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samedi, 6 février 2016

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Effets secondaires d’un raisonnement primaire

Voici une tribune corédigée avec mon ami Matthias Tavel et publiée ce matin sur le site de Marianne.net

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Pierre Laurent«On dirait une réunion des alcooliques anonymes qui ont voté François Hollande en 2012»  C’est ainsi que Cécile Duflot a décrit la réunion parisienne des partisans de la primaire à gauche. Le jugement est sévère… mais juste. Pourtant, qui doute qu’après avoir promis d'arrêter,  mais constatant que leurs verres électoraux sont vides, les animateurs de cette primaire retourneront s’accouder au bar du « Solférino» pour demander au patron des lieux qu'il leur remette une tournée ?

Et, croyant oublier le Hollande cuvée 2012 qui leur a donné tant de maux de tête et fait voir des éléphants roses nommés Valls et Macron, ils voudront finalement nous forcer d'ingurgiter leur breuvage : une nouvelle cuvée Hollande 2017 ! A l’arrivée, la gueule de bois et les déceptions seront les mêmes dans les milieux populaires.

Examinons donc avec précaution la thérapie qu’ils nous proposent pour sortir de leur dépendance. Cette Primaire, nous dit-on, serait à la fois plus démocratique, plus populaire et plus efficace pour lutter contre l’extrême droite.

Plus démocratique ? Comment ne pas voir le désaccord de fond, qui ne doit rien à la posture, entre ceux qui combattent les traités européens et ceux qui les ont fait adopter ? Entre ceux qui veulent la 6e République et ceux qui acceptent les logiques de cour de la monarchie présidentielle ? Entre ceux qui veulent l’augmentation des salaires et du SMIC et ceux qui les gèlent depuis des années ? Entre ceux qui jettent les Goodyear en prison et ceux qui les défendent ?

La primaire nous dit-on, trancherait ce débat. Mais on sait bien qu’aucun compromis cohérent n’est possible sur de tels sujets. On peut le regretter, mais c’est la dure réalité. En quoi serait-il plus démocratique  de contourner la difficulté en imposant par la primaire aux vaincus  de se renier ou de disparaître. Imagine-t-on  faire campagne avec Manuel Valls pour le pacte de responsabilité ? Cécile Duflot soutiendrait-elle Emmanuel Macron et le travail du dimanche ? Et si cela se produisait, sait-on jamais, ce serait dévastateur. Enfin, qui peut croire que Hollande accepterait de se ranger derrière Mélenchon et la 6e République si celui-ci l’emportait ? En quoi est-ce démocratique d'empêcher qu'un candidat porte au premier tour l’exigence d’une autre politique sociale et écologique que celle actuellement menée ?

Plus populaire ? Mais on ne mobilise pas le peuple en organisant un grand casting à grand renfort d'opérations médiatico-sondagières. La vérité est que, comme lors des primaires socialistes de 2011, les instituts et des médias dont on connaît l'indépendance par rapport aux puissances d'argent, choisiront préalablement « le seul candidat en mesure d'être au second tour » avant de le faire ratifier par ceux qui viendront voter dans ces primaires. Faute du débat en profondeur dans toute la société que seul permet le premier tour de la véritable élection présidentielle, les bulletins des électeurs des primaires ne feront que confirmer ce qu’ils auront lu dans les journaux. L’expérience nous enseigne que les milieux populaires sont particulièrement abstentionnistes lors de telles primaires. Ceux qui prétendent redonner la parole au peuple risquent fort de la lui confisquer davantage.

Plus efficace pour lutter contre le FN ? Mais, comment croire qu’autant d’hypocrisie étalée, où les adversaires d’hier feraient mines de s’être réconciliés, serait un argument convaincant face au FN ? Ce serait juste un argument de plus  pour Marine Le Pen. Laisser au FN le monopole d'une candidature de rupture avec les Traités européens : quel irresponsable peut imaginer un tel cadeau à l’extrême droite ? Voilà les potentiels effets secondaires de ces raisonnements primaires.

Les primaires terminés et la véritable campagne engagée, on ne mettra pas la gauche en mouvement en traînant les vaincus derrière le char du vainqueur quand aucune idée ne les rassemble. On ne gagne pas une élection avec des artifices. La prétendue « gauche » ne peut pas gagner si elle s’enferme dans le champ clos des 35% de gens qui votent encore à gauche au premier tour des élections. Sauf à vouloir préparer l’alliance avec la droite ! On ne lutte pas contre l’extrême droite avec des illusions tacticiennes mais en étant plus convaincant que lui pour régler les difficultés sociales de notre peuple. On ne mobilise pas l’électorat abstentionniste avec des combines, mais avec des propositions audacieuses sur le terrain social, écologique et démocratique, en appelant le peuple à se refonder dans une Assemblée constituante pour une 6e République. C’est la clé de toute victoire, quand la primaire n'offre que le confort de la tactique politicienne à la place de l’effort de la politique.

Face à la menace FN, toute cette effervescence autour de la primaire (qui n’aura jamais lieu en réalité) nous fait perdre du temps, de l’énergie et de l’intelligence qui pourraient être bien mieux mis à profit. Comme toujours, dans le flot de belles paroles enivrantes, les astuces les plus grossières s’épanouissent. Et les vrais diviseurs peuvent se cacher un temps dans le drapeau de l’unité sans que les observateurs hurlent immédiatement à l’imposture.

Soyons franc. Que MM. Cambadélis et Cohn-Bendit avec l’appui de Libération manœuvrent pour sauver le soldat Hollande est logique. Mais qu’ils trouvent des soutiens hors de leur camp pour cibler Jean-Luc Mélenchon parce qu'il refuse de se soumettre, est désolant.

Avis à tous ceux qui n’en peuvent plus de la politique du gouvernement actuel. N’est ce pas un acquis précieux que l’un d’entre nous incarne depuis 2012, dans tout le pays, cette résistance ? Que cherchent donc ceux qui essayent de l’affaiblir ?

Notre peuple a besoin de clarté. Ces primaires confuses sont tout le contraire.

 

 

fév. 16
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Pas vu à la télé - Episode 1 / Grèce, bialn d'un rêve brisé

jeudi, 28 janvier 2016

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A propos du départ du gouvernement de Christiane Taubira

Afin de commenter le départ de Christiane Taubira du gouvernement, je publie ici une interview réalisée hier, qui aurait du paraitre sur le site de Témoignage Chrétien. Vous pourrez également voir mon passage à LCI à ce sujet.

Question : Dans votre dernier tweet, vous déclarez : « sans influence sur la politique du gouvernement, Christiane Taubira n'était plus qu'un symbole pour une partie de la gauche. Sa démission est tout un symbole ». Mais un symbole de quoi ?

Passation-de-pouvoir-entre-Christiane-Taubira-et-Jean-Jacques-Urvoas.gifSa démission est le symbole d’un degré d’isolement encore supplémentaire de François Hollande. Cette quasi solitude politique du Président de la République est  une des marques de son échec. On le sait, Christiane Taubira n'avait aucune influence réelle dans les choix économiques et sociaux de ce gouvernement. Je constate d’ailleurs qu’elle ne les a jamais contesté. Mais la loi sur le Mariage pour tous qu’elle a porté restait le dernier argument des gens de gauche mal à l’aise qui cherchaient encore à défendre ce gouvernement. Son maintien au gouvernement symbolisait cette unique promesse de campagne respectée. C’était l’arbuste qui cachait la forêt des reniements. Il n'y avait plus que ça. Pour certaines personnes, cette présence servait à maintenir un lien, extrêmement tenu, avec les « grandes valeurs de gauche » comme dirait M. Valls avec une pointe de mépris. Par ce départ, ce lien même uniquement symbolique, est désormais rompu.

Et, logiquement, François Hollande ne peut plus que puiser que dans le petit carré des proches de Manuel Valls – le choix de Jean-Jacques Urvoas – pour la remplacer.


Q. Quel est le sens politique de son remplacement par Jean-Jacques Urvoas ?

Monsieur Urvoas est un homme qui constitue l'aile droite de la mouvance socialiste, que j’appellerai même solférinienne tellement on est loin de l’idéal socialiste. Un temps proche de Dominique Strauss-Kahn, qu’il avait même comparé sur son blog en 2011, lors des sordides frasques du Sofitel de New York, en un héros de Bible injustement persécuté. Dernièrement, il a même dit les députés PS frondeurs qu’ils étaient « dans une logique de djihadistes ». C’est dire le degré d’aveuglement sectaire du personnage. Globalement, il dédaigne les questions sociales et s’est spécialisé dans les problématiques sécuritaires. Il est désormais logiquement un partisan de Manuel Valls. C’est cette sensibilité et cette adhésion idéologique à ce « social-libéralisme sécuritaire », qui fait sans doute de lui un des seuls à être en capacité à rejoindre le gouvernement dans de telles conditions.

Je profite de l’occasion pour dire combien était absurde le procès en « laxisme » qui était fait à Mme Taubira par une certaine presse de droite extrême et ses représentants politiques. Face aux attentats les faiblesses de la justice tiennent à une absence de moyens financiers dont la Garde des sceaux ne porte pas seule la responsabilité. Soyons concret, il n’y a jamais eu autant de gens en prison. Et je remarque sur un sujet qui nous tient à cœur qu’il n’y a pas eu d’amnistie sociale pour les syndicalistes condamnés sous Nicolas Sarkozy, malgré des promesses verbales de Hollande. Pire encore, l’histoire retiendra que c’est sous l’autorité de Christiane Taubira qu’un Procureur, c’est à dire le représentant du Ministère public, a poursuivi les salariés de Goodyear alors que l’entreprise et les deux cadres retenus quelques heures avaient retiré leurs plaintes. 9 mois de prison ferme leur ont été infligés alors qu’ils ne faisaient que défendre leurs emplois. C’est honteux et à mes yeux dans ce cas, je n'accepte pas la fable de l'indépendance de la justice pour justifier le silence de Mme Taubira devant cette décision inique. Si la justice a été laxiste c’est avec les patrons voyous qui licencient pour augmenter leur bénéfice. Mais, qui sait ? La liberté retrouvée de l’ancienne ministre de la Justice lui permettra peut être de signer demain la pétition en défense de ses salariés.

Mais,  sur ce point, je pense qu’il faut craindre que M. Urvoas marchera bien plus vite et beaucoup plus loin, dans les pas de celle qu’il remplace. Il faut craindre pour demain une justice de classe, complaisante avec les puissants, mais qui frappe rudement les salariés en colère afin de leur faire peur et qu'ils baissent la tête devant les injustices.

Q. S'agit-il d'un simple remaniement ou une crise politique profonde ?

Le départ de Christiane Taubira exprime une crise profonde. Je l’ai déjà dit, le gouvernement de François Hollande ressemble à un petit club de gens, certes disposant des apparats du pouvoir, mais dont l'orientation politique est totalement isolée par rapport au sentiment général et aux attentes sociales du peuple de gauche, et même du peuple en général. Chaque élection en témoigne et je dis cela bien au-delà de la question de la déchéance de nationalité. La première préoccupation de nos concitoyens reste le chômage et les inégalités sociales.

Christiane Taubira part en claquant la porte avec fracas. Elle a même utilisé le verbe « résister » dans son tweet de rupture. C’est très fort. Normalement on résiste à un envahisseur, à un oppresseur. Elle considère qu'elle était en situation de résistance dans ce gouvernement ? Elle en dit trop ou pas assez. Mais surtout, cela infirme alors définitivement l'idée qu'on pouvait l’influencer de l'intérieur. Les critiques que nous avions faites avec Jean-Luc Mélenchon, concernant les choix gouvernementaux depuis 2012, étaient donc tout à fait pertinentes. Ce départ tonitruant en apporte une nouvelle confirmation. C’est nous qui avions raison, sur le fond comme sur la forme. Sur ce dernier point, je m’amuse de voir certains commentateurs applaudir le style de rupture de Mme Taubira qui dit quand même qu'elle part pour des raisons "éthiques", et en citant le grand poète Aimé Césaire que ce gouvernement « livre le monde aux assassins de l’aube ». Les mêmes critiquaient Jean Luc Mélenchon pour beaucoup moins. Qu’importe.

Tout cela est une nouvelle illustration de la décomposition de la Ve république. Nous avons un président qui concentre sur lui beaucoup de pouvoirs, qui décide tout seul – par exemple sur la déchéance de la nationalité sur laquelle il n'a jamais été élu et sur laquelle il n'a quasiment pas de majorité dans son propre camp. Cet exercice solitaire du pouvoir, c'est avec cela qu'il faut rompre. Il est par nature antidémocratique. Il faut tourner la page de ces institutions antidémocratiques qui sont une sorte de monarchie élective. Pendant cinq ans, le Président élu peut mener une politique en contradiction avec ce pour quoi le peuple souverain l'a élu. Nous sommes un grand peuple et une grande puissance économique. Nous avons droit à des institutions démocratiques. C'est ce combat qu'il faut mener. Fondamentalement, notre Peuple a moins besoin du départ fracassant de tel ou tel Ministre, même si je salue le geste de Mme Taubira, que d’un gouvernement qui respecte sa volonté et qui défends ses intérêts.


Alexis Corbière invité sur LCI à propos de la... par lepartidegauche

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