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samedi, 1 novembre 2014

nov. 14
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Il y a 60 ans, le 1er novembre 1954

presse.jpgIl y a exactement 60 ans, le 1er novembre 1954 débutait ce qu’il est d’usage de nommer « la guerre d’Algérie ». On le sait, elle durera 8 ans, jusqu’au 5 juillet 1962, c’est-à-dire pratiquement autant que les deux guerres mondiales additionnées. La nuit du 1er novembre 1954, la « Toussaint rouge » tel que le disent les historiens, pas moins de trente attentats différents seront commis contre des commissariats, des casernes et tout ce qui symbolisait la présence coloniale française. Cette journée d’action entraine la mort de sept personnes dont un jeune instituteur et un vieux « Caïd », c’est-à-dire un chef musulman représentant l’autorité française. Pour la presse de l'époque, c'était là l'œuvre de terroristes isolés, pour d'autres c'était le commencement d'une lutte de libération nationale. Beaucoup de spécialistes diront qu'en réalité ce conflit était déjà engagé de façon sourde depuis quelques années et feront débuter la guerre aux massacres de Sétif et Guelma où, quelques jours après le 8 mai 1945, entre 10 000 et 15 000 personnes seront abattus par l’armée française pour avoir revendiquées l’indépendance.

Ce billet de blog n’est pas là pour raconter dans le détail ce terrible conflit dont les séquelles ne sont pas totalement estompées dans notre histoire nationale. Il faut néanmoins de bien prendre la mesure de sa violence. Elle est souvent laissée dans l’angle mort des débats. Les historiens les plus sérieux (mais les chiffres sont encore débattus et les autorités algériennes par exemple avancent encore le chiffre de plus d’un million de victimes) estiment qu’il y eu en réalité près de 500 000 morts, dont 400 000 Algériens musulmans, 30 000 soldats français et entre 15 000 et 30 000 harkis exécutés après les accords d’Evian. Ces chiffres donnent le vertige par leur ampleur. La guerre d’Algérie fut un conflit de haute intensité. A titre de comparaison, le cinéma des États-Unis d’Amérique nous laisse à penser que la guerre du Vietnam fut sans commune mesure bien plus meurtrière que la guerre d’Algérie. Pourtant, pour un conflit qui dura de 1955 à 1975, et dont les combats les plus vifs furent de 1964 à 1975, le nombre de morts dans l’armée américaine s’élève à 58 000 ce qui est légèrement supérieur aux pertes françaises, mais presque comparable. Si j’écris cela ce n’est pas pour me prêter à une comptabilité macabre, mais pour souligner combien cette guerre fut un traumatisme des deux côtés de la méditerranée, et qu’elle le demeure encore. Comment ne pas y voir le foyer de cette haine anti-arabe, si particulière, qui obsède et aveugle encore tant de nos concitoyens ? Comment comprendre la permanence de vote si fort pro-FN dans l’Hérault, le Gard, le Var, le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône si l’on oublie que ces départements ont accueillis la plupart du million de Pieds Noirs qui ont dû quitter l’Algérie dans les pires conditions après 1962 alors que leurs ancêtres vivaient là-bas depuis plus d’un siècle. Oui, cette guerre fut au traumatisme, une blessure nationale jamais soignée. A plus d’un titre elle fut une guerre civile, entre français.

Soixante ans plus tard, il importe toujours de bâtir une histoire commune dans lequel chacun des enfants de notre pays peut se reconnaitre. Ce n’est pas chose facile. Contrairement à ce qu’affirment les voix des épigones de ceux qui restent nostalgiques d’un ordre colonial, on ne parle pas assez de la guerre d’Algérie et particulièrement dans l’éducation nationale où par paraphraser un vieux leader d’extrême droite la guerre d’Algérie n’est vue que comme un « détail » des années d’après-guerre. Il importe que tous les enfants de la France, quel que soit la place qu’ont occupée leurs parents durant des 8 années terribles, construisent une histoire commune, lucide, exigeante, apaisée.

Pour construire cette histoire commune, il importe par exemple de se souvenir que contrairement aux affirmations de certains, l’Algérie de l’époque, malgré une présence française depuis 1830, ce n’était pas la France, pas réellement. En 1954, aux élections une voix d’européen valait sept voix d’Algériens. De très nombreuses régions d’Algérie sont encore dans un état de grande misère. Bien peu d’enfants d’algériens vont à l’école et leurs parents accèdent peu aux métiers de la fonction publique. Aucun être humain instruit des idées des Lumières et de la République ne pouvait tolérer un ordre si injuste. Il faut rappeler les noms des quelques hommes, chefs du FLN, qui ont dirigé cette lutte à l'intérieur du territoire MM. Krim Belkacem, Mostefa Ben Boulaïd, Larbi Ben M'Hidi, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf et Didouche Mourad. Même en Algérie leurs noms sont parfois oublié. Il faut citer aussi le nom du grand précurseur de ce combat pour l'émancipation, avec lequel étaient désormais en conflit les dirigeants du FLN de 1954, c'est à dire le fondateur de l'Etoile Nord Africaine en 1926, puis du Parti Populaire Algérien (PPA) en 1937  : à savoir Messali Hadj. Encore aujourd'hui presque effacé de la mémoire algérienne officielle, c'est pourtant lui qui, dès 1936, avait frappé les esprits lors d'un grand meeting au stade d'Alger en déclarant après avoir saisi une poignée de terre : "Cette terre est à nous, nous ne la vendrons à personne".

En même temps, il importe aussi de se souvenir que la plupart des pieds noirs n’étaient pas des riches colons, bien au contraire, c’était souvent des gens modestes, petits employés, petits commerçants qui furent aussi les victimes de cet engrenage terrible exacerbé par les ultras de l’Algérie Française, qui eux étaient liés aux grands colons qui profitaient des inégalités et voulaient jusqu’au bout que rien ne change. Il faut aussi ne pas oublier que des hommes remarquable comme le Général de Bollardière , en poste en Algérie, qui refusa l’utilisation de la torture en mars 1957 et qui fut pour cela relevé de ses fonctions et enfermé durant deux mois et demi. Citons également le nom de Paul Teitgen, secrétaire général de la Police d’Alger qui démissionna pour protester contre les pratiques des paras du Général Massu. Bref, il existe bien des façons de transmettre cette histoire douloureuse sans dresser les uns contre les autres, en valorisant bien des attitudes dignes, en construisant un récit commun où chacun s'y retrouve avec fierté et dignité. Parler et étudier la guerre d'Algérie ce n'est pas exciter des haines. Au contraire, c'est permettre que les plaies se referment, enfin.

Plus proche de nos combats actuels, il importe aussi de se souvenir que la Constitution de la Ve République est née dans la crise algérienne. Cette Constitution autoritaire fut taillée sur mesure pour sortir du bourbier algérien, pour passer en force et concentrer tous les pouvoirs sur un homme qui pouvait à sa guise louvoyer pour trouver la solution la moins coûteuse pour les intérêts français. Cette Constitution permis à son fondateur, le Général de Gaulle, de tromper ceux qui l’avait fait sortir de son exil et qui pensaient que son retour garantirait le maintien de l’Algérie dans le giron français. Elle est née sous la menace d’un coup de force, alors que la plupart des partis politiques craignaient que les parachutistes interviennent à Paris dans le cadre de l’opération Résurrection. Cette opération à laquelle été mêlée plusieurs officiers et régiments eut lieu à la chute du Gouvernement Pierre Pflimlin, qui n'aura gouverné que 15 jours, entre 13 et le 28 mai 1958. C’est bien devant la menace d'une prise du pouvoir par la force, que le général de Gaulle, est nommé Président du Conseil, le 1er juin 1958, par le président René Coty qui menace de démissionner en cas de refus, ce qui aurait déclenché le coup d'état. Le lendemain l'Assemblée vote les pleins pouvoirs à de Gaulle pour une durée de six mois. Celui-ci est également chargé de rédiger une nouvelle Constitution. Finalement, l'homme que s'était choisi le Comité de salut public d'Alger arrivant au pouvoir, la seconde phase de l'Opération Résurrection sera annulée.

60 ans plus tard, n’est-il pas temps de tourner la page de la guerre d’Algérie et au passage quitter la Constitution qui en est issue ? Il ne suffit donc pas de faire un exigeant travail de mémoire, même si c'est indispensable. Il faut aussi enterrer tous les cadavres de cette histoire et retrouvant toute notre souveraineté. Il faut apprendre à se défaire de tous ses héritages les plus réactionnaires de la terrible guerre d'Algérie. Décidément, quel que soit les bouts pour lesquels on attrape les fils de notre histoire, on y revient toujours : il faut aller rompre avec la Ve République et aller vers la VIe République !

mardi, 28 octobre 2014

oct. 14
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Plus jamais ça ! Cazeneuve doit démissionner

non-au-barrage-de-siviens-web-1000px.jpgJe suis d’une génération qui a commencé réellement à s’engager dans l’action politique en novembre 1986 en demandant le retrait d’un projet de loi qui concernait l’enseignement supérieur et qui prévoyait de limiter les conditions d’accès à l’université. Ce projet de loi, porté alors par un gouvernement dirigé par Jacques Chirac comme Premier Ministre en cohabitation avec François Mitterrand, se nommait le projet Devaquet. Il fut finalement retiré après plusieurs semaines de grèves et surtout la mort tragique d’un étudiant matraqué par les forces de l’ordre rue Monsieur le Prince à Paris. Cet étudiant qui ne demandait rien à personne, qui n’était même pas manifestant et selon certains témoignages avait des idées plutôt proche du RPR se nommait Malik Oussekine. Son nom restera pour ma génération comme un symbole. Deux autres étudiants seront grièvement blessés.  François Rigal perdra l’œil gauche en raison d’un tir tendu d’une grenade lacrymogène et Jérome Duval aura le nez détruit et une fracture frontale profonde. Le Ministre de l’intérieur se nommait alors Charles Pasqua.

Le lendemain de la mort de Malik Oussekine nous étions des centaines de milliers dans toutes les villes de France à scander les mots d’ordres « Pasqua démission ! » et « Plus jamais ça ! ». Un Comité de solidarité avec les familles de victimes policières dénonçait dans son texte fondateur : « Il suffit de manifester contre un projet de loi pour être grièvement blessé par des grenades tirées horizontalement et à hauteur d’homme, ou pour être frappé à mort ». Pour nous tous, c’était une évidence que la responsabilité du ministre était directement engagée. Il devait démissionner. Faisant preuve d'une grande dignité, le ministre de l'enseignement supérieur, M. Alain Devaquet, sans même attendre les conclusions de l'enquête sur la mort de Malik Oussekine, présentait sa aussitôt démission.

Un des porte-parole du mouvement étudiant, tirant le bilan de ces semaines de mobilisation et de cette mort, écrivait à raison que  « l’incompréhension, le refus d’écouter peuvent être mortels ». Il ajoutait aussi que « « Plus jamais ça ! » exprime un double refus : celui de se voir imposer un projet de loi éducatif contre la volonté de tous, et celui d’une violence entrainant morts et blessés, contre l’expression démocratique de la rue.» L’auteur de ces lignes se nommait David Assouline, aujourd’hui Sénateur et Conseiller de Paris et il y a peu de temps encore porte-parole du PS. Curieusement, le même, d'ordinaire si bavard, semble avoir oublié ses propres paroles en 2014. Pourtant oui, il est encore des moments où le refus d’écouter peut être mortel. Je m'étonne enfin que toute une équipe militante qui dirige aujourd'hui le PS à des postes divers, (MM. Cambadélis, Valls, Dray, Désir, Borgel et compagnie) qui a vécue si intensément ces semaines de grève étudiante en 1986 ne voit pas la terrible actualité de cette époque. Une part d'oubli forge les caractères des esprits forts, il dessèche ceux des esprits lâches.

Chacun aura bien compris que si je raconte tout cela 28 ans plus tard, c’est que je pleure la mort du jeune Rémi Fraisse. Bien sûr, aucune situation n'est jamais comparable à une autre, mais tout de même bien des similitudes me désolent et résonnent dans ma tête. Il semble établi désormais que c'est une grenade offensive tirée par les forces de l’ordre sur place qui est responsable de sa mort. Rien ne justifie que les forces de l’ordre causent la mort d’un manifestant. Rien. Le plus terrible est que cette mort était pratiquement prévisible. Depuis des semaines, les opposants au barrage du Testet (Tarn) se voyaient opposés à des forces de l’ordre qui avaient des consignes de fermeté totalement disproportionnées. Ce projet de barrage est inutilement couteux en argent public (près de 10 millions d’euros désormais au lieu de 4,5 annoncés au début). Il met en cause la vie de 94 espèces animales. 70 % de l’eau de ce futur barrage serait utilisé pour la culture intensive du maïs, alors que cette pratique est en recul dans la vallée. Trois recours devant la justice étaient pendants tandis que les travaux continuaient. Cette obstination à avancer, coûte que coûte, à ne rien écouter, à ne pas concerter, était dû à l’aveuglement du Président du Conseil Général M. Thierry Carcenac et du Ministre de l’intérieur M. Bernard Cazeneuve. Depuis des semaines, différents représentants politiques étaient venus sur place pour prévenir que les choses allaient dégénérer, que le dialogue devait reprendre avec les opposants. Les mêmes prévenaient aussi que l’attitude des forces de l’ordre posait lourdement problème car il semblait clair qu’elles n’avaient pas de consigne d’apaisement mais bien au contraire de sévérité que de nombreux témoignages ne cessaient de dénoncer.

A présent, chacun peut constater les dégâts. Un homme est mort. Qui est responsable ? M. Manuel Valls n’a cessé ces derniers mois de bomber le torse. Violentant la gauche, affrontant son propre groupe parlementaire, il a exigé de chacun de la « responsabilité ». Le 15 septembre, avec un ton martial il disait aux députés PS « Quand on gouverne, on doit assumer ses responsabilités. » Oui. Alors qui est responsable de la mort de Rémi Fraisse ? Qui ?

Je refuse que les fonctionnaires de police sur place soient les boucs émissaires de cette tragédie. Ils ont obéi à des ordres. Si aujourd’hui le Ministre de l’intérieur demande l’arrêt de l’utilisation des grenades offensives, c’est bien la preuve que leur utilisation n’était pas adaptée. Si aujourd’hui le président du Conseil Général du Tarn suspend les travaux du barrage, c’est bien la preuve qu’il était absurde de s’entêter. C’est pourquoi avec mes camarades du Bureau national du Parti de Gauche, maintenant que le Procureur a rendu ses premières conclusions et qu'il semble clair que du TNT a causé la mort de Rémi et que seul les forces de l'ordre utilisent un tel explosif, nous réclamons la démission du Ministre de l’intérieur et celle du président du Conseil Général du Tarn également sénateur. Les deux portent une part de responsabilité. Ils doivent en assumer les conséquences, en toute dignité. Sans quoi, qui est responsable ? Personne ? Les opposants au barrage qui auraient dus ne pas être là ? La présence de manifestants violents sur place ? Mais le maintien de l'ordre, ce n'est pas une intervention militaire et à tout moment la police doit doser ses formes d'intervention avec les dangers qu'elle peut faire encourir aux manifestants. C'est une règle élémentaire dans un Etat démocratique. Ce soir le ministre Cazeneuve croit bon d'invectiver ceux qui demandent sa démission en déclarant que "nous chassons en meute". Cet homme doit garder son sang-froid et comprendre que nous ne sommes pas des chiens qui doivent lui obéir, seulement des femmes et des hommes qui, prenant acte de son incompétence à renouer le dialogue avec les opposants au barrage et à garantir la liberté de manifester sans que quelqu'un ne perde la vie, pensent qu'il n'est plus l'homme de la situation. M. Cazeneuve dit qu'il faut attendre les conclusions de l'enquête, que la mort de Rémi "n'est pas une bavure"(de quoi s'agit 'il alors ? Du bon fonctionnement des choses ?) etc..... Dois-je rappeler qu'en 1986, le Ministre Alain Devaquet a démissionné sitôt que la mort de Malik Oussekine fut connue.

A l'heure où le PS n'est plus que l'ombre glacée de ce qu'il fut jadis, j'invite François Hollande et Manuel Valls à méditer sur ce que disait François Mitterrand à la tribune de l'Assemblée nationale le nationale le 8 mai 1968 : "Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et qui la frappe a toujours tort".

lundi, 27 octobre 2014

oct. 14
27

On ne détruit que ce qu'on remplace

Après près de 15 jours de réparation, ce blog fonctionne à nouveau. Je remercie très chaleureusement tous ceux qui ont travaillé pour permettre ce « retour », ainsi que Médiapart qui a accueilli le dernier billet de blog que j’avais publié sur le livre d’Éric Zemmour. Une nouvelle fois (je ne les compte plus depuis 2008) mon blog a été victime d’attaques virales ciblées, répétées, particulièrement agressives et qui avaient pour but de le détruire. Caramba, encore raté !

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