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dimanche, 21 décembre 2014

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Argumenter pour dézemmouriser les médias


"Il faut dé-Zémmouriser les médias, tous les... par lepartidegauche

vendredi, 19 décembre 2014

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Quand le blog de Mélenchon devrait être déclaré d’utilité publique

« Il est évident que l’arme de la critique ne saurait remplacer la critique des armes ; la force matérielle ne peut être abattue que par la force matérielle ; mais la théorie se change, elle aussi, en force matérielle, dès qu’elle pénètre les masses. La théorie est capable de pénétrer les masses dès qu’elle procède par des démonstrations ad hominem et elle fait des démonstrations ad hominen dès qu’elle devient radicale.

Être radical, c’est prendre les choses à la racine. Or, pour l’homme, la racine, c’est l’homme lui-même.  »

Karl Marx.



Je vais parler de la dernière « affaire Zemmour » qui a occupé les médias durant la semaine. 

C’est  nécessaire de revenir sur le cas Eric Zemmour, ce qu'il dit, ce qu'il incarne, car ce dernier, tel l’anguille sortie de l’eau se tortille et veut sauter des mains qui l’ont attrapé pour replonger dans le fleuve de ses obsessions. J'ai, par ailleurs, déjà rendu compte sur ce blog du contenu dans son dernier livre.

FRANCE-POLITICS-PARTIES-PG-FG-MELENCHON-MEETINGD’abord, présentons les faits dans l’ordre chronologique. Il y a quelques jours, Jean-Luc Mélenchon a publié sur son blog un extrait d’une interview donné le 30 octobre, soit il y a plus d’un mois et demi, par Eric Zemmour au principal quotidien italien Corrière de la serra. J’invite chacun à lire le blog de Jean-Luc . Je publie également à la fin de ce billet l’intégralité en français de cette interview dans une traduction faite par un de mes amis franco-italien. Dans cet entretien de façon directe, Zemmour décrit la manière dont il voit la principale difficulté à laquelle est confrontée notre pays, essentiellement la présence, bien trop importante à ses yeux,  de citoyens français de confession musulmane. A l’entendre, par leur faute, nous sommes à la veille d’une guerre civile. Pour lui, désormais : « Les musulmans ont leur propre code civil, le Coran. Ils vivent entre eux, dans les banlieues. Les Français ont été obligés à s’en aller. » Cette simple déclaration, par l'opposition factice qu'elle présente, démontre que pour le journaliste "omnimédias" les français ne peuvent être musulmans, et vice versa. Le journaliste italien interloqué par tant de virulence, lui demande alors « Qu’est-ce que vous proposez? Déporter cinq millions de musulmans français? ». A quoi il rétorque : « Je sais que ce n’est pas réaliste, mais l’histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 qu’un million de pieds noirs, vingt ans plus tard, auraient quitté l’Algérie pour rentrer en France? Ou bien qu’après la guerre, 5 ou 6 millions d’allemands auraient quitté l’Europe centrale et orientale où ils vivaient depuis des siècles ? ». C’est ce passage précis, par tout ce qu’il contient, sous-entend et évoque, qui a déclenché le scandale de ces derniers jours.  N’importe quel esprit censé et républicain aurait répondu : « Ce n’est évidemment pas souhaitable » ou « ce serait un horrible drame humain qu’il ne faut pas revivre » ou encore « Il faut tout faire pour éviter une telle tragédie » , « Je m’y opposerai personnellement » etc... Non. Vous l'avez noté. Ce n’est pas ainsi que répond M. Zemmour qui, habilement ensuite, se dissimule derrière des faits historiques produits par d’immenses tragédies pour dire : « ce n’est pas réaliste mais (tout est dans le mais)  regardez bien l’histoire, c’est déjà arrivé ». Le  sous-entendu est clair pour Zemmour « ça peut s'envisager ». Aussi, si vous relisez le blog de Mélenchon, c’est exactement cette logique perverse zemmourienne qu’il démonte avec une ironie grinçante en utilisant l’expression sur son blog : « Zemmour se lâche en Italie : déporter cinq millions de musulmans ? Ça peut se voir ! », façon assez juste et mordante de résumer les choses.

pieds-noirs-488241-jpg_332714.jpgJe fais un peu marche arrière dans mon récit pour attirer votre attention sur les deux choix historiques faits par Zemmour, intéressants à méditer car ils n’ont rien d’innocents. L’Histoire, hélas, regorge de déplacements de population, mais lui en a sélectionné avec soin deux. Premièrement les pieds noirs d’Algérie, victimes dans leur immense majorité innocentes d’une guerre coloniale, civile et sociale et aussi, ne l’oublions pas des ultra de l’Algérie française qui jusqu’au bout ont refusé d’imaginer politiquement une autre Algérie que celle qui maintenait 90% de la population dans un état de sous-citoyenneté. C'est ce drame qui va être le nouveau foyer de renaissance de l’extrême droite française, marginalisée après la seconde guerre mondiale, aujourd’hui au cœur de notre « affaire Zemmour ». 52 ans plus tard, pour eux, la guerre d’Algérie n’est toujours pas finie. Le flamboyant chroniqueur du Figaro est un enfant de cette tragédie humaine et, ne lui en déplaise même, s'il dit ne pas aimer « la psychologie de bazar », il semble évident par toutes ses cibles politiques et culturelles, que les plaies sont encore vives pour lui. Deuxième choix, les populations allemandes : il évoque ici ceux des sudètes, mais il n’y eut pas qu’elles, qui par leur présence très ancienne dans différents pays d’Europe centrale, ont servi de prétexte à Adolf Hitler dans les années 30 pour annexer plusieurs territoires et déclencher l’effroyable seconde guerre mondiale. Victimes elles aussi de la tragédie de l’histoire européenne du 20e siècle, la vérité historique oblige néanmoins à dire qu’elles furent souvent très liées au régime nazi. Mais, dans un cas comme dans l’autre, quel est le rapport avec l’existence en 2014 en France de citoyens musulmans, nés en France, de nationalité française ? A quoi servent les deux exemples de Zemmour si ce n’est embrouiller encore plus. L’un relatif à une présence de type coloniale et l’autre ayant été lié au régime nazi qui a déclenché une guerre de dimension mondiale. Quel rapport avec aujourd’hui en France ? Aucun. En revanche, très symptomatique de constater que pour Zemmour, s'il faut trouver des exemples de destins tragiques pour des populations civiles, victimes collatérales de deux ordres politiques, injuste pour l’un, abominable pour l‘autre, et non du côté de celles qui furent les vrais victimes de l’Histoire.  Une fois de plus, dis-moi tes références et je te dirai qui tu es.

Je résume pour ceux qui auraient perdu le fil.  Un journaliste omniprésent dans les médias, voit comme une hypothèse historique envisageable, certes en disant que cela semble peu réaliste mais que l’Histoire dans sa grande "richesse" a prouvé le contraire, que 5 millions de musulmans français dussent dans quelques décennies quitter la France contraints et forcés. Et cela ne devrait pas choquer ? Imaginons un instant qu’un illuminé musulman parle ainsi des catholiques ou des juifs français. Le scandale eut été immédiat dès la parution de l’article, même dans un journal étranger. Et ce fut tout à fait heureux que pinion publique s'en indigne. Ici, dans un premier temps, point de réaction. Et c’est là une autre des facettes de l’aspect sordide de cette affaire. Il a fallu un mois et demi et que cela soit exhumé par Jean-Luc Mélenchon et que l’affaire éclate. Qu’est-ce à dire ? Personne ne lit donc la presse italienne à la rédaction du Monde ou du Figaro ? Bien sûr que si. Mais lorsqu’il s’agit de nos concitoyens musulmans, l’indignation semble manifestement de faible intensité. Au mieux, on imagine que ceux qui l’ont lu dans les rédactions françaises ont dû se dire en haussant les épaules « Ah ! Ce bougre de Zemmour décidément, il exagère un peu… » et puis, et puis… c’est tout. Beurk ! Pour moi, c’est symptomatique d’un drôle de regard portés sur nos concitoyens musulmans.

Pour le service rendu dans cette affaire, pour ce travail de lanceur d’alerte, le blog de Jean-Luc Mélenchon devrait être reconnu d’utilité publique. Non ? Ce n’est pas le Ministre Bernard Cazeneuve qui peut dire l’inverse puisqu’il s’est fendu d’un communiqué d’indignation sur les propos de Zemmour, après les "révélations" du blog de Jean-Luc, démontrant au passage que ce dernier était manifestement plus efficace que les services de l’Etat pour mettre en lumière des déclarations à forte connotations xénophobes. Avouez que la même semaine où le gouvernement déclarait que la lutte contre le racisme et l'antisémitisme était une de ses priorités, cela fait désordre.

D'abord sonné, depuis hier les défenseurs de Zemmour et lui-même agitent une carte nouvelle qu’ils croient maitresse. Tenez-vous bien, ça décoiffe.. Le journaliste italien déclare désormais (lisez ici) que lors de l’interview, il n’a pas vraiment dit dans sa question le mot « déporter » mais en réalité « chasser dans des avions et des bateaux »… Bigre. Drôle de journaliste qui reconstruit dans un autre vocabulaire les questions qu’il a posé, j’y reviendrai. Et puis après ? Pour certains, cela changerait tout. Ah bon ? Sur le fond pourtant, quelle différence ? Littéralement, que veut dire « déporter » (mot, certes, plein d’une charge émotionnelle en raison de son utilisation durant la seconde guerre mondiale et des destinations mortelles qu’il signifiait pour des millions de personnes et particulièrement plus de 5 millions de juifs) si ce n’est « chasser » des gens de leur domicile et pays pour les envoyer, collectivement et par la force, ailleurs, dans un pays qui n’est pas le leur et dont ils n’ont pas la nationalité ? Chasser des populations ou déporter, c’est la même chose. Zemmour et ses zélateurs auront beau s’exciter, le faits sont là et bien têtus. Si le journaliste n’a pas dit le mot déporter, mais celui de chasser, cela revient au même. Décidemment curieux journaliste au passage que cet italien, maitrisant parfaitement le français et ses subtilités, et qui déforme les questions une fois qu’il rédige son article. Mais dans l’interview il y a bien écrit « deportare » qui se traduit en français par « déporter ». Comment imaginer que pendant un mois et demi Eric Zemmour ait laissé passer cette interview sans signaler à son collègue transalpin qu’il y avait une question fort mal reformulée ? Je crois volontiers qu’il était absorbé par la promotion de son livre, mais nous savons tous que le Figaro a plusieurs personnes qui lisent la presse italienne et qui aurait pu l’alerter. La maison d’édition Albin Michel dispose d’une armée d’attachés de presse fort actifs et forts compétents qui auraient dû détecter cette interview qu’ils ont même peut être organisé eux-mêmes. Bref, si c’est un autre mot que celui qui fut dit qui est écrit, comment voulez-vous que Mélenchon, moi-même ou d’autres devinent qu’il ne fut pas prononcer… ? Enfin, plus sérieusement, cela ne change rien au fond du scandale. Cette interview exprime avec précision la pensée profonde de M. Zemmour ! Depuis hier, ce dernier hurle à « la manipulation », ( qui a manipulé les mots si ce n’est ce journaliste italien peu rigoureux ?) et ose qualifier sur RTL  Jean-Luc Mélenchon de stalinien qui selon lui, reviendrait à la source puisqu’il est trotskyste... !? Comprend qui peut. Monsieur Zemmour, vous devriez avoir honte de cette comparaison. Accepteriez-vous que l’on vous compare à Joseph Goebbells pour vos mensonges et vos idées ? Ou que l'on vous compare à Paul Marion secrétaire général à l’information et la propagande sous Vichy ? Vous accepteriez ces comparaisons ? Non. Ne soyez donc pas médiocre dans cette controverse M. Zemmour. Faudra-t-il faire ici la liste de toutes les erreurs professionnelles grossières que vous avez faites parfois ? Un exemple me traverse l’esprit. Il y a encore quelques jours, face à Jean-Luc Mélenchon (une nouvelle fois !), vous avez voulu lui clouer le bec en lui citant les propos choquants d’une élue de Bagnolet prétendument Front de gauche (et c’était là l’arme fatale : Front de Gauche de Seine-Saint-Denis contre le chef du Front de Gauche) mais, patatras ! Pas de chance pour vous… l’élue était en vérité PS ce qui a ridiculisé votre démonstration… Fermons le ban.

Je laisse chacun regarder la totalité de l’explication de Zemmour sur RTL, bien symptomatique des revirements du personnage, puisqu’après avoir dit qu’on l’avait mal compris, qu’on avait déformé ses propos et qu'il n'était pas possible d’expulser des français, il annonce tout de  même que ce n’est pas la même chose concernant des étrangers. Je le cite : « Il y a des citoyens français, on ne va pas faire partir des citoyens français. Y'a des étrangers, un État a le droit de dire aux étrangers 'bon maintenant vous rentrez chez vous'. entre les deux, il n'y a rien."  Attention, c’est déjà là-dessus que Zemmour avait fait scandale lors de la sortie de son livre en prétendant que le régime de Pétain aurait défendu les juifs, fermant les yeux sur le sort des juifs étrangers, pourtant parfois des français juifs qui venaient d’être déchus de leur nationalité. On retrouve un peu les mêmes termes de débats. Dans la mesure où Zemmour, à longueur de livres et d’articles, considère qu’il y a sur notre sol des millions de gens qui ne veulent pas être français, on est en droit de se demander s’il n’envisage pas de leur retirer la nationalité française, et donc d’en faire des étrangers, ensuite légitimement expulsables selon lui.

superdupont.jpgLe fond du problème avec Eric Zemmour semble se concentrer dans la question suivante :  « Qu’est-ce qu’être français » ? A cette dernière, dans son interview, il offre une bien pauvre réponse « Cela veut dire choisir des prénoms français, être monogames, s’habiller à la française, manger à la française, du fromage, par exemple. Plaisanter dans les bistrots, séduire les jeunes filles. Aimer l’histoire de la France, se sentir les dépositaires de cette histoire et de vouloir la continuer, je cite Ernest Renan. » Pitoyable. Avec la même méthode, je m’en vais décrire le monde. Qu’est-ce qu’être un américain ? C’est quelqu’un qui mâche des chewing-gums et aime le base ball, bien sûr ! Qu’est-ce qu’un allemand ? Quelqu’un qui aime la choucroute et la bière. Un italien ? Un type en vespa, qui siffle les filles dans la rue et parle avec les mains ! Un chinois ? Il sourit tout le temps et aime le riz gluant ! Et ainsi de suite…  Ouaw ! Qui ne voit pas là une suite de clichés, de généralités vaseuses et de description d’une France ayant la belle gueule de Jean Gabin distribuant torgnole et bons mots signés par Michel Audiard. Au cinéma c’est succulent, mais après, est-ce bien sérieux ?

Répondons dans l’ordre à l'énumération de Zemmour. Les prénoms français ? Mais alors ceux qui nomment leurs enfants Steve, Enzo, Mathéo ou Inès ne sont pas français à ses yeux ? Nathan fut l’an dernier le prénom le plus attribué en France. Il ne fait pas partie du calendrier des saints catholiques. En quoi est-ce un problème ? Eric, le prénom de M. Zemmour, est d’origine scandinave et signifie dans cette langue « un roi ». Jusque dans les années 40 c’était un prénom quasiment inconnu et il a connu un pic de popularité dans les années 60. Devrait-on lui demander de latiniser son prénom en le changeant pour très charmant Rex qui veut dire aussi « un roi ». Autrefois utilisé, on le réserve aujourd’hui plutôt au chien, mais cela ne devrait pas arrêter M. Zemmour dont le nom de famille est d’ailleurs un mot arabe, ou plutôt amazigh, qui veut dire « l’olivier ». Pour être pleinement français, Eric Zemmour doit-il prendre pour patronyme M. Rex Olivier ? Est-ce bien raisonnable ? Je m’amuse évidement, mais continuons. Etre monogame ? Mais la polygamie est interdite en France. Avec qui polémique-t-il ? S’habiller à la française ? Vaste débat. De quoi parle-t-on au juste ?  Un français perd vraiment son identité quand il met un kilt écossais ? Des tongues brésiliennes ? Un kimono japonais ? Un boubou africain ? Un jean Levis-Strauss venu des Etats Unis et une casquette de base-ball ? Une chapka russe sur la tête ? Ridicule. Manger à la française ? Mais alors haro contre les Mac Donald’s, restaurant japonais ou autres pizzerias ! Sus à l’anti-France gastronomique ! Manger du fromage ? Pourquoi pas ? Mais dans le Maghreb on adore aussi le fromage et on en mange beaucoup. D’ailleurs où n’en mange-t-on pas au fait ? De surcroit, les français qui n’aiment pas le fromage sont-ils de mauvais patriotes ? Idiot. Plaisanter dans les bistrots, séduire les jeunes filles ? Pourquoi pas, mais c’est cela être français ? Heu…Et les femmes alors ? Pas françaises ? Hormis les homosexuelles, que Zemmour déteste, quid des autres qui ne veulent pas séduire les jeunes filles ? Et ceux qui ne vont pas ou peu au bistrot… ? Etc, etc… J’arrête là ma démonstration par l’absurde. Rien de ce qu’il décrit ne caractérise vraiment  ce que c’est qu’être français, question à laquelle en vérité il est extrêmement complexe de répondre si ce n’est par  une volonté d’exclusion d’un autre imaginaire. Et dans les pays du Maghreb aussi, qui irritent tant M. Zemmour, les hommes aiment se retrouver au café pour plaisanter, draguer les filles, manger du fromage, etc…

Caricature-PCF-trahissant-la-France-coloniale.jpgEtre Français, c’est quoi alors ? Et si finalement pour répondre à cette question, biaisée je le répète, on appliquait d’abord la meilleure des réponses. Etre Français, c’est avoir la nationalité française. Et puis après, c'est de la politique. Pour moi être français, c’est adhérer aux principes universels de la République : aimer la liberté, l’égalité, la fraternité et la laïcité et défendre la souveraineté du Peuple pour décider de son présent et de son avenir ! Vaste débats par la suite, car derrière chacun de ces concepts, il y a encore beaucoup de choses à préciser qui feront polémique, et c’est tant mieux. Pour moi, on ne peut être français, c’est-à-dire être un citoyen français de la République française si l’on méprise totalement la Révolution Française, ses réalisations politiques et sociales et les idéaux qu’elle a proclamé, dans les pires difficultés, que depuis deux siècles bien des luttes sociales ont cherché à améliorer ou à faire vivre tout simplement. Pour moi, être Français, c’est être Révolutionnaire, encore et toujours avoir la passion de la justice et de l’égalité. Et c’est cette conception, assez universelle j’en conviens, qui me pousse à faire de la politique…Je la préfère, et de loin à celle de Zemmour, qui nous dit qu’être français c’est pratiquer les « 3 B » (Boire, baiser, bouffer..) ce que je trouve fort pauvre pour faire société. Il ajoute, pour élever le niveau, qu’il faut aussi « aimer l’histoire de France » et « s’en sentir dépositaire et vouloir la continuer ». J’adore ! Discutons-en. Quelle Histoire de France ? Celle des Révolutionnaires de 1789 ou celle de l’Ancien Régime ? Celle de Victor Hugo dans l’Exil ou celle de Napoléon III ? Celle d’Adolphe Thiers ou celle de la Commune ? Fille ainée de l’Eglise ou République laïque ? Sur le colonialisme, en 1885, celle de Jules Ferry ou Georges Clémenceau ? Celle de Jean Jaurès ou celle de Raoul Villain ? Celle de la Résistance ou celle de la Collaboration ? Coloniale ou anticoloniale ? Valéry Giscard d’Estaing ou François Mitterrand ? Jean-Marie et Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon ? On pourrait ainsi continuer la liste. Apprendre l’Histoire de France, et vouloir la continuer (phrase assez creuse car l’Histoire continuera toujours) impose de choisir son camp. On ne peut tout embrasser et tout continuer, c’est absurde et impossible ou bien l’Histoire de France n’a plus aucun sens. Nous sommes une Nation politique et non un clan ou une tribu millénaire ou chaque membre assume et perpétue par obligations des traditions anciennes immuables. On s’en fout ! semble répondre Zemmour qui tel Maurice Chevalier entonne « Et tout cela ça fait, d’excellent français ! D’excellents soldats, qui marchent au pas !» effaçant toutes différences politiques entre les citoyens au son du clairon nationaliste. Cette conception Maurassienne de la France, aux traditions culturelles quasi intangibles, liée de façon mystique à « la Terre et les morts » n’a jamais existée, c’est cela que l’Histoire nous apprend. Et puis cela, ce n’est pas ma France, ce n’est pas la France.

Allons à la racine des choses. Ne tournons pas autour du pot, le grand désaccord idéologique entre Zemmour et Jean-Luc Mélenchon, mes amis du PG et moi, débute à la Révolution Française. Cet événement immense concentre encore toutes les controverses. Selon la vision que vous en donnez, vous ne voyez pas la France avec le même point de vue, croyez moi. Ouvrez le livre de Zemmour « Le suicide français ». Vous n’aurez pas besoin d’aller très loin pour le comprendre. Dès la première page, tel un clin d’œil envoyé aux seuls fins connaisseurs, il se réfère, sans que l’on comprenne trop pourquoi, à Jacques Bainville, historien contre-révolutionnaire aujourd’hui peu connu mais qui fut au début du 20e siècle un des principaux intellectuels qui écrivaient dans l’Action Française le journal de l’extrême droite monarchiste de Charles Maurras pape du « nationalisme intégral ». Détail de faible importance direz-vous ? Pas d’accord. Car dès la page suivante Zemmour avance sur un terrain encore plus clair et explique pourquoi la France se suicide : « Notre passion immodérée pour la Révolution nous a aveuglés et pervertis. On nous a inculqué que la France était née en 1789, alors qu’elle avait déjà plus de mille ans derrière  elle. » Tout est là. Pour Zemmour la France qu’il faut continuer à faire vivre n'est pas toute entière annoncée  dans le grand mouvement de la Révolution. Pour lui, la France éternelle qu’il veut continuer est là depuis des milliers d'années, immobile. Vaste polémique. Mais, la France, où cela commence-t-il ? Il y a plus de mille ans assure Zemmour ? Pourquoi autant, dirons certains ? Pourquoi si peu, répondrons d'autres? Y-a-t-il un acte de naissance de la France ? Question théorique et 100% idéologique. Zemmour, tel Jacques Bainville, a choisi apparemment le baptême de Clovis en 498 comme point de départ. Cela n'a rien neutre.

Bien sûr, on joue ici aussi sur les mots. Bien sûr la France comme royaume, ou ensemble de peuples présents sur territoire hexagonal, était là depuis longtemps. Mais pas comme République et c’est fondamental. Je défends que la France républicaine que j’aime est née dans le fracas de la Révolution Française. Est-ce à dire que j'ignore et méprise tout ce qui a existé auparavant ? Bien sûr que non. C'est même l'inverse. Bien des mesures antérieures à la Révolution permettront que cette dernière s’épanouisse avec plus d’aisance et de puissance. Mais ce qui fait sens dans notre Histoire, entre l’Ancien régime et la République, c’est la rupture et non la continuité.

200px-Jean-Sifrein_Maury_01.jpgEn 1789, bien des discussions ont secoué et divisé les députés révolutionnaires. Déjà parmi eux, certains s’inquiétaient de l’existence de gens, pas encore citoyens, qui n’avaient pas la même religion et les mêmes habitudes culturelles, et surtout cultuelles, que la majorité. Ses attaques étaient alors contre les juifs. Fallait-il leur accorder, ou non, la pleine citoyenneté ? Ceux qui leur refusaient avaient pour porte-parole le virulent Abbé Maury, nettement opposé à ce que les juifs deviennent des citoyens à part entière. Voici ce qu’il disait en décembre 1789 à l'Assemblée nationale : « J’observe d’abord, que le mot juif n’est pas le nom d’une secte, mais d’une nation qui a des lois, qui les a toujours suivies et qui veut encore les suivre. Appeler les Juifs des citoyens, ce serait comme si l’on disait que, sans lettres de naturalisation et sans cesser d’être Anglais et Danois, les Anglais et les Danois pourraient devenir Français... Les Juifs ont traversé dix-sept siècles sans se mêler aux autres nations. Ils n’ont jamais fait que le commerce de l’argent ; ils ont été les fléaux des provinces agricoles ; aucun n’a su ennoblir encore ses mains en dirigeant le soc et la charrue... Ils possèdent en Alsace douze millions d’hypothèques sur les terres. Dans un mois, ils seraient propriétaires de la moitié de cette province ; dans dix ans, ils l’auraient entièrement conquise ; elle ne serait plus qu’une colonie juive... (…) ». Ce discours de l’Abbé Maury plein d’un antisémitisme typique de cette période annonce les mêmes sottises que l’on entend aujourd’hui sur les musulmans. On dirait du Zemmour 2014 affirmant  que les musulmans de France sont une sorte d’Etat dans l’Etat, ayant «  leur propre code civil, le Coran. Ils vivent entre eux, dans les banlieues ». L’Abbé Maury en 1789 à propos des juifs parle d’ « une nation qui a des lois ». Même idée. Vieux débats. Stanislas de Clermont-Tonnerre ou Maximilien Robespierre s’opposeront à l’Abbé Maury et obtiendront la pleine citoyenneté pour les juifs de France.

Les musulmans ne peuvent-ils pas être des citoyens français ? Comme l’Abbé Maury le jugeait impossible pour les juifs, Zemmour en doute pour les musulmans. A pleurer. En vérité, honte à celui qui pose la question et place le doute sur la réponse. Relisons notre Histoire. Il y a deux siècles, s’interroger ainsi sur les musulmans que l’on nommait alors les « mahométants » aurait surpris et choqué ceux qui étaient l’aile la plus éclairée de la Révolution. Dans la chaleur des débats passionnés de cette dernière, certains parlementaires rédigeront un projet de loi qui sera présenté le 24 décembre 1789 et qui proclamait : « L’Assemblée nationale, considérant la bonne intelligence et l’amitié qui subsistent depuis plus d’un siècle entre la France et la sublime porte, et désirant en perpétuer la durée, a décrété et décrète que tous les mahométants, notamment les sujets de l’Empereur Turc, tant en Europe que dans d’autres parties du monde, jouiront, dans tout l’empire des français, de tous les droits, honneurs et avantages dont jouissent les citoyens français ».

La réalité fut hélas assez différente que celle décrite comme un rêve par les auteurs de ce projet de loi. Les rapports entre notre pays et le monde arabe furent souvent marqués par la violence entre colonisation et décolonisation. Qui peut croire que les ombres du passé ne pèsent pas sur les vivants ? Il est temps de faire République, vraiment, pour avancer. C’est ce que nous voulons avec notre projet de 6e République. Dans cette marche difficile, mais seule voie possible pour que la France reste la France, c’est-à-dire le pays de la proclamation des Droits de l’Homme et du citoyen, les partisans du « Choc des civilisations » au premier rang desquels se placent Eric Zemmour (mais pas seulement) sont nos adversaires. Ils mènent un combat idéologique. C’est sur ce train qu’il faut les affronter. N’en faisons pas des victimes ni des martyrs. Combattons-les sans concession. L'avenir est à la reconquête sur le plan idéologique, du terrain que nous avons perdu ces dernières années.

C’est pourquoi je le répète, le blog de Jean-Luc Mélenchon par sa vigilance constante et la pédagogie, mériterait d’être déclaré d’utilité publique et pour ceux qui veulent entendre une vision de la France, loin de la propagande xénophobe qui se répand actuellement, je les invite à écouter le discours prononcé à Marseille par le candidat Mélenchon en 2012.


Discours Jean-Luc Mélenchon au Prado par PlaceauPeuple

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Interview de Eric Zemmour parue dans le Corriere della serra, le 30 octobre 2014

Le succès de Zemmour, l’enragé contre les élites: “La France s’est suicidée”

Il est contre les gays, les immigrés, l’UE. Il a vendu un demi-million d’exemplaires. Le Front National ne combat pas le mariage pour tous car il est trop à gauche. Populiste: “Je revendique le populisme en tant que refus de renoncer à notre façon de vivre”.

Paris. (Notre correspondant). Le Premier Ministre socialiste Manuel Valls le déteste et le cite souvent comme une menace à la coexistence civile, mais cela ne fait qu’accroître la fascination de nombreux français vers Éric Zemmour, 56 ans, éditorialiste du Figaro, omniprésent polémiste des médias et auteur de “Le suicide français” (Albin Michel), un essai de 500 pages sur “les quarante ans qui ont détruit la France”. Contre l’héritage de Mai 68, le féminisme, l’immigration, l’Europe et le mariage pour tous, Zemmour a écrit un libre plein de nostalgie pour l’âge d’or (d’après lui) dont laquelle les hommes savaient imposer leur autorité de pères et de maris et la France n’était pas “envahie par des musulmans salafistes”. Surtout, “Le suicide français” est, depuis deux semaines, en tête du classement, et il est en train de rejoindre le demi-million d’exemplaires en battant le record du bestseller anti Hollande de Valérie Trierweiler.

Question : Qu’est-ce que vous pouvez nous dire d’un tel succès? Vous vous l’attendiez?

AVT_Eric-Zemmour_8979.jpgEric Zemmour : D’un point de vue personnel, c’est évidemment une énorme satisfaction. Du point de vue de la forme, je me suis inspiré au livre d’un italien “Patria 1978-2008” d’Enrico Deaglio. Je ne l’ai pas lu, mais j’ai pris l’idée de mélanger la culture populaire et l’essai politique. Je m’attendais de générer un débat, mais pas de vendre autant. Ce succès est un plébiscite politique, idéologique. Les gens m’arrêtent dans la rue et ils me disent que finalement quelqu’un exprime leurs soucis. Le peuple français ne se résigne pas à voir mourir la France sous ses yeux.

Votre livre est une sorte de manifeste réactionnaire et populiste.

Mais moi je revendique le populisme. Apparemment, la façade résiste, Paris est toujours belle et les jeunes filles font encore tourner la tête, mais en dessous tout est pourri. Le populisme est le refus de renoncer à notre façon de vivre.

Et qui serait responsable de cet attentat contre la vieille France?

“Le Monde” a écrit que mon livre est un livre conspirateur. Mais je ne dénonce pas un complot, je critique l’évolution de la société imposée par les élites françaises. Durant les quarante dernières années, ces élites ont agi selon les trois D: dérision, déconstruction et destruction de la France, au nom de grandes idées, c’est à dire, de l’Europe, de l’ouverture au monde, du progrès.

La modernité, la globalisation, l’immigration concernent tous, pas seulement les Français.

C’est vrai, mais seulement en France il y a une haine de soi transmise par les élites. Elles nous répètent toujours que nous ne sommes pas assez allemands, américains ou suédois. Tous les modèles sont bons, sauf le nôtre. En plus, en Italie, il n’y a pas d’État fort, la société est habituée à se défendre. Nous nous sentons trahis par l’État. Nous sommes le pays avec la première communauté musulmane d’Europe.

Mais les élites que vous dénoncez défendent la laïcité, par exemple. La France est l’un des rares pays où le burqa et aussi le voile dans les écoles sont interdits.

Mais ce sont des restes, insuffisants, d’un système désormais épuisé. Le modèle à la française était l’assimilation, c’est à dire que tous peuvent être des Français s’ils font les efforts d’être des Français. Mes ancêtres étaient des Berbères de religion juive et certainement ils n’étaient pas des Gaulois, mais moi, aujourd’hui, je dis que mes ancêtres étaient des Gaulois. Tout cela n’existe plus. Les musulmans ont leur propre code civil, le Coran. Ils vivent entre eux, dans les banlieues. Les Français ont été obligés à s’en aller.

Qu’est-ce que vous proposez? Déporter cinq millions de musulmans français?

Je sais que ce n’est pas réaliste, mais l’histoire est surprenante. Qui aurait dit en 1940 qu’un million de pieds noirs, vingt ans plus tard, auraient quitté l’Algérie pour rentrer en France? Ou bien qu’après la guerre, 5 ou 6 millions d’allemands auraient quitté l’Europe centrale et orientale où ils vivaient depuis des siècles?

Vous parlez des exodes provoqués par des immenses tragédies.

Je pense que nous nous dirigeons vers le chaos. Cette situation de peuple à l’intérieur du peuple, de musulmans à l’intérieur des Français, nous emmènera au chaos et à la guerre civile. Des millions de personnes vivent ici, en France, et elles ne veulent pas vivre à la française.

Mais qu’est-ce que ça veut dire “vivre à la française”?

Cela veut dire choisir des prénoms français, être monogames, s’habiller à la française, manger à la française, du fromage, par exemple. Plaisanter dans les bistrots, séduire les jeunes filles. Aimer l’histoire de la France, se sentir les dépositaires de cette histoire et de vouloir la continuer, je cite Ernest Renan.

Vous prenez pour cible une soi-disant idéologie cosmopolite et totalitaire, mais vous Éric Zemmour, vous êtes toujours à la télé.

Moi, je dis les choses que la majorité des Français pensent et cela explique l’extraordinaire succès de mon livre. Contre moi il y a l’idéologie dominante des élites, désormais discréditées qui essayent d’imposer à la société ce qui considèrent correct: le mariage pour tous, le féminisme, l’Europe, la globalisation, l’immigration vue comme une richesse. Mais le peuple ne pense pas ainsi.

Vous envisagez de devenir l’idéologue du Front National?

Non. En ce qui concerne certains sujets, nous sommes éloignés. Le Front National, par exemple, ne s’est pas manifesté contre le mariage des homosexuels, et du point de vue social, il est trop à gauche. Mais moi je ne suis pas sur le terrain des partis, ma dimension est celle des idées. Je mène une bataille culturelle, comme aurait dit Gramsci.

déc. 14
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