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mardi, 25 novembre 2014

nov. 14
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Le pape n’est pas réellement un chef d’Etat

58006_pape-francois-europe-martin-schulz_440x260.jpgTout d'abord, je renvoie chacun des visiteurs de ce blog à la lettre que Jean-Luc Mélenchon vient d'adresser à « Monsieur le Pape ». Elle donne assez clairement la position de la très grande majorité des militants et sympathisants du Parti de Gauche sur cette visite.  Mais, à l'occasion de la venue du successeur du pape François aujourd'hui à Strasbourg, pour s'exprimer devant les députés européens, on entend souvent dire en France que cette présence n'est pas une remise en cause de laïcité, puisqu'il ne viendrait que comme chef d'Etat du Vatican. Hier soir encore, j'étais l'invité de RFI à l'émission du journaliste François Bernard, où Frédéric Mounier, Grand reporter au journal "La Croix" m'a avancé l'espace d'un instant cet argument (qu'il a certes assez vite retiré). On peut réécouter le débat en cliquant ici.

Je considère cet argument comme particulièrement spécieux et même d'une certaine mauvaise foi (si je puis me permettre). Si certains, pour contourner un débat légitime sur le rapport entre le religieux et le politique, ne veulent pas considérer le pape comme le premier représentant d'une religion comptant beaucoup de fidèles en Europe mais comme un « chef d'état » comme un autre, il convient alors de dire ce qu'est ce drôle d'état pas du tout comme les autres.

D’abord, un peu d’histoire. Il faut donc rappeler qu'après l’échec de la poussée révolutionnaire des années 1917-1922, sur la base de l’écrasement du mouvement ouvrier italien, Mussolini s’empare du pouvoir en 1922, la même année que le nouveau pape Pie XI. Le pouvoir fasciste n’est toutefois pas encore solidement installé. Benito Mussolini a besoin d’une forme de reconnaissance internationale d’où ses négociations avec le pape qui, lui-même, a besoin de pérenniser et de clarifier sa situation. Aussi, les accords dits « du Latran » sont signés le 11 février 1929 par « le duce » en personne. Le quartier de 44 hectares (l’équivalent de la distance entre deux stations de métros) du Vatican est déclaré indépendant le 7 juin 1929. Acte bilatéral entre l’Église catholique et le régime fasciste.

Ces accords donnent un statut spécial à l’Eglise catholique romaine en Italie. Ils comprennent également un traité de reconnaissance de l’indépendance et de la souveraineté du Vatican ; un concordat définissant les relations entre le Gouvernement italien et l’Église ; un volet financier dédommageant le Vatican de la perte de ses États en 1870. Ainsi,  l’Italie a payé un dédommagement au pape pour avoir occupé une partie de l’Italie. Imagine-t-on un propriétaire dédommageant un squatteur ? Etonnant. Et pourtant ce fut le cas ici. Le Vatican n’est donc pas historiquement un Etat mais une création du régime fasciste.

Certes, en 1984 un concordat entre le Vatican et l’Italie a modifié certaines dispositions du traité. Mais fondamentalement, les choses n’ont pas été bouleversées. Enfin, actuellement, le Vatican est régi par la loi fondamentale du 22 février 2001. Avec cette loi, le pape dispose de tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). On retrouve la même réalité dans les institutions du Vatican, réglées par une « Constitution », dont la première mouture a été rédigée par Pie XI au moment des accords duLatran.

Voici les articles essentiels :

« Article premier

Le Souverain Pontife, souverain de l’État de la Cité du Vatican, a la plénitude des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Article 2

La représentation de l’État dans ses rapports avec les États étrangers et avec les autres sujets de droit international, pour les relations diplomatiques et pour la conclusion des traités, est réservée au Souverain Pontife, qui l’exerce par l’intermédiaire de la Secrétairerie d’État

Article 3

Le pouvoir législatif, à l’exception des cas que le Souverain Pontife entend réserver à lui-même ou à d’autres instances, est exercé par une Commission composée d’un cardinal président et d’autres cardinaux, tous nommés par le Souverain Pontife pour cinq ans.

Article 4

1. La Commission exerce son pourvoir dans les limites de la loi sur les sources du droit et selon les dispositions pertinentes de son propre règlement.
3. Les projets de loi sont préalablement soumis, par l’intermédiaire de la Secrétairerie d’État, à l’attention du Souverain Pontife.

Article 12

Le budget prévisionnel et les comptes de l’État, après approbation de la Commission, sont soumis au Souverain Pontife par l’intermédiaire de la Secrétairerie d’État.

Article 15

1. Le pouvoir judiciaire est exercé, au nom du Souverain Pontife, par les organes constitués au sein de l’organisation judiciaire de l’État.

Article 18

1. Les conflits relatifs aux rapports de travail entre les salariés de l’État et l’administration relèvent de la compétence de l’office du travail du Siège apostolique, selon son statut propre.
2. les recours contre les mesures disciplinaires prises contre les salariés de l’État peuvent être portés devant la cour d’appel, selon ses règles propres.

Article 19

La faculté d’accorder les amnisties, les remises de peine, les pardons et les grâces est réservée au Souverain pontife. »

On aura clairement compris à cette lecture que le Vatican n’est pas une démocratie et d’ailleurs ne prétend pas l’être.Les institutions présentées ci-dessus tiennent plus de la « monarchie absolue » que de tout autre modèle. Unique au monde, le fonctionnement du Vatican est une sorte de survivance moyenâgeuse.

On connait la célèbre parole "Le pape, combien de division ?". On devrait plutôt se demander "Le Vatican, combien de citoyen ?". La citoyenneté vaticane n’est pas une réelle appartenance nationale. Dans ce prétendu Etat, il n’y a aucune élection générale. La majorité des habitants du Vatican ne possède pas cette citoyenneté. Elle est liée uniquement à l’exercice de fonctions au sein du Vatican ou du Saint-Siège. Dès que ces fonctions cessent, la citoyenneté cesse. C’est la citoyenneté en statut précaire ! Soulignons une autre disposition : la citoyenneté est attribuée également au conjoint et à la famille des fonctionnaires du Vatican. Les garçons en perdent les bénéfices à l’âge de 25 ans et les filles, au moment de leur mariage. Les femmes n’existent que mariées. Le Vatican est donc le seul Etat sans réels citoyens !

A-Strasbourg-le-pape-va-faire-deux-discours-a-l-Europe_article_popin.jpgParce qu’un Etat c’est la forme organisée d’une Nation, c’est un territoire, une population, une citoyenneté, le produit d’une histoire libre, une forme d’organisation interne qui peut être modifiée par les citoyens, le Vatican n’est pas une Nation et encore moins un Etat. Il n’est donc pas très sérieux de considérer Le pape comme un chef d’Etat devant disposer des mêmes dispositions que les autres chefs d’Etats. Sans quoi, la première des choses qu’il faudrait lui dire est que son état est le pire modèle du monde !

Redevenons sérieux. Le pape est bien le premier représentant d’une grande religion comptant beaucoup de fidèles dans le monde et il n’est que cela, ce qui est déjà important. A ce titre, sa parole est donc tout à fait légitime. Quand il vient s’exprimer devant le parlement européen, c’est le responsable religieux qui est invité. Rien d’autre. Et c'est bien le problème. Si le pape a tout à fait le droit de venir en France, il n'aurait jamais dû être invité à s'exprimer au parlement européen. Imagine-t-on qu'il vienne s'exprimer ensuite en France devant l'Assemblée nationale ? Bien sûr que non. Alors, pourquoi  ce que nous considérons comme une entorse à la laïcité à Paris ne le serait plus à Strasbourg ? Ou, pour le dire autrement, pourquoi, hormis Jean-Luc Mélenchon, aucun des députés européens français ne défend la laïcité également dans l'enceinte du parlement européen ? Pourquoi, ce qui est bon pour le français, ne le serait pour tous les européens ? Pour notre part, attaché à la laïcité, nous continuons de penser qu’une Assemblée d’élus n’a pas à se transformer en un lieu où des responsables religieux viennent s’exprimer, quelle que soit leur confession. Pour le dire autrement, les élus n’ont pas à recevoir le sermon d’un chef religieux. D’autres lieux existent pour entendre cela. Nous restons attachés à la parole du grand Victor Hugo : « l’Etat chez lui, l’Eglise chez elle ».

Pour conclure, quand le président du parlement européen, le social-libéral et très soporifique Martin Schulz, défend la venue du pape aujourd'hui car selon lui « il va réveiller l’Europe de sa torpeur » on ne peut qu’être indigné par cette volonté d’instrumentaliser une religion, faisant silence sur tous les thèmes (refus du droit à l’IVG, refus du mariage homosexuel, refus du droit à la liberté pour la fin de vie..) sur lesquels le pape fait encore entendre une parole clairement réactionnaire. Enfin, M. Schulz dirait-il la même chose d’un autre culte ? Sans doute que non. Et par sa seule parole, qu’il croyait bienveillante, il introduit une différence de point de vue entre les religions, jugeant certaine plus importantes que d’autres… La laïcité évite ce genre de maladresse.

NB : Je me dois de dire que cet article est largement puisé, et même davantage dans un article de l'historien Jean-Marc Schiappa, militant infatigable de la Libre Pensée.

nov. 14
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Sur BFM TV : face à Franck Tapiro à propos de la supression de la publicité à Grenoble


Alexis Corbière à "Grand Angle" sur BFMTV le... par lepartidegauche

samedi, 22 novembre 2014

nov. 14
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Invité de BFM TV, à propos de la démission de Kader Arif

Hier soir, j’étais l’invité sur BFM TV du journaliste Christophe Hondelatte afin de parler de la démission du gouvernement de M. Kader Arif qui venait d’avoir lieu quelques heures auparavant. Sur le plateau, j’étais aux côtés de Julien Bayou (porte parole d’EELV) et du vice-président du Front National Florian Philippot.
Je profite de ce billet de blog pour porter à votre connaissance le communiqué du Parti de Gauche rédigé par mon ami François Cocq :

« Plus un !

Kader Arif a donc démissionné de son poste de secrétaire d’Etat aux anciens combattants. Il fait l’objet d’une enquête préliminaire concernant des marchés publics qui auraient été attribués à des proches.
Après le scandaleux épisode Cahuzac, les motivations changent, quoique, mais les scenarii restent. Pour Thévenoud, Manuel Valls disait ne pas savoir. Là, il savait et considérait encore en septembre que son secrétaire d’Etat n’était « en rien concerné ».
La caste croit à sa propre impunité. Elle s’effondre en même temps que sa légitimité.
Du balai ! »


Kader Arif : Débat Corbière, Bayou, Philippot... par lepartidegauche

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