidate) pour toute la gauche est une absurdité qui nous coûtera collectivement très cher. Car, soyons franc, qui peut croire que tout seul, le candidat socialiste issue des primaires pourra l’emporter ? Quelle réserve de voix à la gauche pour le second tour ? Méfions nous donc des faux amis. En 2002, Lionel Jospin n’a pas été éliminé dès le premier tour en raison du trop grand nombre de candidatures à gauche. Tous ceux qui ont fait sa campagne l’ont alors mesuré. Il a perdu en raison de son incapacité à mobiliser l’électorat populaire et particulièrement l’électorat ouvrier. Neuf ans après le 21 avril 2002, la gauche n’aurait-elle rien appris ?

L’horloge de l’histoire est en train de tourner. Ne nous trompons pas dans l’heure qu’elle indique.

vendredi, 1 avril 2011

avr. 11
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Mélenchon et le journalisme : une vidéo qui change beaucoup de choses

DSC06257.JPGLe 3 avril 2010, il y a quasiment un an, une vidéo montrant Jean-Luc Mélenchon en colère contre une interview maladroite d'un étudiant en journalisme avait provoqué un joli buzz sur le net. Le lecteur de ce blog s'en souvient sans doute. J'avais écrit un article sur cette petite affaire que l'on peut relire en cliquant ici.

Il y a quelques jours, une nouvelle vidéo, filmée sous un autre angle, présentant cette "altercation" vient d'être publiée. Curieusement, elle n'a pas circulé l'an dernier. Je m'interroge d'ailleurs sur cette discrétion. Poser la question, c'est sans doute déjà y répondre. Elle offre pourtant selon moi une autre lecture de cet épisode. Elle ne produit pas le même effet sur le téléspectateur. L'image n'est plus celle d'un homme en gros plan, l'air vengeur, en train de s'en prendre à un "pauvre étudiant", mais plutôt celle d'un homme politique qui donne son opinion sur le si important métier de journaliste, ses excès et ses dérives. Il interpelle, pour le faire réagir à un moment clé de sa carrière, un homme qui vise à apprendre son métier. C'est sans doute parce qu'elle plus favorable à mon camarade Mélenchon, que l'auteur mystérieux de cette nouvelle vidéo a fait le choix de la garder sous le coude. Dommage.


J'invite chacun à la regarder. Au terme de cet échange on voit comment Jean-Luc "n'humilie" pas son interlocuteur comme j'ai pu l'entendre parfois de la part de certains commentateurs hostiles. Elle se termine par le fait que Jean-Luc lui dit d'ailleurs qu'il n'a rien de particulier contre lui ad hominem, mais l'invite à réfléchir sur sa profession, sur sa responsabilité, et les angles d'interview qu'il choisit, et choisira, quand il interroge un responsable politique.

DSC06263.JPGJe rappelle, je le sais pour avoir été présent sur place, que ce jour là, Jean-Luc Mélenchon répond tranquillement à tous les journalistes professionnels présents (on le voit d'ailleurs dans la vidéo répondre ensuite à une journaliste de RTL). Avant cela, il a consacré au moins 45 mn à répondre à d'autres sans incidents particuliers. Il a accepté de parler devant la caméra de cet étudiant car il est censé s'agir d'un simple exercice pour lui, réservé à son école de journalisme. Pas sûr que d'autres dirigeants politiques auraient d'ailleurs accepté de prendre de leur temps pour une telle chose. J'en connais qui ne répondent qu'au "grands médias". Pas Jean-Luc. C'est précisément parce qu'il considère qu'il s'agit là d'un exercice de style à vocation formatrice qu'il accepte de s'y soumettre.

L'échange qui continue, après les quelques secondes rendues célèbres et découpées habilement pour faire sensation, est une discussion sur ce métier (indispensable à toute démocratie). On voit bien que la suite de la conversation n'a aucun caractère professionnel, puisque le jeune homme lui dit qu'il est de gauche, argument qu'aucun "pro" n'utiliserait dans de telles circonstances.

On verra aussi qu'à la fin la discussion s'apaise, et Jean-Luc l'encourage à faire son futur métier avec plus de rigueur, lui disant qu'il le considère comme quelqu'un "sans doute altruiste". J'ai été témoin que les deux hommes se sont quittés tranquillement et que l'étudiant s'excusait presque, comprenant qu'il avait peut être exagéré dans l'aspect provocateur de ses questions, notamment sur l'importance de la réouverture des maisons closes, alors que Jean-Luc Mélenchon lui expliquait justement que c'était un sujet de diversion par rapport à d'autres question d'intérêts général, comme les raisons réelles de la crise politique qui frappe notre pays.

Je considère que, vu sous cet angle, cette vidéo change beaucoup de choses. Elle donne un éclairage saisissant sur le fait que nous devons tous rester des téléspectateurs lucides et attentifs, toujours critiques sur les images que l'on nous montre (et celles que l'on ne nous montre pas). Choisir un cadrage, faire une coupe lors d'un montage, est toujours un choix politique.

La critique exigeante des médias, principal vecteur de l'appréhension des débats politiques pour la grande majorité de nos concitoyens, reste une question centrale si l'on entend radicalement modifier notre vie politique et l'implacable domination culturelle et idéologique que font régner les grands groupes de presse. C'est aussi le cas avec les instituts de sondage, vitrine alléchante d'un monde tel que le rêvent ceux qui les commandent. Les dernières livraisons sont à ce sujet caricaturales. A les en croire, moins on parle politique, plus on est apprécié par les "sondés". Je n'en crois pas un mot. Le monde médiatique et sondagier est une arène où se déroule l'essentiel du combat politique. Il n'est pas un miroir innocent reflétant la réalité du monde. Par exemple, la complaisance récente avec laquelle Marine Le Pen est invitée sur tous les plateaux télé en étant présentée comme une laïque, n'en est qu'une terrible illustration. Mais ceci sera le sujet d'un prochain billet.

En attendant, regardez cette vidéo. Faites vous votre propre opinion. Critiquez là, laissez vos commentaires...
Et bienvenue sur mon nouveau blog ! 

vendredi, 18 mars 2011

mar. 11
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Dimanche, sanctionnez Sarkozy ! Votez Front de Gauche !

Solidarité avec le peuple japonais. Je n’oublie pas le drame horrible qui frappe ce pays et qui prend une ampleur supplémentaire par l’inconséquence du groupe privé TEPCO qui gère les centrales nucléaires et qui, obnubilé par les logiques de profit n’a pas pris les bonnes mesures de sécurité avant et après le tremblement de terre. (voir les blogs de Martine Billard, de François Delapierre ou de Corinne Morel-Darleux). Le capitalisme n'a pas de morale.  Solidarité aussi avec les résistants libyens ! Je n’oublie pas non plus la situation en Libye où des hommes et des femmes courageux luttent, les armes à la main, contre un tyran illuminé (auquel le gouvernement Sarkozy voulait vendre il y a peu des centrales nucléaires !).

Le monde est en pleine ébullition. C’est la marque de ce début de 21e siècle. Nous ne sommes qu’au début de toutes ces turbulences politiques, sociales et naturelles. Le vieux monde est derrière nous. Malheur à ceux qui croient que les vieilles habitudes permettront d’être à la hauteur des enjeux qu’imposent ces grandes ruptures.           

Pour ma part, j’ai peu écrit sur ce blog cette dernière semaine car j’étais absorbé par le rendez-vous électoral de dimanche : les élections cantonales. Chaque citoyens doit utiliser cette grande conquête sociale et politique : le droit de vote. C’est une première marque de dignité civique. Ma consigne est claire : dans plus de 2000 cantons, il faudra aller voter Front de Gauche. C’est le seul bulletin efficace pour sanctionner clairement Nicolas Sarkozy et sa politique. C’est aussi le meilleur bulletin (le seul)  pour changer la gauche. Vous en doutez ? La gauche qui met au cœur de son projet une autre répartition des richesses, qui propose la planification écologique, qui défend la laïcité, qui défend la retraite à 60 ans à taux plein, etc.. c’est le bulletin du candidat Front de gauche. Sinon, qui d’autre ?

Le pouvoir UMP ne veut pas de ce rendez-vous citoyen. Il le redoute. Tout est fait pour que l’abstention soit la plus forte possible. Aucun débat télévisé n’a été organisé à ce sujet et la presse n’en parle quasiment pas. Alors que depuis des semaines nous multiplions les réunions publiques (ces derniers jours j’étais à Belfort, Cherbourg et Romainville) les grands médias évoquent à peine cette échéance. C’est pourtant la dernière élection nationale avant 2012. Il faut donc se saisir de cette occasion pour infliger un nouveau et gigantesque camouflet à l’UMP. Cette équipe doit être piétinée politiquement par le résultat du scrutin du 20 mars. Le peuple doit parler. Il doit le faire clairement. Si plus de 50 % de nos concitoyens s’abstiennent, le pouvoir relativisera le résultat pour dire qu’il n’a pas de portée réelle et cohérente. Il mégotera. Pire, il est possible que l’abstention populaire permette aux amis de Sarkozy de faire des résultats qui limitent la casse. Ce n’est pas acceptable pour une conscience éclairée de gauche.

Tout sera fait pour rendre le résultat incohérent. Une autre astuce du Ministère de l’Intérieur consiste à ne pas compter ensemble les voix des candidats du Front de Gauche et de les découper en autant de formations politiques qui composent cette alliance. Jean-Luc Mélenchon démonte cette rouerie dans son dernier billet.

La dernière manœuvre est de mettre le FN au centre de tous les débats politiques. Dimanche, j’aurai à l’œil les résultats réels des candidats FN en comparaison avec les scores de 2004 et de 2008. Je fiche mon billet que la « vague bleue marine » n’aura pas la portée que tous les magazines affichent. Je ne sous estime pas le « retour électoral » du FN. Il est présent dans la vie politique depuis 25 ans. Lors de la dernière élection présidentielle, Nicolas Sarkozy en avait capté une partie. Cela semble terminé. Mais y aura-t-il une réelle progression ? Y aura-t-il de nouveaux pans de l’électorat qui se tourneront vers les candidats FN ? J’en doute. Mais, nous verrons concrètement dimanche.

En attendant, je vous livre la version longue d’une tribune que j’ai publié la semaine dernière dans l’humanité (pour la retrouver cliquez ici) à propos des prétendus ralliements d’anciens militants de gauche « passés » au FN. Bonne lecture et à lundi pour commenter les résultats de dimanche.

 

« Poissons volants » pour vote utile…

A trop déformer la représentation de la réalité, on déforme la réalité elle-même. A 13 mois de l’élection présidentielle, les images projetées dans nos imaginaires collectifs transforment les consciences et le réel. C’est encore le cas avec le sondage à sensation publié ce week-end. Personne ne doit être dupe sur la rigueur d’un résultat obtenu en ligne où les participants sont récompensés par des lots, et dans lesquels 54 % des « sondés » reconnaissent ne pas dire la vérité. Sa publication assure au journal qui l’a commandé de voir augmenter ses ventes et ceci explique cela.

Ce sondage « choc » bidonné qui place Marine Le Pen en tête au premier tour est un morceau d’étoffe supplémentaire du long tapis rouge que certains déroulent sous ses pieds. Nul doute qu’il sera bientôt suivi d’un autre démontrant cette fois ci « qu’un seul candidat peut battre Mme Le Pen ». On prépare ainsi la venue d’un « sauveur suprême », pour l’instant hors de France, dont il n’est pas prévu de débattre des propositions.

Par petites touches, un tableau trompeur se dessine sous nos yeux. Parmi les autres astuces employées, on fait des exceptions une généralité. Ainsi, depuis quelques semaines, sont apparus deux ou trois personnages qui seraient « des anciens militants de la gauche antilibérale aujourd’hui passés au Front national ». Ce dernier les pousse sur le devant de la scène et en a même désigné comme candidat Cela prouverait l’existence d’un mouvement significatif d’anciens militants de gauche se tournant vers le FN. Qu’en est-il vraiment ?

Que ce discours, sur l’air de « Approchez, approchez… » du bateleur de foire, soit répété par l’équipe des communicants frontistes est dans la logique des choses. Par contre, qu’il soit repris sans recul par de nombreux commentateurs ne cesse de m’étonner.

Que représentent-ils vraiment ces deux ou trois « phénomènes » (sur 1460 soit moins de 0,2 % des candidats FN) ? En pensant à eux, il me revient en mémoire ce que répondait avec truculence le personnage joué par Jean Gabin dans le film « Le Président » à celui qui lui affirmait qu’il existait des patrons de gauche : « Il y a aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre… ». On se saurait mieux dire.

Dans le détail, qui sont-ils ces « poissons volants » ? Là, c’est une jeune fille présentée comme ancienne militante du NPA, mais qui avoue elle-même n’avoir jamais adhéré ni milité à ce parti ! Elle déclare seulement avoir manifesté une fois ou deux avec eux et reconnaît que sa mère est une active militante FN. Ici, c’est un syndicaliste CGT, ancien de LO et du NPA qui approuve le « nouveau » discours de Mme Le Pen car : « elle n’a pas peur de dire qu’il y a trop d’immigrés ». Curieux, sur ce point là on a du mal à percevoir où se situe la différence entre l’ancien et le nouveau FN ? Ce syndicaliste, reprochant à la gauche sa passivité, serait « séduit » par celle qui déclarait au plus fort de la grève pour la défense de la retraite à 60 ans : « Ensemble, syndicats et gouvernement jettent la France dans le chaos. (…) les syndicats ont toujours dupés les travailleurs français. (…) La surenchère factice organisée par des syndicats délégitimés ne conduise à rien d’autre qu’aux dérapages et au chaos. Chaque jour, des centaines de milliers de Français, ceux qui travaillent bien sûr, sont bloqués pour se rendre à l’usine, ou au bureau. (…) Les blocages sur les routes paralysent la France et son activité économique. C’est inadmissible » ? Syndicaliste sur son lieu de travail, mais contre les syndicats dans son engagement politique, on cherchera en vain toute forme de cohérence.

Autre exemple. Il y a quelques jours, un quotidien de province présentait dans le titre d’un article une candidate frontiste comme « ancienne du parti de gauche » alors qu’à la lecture elle se disait seulement une électrice déçue du PS.

Dernier cas, il y a quelques jours Libération dresse le portrait d’une prétendue laïque de gauche attirée par Mme Le Pen, mais qui reconnaît avoir milité précédemment avec M. Dupont-Aignan, et avoir voté Sarkozy en 2007. Drôle de militante de gauche !

A ce sujet, j’ouvre une nouvelle parenthèse à propos du groupuscule Riposte Laïque dont cette personne est une animatrice. Ces gens là ont de l’énergie pour des tâches de première importance puisqu’ils multiplient les textes d’insultes à mon sujet sur leur site.  Je tiens à dire qu’être injurié par des gens pareils constitue pour moi une petite fierté. Récemment l’un d’entre eux a même écrit un article ayant pour titre « Alexis Corbière avoue son appartenance à une officine qui soutient les régimes islamistes ! ».  Damned ! Ils sont trop forts. Me voilà donc démasqué… Bon. Il ne doit pas y avoir que du tabac dans les cigarettes du Monsieur qui a écrit ce brillant billet !  Un autre article me propose un débat avec eux sur un drôle de site, qui a pour habitude d’ouvrir ses portes à de nombreuses personnalités du  club de l’horloge ou de l’ultra droite. Ils affirment maintenant que je me débine alors que jamais le responsable de ce site ne m’a adressé la moindre invitation (ce n’est pourtant pas compliqué via mon blog). Mais, une pseudo lettre d’invitation, signée du responsable de ce site, est publiée par Riposte laïque. Comprend qui peut. Cette curieuse façon de faire en dit long sur la façon peu rigoureuse dont cet éventuel débat ce serait effectué si il avait eu lieu ainsi. Débattre publiquement oui, le faire dans des conditions extravagantes, sur un site confidentiel qui tient table ouverte à tous les courants de l’extrême droite, en n’étant même pas invité clairement, non. Ces sujets sont trop sérieux pour être ainsi « guignolisés ».

Je reviens donc à mon sujet initial.

Ces trajectoires (tout comme ces sondages « époustouflants »), de faux petits poissons rouges au service des grands requins blancs du FN, font peut être jubiler les amateurs de raccourcis, avocats du « vote utile », ceux qui considèrent que quiconque critique fermement l’injustice de notre monde est un « populiste » et un fasciste en puissance, qui mettent des signes égaux entre tel porte parole de la gauche et Mme Le Pen, mais finalement, elles ne représentent rien de sensible dans le peuple de gauche. J’affirme que si le Front national retrouve des scores significatifs dimanche, c’est d’abord et avant tout par la radicalisation d’un électorat de droite, déçu et désorienté par la politique de Nicolas Sarkozy.

Je ne minimise pas le danger que représente le FN, mais j’affirme que ce parti n’est pas dans la poussée « irrésistible », venant de tous les horizons, que certains assurent. Le nombre de ses adhérents reste encore significativement bas et les dernières élections ont marqué, en réalité pour lui, un recul par rapport aux mêmes précédentes. 

On ne le combattra qu’en luttant pour une autre répartition des richesses et contre le désordre libéral dont il se nourrit. L’abstraite condamnation morale sera sans effet. C’est la tâche que s’est donné le Front de Gauche. Ceux qui voudraient le marginaliser au nom du « vote utile pour éviter un nouveau 21 avril »  sont des irresponsables. Le résultat prochain des élections cantonales vaudra mieux que tous les sondages du monde. Saisissons-nous en pour rétablir la réalité.

 

C’est la dernière élection avant 2012.

 

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