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vendredi, 27 mars 2015

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Entre crise politique et résistance

Afin d’analyser le sens politique du vote du premier tour des élections départementales, je publie ici une analyse de mes amis Laurent Maffeis et Matthias Tavel que je partage totalement.


Une forte abstention populaire


Même si l’abstention n’atteint pas le niveau pronostiqué par les médias, elle reste élevée. Un électeur sur deux ne s’est pas déplacé, signe de défiance face à des règles du jeu obscures et instables et donc largement illégitimes. L’abstention reste beaucoup plus importante qu’aux municipales de 2014 (39%) et aux législatives de 2012 (44%). Elle recule un peu par rapport aux cantonales de 2011 (55%) mais reste très élevée par rapport aux trois cantonales précédentes de la décennie (2001, 2004 et 2008) où l’abstention était autour de 35%. Cette élection montre donc que le système représentatif de la Vème République reste en crise. Les fanfaronnades de Le Pen, Sarkozy et Valls sur leurs capacités respectives à remobiliser les électeurs ne doivent pas faire illusion. Surtout Manuel Valls avec 63% d’abstention dans sa ville d’Evry. Le nouveau tripartisme n’entraîne pas de renouveau civique. Et l’abstention reste socialement très marquée avec des pics en Seine-Saint-Denis (63%) et de gros écarts au sein d’un même département. Ainsi dans les Hauts-de-Seine, elle oscille entre 64% à Gennevilliers, ville pauvre et 47% à Antony dans le fief de Patrick Devedjian.


Hollande, Valls : liquidateurs de la gauche


« Le plus mauvais score pour la gauche aux élections cantonales depuis 1945 ». Le verdict sans appel est livré par Olivier Duhamel, professeur de science politique et ancien député européen PS. Après les défaites des municipales, européennes et sénatoriales, ce qu’il est convenu d’appeler « la gauche » dans toutes ses composantes subit une nouvelle lourde défaite. Le total des candidats présentés par le PS comme par ses adversaires de gauche atteint péniblement 36,85%. C’est 13 points de moins que le « total gauche » au premier tour des élections cantonales de 2011.
Ce faible niveau semble désormais l’étiage habituel, tout proche du plus-bas historique des européennes (34%). L’addition de tous ces candidats parvient tout juste à contenir le total de la droite UMP-UDI-Divers droite qui obtient un résultat national équivalent (36,56%). Auquel il faut ajouter le score du FN (25,19%) pour mesurer l’étendue de la liquidation provoquée par la politique de François Hollande.

En nombre de voix, la dégringolade est spectaculaire. Avec 7,5 millions de voix, les électeurs de gauche toutes nuances confondues sont un tiers moins nombreux que lors des cantonales précédentes (2008 et 2011 cumulées pour couvrir tout le territoire). Un écart colossal. L’absence d’élections dans la nouvelle métropole de Lyon cette année est très loin d’expliquer à elle seule cette hémorragie de plus de 3 millions de voix !


PS et Valls lourdement battus


Le principal boulet pour la gauche c’est évidemment le PS. Avec 13,34% sous ses propres couleurs, le PS est en-dessous de son plus bas des européennes (13,9%). Il surnage uniquement grâce à l’ajout des 8,2% des candidatures « d’Union de la gauche » qu’il soutenait souvent avec le PRG, mais aussi ici avec le PCF, ou là avec EELV voire avec tous ceux là (comme en Essonne). Le tout lui permet de franchir tout juste la barre des 20% quand le PS seul obtenait 25 à 27% en 2008 et 2011.
Pour masquer son échec, Manuel Valls ne rechigne devant aucun mensonge. Dès 20h10 le dimanche soir, il se félicitait que « le total des voix de gauche atteint l’équivalent de celui de la droite » se souvenant fort-à-propos de l’existence de cette gauche qu’il combat chaque jour par sa politique.
Mais Valls n’a pas le choix. Car la réalité est loin du « score honorable pour la majorité » qu’il prétend. La sanction des urnes est profonde. Le PS et ses alliés sont ainsi éliminés dès le 1er tour dans plus d’un canton sur quatre. Au total, le PS devrait perdre la moitié des départements qu’il dirige. Le PS va ainsi perdre le conseil général du Nord, présidé jusqu’à il y a peu par le ministre de la Ville Patrick Kanner. Si celui-ci peut encore espérer sauver son siège, ce ne sera pas le cas de ses camarades dans 27 et 41 cantons où le PS est éliminé dès le 1er tour. Même situation en Isère où le ministre et ancien président du conseil général André Vallini sauvera peut-être son siège mais que le PS devrait perdre. En Ile-de-France, le PS a déjà perdu dès le premier tour la Seine-et-Marne et est très menacé dans l’Essonne, fief de Manuel Valls où seule la progression du FN lui laisse un espoir.
A l’image de l’Essonne, l’échec de Valls n’est pas seulement électoral. Il est politique. Sa ligne du « tous derrière le PS face au FN » est un échec. Le cas du Haut-Rhin est emblématique du désastre provoqué par Hollande et Valls, comme de l’inefficacité de leur prétendue solution. Dans ce département historiquement acquis à la droite, la « gauche » présentait des candidatures uniques dans tous les cantons. Bilan ? Eliminée dès le 1er tour dans 14 des 17 cantons, la gauche devrait finir avec 0 élus malgré 9 élus sortants.


La droite l’emporte, sans dynamique


Alors que le FN était sorti en tête des européennes, la droite sarkozyste reprend la tête. Avec 36% des voix, elle est loin de caracoler. Mais, au soir du second tour, elle devrait effacer d’un seul coup plusieurs revers consécutifs aux cantonales. Cette victoire n’efface pas les contradictions de la droite : est-elle une victoire de la campagne Sarkozy tournée vers le FN ? Ou celle de la stratégie Juppé d’alliance systématique avec l’UDI et le Modem ?
Dans de nombreux départements, la droite et le FN sont tous les deux à de hauts niveaux, la droite effaçant le petit creux des européennes pour retrouver le niveau des scores cumulés de Bayrou et Sarkozy à la présidentielle. C’est le cas dans plusieurs départements de droite comme le Morbihan, la Côte d’Or, l’Ain. Ce haut niveau cumulé du FN et de l’UMP se retrouve aussi dans des départements de gauche comme la Seine-Saint-Denis ou le Val de Marne où le total droite+FN approche ou égale 50% ! En revanche, la théorie des « vases communicants » à droite semble perdurer dans d’autres territoires, notamment là où le FN s’est renforcé ses dernières années au point de vampiriser tout ou partie de la droite (Béziers, Beaucaire, Hénin-Beaumont…).


Le FN s’enracine


En dépit de l’énorme aide médiatique qu’elle a reçue, Marine Le Pen ne remplit pas son objectif de hisser le FN comme premier parti de France. Sa percée des européennes est néanmoins confortée puisqu’il continue de progresser en voix, avec 5,1 millions de voix contre 4,7 millions aux européennes. Le fait que la droite se redresse fortement dans le même temps montre que les bases du FN dépassent désormais largement les clivages et les sociologies. Il reste en effet en tête dans 41 départements, dont une vingtaine où il dépasse les 30%. Il n’enregistre cependant pas d’élargissement géographique en concentrant ses plus forts résultats sur le nord, l’est et le sud-est du pays. Là où il avait déjà éliminé la droite aux municipales, il conforte ses positions comme à Fréjus, Hénin-Beaumont ou Béziers.


La manip’


Comme pour les municipales, le ministère de l’Intérieur a bidouillé les « nuances » attribuées à chaque binôme de candidats pour totaliser les résultats. Les binômes PG-EELV et FDG-EELV ont ainsi été éclatés entre nuance FDG, nuance EELV mais le plus souvent purement et simplement noyés avec les « divers gauche ».
Pour remplumer le PS et effacer ses adversaires de gauche, Valls a lui-même repris ce total bidon clamant que le PS avec « ses alliés divers gauche et radicaux de gauche » devancerait le FN avec 28% contre 25%, et s’approprie ainsi sans vergogne les voix de nombreux opposants de gauche. Les sondeurs et médias lui avaient mâché le travail dès 20h. IPSOS et France2/France3 plaçaient ainsi « le PS et ses alliés » à la deuxième place à 20h grâce à cette manip, certes rendue possible par l’absence de label national pour regrouper ces binômes de l’autre gauche rassemblée. Mais le PS va devoir trouver d’autres subterfuges car cette situation ne devrait pas se reproduire aux régionales que le nouveau découpage en 13 grandes régions rapprochent très fortement des européennes et de leur dimension nationale.


Bonne résistance de l’opposition de gauche


En dépit de configurations variables, l’autre gauche redonne à voir une capacité de résistance. Cela tient pour beaucoup aux alliances élargies du PG ou du FDG avec EELV. Et encore plus aux démarches citoyennes initiées dans certains départements. Ce sursaut est néanmoins rendu largement invisible par les médias. Ainsi à 20h le score du Front de Gauche et de ses alliés oscillait entre 5 et 10% selon les chaînes regardées. En réalité le Front de Gauche progresse par rapport aux précédentes cantonales, avec 9,4% contre 8,9 en 2011, en moyenne là où il se présentait. Les efforts de rassemblement avec EELV ont été plus efficaces encore, puisque sur les 448 cantons concernés, les alliances FDG/PG avec EELV réalisent 13,6% en moyenne. Ces alliances réalisent des scores frisant les 20% dans les centres urbains de Grenoble, Lille, Clermont-Ferrand ou encore Poitiers. Mais aussi dans la Drôme ou en Lozère.


Succès des démarches citoyennes


La performance a été encore plus nette quand ces candidatures ont valorisé une démarche citoyenne plutôt que les étiquettes de leurs composantes. Ce fut notamment le cas à Toulouse et dans le Jura.
Les électeurs ont souvent disqualifié les divisions identitaires au sein de l’autre gauche : les duels entre des rassemblements comprenant PG, d’autres forces du Front de Gauche et EELV face au PCF ont le plus souvent été perdus par le PCF. C’est en particulier le cas à Toulouse où les candidatures Alternative citoyenne ont balayé celles systématiquement présentées par le PCF.
Les candidatures de l’autre gauche restent aussi dans plusieurs départements la seule force de résistance face au FN. Par exemple à Nîmes où le FDG est la seule force de gauche qui arrive à se maintenir au 2nd tour. Et jusque dans la circonscription de Gilbert Collard à Saint Gilles où le candidat PG-FDG réalise prés de 11%.

 

lundi, 23 mars 2015

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Invité de LCI

samedi, 21 mars 2015

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Buisson et Mélenchon : les faits qui démentent et le subliminal

buisson.jpg9 pages, pas plus, sur un livre qui en compte 305 au total pour 19 euros, ce sont seulement 9 pages qui sont consacrées dans « Le Mauvais Génie » (Editions Fayard), de Ariane Chemin et Vanessa Schneider pour « prouver » que Patrick Buisson, le conseiller de Nicolas Sarkozy était aussi celui du candidat du Front de Gauche durant la campagne présidentielle de 2012. Durant ces 9 pages seulement, soit un chapitre sur 24, hormis des allusions, des suppositions, des hypothèses non fondées, le lecteur ne trouvera aucun fait, aucun témoignage direct ou même indirect, aucune citation qui attestent de la véracité de cette fumeuse théorie, bref sans aucun début de preuve. C’est pourtant le prétendu lien entre Buisson et Mélenchon qui a fait le « buzz » cette semaine, devenant le principal argument de vente. C’est lui qui servira à garnir les bonnes feuilles publiées avec gourmandise par Le Monde et l’Obs et qui feront le miel de la matinale de France Inter. L’emballage est impeccable, mais, est-ce bien sérieux ? Jugez-en. La « preuve » qui ouvre ce chapitre de 9 pages est le fait que, tenez vous bien,  Jean-Luc, durant la campagne, se pensait écouté sur sa ligne téléphonique. Je suis assez sidéré par cet argument. Premièrement, je ne comprends pas en quoi, s’il craignait être écouté, et qu’il s’en inquiétait, cela signifie que son interlocuteur régulier était Patrick Buisson. C’est pourtant la théorie qui ouvre le chapitre ! Deuxièmement, je me souviens avec précision que nous étions plusieurs durant cette folle campagne présidentielle à être étonné que nos téléphones grésillent systématiquement de façon curieuse et fort dérangeante, tout particulièrement quand nous étions en lien avec Jean-Luc. Cela était devenu une plaisanterie entre nous et, effectivement, nous nous étions interrogés sur le fait que nous étions peut être écoutés. En quoi cela atteste d’un quelconque lien avec Buisson et l’état-major sarkozyste ? Mystère.

Autre argument choc du livre, Nicolas Sarkozy lorsqu’il parle de Jean-Luc Mélenchon avec ses amis, il l’appelle « Méluche ». Ce surnom attesterait d’une complicité entre les deux. Absurde. Ce sobriquet inventé depuis bien longtemps par les adversaires de Jean-Luc (notamment dans la Fédération PS de l’Essonne) n’a jamais été utilisé par les amis de Jean-Luc et ce dernier, c’est connu, goûte peu ce type de surnom méprisant qui moque son nom de famille. C’est donc mal le connaitre que d’affirmer de telles choses. Mais les auteurs insistent. L’utilisation de ce surnom par Sarkozy, aurait même provoqué un « émoi démesuré dans l’équipe de campagne de Mélenchon ». A quoi font-elles référence ? Je l’ignore.

Je continue. Lors des réunions de l’UMP, Patrick Buisson disait paraît-il à notre sujet « Mélenchon, je sais ce qu’il va dire »… Ce qui franchement ne signifie rien, si ce n’est le genre de déclarations classiques lorsqu’on a de la culture politique. Combien de fois, lors de nos propres réunions avons nous dit « Hollande, je sais ce qu’il va dire » ou à propos d’un autre candidat ? Plus fielleux, dans le livre, on raconte qu’un jour le même Buisson aurait dit de façon énigmatique dans ces réunions de l’état-major sarkozyste «Mélenchon je m’en occupe ». C’est donc là le poison que veut répandre cet ouvrage, la principale thèse de ce « Mauvais génie » de 300 pages. C’est « the » scoop. Je résume : la campagne Mélenchon aurait été sous contrôle buissonien. Là dessus, nos deux journalistes sont formelles : « De son côté, Mélenchon réserve ses flèches les plus venimeuses à François Hollande et à Marine Le Pen, qui menace de prendre des voix au candidat UMP. Il critique le quinquennat du sortant, mais sans s’en prendre personnellement à Nicolas Sarkozy ». L’accusation est suffisamment grave pour mériter une réponse argumentée. Pour le faire, j’emprunte les lignes qui suivent à Sébastien Durrbach (encore merci à lui) qui a fait un retour aux sources fort utile, replongeant dans la campagne de 2012,  pour vérifier si cette thèse de la « retenue » mélenchonienne contre Sarkozy est crédible.

La démonstration qui suit est sans appel : cynisme, sornettes, césarisme, mensonge, baratin, sottises, servilité européenne… la liste des qualificatifs utilisés par Jean-Luc Mélenchon pour décrire Nicolas Sarkozy ne l’épargne pas vraiment sur le plan personnel. Démonstration.

Le soir où Nicolas Sarkozy confirme sa candidature à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est interrogé au journal de 20 heures sur France 2 de David Pujadas. Il le décrit alors comme son « principal adversaire » et dénonce un « numéro de pur cynisme de la part de quelqu'un qui vient nous parler de ses ambitions sociales après avoir fait reculer le pays comme aucun autre président ne l'avait fait de toute la cinquième république. » Le reste n'est pas beaucoup plus tendre et lorsque Pujadas lui demande s'il va désormais cibler Nicolas Sarkozy plus que Marine Le Pen ou François Hollande, il répond : « C'est à dire qu'il est contenu dans toutes mes critiques puisqu'en définitive, ce que je reproche aux autres, c'est de faire comme lui sur tous les sujets. »

Deux jours plus tard, Mélenchon est l'invité de la matinale de France Info et dénonce les « sornettes » et le « césarisme » de Nicolas Sarkozy. Il lui suggère d'ailleurs « d'aller à Gandrange à qui il a beaucoup menti et à Florange à qui il a beaucoup promis sans rien tenir. » A cette occasion, il regrette les tergiversations de François Hollande sur la finance et avoue que « c'est toute la difficulté de ma campagne parce que moi je voudrais passer mon temps à m'occuper de Mme Le Pen et M. Sarkozy […] mais là dans l'affaire de M. Hollande, mon intérêt ce n'est pas de faire de François Hollande mon sujet, sinon on me répète du matin au soir mais pourquoi vous faites ça, mais en même temps, je ne peux pas faire comme si je n'avais pas vu ce qu'il a fait. »

https://www.dailymotion.com/video/xorswh

Moins d'un mois plus tard, Jean-Luc Mélenchon est au micro d’Europe 1 et dénonce « tout ce baratin » et les « sottises » de Nicolas Sarkozy sur l'immigration. Il en profite pour dire que « ce n'est pas à moi d'apporter la preuve par un démenti à une idiotie » quand Sarkozy parle de problèmes d'intégration.


Mélenchon : "les propositions de Sarkozy, c’est... par Europe1fr '>Et lorsque Jean-Pierre Elkabbach le relance sur le même sujet, le même jour, sur la même radio, Mélenchon critique « les caricatures stupides qui faussent le débat » en voulant le comparer à Sarkozy. A cette occasion, il développe sur le « cas pathétique de Nicolas Sarkozy » et son « cas particulier de servilité européenne » quand celui-ci fait passé le traité de Lisbonne contre le référendum de 2005. Sur sa lancée, il dit que Nicolas Sarkozy « raconte des histoires » sur Schengen « qui sont destinées à faire peur à propos des étrangers. » Au sujet de barrières aux frontières de l'Europe pour certaines marchandises, Mélenchon déclare que « c'est un point positif » mais refuse de donner raison à Sarkozy et explique « pourquoi ce qu'il propose n'est pas cohérent. »


Schengen : Sarkozy "raconte des histoires" par Europe1fr

https://www.dailymotion.com/video/xpe591

Dans cet entretien, il pointera de nouveau les « abandons de Nicolas Sarkozy » à propos de la sidérurgie française, en écho à la « collection de promesses non tenues et d'affichages sans lendemain » dont il avait fait la liste sur son blog. Là non plus, Mélenchon est loin de faire l'éloge du président sortant. Trois jours avant le premier tour, Mélenchon décortiquait ainsi le « dernier bobard Sarkozyste sur la Banque centrale européenne. » En effet, il signale qu'il « ne faut pas trop en attendre de lui. Car tout cela est parole verbale. Pour ce qui est de l'action et des décisions, il aura fallu moins de 24 heures pour que Sarkozy capitule. »

Des phrases aussi « sympathiques » pour Sarkozy, on peut en trouver encore bien d'autres, mais probablement aucune ne figure dans le livre de ces deux journalistes, pour la raison très simple qu'elles contredisent la thèse d'une « alliance implicite » dans laquelle Mélenchon « préserve beaucoup Nicolas Sarkozy », comme elles l'affirmeront sur France Inter. Peu importe qu'à l'époque, Mélenchon ait dénoncé sur BFM TV la « mystification » de Sarkozy sur les salaires, reprenant selon lui les propositions de Marine Le Pen. Peu importe que Mélenchon ait demandé des comptes à Sarkozy durant son meeting de Toulouse, pour « cinq années de souffrance, cinq années de déchirure, cinq années de recul, cinq années de grossièreté, de vulgarité, d'abaissement de la patrie. »

Voilà. Dernier point sur lequel je voudrais faire justice car cela me semble important. Avec obstination, les auteurs du livre veulent prouver disent-elles, en parlant de Sarkozy et Mélenchon, « qu’une alliance subliminale se scelle entre les deux hommes. Le président sortant cite son nom, la meilleure façon de le faire exister, et vante publiquement son tonus et son tempérament ». Je reviendrais pour conclure sur le choix amusant du mot « subliminal ». Je préfère commencer par décrypter cette affirmation que lorsque Sarkozy parle de Mélenchon il « le fait exister ». Allons à la source de cette attaque sournoise. Appuyons nous sur les faits, ils sont têtus. En effet, le 16 mars, Sarkozy dira de Mélenchon qu’il a « un certain talent », « une cohérence idéologique absolue », etc… D’autres phrases de ce tonneau existent à cette période. C’est exact. Mais j’attire l’attention de Mme Ariane Chemin et Vanessa Schneider que ce genre de « gentillesses » évidemment accompagnées d’une certaine arrière pensée visant en creux François Hollande, ont lieu au mois de mars, lorsque la campagne de Mélenchon est déjà à son apogée, et a dépassé les 10 % dans toutes les enquêtes d’opinion. Donc à ce moment, il « existe » déjà et pas qu’un peu, rappelez vous. Dans cette séquence finale, il serait d’ailleurs curieux que le candidat de la droite ne cite jamais celui qui est « l’événement » de la campagne 2012 et qui est venu se glisser parmi les 4 principaux candidats. Mais je rappelle que durant des mois (et au moins jusqu’au 5 février) nous avons fait campagne dans des conditions très difficiles, sans que les médias s’intéressent vraiment à nous, et avec des sondages qui nous plombaient à 3 ou 4 %. Si l’aide de Patrick Buisson avait existé réellement, c’est à ce moment là que nous l’aurions reçu et non dans la dernière ligne droite avec un effet quasi nul sur les électeurs de gauche tellement la répulsion des paroles de Nicolas Sarkozy était grande dans leurs rangs. Qui pourrait affirmer le contraire ?

Pour terminer, j’avais promis de revenir sur le terme « subliminal » qui définirait l’alliance entre Sarkozy et Mélenchon. « Subliminal » selon le Larousse signifie « qui ne dépasse pas le seuil de la conscience ». Il s’agiraitdonc d’une alliance étrange dont aucun des deux n’auraient vraiment conscience. A l’insu de leur plein gré en quelque sorte. Donc que l’on ne peut prouver. Donc, qu’il n’est pas sûr qu’elle est existée. Donc une alliance qui n’en est pas une. Un drôle d’alliance, non ? Mais, cela n’a pas empêché à nos deux journalistes du Monde de répéter partout que Patrick Buisson fut le conseiller et l’ami de Jean-Luc Mélenchon avec un ton très convaincu.

 « Subliminal » avez vous dit ? Quel mot magnifique. Je le prends à mon compte. A la veille des élections départementales, marteler dans plusieurs médias que Jean-Luc Mélenchon fut un pion manipulé par le conseiller d’extrême droite de Nicolas Sarkozy, n’y a-t-il pas là une façon de mener campagne pour le PS en décrédibilisant les nombreux candidats soutenus par Mélenchon ? Mais je n’affirme rien, je n’attaque personne. Si une telle volonté existait, évidemment elle ne pourrait être que subliminale…

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