A grand renfort médiatique, la société Ubisoft fait paraitre aujourd’hui un jeu vidéo nommé Assassin’ creed unity. Sans doute va-t-il rencontrer un grand succès. L’action, et c'est original, se déroule dans le Paris révolutionnaire de 1789. Manifestement, il a l’air de proposer des images réalisées en 3D absolument magnifiques et je ne doute pas que les amateurs de ce genre de jeu vont passer un moment agréable devant leur écran. Personnellement, je ne prise pas particulièrement ce type de jeu, mais là n’est pas le sujet. Je n’ai aucun mépris pour les jeux vidéos qui savent créer des univers virtuels envoutants et je trouve réducteur que l’on caricature ceux qui les pratiquent comme des gens enfermés sur eux-mêmes. Le jeu est le propre de l’Homme depuis des siècles et je goûte peu les discours assurant que « c’était mieux avant » et que « de mon temps on savait s’amuser ».  Balivernes de vieux schnocks !Bref, le jeu vidéo est un jeu comme les autres. Il en est des bons et des mauvais, comme toute œuvre humaine. 

Par contre, je ne suis pas dupe sur le fait qu’un jeu vidéo peut-être aussi le vecteur pour transmettre des idées et des valeurs culturelles. Dans la jeunesse il peut même sans doute être  plus efficace que tous les cours d’histoire que propose l’Education nationale. C’est sur ce point-là que je déplore et condamne fermement la bande annonce accompagnant le jeu Assasin’s creed unity que j’ai trouvé sur internet. Elle reprend à son compte tous les poncifs contre-révolutionnaires forgés depuis plus deux siècles. Le Peuple de Paris est présenté pour une cohorte brutale et sanguinaire, c’est lui qui produit la violence, toujours lui qui de façon aveugle fait couler le sang, notamment du bon roi débonnaire. Comme de coutume, la caricature le plus bestiale concerne Maximilien Robespierre qui est présenté comme « bien plus dangereux que n’importe quel roi », « des familles entières furent détruite à cause de Robespierre », cette vidéo va même jusqu’à affirmer qu’avec lui « il y eut des centaines de milliers de morts et des rues entières remplies de sang ». J’en passe. Je vous laisse juge.

Après avoir regardé cette vidéo, le joueur peu averti en tirera la conclusion que la Révolution Française fut finalement une monstruosité, un bain de sang incompréhensible, conduite par des brutes, qu’il aurait fallu éviter. On n’est donc plus dans le jeu (et ses simplifications d’usages) mais clairement dans une propagande pour laquelle toute Révolution débouche sur des monstruosités. Les créateurs de ce jeu s’inscrivent donc dans ce courant idéologique de plus en plus présent dans les médias qui veut imposer au peuple français un autre regard sur la Révolution Française. C’est affligeant.  Je demande donc qu’un débat public s’engage sur la transmission de l’histoire notamment vers la jeunesse.

A tout ceux qui vont acheter Assassin’s creed unity, je leur souhaite un moment agréable, mais je leur dis aussi que le plaisir de jouer n’empêche pas de réfléchir. Jouer oui, mais ne vous laissez pas manipuler pour ceux qui font de la propagande.

Nota bene :

Depuis que j'ai publié ce billet, je m'amuse des réactions qu'il suscite sur les réseaux sociaux. Je voudrais faire trois remarques. Premièrement, ce que j'écris sur ce blog n'engage que moi. Deuxièmement, j'ai bien sûr lu l'interview de M. Antoine Vimal de Monteil producteur associé du jeu qu'il a donné au Monde. Je ne fais aucun reproche d'anachronisme de la part des créateurs, ce serait pédant et inutile. Je sais bien qu'un jeu vidéo "n'est pas un cours d'histoire". C'est là mon point trois. En critiquant un jeu vidéo, et ses partis pris idéologiques, je ne méprise pas l'univers des "Gamers". Au contraire, je leur rend toute leur noblesse. Les jeux vidéos sont des produits culturels comme les autres et à ce titre ils peuvent être critiqués. Sinon quoi ? On ne pourrait plus débattre dans ce pays ? Je refuse toute forme de totalitarisme intellectuel et réclame le droit de faire entendre une voix critique sur tous les aspects de notre existence. A chacun après de juger si la critique est pertinente. A bon entendeur...